G-ARABIAN Ranch : Équitation
western
Pierre Gumy
« Nous
sommes à Ponthaux dans le canton de Fribourg. Nous avons ouvert notre élevage
de pur sang arabe en 1978. Nous étions les premiers si ce n’est les premiers,
en Suisse romande et depuis là en 1981, nous avons décidé par conseil de
quelques personnes d’opter ou de diriger notre ranch vers l’équitation western
qui est l’équitation la mieux adaptée au cheval arabe. »
« L’équitation
western, c’est l’équitation du cow-boy des Etats-Unis, la manière de dresser
les chevaux à l’équitation de cow-boy et l’équitation western correspond, tout
ce que nous faisons comme jeux dans le paddock, correspond en fait au travail
du cow-boy. Un cow-boy doit pouvoir ouvrir une barrière à cheval, par exemple,
sans descendre. Il y a tellement de barrières dans les pâturages. Il doit
pouvoir passer un petit pont en bois parce qu’il y a énormément de petites
rivières, etc. ou alors reculer dans des endroits très étroits où là, on fait
passer une toile d’un tonneau sur l’autre, parce que le cow-boy doit pouvoir se
déshabiller, s’habiller sur le cheval alors qu’on sait que le cheval est
peureux. Il doit pouvoir s’habiller, se déshabiller sans que le cheval parte, voilà ! »
Est-ce que cela comprend aussi le rodéo
ou ce genre d’autres exhibitions qu’ils font aux États-Unis ?
« Nous
ne faisons pas ici de rodéo. Le rodéo, c’est une discipline qui s’est greffée
sur cette équitation western. C’est plutôt des jeux du cow-boy dans ces temps
libres, le rodéo. Ce n’est pas son travail. Tandis qu’ici, on a tout basé sur
le travail du cow-boy, c’est cela. »
Est-ce qu’il y a une association, est-ce
qu’il y a des règles, des règlements bien précis ?
« Il
y des règlements, donc il y a une association mondiale qui gère l’équitation
western. Nous devons répondre aux règlements des États-Unis ou du Canada et
ensuite, quand même, chaque pays est orienté un petit peu, oriente son
équitation comme il le pense. Mais nous devons faire absolument selon les
règles des États-Unis. Donc, tout ce que nous faisons en distance, en grandeur,
tout est basé vraiment sur les États-Unis et en Suisse, il existe une
association western qui est l’Association d’Équitation Western Suisse. »
Et des clubs comme le vôtre, est-ce
qu’il y en a beaucoup en Suisse ?
« Des
clubs comme le nôtre, ils ne sont pas très nombreux, parce que c’est quand même
une spécialité. L’équitation western reste une spécialité. Il y en a peut-être
un dans la direction de Lausanne, ensuite il faut aller vers Berne, Zurich etc.
Un petit peu plus connu en Suisse allemande quand même. »
Alors, comment ça se passe pour des
parents qui aimeraient voir leurs enfants faire de l’équitation, ils
s’adressent à vous et ensuite…
« Ils
s’adressent à nous et ils peuvent commencer ici. On a une quarantaine d’élèves
par semaine. Beaucoup d’enfants à partir de huit ans et là, on met une heure
fixe dans la semaine. Ils viennent à heure fixe. On ne prend pas plus que
quatre élèves à la fois. »
Est-ce qu’il y a besoin déjà de savoir
monter pour venir chez vous ?
« Absolument
pas. On peut partir de zéro totalement. Du reste, pratiquement tous nos élèves,
tous ceux qu’on a ici sont partis de zéro. »
Et ensuite, vous leur apprenez
tout ?
« La
palette qui est là-bas, c’est ceux qui ont déjà dix ans et plus d’expérience
ici.
On
a aussi fondé un club qui s’appelle « G-ARABIAN Ranch Club » et notre
but, c’est de cultiver tout d’abord l’élevage du cheval arabe, ensuite… c’est
d’abord le cheval arabe, ensuite l’équitation western et l’équitation de
randonnée, parce que nous faisons aussi de grandes randonnées à travers les
Préalpes jusqu’à huit jours, à partir d’ici. On a eu déjà des gens du monde
entier, là, qui sont venus. »
Barbara Matthey
« Je
donne les cours d’équitation aux plus avancés. Les débutants c’est plutôt
Pierre qui les donne et moi, je les donne aux avancés pour les techniques, pour
les finesses et tout cela. »
Pour tout ce qui est en rapport avec le
western ?
« Voilà,
exactement. Je suis partie trois mois aux États-Unis pour cela, c’était en
1995-96 parce qu’il me semblait que j’avais encore besoin d’apprendre plus de
techniques pour pouvoir enseigner après encore mieux à mes élèves. J’ai
commencé à monter ici j’avais dix-huit ans. J’ai commencé à prendre des cours,
parce qu’avant je faisais plutôt de l’équitation anglaise, mais très peu. Cela
ne me plaisait pas vraiment, mais j’aimais le cheval.
Là,
je suis devenue une passionnée du pur sang arabe en premier. J’ai vraiment aimé
ce cheval, et maintenant je suis vraiment une passionnée de ce
cheval arabe et je trouve que c’est l’équitation qui lui va le mieux.
L’équitation western justement, parce que c’est plus fin, plus doux pour le
cheval et je trouve qu’il se comporte très bien dans cette discipline. »
Qu’est-ce qui vous plait dans cette
équitation western ?
« C’est
justement la finesse. C’est qu’on est beaucoup plus doux dans la bouche, plus
doux dans les aides, dans toutes les aides qui sont les jambes, dans les rênes,
dans la bouche du cheval. On tire beaucoup moins, c’est beaucoup plus fin et le
cheval a plus de liberté. Le cheval arabe, c’est un cheval qui a besoin de
cela, qui a besoin de garder sa liberté. C’est un cheval qui est très fougueux
d’ailleurs quand il galope ; pendant le naturel, il est très fier, avec la
tête très haute et on leur demande de baisser la tête, mais c’est beaucoup plus
doux, disons. »
Cela n’a rien à voir avec le saut, le
saut d’obstacles ou la course ?
« Non,
pas du tout. Ca n’a rien à voir, pas du tout. C’est plus de finesse, plus
tranquille. Je trouve que ce cheval va bien pour cela. »
Et puis, on voit ici autour, il y a une
autre philosophie par rapport à des concours équestres ?
« Oui,
tout à fait. C’est vraiment, comment vous dire ça… »
L’ambiance. Il y a l’ambiance
cow-boy ?
« Oui,
voilà. Tout à fait, l’ambiance, la musique. Oui, c’est une autre philosophie de
vie. »
Concernant les enfants, c’est une bonne
occupation. Est-ce que c’est coûteux pour des parents d’envoyer les enfants
dans votre organisation ?
« Non,
on n’est pas très cher. On a fait des abonnements à onze heures. Si quelqu’un
veut faire une heure comme ça de temps en temps, on va faire trente francs de
l’heure, sinon c’est vingt-cinq francs de l’heure et sur l’abonnement, il y a
une heure gratuite en plus. C’est clair que c’est plus coûteux que si on a un
garçon qui fait du football, mais on a beaucoup de filles et je trouve que
c’est bien. Une heure par semaine, ce n’est pas si onéreux que cela. »
Cela pourrait peut-être faire peur à des
parents, parce que qui dit « western », on voit les cow-boys qui vont
très vite avec les chevaux, on pense aussi aux rodéos qui sont assez dangereux.
Je crois que cela ne se pratique pas, est-ce que c’est plus dangereux que
l’autre équitation ?
« Justement,
pas du tout ! On a plus de maîtrise du cheval avec la finesse. On veut
vraiment l’obéissance du cheval, mais tout en douceur et ça passe très bien et
les chevaux sont très réceptifs à cela. »
Charlotte Page
Depuis combien de temps est-ce que vous
faites du cheval ?
« Cela
fait cinq ans et demi. »
Pourquoi est-ce que vous avez choisi de
faire du western plutôt qu’autre chose ?
« Je
trouvais que les chevaux sont moins torturés qu’à l’anglaise. »
Quelles différences entre l’anglaise et le
western ?
« À
l’anglaise, on oblige le cheval à travailler, tandis qu’au western, on le
soumet. »
Il y a une relation plus douce entre le
cheval et vous ?
« Oui,
beaucoup plus qu’à l’anglaise. »
Vous dirigez le cheval aussi. Cela se
fait différemment ?
« Oui.
On utilise la rêne d’encolure, tandis qu’à l’anglaise, ils tirent. »
Là, vous utilisez très peu finalement le
… (ça s’appelle comment ça ?) les rênes et vous n’utilisez pas non plus la
cravache ?
« Non. On ne l’utilise pas. Cela n’existe pas en équitation
western. »
Vous le dirigez avec les pieds ?
« Oui.
Cela aide. »
Et vous allez faire les concours aussi
ou vous montez juste pour le plaisir ?
« Pour
faire des concours et aussi pour le plaisir. »
Il y a autant de filles que de garçons
ou plus de filles ?
« Il
y a beaucoup plus de filles que de garçons. »
Pour quelles raisons ?
« Aucune
idée. »
Peut-être parce que c’est un petit peu
moins violent que le saut ?
« Non.
Je ne sais pas. Pas forcément. »
Quand vous faites des concours, c’est mélangé ?
« Oui. »
Pas une catégorie pour les garçons, une
catégorie pour les filles ?
« Non,
c’est mixte. »
Donc, une fille a autant de chance qu’un
garçon de gagner ?
« Exactement. »
Marie-Noëlle Bruno
« Je
n’ai pas un brevet de juge, si vous voulez, déclaré international, mais je suis
enseignante donc, je peux aller juger des épreuves à l’étranger et pour des
centres qui démarrent un petit peu dans des premières épreuves. Après au gros
niveau, là je ne serais pas suffisamment, il faudrait que je fasse de
l’enseignement de juge avant, très fort. »
Cela fait déjà plusieurs années que vous
venez ici ?
« Oui,
je suis venue avec un collègue qui justement avait besoin d’une enseignante
pour les galops, pour faire passer les épreuves de premier galop dans votre
région, puis j’ai apprécié la gentillesse de M. Pierre Gumy, surtout ces
chevaux arabes que je ne connaissais pas suffisamment. »
Qu’est-ce qu’ils ont comme
particularité ?
« Alors,
ce sont des chevaux qui en principe ne sont pas spécialement montés en western
par chez nous en France. On a très peu d’élevages qui font de l’équitation
western et ici, j’ai surtout apprécié la qualité des montures, donc des sujets
de très très bonne lignée, qui sous la selle, avec des enfants, fonctionnent
très bien en western. »
On sait, on imagine comment sont jugés
les concours équestres, le saut. Mais comment jugez-vous là ce que nous allons
voir tout à l’heure ?
« C’est
d’après les règlements américains qui ont été traduits en France, bien sûr, et
si vous voulez, nous on a une base d’équitation western pour apprendre aux
jeunes justement et ensuite, suivant les disciplines, les jugements sont tout à
fait différents, parce que dans l’équitation western par rapport à notre
équitation classique, dans la même race, il y a
des différences entre le « pleasure » et le « reining ».
En fin de compte, il y a plein d’épreuves différentes. Nous, on a un avantage
sur nos chevaux quarters, c’est que nous avons des lignées spécifiques
« reining », des « versatility », alors que l’arabe, en fin
de compte, c’est pour ainsi dire la même lignée qui fait toutes les
disciplines. C’est un petit peu plus difficile. »
À partir de quel âge, on peut faire des
concours ?
« Aux
États-Unis, il y a des « youth » qui concourent avant l’âge de la classe
de douze ans. Ensuite, c’est douze, dix-huit ans. »
Beaucoup de filles semble-t-il, ou c’est
spécial ici ?
« Non,
non. Je pense que dans tous les pays, les filles s’intéressent beaucoup plus à l’équitation
que les garçons. Par contre, quand les garçons s’intéressent, alors là, ils
sont très bons tout de suite. Ils sont très sportifs. »
C’est aussi un sport où, un peu comme
dans le saut, hommes et femmes sont mélangés ?
« Tout
à fait. Même arrivés à un certain âge avec une équitation qui au départ est
pour le travail et qui s’est transformée pour le loisir. C’est une équitation
surtout basée au départ, chez nous en Europe, sur la sécurité tout en étant une
équitation de travail. Vous pouvez aller travailler le bétail, mais la partie
enseignante, ma partie à moi, ma première partie, c’est la sécurité à cheval.
Ce qui m’intéresse aussi chez Pierre, c’est cela. La sécurité, vouloir
progresser avec ses élèves. Et au final l’équitation western, ce n’est qu’une
équitation où l’on veut faire progresser le cavalier avec sa monture dans
l’harmonie du couple, cavalier et cheval et dans un but aussi un petit peu
américain western, de liberté, de grands espaces. Mais le cheval copain, le
cheval ami. L’arabe fonctionne très bien dans cette discipline. »
Il y a toute une philosophie autour.
« Il
y a toute une philosophie autour. À part les jugements, comme vous me parliez
au départ de jugements. Moi, je ne suis pas spécialisée dans les gros
jugements, parce que là, il faut être pointue dans toutes les nouvelles
règlementations. Mais par contre, ce qui m’intéresse, c’est justement tous ces
jeunes et moins jeunes qui se lancent vers une équitation loisirs avec le côté
feeling, vous voyez ! La passion du cheval, en fin de compte n’importe
quelle race, quand elle convient, l’équitation western. C’est-à-dire des
chevaux avec un potentiel de grande nervosité, mais qui savent se refroidir,
devenir calmes grâce à la passion en fin de compte entre les deux sur des rênes
longues. »
Et que pouvez-vous nous dire encore sur
le Centre où nous sommes ici ?
« Le
Centre, Pierre, en fin de compte quand je suis arrivée ici, j’étais étonnée de
ses capacités, puisque c’est un grand cavalier d’extérieur. L’arabe est un
cheval qui fonctionne très très bien en extérieur, qui est un bon montagnard.
Pierre m’a étonnée parce qu’il s’est intéressé au dressage gros niveau. En
général, quand vous faites de l’extérieur, de la randonnée, on est moins
cavalier fin, si vous voulez, parce que ce n’est pas la même clientèle. Ici, en
fin de compte, il y a une grande polyvalence. Il s’intéresse à la randonnée
sécurité, mais aussi à ce que ses cavaliers obtiennent un bon niveau. Donc,
j’ai la chance de venir ici deux fois dans l’année pour enseigner, mais aussi
pour juger.
Les
centres équestres n’ont pas beaucoup de moyens et quand on aime ses chevaux, on
voit tout de suite que la priorité de ce centre, c’est le bien-être des
chevaux. C’est la première chose que j’ai remarquée ici. C’est-à-dire qu’il a
sélectionné rigoureusement ses montures, d’abord par des grandes lignées.
Ensuite, c’est un homme de cheval, donc cela, ça se sent. Il est passionné
quand il vous parle et c’est un homme… c’est un couple, parce qu’il y a monsieur et madame. Ils se
priveraient. On voit que c’est les montures en premier, c’est ses chevaux et
ses clients. Je pense que sa grande passion et justement c’est ce qui
m’intéresse, de voir cette passion qui continue, parce quand on vieillit,
souvent on devient un petit peu plus difficile, un petit peu aigri et je vois
toujours une grande jeunesse, si vous voulez, de cette équitation.
En
général, les plus grands cavaliers ne se montrent pas et c’est cela que j’aime
chez Pierre et sa grande polyvalence. C’est très difficile d’être polyvalent
dans notre monde actuel. »
Emilie Goumaz
Vous avez déjà réussi de bons
résultats ?
« Oui,
ça va. »
Dans quelle catégorie ?
« Le
free style plutôt. »
Expliquez-nous ce que c’est ?
« On
se déguise. On prend une musique et on fait un parcours à cheval. »
C’est vous qui choisissez la
musique ?
« Oui,
et le déguisement, et le parcours aussi. »
Et le jury, sur quelles bases va-t-il
juger votre travail ?
« Cela,
je ne sais pas trop. On doit faire quatre exercices western. Je pense cela et l’originalité.
Je ne sais pas. »
Et votre habillement aussi je
pense ?
« Oui,
l’habillement. »
On se réjouit de voir cela tout à
l’heure. Merci.
Interview réalisée par Jean-Pierre
Lambert
Texte retranscrit par Françoise Berthod