Monsieur Jean-Pierre Stauffer : Imprimerie de la Béroche
Monsieur Stauffer, bonjour.
Bonjour.
Vous êtes le patron de cette entreprise, l’Imprimerie de La Béroche. Parlez-nous de votre entreprise.
C’est une imprimerie qui date depuis 1896. Elle était d’abord à Gorgier, ensuite à Chez-le-Bart. Avant la guerre, elle s’était installée à Saint-Aubin avec la famille de M. John Wyss, qui l’a remise à son gendre, M. Häsler, qui lui-même l’a remise à son fils, Jean-Louis Häsler et en 1993, l’imprimerie a été rachetée par le châtelain de Vaumarcus, donc le propriétaire du château de Vaumarcus, M. Thalmann, et depuis 1993, l’imprimerie fait partie de la Société du château et ça jusqu’en 2002, où Madame Thalmann, devenue veuve, a vendu, m’a vendu l’entreprise. Donc, j’en suis le propriétaire depuis 2002.
D’accord. Combien d’employés vous avez actuellement dans votre entreprise ?
Actuellement, nous sommes deux employés puisque je suis l’employé de ma société. Nous sommes deux employés à plein temps, plus depuis peu, une employée à mi-temps et deux dames qui viennent et qui me donnent un coup de main pour les expéditions, les emballages, l’assemblage et tout cela.
Et vous aviez d’emblée débuté votre formation dans le domaine de l’imprimerie ?
Oui. J’ai connu un apprentissage dans la sympathique imprimerie Baillod à Boudry, en 1964 je crois. Et j’ai commencé là comme imprimeur typographe. Au cours des années, j’avais une quarantaine d’années, j’ai fait le diplôme d’imprimeur offset pour pouvoir, encore à cette époque-là, former des apprentis.
Qu’est-ce que vous diriez qui a le plus changé au fil du temps dans votre domaine de l’imprimerie ?
Pour ma part, c’est le passage du plomb parce qu’à mon époque, quand j’ai fait mon apprentissage, on imprimait encore avec du plomb sur des machines typographiques et actuellement tout se fait par films sur ordinateur. On a même maintenant plus besoin de fabriquer de films, on peut directement fabriquer les plaques sur ce qu’on appelle des computers « tout plate » et ça passe de l’ordinateur à la plaque et ça débloque, la plaque est prête.
Diriez-vous que l’informatique a un impact plutôt positif sur votre entreprise, plutôt négatif ?
Alors, sur les possibilités de reproduction de ce que l’on a à reproduire, oui, c’est positif parce qu’on peut tout travailler. On peut travailler l’image, on peut travailler le logo, alors qu’avant avec la typographie, on fabriquait des clichés en zinc, en cuivre ou même en plomb. Et c’était beaucoup plus rigide, alors que maintenant, on a une souplesse de transformation visuelle assez incroyable.
Quelles sont, selon vous, les contraintes les plus importantes en tant que chef d’entreprise ?
Il y en a beaucoup. C’est une question… Il y en a tellement que je ne pourrais pas dire. Contraintes ? Bon, il y a toujours le marché. On est quand même une petite entreprise et si je prends ma part de marché, elle reste quand même petite vu mon équipement. Donc, je peux très bien faire des petits prospectus mais sitôt qu’on arrive dans les grandes commandes, je ne suis plus dans les prix, je ne peux pas assumer les prix. Mais les contraintes, tous les clients. Un client qui disparaît, une entreprise qui ferme, un client perdu, retrouver un nouveau client pour remplacer est toujours le grand souci d’un chef d’entreprise, c’est le chiffre d’affaires, c’est faire tourner son entreprise, c’est pouvoir payer ses fournisseurs et ses employés.
Mais vous n’imagineriez pas redevenir salarié par exemple ?
Écoutez en 1993, quand je suis devenu responsable de cette imprimerie, j’étais salarié donc de la Société du château. En 2002, je deviens, je dirais presque par la force des choses, parce qu’à l’âge de 56 ans, je me voyais déjà un chômeur, je me voyais si l’imprimerie fermait ou si elle était vendue. Donc, si j’ai racheté cette imprimerie, ce n’était pas parce que j’avais absolument envie de devenir patron, c’est parce que je ne voulais pas me trouver au chômage. Donc, si vous me demandiez maintenant : « Est-ce que vous aimeriez redevenir employé ? ». Je me dis : « Pourquoi pas ? ».
Et comment diriez-vous que votre entreprise s’est développée au fil du temps ?
Alors justement, j’aimerais qu’elle se développe plus mais pour développer une entreprise, il faut des moyens et comme je l’ai rachetée relativement tard, il faut que je la rembourse. Donc, actuellement, je n’ai pas les moyens d’investir et si je voulais maintenant vraiment développer, il faudrait que je trouve un demi million de francs.
Et si vous deviez aujourd’hui engager un collaborateur ou une collaboratrice, de quoi tiendriez-vous compte en premier, plutôt les diplômes, l’expérience ?
Alors pour le moment, voilà je n’ai personne à engager. Les diplômes, c’est une chose mais je pense qu’on peut avoir quelqu’un qui a une très très bonne expérience, même si tout à coup, il n’a pas de diplôme. Un diplôme, c’est clair, on fait un apprentissage, on est reconnu, mais on connaît de très très bons employés qui ne sont pas diplômés et qui sont formés comme cela sur le tas et à la longue, ils deviennent de très bons employés. Mais je n’en ai pas chez moi.
D’accord. Et comment est-ce que vous voyez l’avenir dans votre secteur d’activité en général et pour votre entreprise, peut-être en particulier ?
Je suis assez optimiste. J’espère un jour pouvoir remettre l’entreprise à l’un de mes enfants. Enfin, j’ai deux filles. En tout cas à l’une de mes filles qui est du métier. Je la prépare, j’essaye, je commence à la préparer. Est-ce qu’elle sera d’accord ? On n’a pas encore abordé le sujet. Moi, je fais des petits travaux et les petits travaux, comme tout le monde le sait, sont pas mal pris maintenant par tout ce qui est impression numérique et tout cela. Mais malgré tout, j’ai une très très bonne clientèle, une fidèle clientèle un peu dans tout le canton et même au-delà, Genève. J’ai même des clients à Lucerne, au Valais, Fribourg aussi. Donc, je suis confiant et j’espère que cette clientèle me restera fidèle.
Qu’est-ce que vous diriez aujourd’hui à un jeune qui dit : « J’aimerais travailler dans le domaine de l’imprimerie ».
Mais oui. Il y a encore de l’avenir dans l’imprimerie. Regardez un peu toutes ces entreprises, même qu’on est sur le Littoral pour ne pas aller plus loin. On a quand même de belles entreprises. Il y a des entreprises qui occupent pas mal de monde. Donc, je pense qu’il y a encore un avenir. Il y a peut-être une petite chose, c’est au niveau des compositions, au niveau de la préparation, de la PAO. Il y a les maisons de graphisme qui font la PAO. Il y a des privés qui maintenant, avec les logiciels qu’on peut acheter, font leur composition, prépare leur imprimé. Mais il faudra quand même toujours des gens pour préparer, remettre cela dans le professionnel, refaire de l’impression et tout. Moi, je dis : « Oui, allons-y ! Il y a encore de l’avenir ».
On parle beaucoup actuellement de la promotion économique. Est-ce vous pourriez obtenir une aide, est-ce que vous les avez contactés, est-ce que vous avez des contacts avec eux ?
Je n’ai jamais contacté la promotion économique, mais si tout à coup il le fallait, je m’en approcherais.
D’accord.
Pourquoi je ne le ferais pas maintenant ! Vous me donnez une très bonne idée.
Dans quelle mesure, le fait d’avoir aujourd’hui votre propre entreprise a changé votre vie ?
Mais rien. Cela n’a pas changé ma vie. À l’époque, quand j’étais déjà responsable de l’entreprise, j’avais déjà les soucis de la faire tourner, même si j’avais M. ou Mme Thalmann au-dessus de moi. Je dis que rien n’a changé, mêmes heures, parce que je suis resté l’employé de ma société.
Vous étiez déjà très indépendant dans votre activité salariée alors ?
Oui.
Et si l’on vous donnait l’occasion de tout recommencer. Est-ce qu’il y a des choses que vous feriez identiques, d’autres différentes ?
Dans mon métier ou tout recommencer dans un autre…
Dans le métier de l’imprimerie.
Pourquoi faire autrement si on est aujourd’hui où l’on est. Je ne pense pas non.
Merci M. Stauffer.
Je vous en prie.
Évidemment cela fait depuis de nombreuses années. Déjà quand on était à Saint-Aubin, on aimait toujours, donc c’était encore M. Hässler qui était le patron de cette entreprise. On recevait déjà des écoles. On faisait visiter la petite imprimerie à des écoles en leur disant bien sûr toujours que ce n’était pas une grande imprimerie comme on pouvait voir L’Express. Mais, j’ai toujours aimé avoir du monde, montrer. J’ai même eu, il y a trois ans, des visiteurs qui étaient en colocation à Neuchâtel. Ils viennent de Russie et ils ont fait une visite ici au château. Ils ont passé devant l’imprimerie, ils étaient intéressés et on les a accueillis. Ils ont visité l’imprimerie.
J’ai eu des écoles. Dernièrement, j’ai eu l’école de Neyruz aussi qui était en camp, ici au camp de Vaumarcus. Occuper un peu les enfants entre la baignade, ils ont fait aussi des visites, dont l’imprimerie. Deux groupes de dix. Je n’aime pas avoir des groupes de plus, parce que c’est toujours difficile à gérer. Voilà, ça c’est un côté que j’aime bien. Je reçois aussi quatre fois par année, les aînés de La Lorraine qui viennent ici, parce que je fais imprimer en impression numérique « Le Soleil des Aînés ». Comme ils ne sont pas équipés pour l’agrafer plus tôt, c’est toujours quatre à cinq pensionnaires de La Lorraine avec Mme Tellenbach, l’animatrice, qui viennent et qui lient ces feuilles, les assemblent et posent les agrafes. C’est toujours un moment sympathique que je passe avec les aînés.
Je terminerais peut-être avec l’aspect de ce que l’on fait chez nous. On fait un petit peu tous les imprimés en passant de l’imprimé commercial, l’affiche pour une exposition, des cartes d’invitation, des cartes de naissance encore. Même que cela a beaucoup diminué avec les nouvelles possibilités de les faire en numérique avec les imprimantes. Nous faisons aussi des brochures, pas mal de brochures de fêtes, de rapports annuels de sociétés, etc. Je dirais que je fais presque tout. Presque tout et l’on a une fois par semaine, le journal qui est la Feuille d’Avis de la Béroche, qui se présente comme cela, qui peut avoir, ça dépend, quatre ou six pages. Cela, c’est une fois par semaine. C’est un journal qui n’est pas gratuit. C’est un journal, nous avons à peu près 1400 abonnés, répartis dans toute la Béroche et au-delà. J’ai même quelques journaux qui partent en France, en Allemagne, au Canada. J’ai quand même quelques personnes qui sont abonnées à ce journal et j’espère réussir encore à continuer avec ce journal, car il est de plus en plus difficile de trouver des annonceurs. Il est vrai que notre région de La Béroche, les commerces se sont fermés. Donc, c’est tout des potentiels d’annonceurs qui disparaissent.
Voilà je crois avoir fait un peu le tour et vous remercie du temps que vous m’avez accordé.
Merci à vous.
Interview réalisée par Philippe Rollier
Texte retranscrit par Françoise Berthod