M. Cesar Evora : Journées enfantines

 

 

Amis téléspectatrices et téléspectateurs, bonjour. J’ai à mes côtés, un nouveau collaborateur arrivé de fraîche date, c’est Cesar Evora.

Bonjour Alain, bonjour aux téléspectateurs. Et je vous remercie à tous de m’avoir accordé cette ouverture afin de pouvoir présenter l’Organisation Neuchâtel Humanitaire aux habitants du Littoral neuchâtelois.

 

Avant de présenter l’organisation Neuchâtel Humanitaire dont tu es une cheville ouvrière, tu pourrais peut-être situer pour les non géographes, les îles du Cap-Vert, c’est-à-dire ton lieu d’origine.

C’est des îles qui furent découvertes en 1450, par là autour, par les Portugais. Iles qu’ils trouvèrent inhabitées et peuplées par les Portugais et petit à petit, il y a eu l’arrivée de nos ancêtres côté africain qui sont arrivés, due à l’esclavage et après on est parti au Brésil. Donc, on connaît bien toute cette épopée tragique de l’histoire de l’humanité et au Cap-Vert, quand même, ils avaient pu trouver un havre de paix où par la suite, la société est restée métissée et le pays a subi entre parenthèses, une présence portugaise de cinq siècles. Bien entendu, juridiquement, le pays avant l’indépendance pouvait prétendre, le Portugal plutôt, pouvait prétendre garder le Cap-Vert étant donné que juridiquement, ce pays pouvait encore leur appartenir étant donné que c’est les Portugais qui l’ont occupé.

 

Je crois que c’est important de parler du Cap-Vert, parce que tu lances quelque chose pour les enfants du Cap-Vert en fait. Quel est le problème pour les enfants susceptibles d’être scolarisés au Cap- Vert ?

On voit que partout dans ce monde souffle un vent, plusieurs vents plutôt. Des vents. Tout le monde suit le vent, mais il y a un vent auquel nous pensons qu’il faut bien suivre, c’est le vent avec l’esprit de solidarité, de partage, d’entraide. Et les îles du Cap-Vert, quand tout le monde va en Afrique, entre autres, donc les îles du Cap-Vert, nous constatons sur place qu’il y a péril en la demeure dans beaucoup de domaines.

Bien avant le Cap-Vert, j’ai pu, dans un premier voyage…

 

Tu t’es occupé de la Jamaïque, je crois ?

Exactement. C’est l’origine, la genèse de cette vocation humanitaire. Lors d’un voyage en Jamaïque avec des amis musiciens du Heart Big Band en 1988.

 

D’accord.

Arrivé en Jamaïque, moi j’avais comme bagages que vingt kilos de matériel scolaire pour les petits Jamaïquains et arrivé sur place, à l’aéroport, on me demandait de dédouaner. Il fallait payer la douane. Alors, entre guillemets, j’avais dû corrompre l’officier de police. J’ai fait appel à lui. Il est venu et je lui ai demandé : « Voilà, M. l’agent de police, tout ce que j’ai ici. Tout ce que j’ai ici, c’est pour distribuer aux enfants des rues ici en Jamaïque. Alors, si vous avez des enfants, je vous prie de prendre aussi quelques-uns pour vous. » Chose faite, tout de suite et la porte sortie de l’aéroport avec tout le matériel scolaire pour les enfants de la Jamaïque s’est ouverte. Voilà où ça a commencé.

 

Cela a démarré. Tu continues donc dans le cadre des îles du Cap-Vert et outre du matériel scolaire que tu collectes, je pense, dans le canton de Neuchâtel principalement, voire ailleurs, tu vas organiser, tu es en plein dedans, une manifestation du 27 au 30 décembre à Pierre-à-Bot, qui est basée justement sur la solidarité entre enfants, ethnies, religions et même philosophie, ce qui est beau. Est-ce que tu peux nous en parler ?

En 2001, lorsque mon ex-femme et moi avions fondé l’Association récréative et culturelle pour enfants et adolescents ARCHEA, c’était avant de changer de nom, c’était trop long, nous avions pensé tout de suite à une chose, faire du porte à porte. Aller voir les gens, leur exposer notre démarche, présenter nos démarches dans les associations de quartier, etc. et ne jamais demander un centime à qui que ce soit pour pouvoir aider les autres. À savoir que nous demandons et jusqu’à présent, nous espérons, notre philosophie de continuer à ne demander que du matériel scolaire. Un enfant qui a un crayon, un stylo, une gomme et un cahier, c’est une arme pour sa propre révolution intellectuelle et sociale. Donc, nous recherchons toujours à travers des camps, à travers des animations socioculturelles que nous mettons sur pieds avec peu de moyens, étant donné que l’organisation Neuchâtel Humanitaire ne dispose pas de cotisant, personne. À partir du moment où une personne a donné un cahier, un crayon, il est membre à part entière de l’Organisation Neuchâtel Humanitaire.

 

Et maintenant, tu dis manifestation socioculturelle. Il y en a une qui se présente incessamment, c’est-à-dire du 27 au 30 décembre, tu peux peut-être nous expliquer ce qui est prévu.

Oui. Donc ceci est un projet que nous mettons en route tous les deux ans puisque nous n’avons pas de moyen du tout pour mettre chaque année. De même que les camps de musique que nous faisons. C’était le premier que nous avons fait, c’était en 2001. Et voilà, les troisièmes journées enfantines qui ont lieu cette année grâce à la collaboration de la ville de Neuchâtel qui, dans le passé, nous octroyait la gratuité des locaux. Bon. Cette fois-ci, ce n’est pas le cas, mais c’est déjà presque gratuit. On nous offre une location humanitaire et nous allons développer durant quatre jours, de dix heures du matin à seize heures, diverses animations. Les diverses animations seront dans l’ordre de l’animation socioculturelle qui sera un peu plus portée vers la valeur de l’eau sur terre.

 

Il y a la thématique alors…

Oui, il y a la thématique à travers la vidéo socioéducative et où les enfants pourront voir à travers des petites vidéos de dix minutes le quotidien d’une goutte d’eau en pays africain. Et il y aura aussi de l’animation pour ceux qui aimeraient faire de la percussion, de la musique, ainsi que des contes du Cap-Vert et des jeux de société d’ici et d’ailleurs.

 

Est-ce que je me trompe si le Père Noël ne sera pas évoqué dans les contes typiques du Cap-Vert, vu la période ?

Vu la période, cela serait très bien. C’est une chose que l’on peut improviser avec les enfants, étant donné que l’improvisation, c’est dans l’âme de tous les enfants.

 

Exactement.

Donc, on pourra quand même… J’essaierai d’y penser.

 

Le Père Noël capverdien, oui. Maintenant sur un autre plan, il y a toujours le chemin classique, c’est-à-dire le parrainage et moi, il y a quelque chose qui me titille parce que ça fait bientôt vingt, vingt-cinq ans que je n’ose pas franchir le pas, c’est-à-dire me lancer en pays africain ou ailleurs pour donner un petit coup de pouce là où c’est possible. Tu parles de projet éducatif, alors c’est quoi ? Ca signifie que la personne reste sur place et fournit de l’argent et demande que l’on fasse ceci. Tu peux préciser, parce que ça m’intéresse.

Dans le pays de l’intervention, donc la République du Cap-Vert d’où je suis moi-même originaire, l’éducation se porte très bien. Nous avons une chance en Afrique où le niveau d’éducation du Cap-Vert est parmi l’un des meilleurs. Ceci est dû à la bonne formation des enseignants capverdiens.

 

Qui sont en suffisance ou pas ?

Non. Il n’y en a jamais assez. Mais la qualité par rapport à d’autres pays africains, on était indépendant dans le Cap-Vert, indépendant le 5 juillet 1975, la qualité de l’enseignement se porte à merveille. Simplement ce qu’il nous manque, c’est du matériel. C’est le matériel étant donné que nous sommes un pays du Tiers monde, il nous manque beaucoup beaucoup d’infrastructures, mais nous ne demandons pas à quelqu’un qui aimerait aller là-bas d’y aller avec de l’argent, mais avec des idées et du matériel.

 

Donc, c’est ça le projet éducatif, idées et matériel.

Idées et matériel. Avec ça on peut travailler là-bas. Bien sûr, si quelqu’un arrive avec un million et veut le mettre à disposition de l’humanitaire, bien sûr qu’il y aura beaucoup de châteaux à construire pour les petits capverdiens pour qu’ils puissent bien travailler à l’école.

 

Bien sûr. Petite question qui m’a intrigué aussi au niveau des documents que j’ai consultés, il n’y a que ton nom. Alors tu pourrais peut-être juste nous dire en quoi consiste ONH.

C’est une organisation non gouvernementale, ce n’est plus une association. Nous ne travaillons pas dans le cadre associatif, donc toute personne est membre de notre organisation à partir du moment, comme je l’avais dit tout à l’heure, si quelqu’un offre un cahier. Un enfant ou une personne adulte ou âgée, toute personne qui a offert, qui a donné un cahier est automatiquement membre.

 

Alors cela veut dire par exemple qu’il reçoit un bilan annuel des activités ou est-ce qu’il y a un suivi pour celui qui est considéré comme membre ?

Oui. Nous ne publions pas de bilan. Nous montrons ce que nous faisons car on n’a pas d’argent, pas de comptes. On reçoit les cahiers et quand on les achemine aux îles du Cap-Vert, il faut bien une preuve aux gens qui ont donné du matériel scolaire.

 

Exact.

Et cette preuve, elle vient sous forme audiovisuelle et sous forme de photos. « Voile sans frontières » Suisse, qui est notre transporteur officiel qui part depuis Neuchâtel, les bateaux sont basés à Marseille et c’est eux qui nous transportent le matériel scolaire et c’est sous leur responsabilité que se fait la distribution…

 

De ce qui a été récolté.

De tout ce qui part de Neuchâtel. Et avec ça, quand ils reviennent, « Voile sans frontières » nous fait un bilan, un procès-verbal de la mission, plus des photos, plus des extraits de radios, etc. où ils ont été accueillis. Ils supervisent donc toute distribution depuis trois ans que nous collaborons ensemble.

 

Sans aucun problème, sans réclamations. Cela a toujours parfaitement fonctionné.

Parfaitement fonctionné. Ce qu’ils nous demandent, c’est une participation aux frais de mazout du bateau, à savoir au minimum soixante francs et maximum cent francs par année.

 

Donc, c’est tout ce qu’il y a de plus correct. Les petits Capverdiens sont-ils informés de ce qui se passe ici ? Est-ce que l’on ne pourrait pas envisager par exemple, on va me dire que c’est deux mondes différents, mais il y a des classes suisses alémaniques qui viennent en Suisse romande et l’inverse se fait aussi. Est-ce que l’on ne pourrait pas envisager tout d’un coup qu’une classe du Cap-Vert vienne en Suisse un mois ? Est-ce que tu as déjà entrepris des démarches dans ce sens-là ?

Ok, cela ne poserait pas de problème, mais il y a quand même un petit obstacle, c’est la langue. Nous nous occupons de l’école primaire. On ne va pas plus haut.

 

Donc primaire, cela correspond à quel âge ?

Primaire, dès la sixième année. Dès que l’enfant a six ans, il entre à l’école primaire. Les écoles enfantines existent mais pas partout. Donc les enfants sont lusophones, ils parlent portugais. Ils ne peuvent pas encore venir ici pour s’exprimer en français avec leurs camarades suisses. Mais il y aurait possibilité de discuter autrement, à travers des photos, à travers des dessins, des concours de dessins.

 

Justement, est-ce qu’il y a interaction avec des classes ?

Pas encore.

 

Pas encore.

Parce que jusqu’à présent, nous avons focalisé notre aide, notre objectif sur le direct, le plus urgent. Donc, c’est d’apporter du matériel scolaire qui est là-bas distribué soit chez les Capucins qui furent choisis cette année pour recevoir cent cinquante kilos de matériel scolaire ou des fois dans les écoles de montagnes. Dans les zones urbaines, cela va très bien. Mais c’est dans les zones de montagnes où là, il y a encore beaucoup d’écoles sans toit, des élèves qui travaillent coude à coude, serrés dans une classe qui pourrait contenir ici vingt, dix-huit enfants. Là-bas, c’est cinquante, soixante enfants.

 

D’accord.

Et les enfants gomment une page. À force de gommer la même page du cahier, le cahier finit par se trouer. Et les enfants réussissent leur certificat d’étude primaire élémentaire comme ça.

 

Moi, j’ai enseigné pendant allégrement vingt ans. Il me vient une idée, je constate d’ailleurs les effectifs que j’avais. J’avais allégrement entre dix et vingt pour cent d’élèves portugais. Pourquoi ne pas les solliciter justement dans le cadre d’un échange ? C’est une idée comme ça que je te propose ?

Tout à fait. Cela fera partie de nos projets d’avenir, car c’est énormément plein de travail déjà de faire la collecte du matériel scolaire, d’organiser des camps, d’organiser des journées enfantines, de faire des contacts, d’écrire des lettres, des photocopies dont je remercie au passage le Bureau des délégués aux étrangers à Neuchâtel qui nous donne accès à un travail de bureau et où nous avons tout le dossier, l’historique, la genèse de l’organisation Neuchâtel Humanitaire se trouve là-bas. Autrement, je ne pourrais pas… c’est des frais.

 

C’est des frais. Bien, je crois que l’on a fait le tour, je le suppose, à moins que tu aies une petite chose à rajouter.

Oui. Il faut bien dire que les enfants qui viendront à ces journées enfantines à Pierre-à-Bot verront dans le programme qu’il y a quatre repas, diverses animations. Ils ne sont pas obligés de venir avec de l’argent pour payer. Si un enfant n’a pas d’argent, si ces parents ne peuvent pas payer le minimum de nonante francs, il peut venir au moins avec un cahier même usagé, c’est participer à une éducation pour tous.

 

Je crois que c’est le plus bel appel que l’on puisse lancer et je souhaite ardemment que ça se passe très bien et que le climat soit clément, bien que l’on se trouve en plein hiver à ce moment-là. Bonne chance. Merci.

Merci.

 

 

Interview réalisée par Alain Sunier

Texte retranscrit par Françoise Berthod