Monsieur Jean-Marc Lièvre : Transport d’animaux
Jean-Marc Lièvre bonjour.
Bonjour Monsieur.
Vous avez osé récemment vous lancer dans une entreprise qui peut paraître, a priori, un peu folle mais qui, finalement est la continuité de vos métiers, de vos activités précédentes. Pouvez-vous nous faire un petit résumé de ce que vous avez fait avant de vous lancer en tant qu’indépendant ?
À quinze ans, j’ai fait un apprentissage. J’ai fait qu’une année, car cela ne me plaisait pas. Dès l’âge de seize ans, j’ai fait aide chauffeur. Mon permis poids lourd à dix-huit ans, après j’ai été dans beaucoup de maisons, dans le terrassement. J’ai fait de la livraison, j’ai fait de l’international, j’ai fini dans le terrassement. J’ai travaillé à la Migros, beaucoup de choses, rapatriement des voitures à l’étranger. J’ai fini dans le terrassement.
Le permis de car, je n’ai pas pu le faire parce que j’ai eu un accident de voiture et j’ai une oreille foutue. J’ai le permis taxi, mais je ne peux pas faire le permis de car, parce que je suis sourd d’une oreille. Mais disons que le transport m’a toujours intéressé.
Alors là, vous vous retrouvez à un certain moment sans travail ou bien des petits boulots qui ne suffisent pas - on va dire - à survivre. Et il vous vient une idée, est-ce que vous pouvez nous en parler ?
Il me vient une idée, cela serait presque me tirer la gloriole à moi tout seul, parce que mon amie qui a un magasin d’alimentation et d’accessoires à Colombier pour animaux, c’est un peu elle qui a eu cette idée au départ. Si son magasin n’avait pas trop bien marché, c’est vrai que c’est une chouette fille, qui a du mérite et elle aurait sûrement essayé cela ou autre chose. Du moment que j’étais un peu galère avec mon fils, je suis tombé un peu malade et j’ai arrêté les camions. Je me suis dit : « Pourquoi ne pas me lancer moi ? » J’ai été quand même un peu appuyé par elle et son magasin, parce qu’elle connaissait beaucoup de monde.
Vous n’avez pas voulu passer par le chômage parce qu’on sait qu’on peut avoir des aides ?
Tout à fait. Ce n’est pas parce que je ne voulais pas toucher le chômage par fierté, mais disons que je connais quelqu’un qui a fait un peu comme cela et je savais en faisant ce boulot, je savais pertinemment que pendant plusieurs années, je ne gagnerais largement pas de quoi vivre et pour eux cela n’aurait pas été motivant. Je ne pense pas qu’il aurait subventionné une entreprise comme cela.
Monsieur Lièvre, l’entreprise en question, est-ce que vous pouvez quand même nous la décrire ?
Au départ, j’ai toujours eu, même avec mes parents, des animaux de compagnie. J’adore les animaux. Ils nous le rendent bien d’ailleurs. Je me suis dit qu’il y a quand même quelque chose comme un million de chats en Suisse déjà. Je me suis dit : pourquoi ne pas m’occuper parce qu’en même temps, si on peut gagner deux ou trois sous parce qu’on est obligé de vivre. On peut faire des prix raisonnables et s’occuper de ces petites bêtes que certaines personnes traitent un peu moins bien. C’était l’amour des animaux aussi et le côté indépendant parce que j’ai été chauffeur toute ma vie et c’est quelque chose qui me plaît.
Alors vous avez décidé de retirer une partie du deuxième pilier et de vous mettre à votre compte dans le transport des animaux de compagnie ?
Oui.
On est d’accord. Pourquoi ? Qu’est-ce qui a motivé cette décision ?
Je vous dis, au départ, c’est quand même mon amie, une ex-amie mais toujours amie qui a un magasin d’alimentation à Colombier pour les animaux. Donc, de ce fait là, je connaissais déjà beaucoup de gens qui en avaient. J’en ai, j’adore les animaux. J’aime bien les gens aussi, quand même. Je pensais que cela aurait pu être sympa, voir si il y avait quelque chose à développer là-dedans, surtout du côté des animaux plus que pécuniaire.
Cela veut dire que vous avez dû contacter des vétérinaires. Est-ce que vous avez passé par la SPA, comment… ?
C’est vrai que tout au début, j’avais quand même un peu souci parce que je suis un peu renfermé. Je n’ai pas le dialogue facile et je me suis dit : « Bon, j’aurai peut-être des difficultés ». Si je ne parle pas, la petite grand-maman avec son chat, elle va s’ennuyer et se dire : celui-là, il ne va pas me revoir.
Non, cela m’est venu tout seul. Je discute bien, il y a certaines grands-mamans qui vivent dans le solitude et qui sont contentes quand on rentre de discuter une demi-heure ou plus d’un peu de tout. Elles sont contentes, cela m’est venu tout seul.
Au niveau de l’organisation, il a fallu faire de la publicité ?
Au début, c’était les vétérinaires. J’ai été chez tous les vétérinaires. Beaucoup m’ont dit : « Ouais, cela ne va pas marcher, il n’y aura pas assez ! » C’est vrai que ce serait plus facile dans une grande agglomération, etc.
Moi, je ne suis pas tellement du genre à écouter. J’ai décidé de me lancer. Du reste, après, j’ai essayé de m’élargir sur les gros animaux en achetant un 4x4 pour tracter les remorques pour les chevaux, etc. Cela n’a rien donné. J’ai arrêté tout de suite et je me consacre qu’aux petits animaux. Cela peut-être chiens, chats, oiseaux. J’ai eu des lapins, des cobayes.
Est-ce que vous avez eu des serpents par exemple ?
Pas encore. Je suis prêt à le faire, mais c’est vrai que c’est le seul animal que j’aurais une petite réticence. Je le ferais quand même volontiers parce que j’ai un certain feeling avec les animaux qui est assez incroyable. La SPA, oui je les ai contactés. Je travaille un peu avec le refuge de Cottendart, côté Apiani, pas côté SPA. Je travaille avec la police de La Chaux-de-Fonds quand ils trouvent des chiens ou des chiens maltraités. Comme je vous le dis, j’ai un très bon feeling.
Là, vous êtes en pleine création d’un réseau qui touche essentiellement quelles régions?
J’essaie de faire Neuchâtel et environs seulement. C’est vrai, plus on s’éloigne, plus il y a des frais. Je suis prêt à aller n’importe où. J’ai été aux Diablerets. Je vais de temps en temps au Tierspital à Bern. J’ai fait pas mal de pub à Yverdon, mais cela n’a pas donné. Je vais des fois à Lausanne. Je vais n’importe où.
On m’a demandé une fois le Portugal puis Nice une fois pour un chien. J’ai dit : « C’est inutile que j’y aille parce que cela vous coûtera beaucoup trop cher ». Si j’y vais pour deux cents, trois cents francs, je perds de l’argent. Cela ne me sert à rien. Je préfère rester là et m’occuper de tous les clients que j’ai par là. Parce que beaucoup, quelque part, se sentent soulagés de savoir qu’il y a quelqu’un qu’on peut appeler à n’importe quel moment et il arrive. Ces personnes âgées n’ont plus que leur petit animal de compagnie et cela vaut de l’or pour eux. Cela vaut de l’or de toute façon pour tout le monde à mon avis. Cela les soulage quelque part de savoir qu’il y a quelqu’un qu’on peut appeler pour dire : si c’est galère, il vient.
Au début, j’ai fait vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept sur sept, mais ce n’est pas la nuit que les gens ont le plus besoin. La nuit, ils trouvent plus facilement quelqu’un qui est à la maison, sur le même palier ou n’importe. C’est plus la journée où les gens travaillent. Cela m’est arrivé quand même avec une ex-amie qu’elle me téléphone. C’est la seule fois que je me suis déplacé vraiment au milieu de la nuit. C’était une heure et demie et le chien agonisait. Il a fallu aller « l’euthanasier ». C’est la seule fois. Souvent, les gens n’osent pas alors que je suis le même prix que la journée, c’est-à-dire un prix très raisonnable, très très raisonnable que certains trouvent chers quand même. Des fois, j’ai des transports où je remets presque moi, parce je ne m’en sors pas.
Je suis obligé maintenant d’arrêter le 24/24 et je vais faire bientôt une nouvelle pub qui sera de 7h à 17h, je pense. Le soir, je fais un peu de taxi et le matin, je livre les journaux pour gagner des sous pour mettre là-dedans, parce que cela ne me suffit pas.
Et vous avez démarré il y a combien de temps ?
C’est facile à retenir. Cela ne fait que deux ans, cela a fait deux ans le premier février de cette année.
Deux ans d’expérience. Vous avez vu un changement, est-ce qu’il y a quand même plus de monde ?
Régulièrement oui. « Le bouche à oreilles » toujours qui fonctionne bien, c’est la meilleure pub. J’ai régulièrement de nouveaux clients. J’en ai déjà pas mal et ils sont tous contents, je crois, et ils reviennent. Mais bien sûr qu’on ne va pas chaque semaine chez le vétérinaire.
Je ne fais pas que cela non plus. Je promène les chiens à la forêt. Je vais nourrir les chats quand les gens sont loin. Je fais de la peinture.
C’est Monsieur animaux.
Je fais aussi des à-côtés. Je vois aussi pas mal de personnes âgées avec ce boulot et je rends d’autres services comme tondre le gazon, faire de la peinture.
C’est un peu le royaume de la débrouille ?
C’est vraiment le système D pour à tout prix gagner assez pour garder cela. Je suis obligé de travailler dans un autre domaine pour couvrir les frais.
Je vous propose pour conclure que vous donniez peut-être vos coordonnées. Que les gens intéressés puissent…
Mon nom c’est facile parce que c’est le nom d’un animal, d’un lapin sauvage. C’est Lièvre Jean-Marc et je vais bientôt être sur Neuchâtel, aux Fahys.
Vous avez peut-être un numéro de portable ?
Oui c’est le 079 701 28 65 et je vais bientôt sortir une nouvelle pub qui malheureusement, cela sera des autres horaires mais bien sûr que les clients qui me connaissent savent que même à d’autres heures, ils pourront quand même essayer de m’appeler et si je suis là, cela sera volontiers que je me déplacerai, jour et nuit.
Je vous souhaite plein succès pour ce taxi pour animaux et l’on pourra peut-être faire un petit bilan d’ici une année ou deux ans. Vous avez une entreprise phénoménale.
Comme disait justement l’un des vétérinaires avec qui je travaille, le problème c’est qu’après il faudrait être plusieurs. Tout à coup, un après-midi, j’ai trois ou quatre et un je devrai refuser peut-être ou déplacer et des jours où il n’y a rien.
C’est très irrégulier.
Oui.
Vous disiez taxi, mais lui préfère dire ambulance parce qu’au fil du temps j’ai quand même appris, il y a certains cas qui se répètent. Tel ou tel symptôme, c’est plus ou moins à coup sûr, cela sera ça, etc. etc.
Je commence à m’y connaître un peu et quelque part je peux peut-être faire les premiers soins. Non, mais je suis prêt à faire beaucoup de choses.
Jean-Marc Lièvre merci beaucoup.
Merci beaucoup et tout de bon pour votre émission parce que cela a du mérite aussi. Cela servirait à beaucoup de monde aussi.
Interview réalisée par Alain Sunie
Texte retranscrit par Françoise Berthodr