M. Gérard Lopez : Directeur du Développement économique neuchâtelois (DEN)
Monsieur Lopez, bonjour.
Bonjour.
Merci de nous recevoir dans vos locaux. Vous êtes donc directeur du Développement économique neuchâtelois, expliquez-nous un peu en quoi consiste votre travail ?
Mon travail, le travail du département économique, c’est de contribuer déjà à mettre en place un plan stratégique pour le canton, c’est-à-dire comment on va développer, qu’est-ce qu’on va développer dans le canton et une fois que l’on a obtenu un consensus général sur les directions à mettre en place pour, disons, les trois prochaines années, on crée par segments de marchés des plans spécifiques, par exemple dans le luxe et l’horlogerie, un plan spécifique. Dans tout ce qui est médical, un plan spécifique et après on va, soit développer avec des réseaux d’acquisition à l’étranger des stratégies d’approches pour les sociétés internationales, pour les attirer dans le canton, soit utiliser toutes les conditions locales et les outils qui sont à notre disposition pour aider les entreprises locales, dans le marché donné, à se développer et à avoir un rayonnement beaucoup plus ambitieux, que se soit au niveau de la Suisse, au niveau de l’Europe ou au niveau de la planète.
Notre rôle, c’est de vraiment fédérer les ressources, c’est de fédérer les moyens. C’est d’attirer les gens qui ne sont pas encore là et c’est de développer les gens qui sont là pour pouvoir exporter en dehors du canton, de la Suisse ou de l’Europe, les produits et services qui permettent de créer la richesse.
Neuchâtel étant agréé au Dews, est-ce que vous pouvez nous en parler un petit peu. En quoi consiste le travail du Dews et le travail du développement économique neuchâtelois?
La différence qu’il y a entre ces deux.
Comme je vous l’ai expliqué, sur la base du plan stratégique cantonal, le Dews est un outil de promotion. C’est un outil de self marketing à l’étranger. C’est-à-dire que le Dews est l’élément d’acquisition à l’étranger pour quatre cantons, que sont le Valais, le Jura, Vaud et Neuchâtel. Nous avons un mandat prestations avec le Dews. On leur dit : voilà, dans le plan stratégique du canton de Neuchâtel, on souhaite développer tout ce qui est microtechnique. Voilà une liste de pays qui sont pour nous des pays émergents ou des pays avec qui on pense à voir des opportunités de partenariat de sociétés dans ces pays et on leur demande de revenir vers nous avec un certain nombre de prospects et un certain nombre de potentiels, d’opportunités et ils nous mettent en relation entre les entrepreneurs, les entreprises et ce que l’on peut offrir. Le Dews, c’est vraiment le bras armé à l’étranger, dans un certain nombre de pays spécifiques des promotions économiques des quatre cantons et spécifiquement du canton de Neuchâtel.
Donc, si on veut, il y a en quelque sorte des pools de compétences, par secteurs, dans tel ou tel canton. Il s’agit de pools différents, de façon à ce qu’il n’y ait pas de concurrence entre les cantons ?
Aujourd’hui, je dirais d’abord qu’il y a une concurrence internationale, c’est-à-dire tous les pays en voie de développement, tous les pays développés essayent d’attirer des entrepreneurs dans leur pays pour créer de l’emploi, pour créer de la richesse, pour développer l’économie et tendre vers le plein emploi. Donc compétition il y a et il y aura toujours, qu’elle soit internationale, européenne, suisse à travers différents cantons. Mais chaque canton a son indépendance et sa propre stratégie. Aujourd’hui, le canton de Neuchâtel élabore une stratégie. Cette stratégie en découle des plans d’action et le Dews va avoir une partie de ces plans d’action pour développer un domaine spécifique. Par exemple, dans les sciences de la vie, par exemple dans les centres de décisions, nous avons une stratégie pour attirer les centres de décisions dans le canton de Neuchâtel dans toute activité tertiaire, parce que nous avons des ressources tertiaires. Des gens qui sortent des études, des gens qui sont aujourd’hui en recherche d’emploi dans le tertiaire et on a toute une stratégie pour attirer dans le canton les centres de décisions. À ce moment-là, on donne au Dews, dans le cadre de sa mission, d’aller attirer les sociétés, par exemple américaines ou des sociétés européennes, françaises, allemandes ou autres pour les attirer ici, pour que leurs centres de décisions se déplacent dans certains cas ou alors des centres de décisions se créent dans d’autres cas, de façon à avoir des synergies régionales ou des synergies au niveau d’un canton.
Il y a actuellement quatre cantons dans le Dews, c’est exact ? Est-ce que vous pensez qu’il y a d’autres cantons qui peuvent les rejoindre par la suite, est-ce qu’il y a des tractations dans ce domaine-là ?
Aujourd’hui je dirais, et ça ne peut pas être le cas, les opérateurs, les experts dans le développement économique qui peuvent commenter, mais aujourd’hui il y a le conseil d’administration du Dews qui travaille avec d’autres cantons pour pouvoir élaborer des plans de mariages ou de collaboration ou trouver des synergies avec des cantons comme Genève, Fribourg, Berne ou autres.
D’accord. Et le soutien aux entreprises locales, il s’agit d’un autre département, est-ce que vous pouvez nous en dire quelques mots ?
Par rapport au soutien aux entreprises locales, il y a le groupe Pren (Promotion économique neuchâtelois), mais suite à différentes analyses, il a été décidé de mettre en commun un certain nombre de ressources et d’avoir pour l’endogène, donc les entreprises locales ou l’exogène, le même processus, la même équipe et que tout le monde se retrouve à être traité par un même groupe selon une même méthode et des mêmes objectifs.
Quand vous prospectez ces entreprises à l’étranger, sur quels critères est-ce que vous vous basez, vous prospectez telle ou telle entreprise ?
Il y a différents critères. Déjà, on va prospecter les entreprises qui sont dans les marchés que l’on veut développer. Cela, c’est le premier critère. Le deuxième critère, c’est que l’on va prospecter des entreprises de grandes ou moyennes tailles. Très rarement, nous allons prospecter des « start up » par exemple, parce que l’on ne veut pas démultiplier ou multiplier pour eux la complexité. Déjà, c’est complexe de faire démarrer une entreprise, donc aller chercher des « start up » à l’étranger et essayer de les implanter à Neuchâtel, ça prendrait beaucoup trop de temps et trop d’énergie et le taux d’échecs serait trop grand pour pouvoir réussir.
Alors qu’une société internationale déjà établie, qui a une rayonannce mondiale, on peut tout à fait offrir des solutions techniques, des solutions opérationnelles à ces entrepreneurs, à ces entreprises et créer la différence pour qu’ils… soit maintiennent leur leadership sur le marché, soit créer un leadership sur le marché, voire créer des nouveaux produits et les aider à développer leur commerce.
Est-ce que vous avez des pays de prédilection ?
Non. En général, je dirais comme je vous l’ai expliqué, on a les marchés. Les marchés doivent être les éléments prépondérants. On souhaite attirer les entreprises de grandes, moyennes et petites dimensions, de qualité dans tous les cas dans notre domaine de prédilection. Cela ne servirait à rien de faire venir une entreprise pour faire de la fonderie ou de l’acier ici, parce que cela serait une industrie beaucoup trop lourde et qui serait dans les intérêts divergents avec la stratégie de nature, la stratégie d’activité propre que l’on développe dans ce canton.
Donc, partons des marchés. Ces marchés, on peut très vite, je dirais avec un certain nombre de méthodes, découvrir quels sont les acteurs économiques ou les acteurs de ce marché sur le plan mondial. Et à partir de ce moment-là, soit par le Dews, soit par les autres réseaux de prospection que nous avons à travers le monde, nous attirons l’attention d’abord des décideurs, après on crée un plan stratégique pour eux et derrière, on déploie un certain nombre d’éléments, de conditions cadre, d’aide pour faire en sorte que ces sociétés viennent s’installer chez nous pour créer la valeur, mais viennent s’installer de façon, je dirais, pas définitives… En économie, rien n’est définitif. Mais de façon à pouvoir créer la différence ici sur le plan neuchâtelois, créer la différence sur le plan régional et très très vite avoir un certain mariage avec des partenaires locaux, ce qui fait que l’on crée des « clusters » de compétences autour des domaines d’activités et c’est toute l’économie qui bouge en même temps. Il n’y a pas l’exogène qui arrive, qui se met dans un îlot hermétique. C’est une société étrangère qui vient s’installer, créer de la richesse sur le plan local, fait un certain mariage avec des partenaires locaux et c’est l’ensemble du « clusters » qui continue à se développer et à dresser le marché.
Et quel est le type de soutien que vous avez apporté à des entreprises ?
Déjà un soutien de penser avec eux, de créer avec eux les solutions stratégiques. On les aide à créer leur business plan, on les aide à s’installer, on les aide à recruter, on les aide aussi à trouver des bâtiments. Mais dans un certain nombre de cas, on traite aussi à travers des aides à l’embauche, on traite à travers des traitements fiscaux pour se mettre en symbiose avec d’autres pays européens, l’activité de façon à ce qu’ils puissent avoir un intérêt déjà opérationnel, parce qu’un entrepreneur qui n’a pas d’intérêt opérationnel ne restera pas. Donc, il faut créer le business plan, le plan stratégique pour qu’il y ait un intérêt opérationnel pour l’entreprise, pour le produit, pour le marché et on a un certain nombre de conditions cadres qui nous permettent d’aider et de supporter le développement de cette activité.
Et quel type d’exonérations fiscales ou traitement fiscal, vous pouvez leur accorder ?
Il n’y en n’a pas. Tout d’abord, il y a une loi fiscale que tout le monde peut accéder, peut lire. Vous, moi, d’autres personnes… Et dans le cadre de cette loi fiscale qui a été établie, votée et acceptée, nous offrons des solutions de cas en cas. Il n’y a pas une règle, vous savez, où à chaque fois que quelqu’un vient vous voir, vous savez, vous leur donnez le fascicule, le document et vous dites : « Voilà, c’est comme cela et pas autrement. » C’est vraiment en fonction du plan stratégique, c’est vraiment en fonction de la vision de l’entreprise, de sa relation qu’elle peut avoir avec le canton, l’intérêt économique que peut avoir le canton ou l’intérêt pour les gens qui habitent dans ce canton, qu’une solution définitive sera bâtie.
Donc, il n’y a pas de choses établies. Il y a une règle, il y a une loi et dans le cadre de cette règle ou de cette loi, nous proposons différentes alternatives et solutions stratégiques pour l’entrepreneur.
Et je pense que le critère de l’emploi entre aussi en ligne de compte, le fait qu’elles amènent de l’emploi ?
Tous les critères entrent en ligne de compte et bien entendu, une société qui va s’établir dans le canton de Neuchâtel et qui va créer une centaine d’emplois, on va considérer son dossier. Mais, je dirais au même titre, un entrepreneur qui vient, une petite entreprise, une idée géniale et aujourd’hui c’est une petite PME de dix jobs, mais demain on va les aider à réussir pour que cela devienne une grande entreprise européenne ou mondiale avec cent jobs. Il n’y a pas, je dirais, de règles au départ. C’est vraiment l’adéquation entre le marché, le potentiel du produit, comment l’entrepreneur s’y prend pour agresser ou créer le marché et dans tous les cas, il faut qu’il y ait un apport, une création digeste dans le canton, pour le canton, pour ses citoyens et effectivement l’emploi est l’une des raisons qui fait qu’à un moment ou à un autre dans la solution qui est crée par le département de développement économique, on ira plus ou moins loin dans le support.
Et à votre avis, quels sont les principaux avantages du canton de Neuchâtel par rapport à d’autres cantons pour attirer une entreprise ?
Alors déjà, je dirais le canton de Neuchâtel a la chance de ne pas être à Genève. C’est-à-dire qu’on n’est pas dans une mégapole. On n’est pas à Zurich. On n’a pas les problèmes de trafic. On n’a pas les problèmes d’insécurité. Mais, je voudrais qu’on élargisse le débat. Ce n’est pas que les autres cantons. Comment Neuchâtel se positionne au niveau mondial ? Nous sommes dans une zone de temps où vous pouvez vous lever le matin et contrôler l’Asie pacifique. En milieu de journée, vous contrôlez le Moyen-Orient, l’Europe, l’Afrique. À partir de treize heures, vous contrôlez l’Amérique du Sud et toute l’après-midi et la soirée, vous contrôlez les États-Unis ou les Amériques en général.
En terme de position géographique pour un leader, pour un décideur, on est à l’endroit qu’il faut, mais il n’y a pas que Neuchâtel, c’est tout ce segment… on est à l’endroit qu’il faut pour gérer les opérations internationales. Deuxièmement, on vit dans un canton qui a su préserver la nature, qui a su préserver son cadre de vie et d’abord on a un message au développement économique : « Ce qui est bon pour vous est bon pour votre business. »
Dans beaucoup de pays, dans beaucoup de villes dans d’autres cantons, on dira : « Business first. » Nous on dit : « D’abord, les gens doivent bien s’y sentir, parce que s’ils s’y sentent bien, ils s’y installent. » Si un décideur de Californie vient ici et s’y installe, il va créer la richesse autour de lui. Il va créer des emplois, il va créer une entreprise. Donc, l’aspect nature, l’aspect bien-être, bien vivre est un élément clé. L’aspect géographique : on est aux portes de l’Europe, on est là pour supporter le marché européen qui doit être le premier marché. S’installer ici pour gérer un marché leader pour une entreprise qui serait en Asie, il vaudrait mieux être à Singapour. Mais quand on a une dimension géographique mondiale, s’installer ici, c’est beaucoup mieux que Singapour, c’est beaucoup mieux que d’autres pays comme l’Irlande ou comme l’Amérique du Sud.
Les atouts sont déjà localisation géographique, le bien-être, le bien vivre. Je dirais, le canton de Neuchâtel a su préserver des valeurs de qualité, des valeurs de précision pour ses employés. Aujourd’hui, on a une histoire, une réputation de bien faire, de bien agir, de bien exécuter les tâches, d’être prévisible. Il n’y a pas de surprise et tout ça fait que l’entrepreneur, quand il a différents dossiers, quand il a différentes possibilités, va avoir un certain nombre de critères de choix et le critère de situation géographique, le critère de qualité des employés, qualité des citoyens du canton de Neuchâtel, la prévision de sécurité, de pérennité de bien vivre font que des décideurs qui viennent nous voir, rarement ils repartent ou les trois quarts du temps ils restent, quand ce sont des sociétés de grandes, petites, moyennes tailles, de qualité et qui ont vraiment envie de développer leur activité.
Une entreprise arrive, elle s’implante, elle va engager du personnel. À qui elle s’adresse en priorité quand elle souhaite engager du personnel ?
Vous avez différents véhicules pour attirer les gens. Vous avez la presse, le samedi. Le samedi, tout le monde lit la presse régionale, locale, parce qu’il y a pas mal d’offres d’emploi. Il y a les ORP qui sont là, qui reçoivent en permanence des offres de jobs de la part des entreprises. Il y a les sociétés d’intérim, il y a les différents cabinets de consulting. Je dirais, les entrepreneurs qui s’installent ont tous une palette de partenaires directs ou indirects pour aller taper à la bonne porte et avoir le bon candidat. Mais moi, j’invite aussi les candidats… ils savent à travers la presse, à travers la presse écrite, télévisuelle, radio, qu’une entreprise s’installe. On fait en sorte toujours de dire à qui il faut envoyer sa demande de candidature spontanée et j’invite les citoyens de ce canton à écrire à ces entreprises, à ne pas être timides, à bien décrire ce qu’ils savent faire, à bien expliquer les différents atouts qu’ils peuvent apporter à l’entrepreneur et je suis tout à fait optimiste que les gens auront des réponses positives.
Je vous remercie. On va encore un petit peu parler de vous et de votre parcours professionnel. Qu’est-ce qui vous a amené aujourd’hui à diriger ce service ?
Je viens du monde de l’entreprise. Je suis arrivé dans le canton de Neuchâtel il y a un peu plus de douze ans maintenant dans le cadre du développement économique neuchâtelois pour une société américaine qui s’est développée. J’ai quitté cette entreprise pour créer une autre entreprise dans le canton de Neuchâtel et à un moment donné, l’opportunité a fait que deux ou trois postes se sont libérés dans la région en termes de développement économique. J’ai offert ma candidature et, après différents meetings avec les conseillers d’État, avec différentes personnes, nous avons eu une symbiose et nous avons décidé de faire un bout de chemin ensemble.
Et si vous aviez le choix de travailler dans une des entreprises attirées par la Promotion économique, vous choisiriez laquelle et pourquoi ?
Cela, c’est une question très dure parce que je ne me la suis pas posée. Aujourd’hui, j’ai postulé et pris le poste : directeur du développement économique, ce n’est pas pour quelques mois, c’est pour développer cette économie, c’est pour contribuer dans ce canton que j’adore. Je n’ai pas, je crois que je n’ai pas aujourd’hui de choix particulier, je crois que le canton peut être fier de toutes les sociétés qui ont été attirées. Vous allez voir, il y a des grues partout en ce moment, dans le canton, d’usines qui se créent. Je n’ai pas une entreprise spécifique, je pense que mon cursus veut que je sois plus enclin à prendre des responsabilités dans le domaine ou à la tête d’une industrie ou à la tête d’un centre de décisions. Mais vous savez, après le marché, je n’ai pas vraiment d’activités spécifiques qui m’intéressent aujourd’hui. J’essaye vraiment de contribuer à développer tout et si un jour, vous savez, l’usure du temps, j’ai envie de changer, je me poserai la question à ce moment-là.
Monsieur Lopez, merci de nous avoir reçus et d’avoir répondu à nos questions.
Merci à vous et j’ai apprécié énormément cette interview.
Interview réalisée par Philippe Rollier
Texte retranscrit par Françoise Berthod