Monsieur Georges Grillon : Buskers Festival

 

 

Monsieur Georges Grillon, bonjour.

Bonjour.

 

Alors voilà, 17ème festival, l’aventure continue.

Oui, c’est toujours aussi captivant, toujours aussi intéressant d’amener des gens, des musiciens du monde entier dans notre magnifique ville, dans notre zone piétonne.

 

Une petite question peut-être toute bête, que signifie « Buskers » ?

Alors en Anglais, parce que les Américains ne connaissent pas : to busk, ça veut dire : « faire la manche ». Donc, c’est ceux qui mettent le chapeau pour avoir de l’argent. Mais ce n’est pas moi qui ai inventé ce nom, il y a beaucoup de festivals à travers le monde, au Canada, à Singapour, évidemment dans les pays anglophones d’Europe, un peu partout, il y a des festivals buskers. Et comme moi, je n’ai pas beaucoup d’idées pour trouver des noms, je l’ai piqué à ceux qui m’ont inspiré l’idée de ce festival en leur demandant s’ils étaient d’accord.

 

Cela signifie autrement dit que vous n’avez pas besoin de les payer comme un programmateur dans un autre festival ?

Non, effectivement. Tout le reste est pris en charge, les frais de déplacements, la nourriture, le logement. Mais au niveau des cachets, ce qu’il faut savoir, c’est que quand on a commencé, c’était rare qu’il y ait ce genre de festival. Moi, quand je suis allé voir ça en Italie, à Ferrara en 1989, je n’avais jamais entendu parler d’un festival comme celui-là. Maintenant, les groupes qui se produisent ici, il y en a beaucoup qui se produisent tout l’été à travers des festivals européens de ce type-là et de temps en temps, ils sont dans un festival entrées payantes ou organisé par une ville sur une scène et ils sont rémunérés. Mais beaucoup passent l’été de cette manière-là.

Il y a des musiciens qui doivent gagner leur vie et il y en a d’autres. Moi, je regarde quand j’étais adolescent ou début adulte, ce qui m’intéressait c’était de voyager. Je n’étais pas musicien, mais maintenant ici l’avantage des musiciens, c’est qu’ils peuvent voyager tous frais payés et gagner un petit peu d’argent, passer les vacances comme cela. Il y en a aussi.

 

Seize groupes, près de soixante artistes, comment vous faites pour les trouver ?

Il faut dire que cela fait un certain nombre d’années que je suis dans ce métier. Donc, j’organise des tournées de groupes, j’organise des concerts de musique du monde. En fait, cela a démarré pour les Neuchâtelois qui se rappellent avec « Plateau Libre ». De 1982 à 1993, on avait six soirs par semaine des groupes qui jouaient. Et en 1990, quand j’ai décidé de faire ce festival, je me suis rendu compte qu’il y avait des groupes que je ne pouvais pas mettre à « Plateau Libre », parce que ce n’était pas vraiment le style. Et j’ai bifurqué enfin, certains groupes de musique mongole, de musique du monde sur la rue. C’est un petit peu comme cela qu’a débuté, en plus, c’est des musiques qui me correspondent, c’est vraiment des musiques que j’aime que je propose ici. Étant dans ce travail, j’ai le privilège de voir des musiciens un peu partout. Je voyage aussi, je reçois plein de vidéos, de cassettes et tout. J’ai des coups de cœur et le privilège que j’ai, je peux les inviter ici et faire découvrir aux autres ce que j’ai découvert. Si je voyage dans un pays et tout à coup, il y a un groupe par hasard, je ne vais pas pour prospecter, quand je voyage, je voyage pour mon plaisir. Forcément, j’ai toujours des liens avec la musique. Le luxe, c’est que je peux dire à des musiciens que j’ai rencontrés : « Venez pour trois semaines en Europe. Je vous organise une tournée ».

 

Si je vous dis que j’ai l’impression que d’années en années, la qualité monte de plus en plus, je me trompe ?

C’est une impression que l’on a. Disons, ce que je dirais surtout, c’est que chaque année, je suis surpris de la qualité des groupes. Et c’est vrai, quand je discute avec les musiciens, ils me disent : « Oui, c’est vrai en tout cas, tu as des musiciens d’un très très bon niveau, d’un haut niveau. » Et c’est surtout quand on se rend le plus compte de cette qualité, c’est quand on est à la Maison du Concert le soir, à partir de 23 heures. Là, les groupes ne jouent pas nécessairement le répertoire qu’ils jouent dans la rue, parce qu’il faut accrocher les gens dans la rue. Tandis que quand on a une salle devant soi, on peut aller dans plus de nuances, dans des choses peut-être un peu plus difficiles et là, on voit vraiment la qualité des groupes. Mais c’est vrai que c’est un festival d’années en années qui a une très très grande qualité.

 

Vous avez le sentiment aussi que le public neuchâtelois s’y est habitué et qu’il ne pourrait presque plus s’en passer ?

Cela, il faut leur demander. Mais c’est vrai que souvent les gens me disent : « C’est quand ? » C’est devenu quand même le rendez-vous de la fin des vacances, ça c’est sûr.

 

Une chose que je trouve intéressante. Vous me dites dix-sept éditions. Dix-sept éditions, cela fait que par exemple, ma fille qui a seize ans. Elle a commencé à voir le Buskers festival à trois mois, ses copains aussi et ses copines. Et maintenant, ils ont découvert le festival de l’extérieur. Maintenant, certains de ses amis jouent dans le groupe « Dilemme Cornélien ». Il y a plusieurs groupes de la région qui jouent dans ce festival qui ont été, en tant qu’enfants ou adolescents ou pré-adolescents qui ont aimé ce festival et qui maintenant, si vous prenez, on l’entend en bruit de fond peut-être, Napoléon Washington. Napoléon Washington, lui, c’est un gars qui était musicien, qui a joué à « Plateau Libre » du rock. Il était concierge à « Plateau Libre » pendant un certain temps.

Ceux qui l’accompagnent, notamment Raphaël Pedroli, eux ils ont toujours beaucoup aimé le Buskers Festival. Là, ils ont formé un groupe alors qu’ils ne jouent pas ensemble habituellement, mais ils ont formé un groupe pour venir au Buskers Festival. Et ça, je trouve que c’est magnifique que les musiciens de « Dilemme Cornélien », ils répètent depuis des mois en se disant , parce que moi, je leur demande, écoutez, vous venez, vous ne faites pas ce que vous faites sur scène ! Je ne veux pas un concert sur scène, sonorisé, etc. Vous l’adaptez à la rue. Et ils bossent pendant des mois. Akamassa est venu je crois il y a deux ans, Junior Tshaka maintenant. C’est tous des gens qui bossent dans la perspective de ce festival.

Junior Tshaka par exemple, ils jouent ailleurs aussi. Mais c’est devenu aussi pour les musiciens de la région, un moyen de se dire : « Voilà cet été, qu’est-ce que l’on va faire ? Il faut que l’on gagne notre vie, les clubs sont fermés, etc. les leçons on ne peut plus en donner, parce qu’il y a les vacances. Donc, trouvons une autre formule. »

Une des applications de cette formule, c’est le Buskers Festival de Neuchâtel, mais il y en a d’autres.

 

 

Simon Gerber, bonjour.

Bonjour.

 

Quelle surprise de vous voir ici à Neuchâtel dans un tel festival ?

Alors, on est partout où c’est sympa. Non, non c’est vraiment chouette un festival comme cela. J’avais déjà joué l’année passée et là je reviens avec plaisir.

 

Cela change un petit peu de la tournée que vous venez de faire avec le Bel Hubert et Sarclo, c’est juste cela ?

Oui, cela change un peu bien sûr. Mais disons que je fais pas mal de choses différentes, et là, c’en est une de plus. C’est des occasions assez… tant qu’il fait beau, c’est génial. C’est de belles occasions de faire de la musique dans un autre contexte que ce que l’on fait d’habitude sur des vraies scènes, dans de vraies salles et tout.

 

Extra et merci pour tous ces compliments sur ce festival et l’on va vous écouter tout de suite.

Avec plaisir.

 

À bientôt.

À bientôt.

 

 

Interview réalisée par Jean-Pierre Lambert

Texte retranscrit par Françoise Berthod