Monsieur Beberto Kumbaro : La musique
Beberto salut.
Salut.
Te revoici pour le deuxième volet de « Trajectoires ». Si il y a une passion qui te fait vibrer, c’est la musique depuis toujours. Tu as commencé à faire des groupes au Congo, déjà depuis enfant. Raconte-nous un peu ton parcours musical au Congo ?
La musique, j’ai commencé d’abord par chanter dans des chorales et le premier groupe que j’ai fait c’était… c’était pas même moi. Moi, j’ai assisté et c’était en 1978. C’était une bande de copains, je participais mais je connaissais tout le répertoire. Quand ils répétaient, moi, je chantais à côté. Or, le guitariste il m’écoutait et un jour, ils ont eu des histoires. Après, ils se sont séparés. Je suis à la maison et il vient : « Beberto, tu viens, tu vas chanter ». Je lui ai dit : « Tu me vois chanter », « oui je t’écoute quand tu chantes. » Alors, je suis allé. Ils m’ont testé et cela s’est bien passé.
Cela c’était « Deze Bongenge » et j’ai commencé avec eux et on a fait un premier concert. Alors, je te dis, je flippais comme je ne sais pas quoi. Mais cela s’est bien passé. Après « Deze Bongenge », je suis allé dans un groupe « Bakulaka C. Likolo » et là, cela a pris une autre ampleur parce que ce groupe, ça tournait bien. Ca, c’était en 1982.
Non, non déjà avant « Bakulaka C. Likolo », j’ai joué dans Las Vegas. Là, je ne suis pas resté longtemps, parce que l’ambiance ne me plaisait pas. C’est comme cela que je suis allé à « Bakulaka C. Likolo ». J’ai dû arrêter un peu la musique, parce que c’était le temps des responsabilités. Je ne me voyais pas faire la musique - que tu gagnes pas - et tu as des enfants. Je ne veux pas, je suis allé dans d’autres choses.
Après « Bakulaka C. Likolo », en 1990, là on a fait des GStars. Cela a fait deux ans et, après, je suis parti en Angola. Quand je suis arrivé en Angola, j’ai joué en Mix 117. C’était aussi bien, après c’était l’Europe.
Après c’était l’Europe, la Suisse et en 1999, tu fondes le groupe « Ingwhala » avec lequel tu joues toujours d’ailleurs. Quel a été ton parcours avec « l’Ingwhala » ?
Avec l’« Ingwhala », c’est un peu le parcours du combattant, parce que quand je suis arrivé, c’était le rock. Alors, moi je n’ai jamais fait le rock et voilà le rock. Comment je vais faire ? Le gars qui jouait, il jouait et c’est comme cela que s’est fait la septième chanson de l’album, à partir de cette musique-là. Après, il y a des gens qui arrivent, qui partent et après, c’est « Giloutou » qui est arrivé et cela a changé complètement. Le début d’« Ingwhala » jusqu’à aujourd’hui, cela n’a plus rien à voir. Là, on est plus Africain, on fait du Word.
Justement, tu as quand même une passion pour le rock. Tu aimes beaucoup le rock, c’est influencé. Est-ce que maintenant tu joues toujours un petit peu cette musique ? Il y a quand même des influences dans « Ingwhala » qui sont restées ou vous êtes complètement partis sur une musique africaine ?
Non, on a bifurqué à nonante degrés, puisque il n’y a pas de rocker dans le groupe et c’est le côté africain.
Une grande motivation pour le groupe, tu allais au local à pieds, 20 minutes de marche, tu répétais jusqu’à minuit, tu travaillais - tu te levais à 4h du matin - pour aller travailler dans les tunnels. Raconte-nous un petit peu cette période.
Alors, je me levais à 4h pour aller à 5h travailler dans les tunnels ici même à Saint-Aubin. Après, je sortais et là directement, c’était la répétition. Je me couchais à minuit, le temps que je prenne la douche et le lendemain, c’était pareil. La routine un peu.
Pendant cette période aussi, tu fais la connaissance des « DWuy » et Tifaine. C’est là tout d’abord que tu enregistres un album avec Ingwhala et, tout à coup, tu décides de faire aussi une carrière solo. Qu’est-ce qui t’a décidé à faire cette carrière ?
L’album solo, c’était un peu la révolte. C’est le début d’Ingwhala, comme on faisait plus du rock et cette musique-là, ce n’est pas moi qui l’ai faite. C’est les autres qui venaient avec la musique, moi j’étais un peu parolier. Tout à coup, avec la culture africaine, ça ne joue pas avec cette musique-là, alors on veut faire autre chose. Alors, cela m’avait fait un peu mal et ces chansons qu’on faisait là-bas, moi, j’avais tout gardé. Je me suis dit : « Moi, je vais sortir ces chansons » et c’est comme cela que j’ai eu cette idée, cet album est parti. La musique était déjà faite à l’époque.
Je crois savoir qu’en Afrique, on a une façon un petit peu différente de composer qu’en Europe ?
Oui. En Afrique, c’est des chanteurs qui ramènent des chansons déjà faites et les instrumentistes, ils suivent. Mais ici, par contre, c’est le contraire. C’est l’instrument avant et la chanson, ça vient après. Mais ici aussi, un truc que j’ai remarqué, c’est que les gens ne supportent pas de se faire engueuler. Dès que tu élèves la voix ou que tu dis non ou ce n’est pas bien, le mec est vexé tout de suite. Mais en Afrique, ce n’est pas comme cela. En Afrique, c’est comme à l’armée. Parfois, vous avez quelqu’un qui vous arrange avec les bâtons, tac. C’est un peu cela et ce qui est bien aussi en Afrique, des gens qui viennent vous voir répéter. Ils ne sont pas des musiciens, mais ils ont l’oreille. Dès que cela ne va pas, tout de suite… - supposons l’exemple à Papa Wemba - quand il répète, Papa Wemba, il ne dit rien. Mais c’est des fanatiques qui sont là et ils jugent tout, non, non ce n’est pas comme cela, non tu ne chantes pas bien. Le mec, il n’est pas chanteur, mais il s’y connaît. C’est simplement la différence.
Disons qu’en Afrique, c’est plus une façon de vivre. Vous avez vraiment envie d’en faire un métier. En Europe, c’est plutôt un passe-temps. Tu as ressenti les choses un peu comme cela ?
Oui. Je l’ai senti un peu comme cela, parce que les gens y viennent au local ici, plus fumer, se passer le temps. Mais, en Afrique, les gens voudraient bien vivre de cela et devenir star. C’est un peu cela. Ici, on est là, on est là. Ca marche, ça ne marche pas et moi, j’ai mon boulot. Ne me casse pas les pieds avec cela, c’est comme cela. J’avais vu un truc à la Case, c’était les « Mayglatters », je crois. Auguy, il répétait avec eux et le bassiste là - Auguy essayait de lui expliquer, le mec il a pété les plombs, il a pris sa basse et s’est cassé. Après, je ne sais pas, il a eu une réflexion, parce qu’ils étaient en désaccord au milieu. Non, ce que tu fais ce n’est pas juste, il faut aussi ça. Après, le mec il est revenu. Là, il s’est vraiment concentré, quand il a maîtrisé le truc et il a rajouté ses trucs, c’était vraiment beau. Il était content après. Mais toujours le départ, là, les gens ils n’acceptent pas trop les reproches. Ca c’est interdit, je l’ai remarqué ici.
Tu as rencontré Auguy Lutula, qui est très connu au Congo et qui a joué avec Kester notamment. Comment s’est passée votre rencontre ? Comment vous vous êtes rencontrés, depuis le pays, vous vous connaissiez déjà ?
Auguy, moi je le connais comme tout le monde déjà à la télé. Auguy, on le voyait à la télé, dans des cassettes vidéo. Auguy Lutula, ici on le voit comme cela, mais au pays, c’est un grand monsieur. Tu ne peux même pas l’approcher comme cela. Auguy, la rencontre ici, cela s’est fait par hasard. Ils sont venus répéter dans notre local et lui, il était là. Je ne savais même pas que c’était lui. Après, quand ils ont fini la répète, il m’a dit : « Toi, tu as un groupe et moi je suis là et tu ne m’appelles même pas ». J’ai dit : « Moi, je ne sais pas, je ne veux pas d’histoires avec les autres. Non, non, moi je joue avec tout le monde. » C’est comme cela que c’est parti avec Auguy. Mais, depuis qu’on a connu Auguy, on a fait de sacrés progrès, parce que lui connaît plus que nous. Il connaît beaucoup.
Et bien sûr, vous faites des tas de concerts. Est-ce que cela marche bien, est-ce que le public est attentif à ce que vous jouez ?
Oui, mais je remarque un truc : chaque fois que l’on fait tout ce qui est genre « soukou », franchement cela marche bien. Mais là, on essaye de développer un autre système acoustique, juste une guitare, la cloche et puis des congas, c’est des petites percus et ça, je trouve qu’à l’avenir, ça donnera bien. Ca marche, tu vois, c’est peut-être deux voix que l’on fait, je ne sais pas. Ce n’est pas la même chanson de chanter qu’ici, on fait des chants déjà un peu…Nous on appelle ça là-bas « des jeux de chants ». Un chante, l’autre arrête, il y en a qui vont, l’autre revient et parfois, il y a celui qui chante normal, l’autre qui vient en contretemps. Cela fait un peu spécial.
Justement, les rythmes africains sont très différents de ceux d’Europe. En Europe, on est plutôt quatre-quatre et vous en Afrique, c’est une autre sorte de temps. Vous jouez plus à contretemps.
Il y a aussi du quatre-quatre. Mais ici, moi, je ne sais pas… peut-être que je me trompe, mais je vois plus le contretemps-sirta ici. Et c’est ça qui fait aussi l’Européen, quand il danse, il danse toujours à contretemps.
Et je pense qu’avec Auguy, vous avez envie d’enregistrer un nouvel album. Est-ce que c’est déjà en préparation, avez-vous déjà des projets ?
Oui, on a des projets. Mais on va déjà commencer à faire un démo pour chercher un producteur, puisqu’on n’a pas. On se démerde tout seul. Pour envoyer dans des festivals comme Nyon, c’est un peu le gros truc. On tourne un peu sur la région, mais on n’a pas vraiment un truc présentable, mais d’ici là, on va le faire.
On est maintenant en été. C’est toujours la saison des festivals, c’est la saison de la musique. Est-ce que vous allez tourner pendant cet été, avez-vous des concerts prévus ?
Oui, en été, on fait pas mal de concerts. Hier, on a joué à Yverdon. Il y a encore des concerts qui viennent. Le 1er juillet, on est à la Case, le 23 juillet, on est à Fribourg. Voilà pour l’instant, c’est cela qui nous reste, mais on a fait pas mal maintenant suivi.
Alberto, future star ?
Je ne sais pas. L’avenir nous le dira.
L’avenir nous le dira et comme tu le dis si bien : « Petit à petit, l’oiseau fait son nid. Le chien aboie, la caravane passe, Dangezali ». Merci beaucoup d’être passé, Alberto, et j’espère à une prochaine.
Ok ! À une prochaine.
Interview réalisée par Patrick Perret
Texte retranscrit par Françoise Berthod