Festival Hors Tribu : Môtiers

 

 

Mylène Jeanneret

 

Je pense qu’un festival, au départ, c’est pour faire connaître de la musique et la différence, c’est qu’Hors Tribu est un petit festival et on aimerait le rester. Un petit festival de proximité où l’on peut prendre du temps pour rencontrer des gens et découvrir de nouvelles choses de la musique suisse en particulier et c’est dans un cadre au pied des montagnes, dans la nature, et les gens aiment bien cette idée et on essaye de montrer aux gens une écologie douce et non contraignante. Donc, on a des vrais assiettes pour manger, on a des gobelets en Pet qu’on peut recycler et notre slogan est : « Pour moins de déchets, amenez vos couverts ! »

 

Cela, c’est une particularité de votre festival ?

Je pense que l’on doit être l’un des seuls festivals à avoir de la vraie vaisselle, justement pour ne pas remplir les poubelles de carton ou de plastic et on a un lave-vaisselle pour rendre tout cela tout propre, parce qu’un lave-vaisselle consomme moins d’eau que faire la vaisselle à la main.

 

Il me semblait aussi, en tout cas au début, que vous faisiez de l’information sur la toxicomanie ou pas ?

Oui. On a eu plusieurs années le stand de l’information du Sida qui est venu. Cela change chaque année. Il y en a qui reviennent, il y en a qui ne reviennent pas. Ils sont venus la dernière fois, il y a deux ans, si je ne me trompe pas, et on a eu aussi d’autres stands qui parlaient d’enfants d’Asie. Ca change chaque année. Cette année, l’information Sida n’est pas là.

 

Vous faites un festival pour les adultes, pour les gens de la région, mais pour les enfants aussi ?

Le dimanche, c’est une journée surtout consacrée aux enfants parce qu’il y aura du grimage, de la sculpture sur ballons, un cirque de marionnettes à fils et aussi du footbag géant avec des gros ballons. On fera un golf dans l’herbe, ça va être sympa.

 

Et puis, un cirque suisse allemand ?

Voilà, le cirque Chnopf qui est là depuis le début, qui nous suit dans notre aventure. Ils traversent la Suisse avec leurs roulottes et ils jouent en plein air sous le plus grand chapiteau du monde, le ciel. C’est vraiment sympa, parce qu’ils font vraiment l’effort de faire leur spectacle en français. Donc, c’est assez drôle avec leur accent et ils changent chaque année de spectacle avec un renouvellement, ça nous plaît beaucoup ,et on s’entend très bien. On est très heureux qu’ils reviennent chaque année.

 

Pour gérer des festivals comme celui de cette année, où le beau temps n’est pas avec vous, ça vous fait des soucis ?

Toujours. C’est vrai que cela freine les gens quand on voit le temps comme il est aujourd’hui. Nous, on est en train de tout faire pour que le festivalier se sente à l’aise. On étale du copeau par terre et le soleil, il n’est pas dans le ciel, mais il est dans les cœurs.

 

Est-ce que cela peut mettre en danger une future édition, ce temps-là ?

Bien sûr que cela nous fait peur pour la suite, parce que pour que le festival vive, il faut que le public vienne. Après, on ne peut pas dire encore : « est-ce qu’il y aura une édition suivante ou pas ? » Cela, on verra à la fin et il faut voir aussi la motivation. La motivation, je pense qu’elle est toujours là. Il y a toujours des gens qui ont envie que cela continue. Hors Tribu, quand on y est, on ne peut plus en partir en fait, même si l’on ne fait plus partie du comité ou si l’on n’est plus bénévole, on a toujours cet attachement à ce festival, c’est impressionnant. Moi-même, cela m’impressionne parce que chaque année, je me dis : « C’est la dernière année que je viens. » Après, je viens comme festivalière puis je suis là, j’aide encore. Je suis contente et il y a toujours de nouvelles têtes, toujours aussi des anciennes têtes. C’est une grande famille en fin de compte.

 

Tout est fait par nous-mêmes, tout est monté. On n’a pas de grosses entreprises qui viennent avec des camions pour tout construire en une demi-heure, trois quarts d’heure. C’est vraiment tous les bénévoles qui viennent ici, c’est du fait maison, de A à Z.

 

Très souvent, le nerf de la guerre, quand on organise quelque chose, c’est les sponsors et de ce côté-là, comment gérez-vous cela ?

Alors, nous on n’a pas ce problème parce que justement, avec Hors Tribu, il n’y a pas de sponsors. Comme cela, quand le festivalier arrive sur le site, il est vierge de toute publicité. C’est nous qui décidons quelle déco on va mettre, qu’est-ce qui se passe ? Mais on arrive quand même à vivre grâce à des associations comme la Loterie romande, mais aussi des entreprises de la région, les communes qui nous donnent un coup de mains. Tous ces gens aussi qui donnent gratuitement, en fait, de l’aide pour le festival sans quoi rien ne serait possible.

 

Mais pourquoi ce choix de ne pas vouloir de sponsors ?

 

Souvent, quand on arrive sur un festival, on a l’impression d’arriver dans une grande page de publicité avec des énormes pancartes et là, la nature est tellement belle et, c’est aussi la particularité d’Hors Tribu, on a voulu rester comme cela. C’est vrai que des fois, c’est difficile. Il y a des gens qui nous téléphonent pour être, entre guillemets, nos sponsors, mais on leur explique que l’on ne veut pas et beaucoup de gens nous disent : «  Mais c’est possible de vivre comme cela ! La preuve, on est là ! » Cela fait onze ans que cela dure. Oui, c’est possible !

 

 

Hervé Beuret

 

Alors, Hervé Beuret, bonjour.

Bonjour.

 

Vous êtes le programmateur cette année ou déjà pour d’autres années précédentes du festival Hors Tribu ?

Non, cette année principalement. Les autres années, je donnais un coup de main, mais c’était Florian Jeanneret qui s’en occupait.

 

Comment est-ce qu’on programme un festival qui a finalement un budget assez petit ?

On programme comme tous les autres festivals, on reçoit énormément de démos et la plupart des groupes maintenant connaissent les conditions d’Hors Tribu. Cela fait maintenant onze ans qu’on est là. Tout le monde sait que l’on n’a pas des budgets énormes, mais n’empêche que c’est l’une des grosses parties financières du festival.

 

Vous n’avez pas de gros budget, les groupes le savent et vous recevez quand même pas mal de demandes. Les groupes aiment bien venir chez vous ?

Les groupes ont beaucoup de plaisir. On a toujours des échos très positifs. Même cette année, les premiers jours il y avait peu de monde et beaucoup de pluie. Il y a des groupes qui sont allés jusqu’à nous réserver des abonnements pour l’année prochaine, pour venir comme festivaliers. Donc, l’accueil est vraiment apprécié des musiciens.

 

Quelle est votre philosophie, votre choix ? Est-ce que c’est en rapport avec la philosophie d’Hors Tribu déjà ?

Oui, ça bien sûr. De toute façon, il y a des coups de cœur par rapport à ce qu’on apprécie nous. On essaie de rester assez thématiques de jour en jour et à partir de là, on regarde quand même à ce que cela soit des groupes qui aient le feeling du festival. Mais la plupart des groupes qui font de la musique sont dans cet esprit-là.

 

Pour cette édition 2006, qu’est-ce que vous avez proposé à vos habitués ?

Le jeudi était une soirée plutôt festive, avec Oskar de Lausanne et le Fleuve Congo. Le vendredi, on a eu une soirée rock avec Noï, les Chocolate Rockets, il  y a eu Rectangle.

 

Il y a aussi eu le cirque pour les enfants ?

Le cirque, c’est depuis ce soir. Egalement deux soirs où il y aura un autre cirque qui n’est pas sur le programme qui est le « gran circo del Lilliput ». C’est un spectacle de marionnettes.

 

Les enfants n’ont jamais été oubliés depuis la première édition, je crois.

Non, cela a toujours été quelque chose d’important pour Hors Tribu. Le dimanche, c’est vraiment la journée des enfants. Il y aura également du grimage, de la sculpture sur ballons, du cirque, tout pour eux.

 

C’est rare les festivals finalement qui sont réservés à tout le monde, de 7 à 77 ans ?

Oui. Les enfants seront peut-être les futurs organisateurs du festival ou futurs bénévoles.

 

C’est vrai que l’on retrouve un peu toujours les mêmes personnes qui étaient peut-être des anciens festivaliers qui viennent dans l’organisation ou des anciens organisateurs qui restent des fidèles.

Cela, de toute façon. Hors Tribu, dès que l’on y touche, cela ne nous quitte plus.

 

Cela c’est quoi ? Cela vient du fait que le Val-de-Travers est une région un petit peu retirée ?

Au niveau des bénévoles en tout cas. Ils viennent d’assez loin parfois jusqu’à Zürich. Non, c’est surtout un coup de cœur je crois, plus qu’autre chose. Un endroit où l’on se retrouve chaque année. Où on fait tout autre chose que notre activité professionnelle actuelle et cela fait du bien aussi.

 

 

Albert Rüfenacht

 

Vous êtes donc le responsable de la cuisine ici dans le cadre d’Hors Tribu, une cuisine un petit peu particulière, est-ce que vous pouvez nous parler de cela ?

Tout à fait. On essaie d’avoir toujours un menu un petit peu hors du commun, travailler frais. Hier soir par exemple, on avait un poulet aux mille et une épices et ce soir, c’est un couscous et à côté, on fait quelques spécialités, tomme chaude, petite salade chèvre chaud. On a même des lasagnes aussi pour les végétariens. On essaie toujours d’avoir des menus frais et variés d’année en année, afin d’amener un petit côté un petit peu plus réjouissant au niveau de la nourriture que des kebabs ou toujours des curry comme on en trouve ailleurs dans quasiment tous les festivals. On essaie de mettre une marque aussi sur la nourriture.

 

Hors Tribu cherche vraiment à se distinguer dans tous les domaines ?

Oui, exactement. C’est un but parce que c’est un plaisir. Moi, je viens ici tous les ans maintenant et c’est une partie de bonheur, très fatiguant mais on s’amuse. On est une équipe de joyeux bénévoles et le but, c’est de ramener du goût et que les gens viennent aussi manger, parce qu’on estime que c’est important que l’on mange bien dans un festival. Autant que la musique est bonne, autant que la nourriture soit bonne pour garder de l’allégresse et de la joie, ce qui permet que les gens s’asseyent autour des tables. Ils restent, c’est convivial. Cela amène de la sympathie. Je trouve que c’est important d’avoir des bons repas. D’ailleurs, on sert sur de la véritable vaisselle et pas sur du carton.

 

Pour des questions écologiques ?

Écologiques et surtout cela amène les gens à s’asseoir, à discuter et cela donne toujours un contact en plus et c’est ce qui fait que l’on est encore là depuis onze éditions.

 

 

                                                                                  Interview réalisée par Jean-Pierre Lambert

                                                                                  Texte retranscrit par Françoise Berthod