Football américain : Neuchâtel Knights

 

 

Yves Longchamp

 

Depuis combien de temps pratiquez-vous le football américain ?

Avant cette équipe, cela faisait quatre saisons que j’avais commencé. J’ai dû arrêter par rapport à une petite blessure et je reviens ici pour ma nouvelle équipe et ma nouvelle saison. En tout, cela fait cinq. Cinq ans que je joue au football américain.

 

Vous avez pratiquez d’autres sports avant ?

Même pendant en fait. Je suis un grand sportif entre parenthèses. Je ne suis pas un sportif d’élite. J’ai joué pendant quinze ans du foot. J’ai fait du hockey, du football américain notamment par passion et beaucoup de vélo et de course à pieds, histoire de maintenir la forme.

 

Pouvez-vous comparez donc le foot  européen avec le foot américain ?

La comparaison n’est pas possible. Nous n’avons pas du tout les mêmes règles du jeu. Ce n’est pas du tout la même ambiance. Je trouve plus de solidarité dans un club de football américain où on se fait, entre parenthèse, mal à l’entraînement, où on souffre par des exercices physiques et où on souffre par des exercices de tacle qu’une équipe de football qui joue en fait très bien au ballon, mais qui n’ont pas forcément ces mêmes contacts physiques que nous, nous avons.

 

On dit en effet, ceux qui connaissent mal, que c’est un sport violent, un sport de combat ?

Je ne dirais pas un sport de combat, un sport violent, oui, pour les gens qui ne connaissent pas, qui ne connaissent pas forcément les règles et les tactiques de jeu. C’est vrai que pour un novice qui ne regarde pas forcément le jeu, c’est vrai que c’est des gens qui se rentrent dedans, qui courent et se rentrent dedans, mais derrière cela, il y a une tactique, il y a un jeu réfléchi. Malheureusement comprendra qui pourra. Si vraiment ils sont intéressés, on leur explique volontiers les règles du jeu, ce n’est pas un problème !

Maintenant la comparaison de sport de brutes, non. J’en qualifie un, de sport de brutes, c’est le football australien qui est vraiment… plus de règles. Cela, c’est vraiment un sport de brutes pour moi.

 

Un grand footballeur de foot américain disait que ça ressemblait aux jeux d’échecs.

Effectivement. Chaque joueur sait exactement la position qu’il a. Chaque joueur sait exactement quels gestes il doit faire à quel moment. C’est vrai que c’est une stratégie à mettre en place et c’est vrai que c’est tout à fait comparable à un jeu d’échecs. Si un pion joue mal, c’est que le roi est échec et nous c’est le « touch down » que l’on prend.

 

À partir de quel âge peut-on commencer ?

Il y a à partir de six ans, c’est le flag football, donc le football américain mais sans le contact. C’est simplement enlever les petits flags sur les côtés des enfants. On peut commencer très jeune, dès l’âge de six ans et nous, on intègre les gens pour le tacle, en les formant avant, dès dix-huit ans dans l’équipe première.

 

Il y a des équipes féminines aussi ?

Nous, pour l’instant, on n’a pas l’intention d’en créer, parce qu’on a pas mal de boulot puisque c’est notre première année. On se met en place. Effectivement, il y en a deux « Zürich Lightnings » et sauf erreur, les « Warriors » de Winterthur. Ne pas confondre avec l’équipe masculine. En tout cas, les Zürich Lightnings, je sais. Mais en Suisse, je n’en connais que deux.

 

À neuf ans, les parents peuvent envoyer leurs enfants. Là, il n’y a aucun risque de blessure ?

Non. Si ce n’est comme pour un sport normal. Les petites entorses de course, la cheville qui dérape. Non, il n’y a aucun risque de blessure. Comme c’est sans contact, c’est juste tirer le petit drapeau sur le côté et il n’ y a vraiment aucun risque pour l’enfant.

 

Par contre, là, ils apprennent déjà les principales règles ?

Effectivement, les règles, ils les apprennent. Ils apprennent aussi les tactiques, les techniques de bloc qu’ils mettront en pratique plus tard. Mais là effectivement, c’est un bon apprentissage et un très bon début pour commencer le football américain.

 

Ce qui m’a un petit peu surpris en regardant les entraînements de la part des entraîneurs ou des coachs, je ne sais pas comment vous vous nommez ?

Des coachs généralement, head-coach pour celui qui chapeaute le tout, autrement c’est des coachs diffence et offence, défense ou attaque.

 

Alors qu’on est à une époque où les jeunes ont de moins en moins envie d’obéir, ont de la peine à respecter les règles, les lois ; il me semble que vous avez une discipline qui est assez militaire ?

La discipline, on est obligé de l’avoir. Comme c’est un sport vraiment d’échecs, si les pions ne respectent pas les ordres du maître, c’est l’échec assuré. C’est pour cela qu’on leur impose, mais on les avertit au début que ce n’est pas forcément la vie de tous les jours où tout le monde va comme il veut. On essaye de les cerner et de les maintenir dans une certaine discipline pour que nous, on puisse les coacher comme il faut pour pas qu’ils se blessent, surtout pour qu’ils apprennent correctement à jouer, pour aller dans une future carrière, assez longue.

 

Donc, c’est un apprentissage de la vie un peu ?

Un peu. On peut comparer ça. Effectivement, on n’a pas du tout le même rôle qu’un parent, ça c’est clair. Mais c’est vrai qu’on leur inculque une certaine discipline de vie, surtout le respect d’autrui par rapport à ce sport où l’on se rentre dedans, où la nervosité vient vite. C’est vrai, on les calme, on les engueule quand ils font faux, mais c’est vrai. Cela marche, l’équipe est toujours là. On est toujours de plus en plus nombreux. Donc, je crois que c’est une tactique qui reste pratiquement plus à faire ses preuves. Elle est en phase d’application chez nous. Elle fait bien ses preuves en tous cas.

 

Cela pourrait presque être utile pour des jeunes qui n’ont pas eu tout à fait l’éducation qu’il fallait.

Oui. Mais comme je dis : «  On ne peut pas remplacer un parent », ça c’est clair. Maintenant, c’est vrai qu’on peut lui mettre un certain cadre de vie, une certaine structure dans sa vie par rapport à ce sport. Mais en dehors du sport, c’est clair, il fait ce qu’il veut ce jeune ! Mais c’est vrai qu’une fois qu’il est ici, il est pris en charge. Il a une structure, des règles à respecter et s’il ne les respecte pas, il sera vite mis de côté ou sorti du club.

 

Quelle est l’ambiance au sein du groupe à Neuchâtel ?

Franchement, c’est une très bonne équipe. C’est rare de voir une équipe qui n’a pas de tension en fait. Les gens, ils viennent. Ils se connaissent tous. Ils évoluent tous ensemble. Il n’y en a pas un qui essaie de surpasser l’autre. Ils sont tous bien. Ils respectent les dires du coach, ils appliquent les règles. C’est une très très bonne équipe.

 

Les principes de base du football américain fonctionnent bien à Neuchâtel ?

Tout à fait. C’est une bonne sauce…

 

 

Interview live (Président des Knights)

 

Un match assez dur, intensif. Deux équipes qui s’affrontent bien. On a peut-être un léger avantage qui est question surnuméraire. Mais bon, ils savent bien jouer en face. Ils ont des bons contacts, des bons plays. Ils ont une très bonne attaque, très bien organisée. On a une défense, un peu, nous, un peu passive, un peu endormie. Il faut vraiment qu’on se réveille, qu’on devienne plus agressif, plus démonstratif dans notre jeu de puissance et en attaque, il faut qu’on continue avec nos plays, nos courses qui leur font mal et surtout il faut qu’on les terrasse, parce qu’il faut gagner sur nos terres.

 

 

Jean-Louis Seydoux

 

Depuis combien de temps pratiquez-vous le football américain ?

Cela va faire maintenant huit mois. Je suis dans le club depuis le tout début, depuis la création. Donc, depuis le premier entraînement, je suis là.

 

Ce n’est pas un sport qui est très connu, pourquoi avoir choisi le football américain plutôt qu’un autre sport ?

Mais écoutez, c’est une très bonne question. Un jour, par hasard, un copain m’a montré un jeu de football américain. J’ai vu cela et j’ai tout de suite été, j’ai tout de suite croché et la passion, quoi…

 

C’est quand même un sport assez… les mauvaises langues disent que c’est un peu un sport de brutes, un sport violent, un sport de combat ?

C’est sûr, c’est le premier côté qu’on voit dans ce sport. Les gens se disent tout de suite : ça y est, ils sont le premier avis. Mais en fait, c’est un sport très très stratégique. C’est le sport le plus stratégique que je connaisse. C’est pour cela que je l’apprécie beaucoup.

 

On dit en effet, j’ai vu un grand champion américain de football qui disait que ça ressemble un peu au jeu d’échecs.

Je pense que oui. Il doit y avoir beaucoup de similitudes. Je ne joue pas aux échecs, mais c’est très très stratégique.

 

Les avants, les arrières, oui, ça discute sans arrêt la méthode à utiliser. C’est vrai qu’il y a beaucoup d’arrêts de jeu à cause de cela.

Oui. Il y a énormément de discussion. Les coachs analysent le jeu. Ils font des choix par rapport à cela, c’est très très réfléchi.

 

On a pu suivre déjà un, deux entraînements. C’est vrai que c’est assez violent, c’est assez … À la fin de la soirée, tous les gars sont presque épuisés.

Oui. Il y a quelques migraines des fois le soir, mais justement la passion nous fait supporter la douleur. Même moi, je suis le premier à ne pas aimer le contact, mais je ne sais pas pourquoi, je suis obligé d’y retourner.

 

Cela devient comme une drogue ?

Voilà, c’est un peu cela.

 

Est-ce qu’il n’y a pas vraiment de l’agressivité par rapport à l’adversaire, comment vous ressentez l’adversaire ?

En fait, c’est un sport très agressif. Mais il y a deux agressivités, il y a l’agressivité « en vouloir à une personne » et l’agressivité dans sa façon de jouer. Et c’est dans la façon de jouer qu’il faut être très agressif. Mais l’adversaire, il y a énormément de respect dans ce sport.

 

Pour vous, ce n’est pas un ennemi qu’il faut blesser ou qu’il faut désarmer ?

Absolument pas. C’est vraiment dans la façon de jouer, vouloir gagner et vraiment se donner à fond.

 

C’est plus la force, la stratégie et non pas une violence gratuite qui doit faire la différence ?

Aucune haine pour l’adversaire, non.

 

 

Interview live (Safety des Sharks)

 

Du côté défensif pour Lausanne, on a pu voir qu’ils étaient très bien organisés en attaque, surtout sur les jeux de run. Ils ont un très bon running et un très bon full-back et ils ont un très bon système de bloc derrière qui fait qu’on a toujours deux ou trois gars qui sont arrêtés. Après, on arrive toujours en retard, ce qui leur permet de gagner des gardes et après, quand on arrive à les arrêter, on fait une erreur sur une couverture de passe. Et voilà. On tient à ce score 12-12. Heureusement, qu’il y a l’offence, derrière, qui arrive à marquer.

Ils ont un jeu très varié justement. Ils arrivent à partir tant du côté fort que du côté faible. Ils ont aussi un jeu de passes qui est là et l’on s’est fait avoir trop facilement. Il faut qu’on augmente notre niveau de jeu sinon, on ne va jamais y arriver.

 

 

Sven Tolck

 

Pourquoi avoir choisi le football américain ?

En fait, je ne faisais pas de sport en club. Je voulais faire du foot ou quelque chose comme cela et il faut commencer super jeune et vu que je n’ai rien fait jusqu’à quinze, seize ans, c’est un peu tard pour commencer comme cela et quand j’ai vu qu’il y avait un club ici à Neuchâtel avec des débutants, je me suis dis : ça va.

 

On dit que c’est un sport assez, je ne sais pas si vous êtes d’accord avec moi, assez violent ?

Oui ! Mais c’est un peu un cliché. Ce n’est pas faux. Nous, on joue dans une ligue assez basse. C’est une ligue spécialement pour les équipes qui sont nouvellement créées avec des jeunes, il ne faut pas qu’ils se cassent déjà quelque chose maintenant. Il y a des règles spéciales, on n’ose pas attaquer au-dessous des genoux, ce genre de choses pour éviter qu’il y ait trop de blessures au début.

 

C’est assez juste, si l’on dit que c’est un sport de combat un peu ?

Oui, plus ou moins. En équipe, on peut dire cela comme ça.

 

On dit que l’esprit d’équipe est très important ?

Oui effectivement, parce que dès qu’il y a un joueur qui ne fait pas ce qu’il devrait, il n’y a plus rien qui marche. Donc par exemple, si vous allez faire une passe et que le receveur se plante ou n’importe quoi, ça ne marche pas. Tous les postes sont super importants en fait, n’importe quelle phase du jeu que cela soit.

 

Les mauvaises langues ont tendance à dire que c’est un peu un sport de brutes, que vous êtes assez violent dans les chocs, mais un grand champion américain, que je lisais il n’y a pas longtemps, prétend qu’on pourrait presque comparer cela aux jeux d’échecs ?

Oui à la limite. Mais disons je ne sais pas si les pièces font autant mal suivant comme on joue. Mais en fait, on peut dire cela, mais c’est surtout du point de vue du coaching que cela se passe comme cela, qu’il faut décider de la stratégie avant, voir comment la défense se place par rapport à quelle attaque et tout cela. Ce n’est pas comme au foot où l’on joue continu, c’est play par play. On peut voir comment la défense réagit ou l’attaque. C’est vrai que c’est de la stratégie.

 

Vous recommanderiez ce sport à un jeune ou quelles qualités particulières il faut pour le faire ?

Je pense qu’en s’entraînant on peut, il y a tout qui peut venir. Mais disons qu’il faut quand même avoir un physique pas trop mauvais à la base et être assez sportif. Je pense que tout le monde peut le faire.

 

Cela suffit de faire deux entraînements par semaine et les matches le dimanche.

Oui. La plupart des joueurs, il doit y avoir le 90% qui font du fitness ou des choses comme cela à côté, parce que c’est vrai que c’est utile surtout si on n’a pas forcément un gabarit hyper large. C’est pratique. Disons en soi, deux entraînements pour la technique, c’est déjà pas mal.

 

Et s’il fallait comparer au foot, vraiment pourquoi ce sport plutôt que le foot ?

Peut-être parce que c’est moins répandu, c’est original. Cela m’a plu comme cela.

 

Il y a moins d’hypocrisie dans le foot américain que dans le foot européen ?

Vous voulez dire… hypocrisie ?

 

Moins de triches possibles, influencer l’arbitre, tromper l’arbitre, simuler des fautes ?

Il y a cinq arbitres déjà par match, donc c’est plus dur de le tromper. Mais sinon, c’est vrai qu’on véhicule assez l’idée que c’est un sport plus fair-play, vu que c’est plus violent. On a moins tendance à faire des petits coups par derrière, vu que de toutes façons on a le droit de se faire rentrer dedans. D’un côté, c’est assez vrai.

 

Contrairement au football européen, quand un mec reste couché par terre, il y a vraiment un problème ?

Oui en général. Mais cela ne veut pas dire qu’au foot, ils ne se font jamais rien ! Il y en a beaucoup qui nous regardent et cela serait dommage de les mettre à l’eau. Ce sont des blessures qui méritent… il y a eu plusieurs fois des ambulances sur le peu de matches que l’on a fait.

 

Ce que je veux dire… il n’y a pas de simulations ?

Non, c’est assez rare.

 

 

Interview réalisée par Jean-Pierre Lambert

Texte retranscrit par Françoise Berthod