L’association L’S Cort Production

 

 

Bonjour ou bonsoir tout le monde. J’ai à mes côtés, de droite à gauche, Kaella, Dj Cort-$ et R-Nestinho. Trois jeunes qui essayent de promouvoir le hip hop et qui sont là en pleine campagne par rapport à une initiative qu’ils ont prise. Peut-être que Dj Cort-$ va nous en parler, quelle est l’initiative en question ?

L’initiative en question, c’est un CD. Un CD qui s’appelle « Respect », qui a été lancé par notre association « L’S Cort Production ». Je pense que je vais commencer par présenter l’Association. Notre Association est L’S Cort Production qui a été créée maintenant il y a un peu plus d’un an et demi, bientôt deux ans et qui a pour but justement de faire des projets de ce style, des CD avec des jeunes, toujours des buts en fait contre le racisme, des thèmes comme le respect, des thèmes humanitaires, toujours en fait des choses qui ont un fond, mais pas un fond lucratif mais vraiment quelque chose de positif.

 

Plus philosophique peut-être ?

Voilà. On a également la possibilité d’aider d’autres jeunes que nous à réaliser ce genre de projet, mais au sein de l’Association, on essaye chaque année de sortir un projet musical qui parle justement de respect ou de choses de ce style.

 

Est-ce que les thèmes changent chaque année ou l’on retrouve toujours un peu la même mouvance ?

On retrouve toujours la même idée de message positif. Maintenant, l’année passée, on a fait un CD pour les droits humains, vraiment avec un thème large et là on s’est fixé plus sur un thème tout aussi large peut-être, mais le respect, pour cette année. L’idée en fait est née surtout du fait qu’on a remarqué que La Suisse est vraiment un petit pays. En plus coupé en deux langues, le suisse allemand et le français, on ne va pas oublier non plus les Italiens.

 

Et le romanche.

Le romanche, on n’en parle plus trop mais ils sont toujours là.

 

Ils sont là.

C’est vrai qu’on a remarqué qu’en Suisse, en Suisse allemande, ça se passe un peu moins comme ça, mais en Suisse romande, on a très peu de soutien quand on est artiste. Déjà, on a peu de soutien dans sa région, mais en plus c’est vrai que dès qu’on a envie d’aller faire un concert à Lausanne, à Genève et que l’on vient de Neuchâtel, pareil avec quelqu’un de Genève qui viendrait à Lausanne, on n’est pas trop bien accueilli généralement parce qu’on n’est pas de la ville. Ce que l’on fait, ce n’est pas bien. Quand on est de la ville, il y a toujours le copain de l’autre qui fait quelque chose de mieux. Donc, c’est vrai que l’on ne se sent pas très soutenus. Nous, on s’est dit : « Ce n’est pas possible, est-ce que vraiment c’est comme ça ici ? »

 

Tu reproches un petit peu à la Suisse, on pourrait peut-être demander à R-Nestinho d’ailleurs ce qu’il en pense, lui dont la mère vient d’un grand pays et d’une grande ville. Est-ce que vous avez le sentiment, R-Nestinho, tu as le sentiment qu’on est un petit peu trop régionaux, c’est-à-dire qu’il est difficile, comme a dit Dj Cort-$, de « s’exporter » entre guillemets ne serait-ce qu’en Suisse romande ?

Déjà pour commencer ce qui est régional, c’est quelque chose qui est bien présent. Ce qu’il a dit, c’est vrai et il y a quatre ans, j’ai sorti un premier disque avec mon collectif « Frappe Chirurgicale » et on a fait un CD par nos propres moyens. On a fait du CD gravé. On s’est fait une belle fourre et tout… Etonnamment, beaucoup de gens ont apprécié. On en a distribué environ neuf cents et ça a fait beaucoup parler. Du coup, on a pu avoir des concerts ailleurs, dans d’autres villes et tout. Mais c’était comme si on était les précurseurs de ce style de choses. Comme si on était les premiers à Neuchâtel à oser faire quelque chose comme ça. Du coup, ça a marché pour nous et il y en a beaucoup qui ont fait le même style. Il y a beaucoup de gens qui se sont mis au rap ou au R’n’B parce qu’ils ont vu qu’avec eux, on peut faire beaucoup et du coup, maintenant il y a beaucoup plus de concurrence, ce n’est pas forcément un concours. Mais comme dans tout, il y a forcément les gens qui y pensent. Il faut que je fasse mieux que lui et tout, parce qu’il a fait un truc bien. Je peux faire mieux. Ce côté-là, ça crée des clans, des groupes. Rien que sur Neuchâtel, en trois ans, ça s’est beaucoup divisé. Les gens écoutent plus leurs potes, leurs amis, leur entourage et mine de rien, c’est bien. Les amis soutiennent leurs autres amis. Et maintenant, rien qu’à cause de cela, par exemple quelqu’un qui n’est pas sur le projet respect et qui connaît quelqu’un qui fait du rap, il ne prendra peut-être même pas la peine d’écouter. C’est une mentalité qui s’est faite, pas du jour au lendemain, c’est quelque chose qui a toujours existé, mais au niveau régional, c’est flagrant. Peut-être que j’ai eu la chance de le vivre, parce que j’ai fait ma démo avec « Frappe Chirurgicale ». J’ai pu le voir, mais je pense qu’à une certaine échelle, il ne faut plus en tenir rigueur, c’est plus trop important.

 

Justement, en fonction de ce que tu viens de dire auprès de Dj Cort-$, j’ai lu que vous aviez l’intention de faire vraiment un maxi. Un CD qui a de l’allure, est-ce que vous pouvez un petit peu nous en parler ?

Dj Cort-$ : Nous, en voyant ça, on s’est dit : « Ce n’est pas possible que tout le monde pense comme ça, il y a forcément un soutien quelque part. » Notre initiative en fait, cela a été un peu de regarder quelqu’un, une personne de chaque canton romand, Genève, Vaud, Neuchâtel et Fribourg. Prendre une personne reconnue dans son canton pour faire, vraiment faire de la musique et on a voulu voir si cette personne, elle, voyait aussi la chose sur le même point et était d’accord de collaborer ensemble. On a regardé sur Genève. On a demandé à Chakal de participer au projet. On a regardé sur Vaud un peu qui c’est que l’on pouvait demander. On est parti sur Solo Dos, sur Fribourg avec Erikson, sur Neuchâtel avec R-Nestinho et en plus sur Neuchâtel, on a eu la chance de pouvoir collaborer avec une fille qui est là et qui pourra parler tout à l’heure, de ce qu’elle a pu faire un peu dans ce milieu de mecs. On les a appelés et c’est vrai qu’ils avaient tous un peu remarqué cette concurrence, mais au contraire, ils étaient tous ravis de pouvoir participer avec les autres et on s’est donc tous retrouvés en studio à écrire, à écrire des textes et c’est vrai que cela a super bien marché. Après, il fallait quand même qu’il y ait un fond sur la chanson, pas que chacun vienne avec ses idées. Avec l’Association, toujours pour suivre des buts positifs, on s’est dit : « On va parler du respect. » Du respect entre nous, entre jeunes. Le respect entre les cultures, vu qu’on est tous de cultures différentes et il y a toujours un peu ce thème qui revient de racisme, mais vraiment moins que dans le premier CD. Là, c’est vraiment un message de respect et après pour parler du maxi CD, justement que vous disiez, qui est dans les bacs à l’heure actuelle, qui est sorti.

 

Oui, je me demandais justement.

Le maxi est dans les bacs maintenant. Vous pouvez le trouver un peu près partout normalement. C’est vrai qu’il y a une superbe entente. Après, il y a également eu un travail sur quel style de musique on allait faire dans le hip hop, dans le R’n’B, plutôt rap. On s’est dit : « Le message, il faut qu’il soit vraiment écouté par le plus de monde. » Il faut que ça ne dérange personne, que ça puisse passer partout, qu’on puisse le faire écouter à nos parents sans que ça les dérange, qu’on puisse le faire écouter dans un club pour que les gens puissent continuer à danser. Mais là, on a travaillé avec Nelson, qui travaille pas mal avec Solo Dos et on est parti sur une base hip hop de départ qui évolue sur du reggaeton et on est resté dans une construction instrumentale qui évolue tout au long de la chanson pour qu’il y ait du changement. C’est vrai qu’on a réussi en fait à faire une chanson où beaucoup de personnes, un peu tous les milieux, même pas forcément hip hop arrivent à se dire : « Cela ne me dérange pas de l’écouter. »

 

Ils se reconnaissent plus ou moins. Voilà.

Voilà. C’est comme cela qu’on en est venu à ce CD qui est donc dans les bacs maintenant partout, le single respect.

 

Vous l’avez produit à combien, vous l’avez fait en combien d’exemplaires ?

Le CD est sorti à deux mille exemplaires avec la collaboration… C’est clair, une fois qu’on a eu ce projet de CD, on a cherché un peu des collaborations. On a eu pas mal de soutien du Centre des Loisirs de Neuchâtel.

 

J’allais y venir, oui.

Le Centre des Loisirs qui aide pas mal de personnes comme nous, qui ont des projets à les amener jusqu’au bout. On fait également partie du Parlement des Jeunes ce qui nous permet aussi, on est dans le Parlement des Jeunes de Neuchâtel et on a pris un peu contact avec les autres parlements des jeunes d’autres villes, ce qui nous permet maintenant au niveau de la promotion, de la sortie du CD, d’avoir des petites équipes qui travaillent un peu partout et c’est vraiment génial de pouvoir faire cela.

 

Kaella, tu es déjà minoritaire. Tu te retrouves, je me suis un petit peu renseigné, hip hop c’est new-yorkais si je ne fais erreur, avec une image quand même machiste. Il y a aussi un message de violence. D’abord toi en tant que femme au milieu de ce monde de machos, comment tu te sens ?

Déjà, si je peux te corriger, le mouvement hip hop est quand même né d’une base positive et c’est souvent les médias qui la rendent violente. C’est vrai que ce n’est pas forcément en allumant la télé qu’on va voir un hip hop positif. C’est en connaissant bien qu’on peut reconnaître un rap positif avec des messages clairs et tout. C’est vrai que ce qui passe à la télé, ce n’est pas souvent le meilleur hip hop.

 

Le problème de la TV j’ai vu que tu avais ton opinion. Je crois que les gens sont plus friands d’images sanguinolentes que de moments heureux.

Exactement et les médias l’ont bien compris. C’est pour ça qu’ils mettent en avant ce côté et non plus le positif.

 

Le côté positif de se retrouver parmi ces cinq gars ?

Dj Cort-$ : Quand même, le côté positif c’est d’être toujours entourée de cinq beaux gars.

 

Est-ce que le thème de l’année prochaine, c’est la modestie ?

Exactement.

 

Parfait. Kaella stp.

C’était un côté très positif, puisque ça m’a permis de collaborer avec des garçons et les femmes de plus en plus se dévoilent. Elles ont leur mot à dire et on le ressent maintenant comme la société. Moi, j’aimerais juste dire que dans le hip hop si on veut, c’est-à-dire si on a envie, si on a un message clair avec un fond à faire passer, on peut se donner les moyens de le faire (filles - garçons).

 

Le point de départ, c’est quand même d’avoir quelque chose à dire.

Oui. Il faut toujours faire de la musique, pour faire de la musique pour vendre, non. C’est surtout avoir un fond dans ce que l’on dit, que les gens qui écoutent ce soit des gens qui ressentent des choses quand ils écoutent ce que l’on dit et pas seulement, tiens j’aime bien la projection mais ce qu’il dit, ça ne veut rien dire. Il faut toujours avoir un fond.

 

Je reviens au Parlement des Jeunes, tu l’as évoqué. R-Nestinho, tu fais partie du Parlement des Jeunes aussi ?

Non, non du tout. Déjà quand j’étais adolescent, ça m’est arrivé d’avoir envie de faire partie de quelque chose qui peut prendre un pouvoir de décision pour aider les autres jeunes. Ca m’est arrivé deux ou trois fois. J’avais presque envie d’aller faire le pas et de dire : « Je me jette maintenant », mais jamais.

 

Vous faites partie du Parlement des Jeunes les deux. Vous arrivez avec un message musical et un message verbal parmi des politiques. L’accueil se fait comment. Qui veut s’exprimer ? Kaella ou…

Dj Cort-$ : L’accueil au début quand on est arrivé, c’est vrai que les gens se demandaient un peu ce que l’on faisait là. On est arrivé avec nos casquettes de travers, avec nos baggys.

 

C’est quoi les baggys ?

Des pantalons comme ça, un peu trop larges. Et c’est vrai que la première réaction des gens : « Qu’est-ce qu’ils font là ? » Après, on est venu avec notre premier projet de CD avec vraiment des gens de partout. C’est vrai que là, on a eu un soutien. Ils nous ont dit : « On va voir ce qu’ils peuvent faire. » Ils nous ont soutenus. On a lancé cette initiative. On avait fait un concert à la Case à chocs. On a demandé de l’aide, ils sont venus. Ils ont vu qu’à la Case à chocs, cela s’était super bien passé, que tous les jeunes qui étaient là, étaient repartis avec une bonne image du rap et pas comme on pouvait l’imaginer. C’est vrai que là, on a peut-être fait un peu prendre conscience, qu’on pouvait faire des choses bien et que dans ce monde, il n’y avait pas que des personnes qui passaient à la télé pour dire qu’ils étaient là pour se faire de l’argent et tout, qu’il y avait aussi encore des gens qui avaient un message derrière. Maintenant, même pour des choses que c’est pas nous qui faisons, des événements du Parlement des Jeunes, on prend toujours plaisir à participer et à amener un côté musical. Je pense que Kaella peut confirmer.

Kaella : Oui. Je peux confirmer. L’accueil a été très bon puisqu’on a fait la démarche ensemble lorsqu’il a proposé le projet. J’ai vu que les gens qui ont voté positivement, ils étaient vraiment… ils croyaient en son projet comme nous, on y croyait aussi et c’est bien d’avoir ce soutien, des gens qui croient en nous. C’est très important et peut-être, c’est ça qui manque. C’est les gens qui croient en nous.

 

Vous avez l’intention de passer par plusieurs Parlement des Jeunes. Vous êtes en interaction. Là, il est question d’une tournée, R- Nestinho, vous en êtes où ?

Ce que j’ai entendu justement, ils veulent faire une tournée en faisant participer les autres Parlements des Jeunes d’autres villes et d’autres cantons. Cela serait le principe. Moi je pense que cela serait une très bonne idée, ça permet aussi de montrer qu’on peut faire les choses, même que certaines personnes qui sont sur ce projet sont déjà assez confirmées. Ils ont fait leur parcours dans le rap, dans la musique. C’est des artistes confirmés. Ca peut donner envie aux autres jeunes de faire pareil et en plus, ils ont une bonne base, le respect. Le respect, c’est une base positive qui peut donner envie de faire pareil. On ne fait pas que du rap pour se plaindre ou s’exprimer. Maintenant, il y a des limites d’expression. Certains, ça peut partir sur du vulgaire, sur des choses qui ne sont pas forcément la réalité en Suisse et pour moi après, c’est chacun son expression et ça peut permettre à des jeunes de faire du rap directement positif.

 

L’idée directrice, c’est d’être positif et de donner une image différente de ce qu’on pourrait penser.

Jusqu’à maintenant, il y a beaucoup de préjugés autour du rap, parce que ces dernières années, on associe rap à bagarre, on associe rap avec délinquance, jeunes, casquettes, baggys. C’est quelque chose qui est normal, mais ce que je veux dire, la délinquance, les bagarres, il y en avait avant que le rap existe. C’est clair, il y a une minorité comme dans tout. Il y a d’autres gens qui sont violents mais ce n’est que jugé. Je pense qu’avec le temps, déjà vu l’évolution, qu’il y a déjà beaucoup plus de femmes à cause du R’n’B et tout, ça pèse un peu et gentiment ils voient que les rappeurs sont beaucoup moins négatifs, moins provocateurs. C’est des préjugés comme avec la musique disco ou autres. Je pense qu’au début, il y avait aussi des préjugés et avec l’évolution, c’est devenu banal.

 

Historiquement Dj Cort-$, est-ce que tu penses que le rap a eu cette image parce qu’il a au départ copié ce qu’il se passait dans les banlieues new-yorkaises ou est-ce qu’il y a une évolution européenne ou suisse ?

Dj Cort-$ : Cette image, elle n’est pas venue de base puisqu’à l’époque quand ça a commencé déjà le « but » entre guillemets du hip hop, get music move, comme disait la nation veut dire « rester occupé à avancer ». En fait, c’est venu à la base d’Afrika Bambaataa qui avait perdu un de ses meilleurs amis dans une guerre de gangs. Il faisait partie d’un gang et il s’est dit : « Plutôt que de se faire la guerre, il faut qu’on essaye de faire quelque chose de positif. » Plutôt que de fonder un gang, il a fondé son groupe de danse, de breakdance. Après, c’est vrai que cela a commencé à faire des bâtons de break mais ce n’était plus de la violence physique, mais qui c’est qui fait le meilleur trix, qui c’est qui fait le meilleur son et c’est parti comme cela. L’image de violence, elle est venue bien plus tard quand justement certaines personnes ont remarqué qu’en parlant de ce qui n’allait pas, elles passaient plus facilement à la télé. Qu’en passant à la télé, elles vendront plus facilement des disques et c’est là que l’engrenage est parti. Une fois que l’on est dans l’engrenage, c’est clair que c’est fini. Les gens voient et disent : « Lui, il passe à la télé comment ça se fait ? » Ah ok, il a dit et dans son clip, il a une Noire qui danse avec son cul qui déhanche. Ok on va le faire aussi. C’est parti comme cela. Maintenant au final sur les télés, il y a plus que cela et on a plus en fait de vrais groupes de rap qui sont à la base et qui essaient de véhiculer des messages. Maintenant c’est vrai, c’est ce qui fait la beauté de ce projet, qu’on ait réussi à avoir autant de partenaires, c’est de pouvoir amener un message tout en ayant quand même un son qui est passable au club. Là, la tournée comme vous en parliez, je veux quand même également dire un petit mot, c’est vrai que ce qui va faire que ça va être une grande tournée. La force de cette tournée, c’est qu’on a vraiment du soutien de plein de gens, de Hard Prod par exemple, qui a tout le soutien promotionnel dans la sortie du CD et qui nous aide pour la tournée. On a également des gens comme le Service d’utilité publique de Neuchâtel qui nous a soutenus. Le Service des assurances sociales de la Confédération qui nous a soutenus « Tous différents, tous égaux ». Il y a également Stanton DJ qui est une marque de DJ pour ce qui est plutôt de matériel. Et c’est des gens qui ne se côtoient pas forcément pour des projets d’habitude et là, qui ont vu tous un intérêt dans ce projet, ce qui fait que maintenant c’est un projet qui a une grande ampleur et je pense que c’est un projet qui est déjà allé loin. J’espère qu’il pourra encore aller plus loin car on a su réunir les forces de tout le monde autour d’un but commun, parce que quand on parle avec les gens, c’est vrai que même si, personnellement je ne dis pas que je n’aime pas ce qui passe à la télé, j’en écoute comme tout le monde, mais dans le fond, on aimerait quand même tous qu’il y ait moins de bagarres, qu’il y ait plus de respect. Je pense que ce n’est pas seulement avec mon projet, c’est avec le projet de plein de gens. Des projets avec du rock. Il y a des gens qui font du rock qui ont ce genre d’idées. Des projets reggae. Je pense qu’avec la musique, on peut toucher vraiment beaucoup de monde. La musique, elle est là depuis la nuit des temps. Tout le monde écoute de la musique.

 

C’est juste.

Avec cela, on peut véhiculer le message qu’on veut.

R-Nestinho : Par rapport au fait que maintenant beaucoup de ces rappeurs pensent à la jouer haute, c’est aussi une façon pour eux de sortir de leur quotidien qui pour beaucoup n’est pas le nôtre. C’est beaucoup plus misérable. Pour beaucoup d’entre eux, c’est une façon comme moi, j’irais travailler chaque matin, eux, de s’en sortir, d’avoir une vie normale. Maintenant, je pense que ce qui passe à la télé, ce n’est pas cela qui cause les bagarres. C’est clair, on voit que les gens veulent faire du business maintenant c’est commercial, mais ce n’est pas ça qui cause les bagarres. On a vu à plusieurs reprises, les bagarres ça part aussi sur des sons un peu moins commerciaux. Je suis même assez bête de partir du principe que c’est la musique qui cause la bagarre, parce que ce n’est pas forcément cela.

DJ Cort-$ : Les bagarres ont toujours été là.

La musique, ce n’est pas ça qui donne envie à quelqu’un d’aller taper sur quelqu’un d’autre.

 

Cela pose tout le problème des espèces de couleurs, j’appartiens à un camp et pas à celui-là.

DJ Cort-$ : Les bagarres viennent du fait qu’en boîtes de nuit, c’est un rassemblement de personnes d’origines diverses qui se rencontrent là et ça peut créer des tensions.

C’est clair qu’on ne va pas changer le monde avec un projet comme ça.

 

C’est un début.

À la télé, ils ne montrent pas non plus que des projets comme ça. La violence ne vient pas de là, c’est clair.

R-Nestinho : Mais justement, moi par rapport à la chanson, ce que j’ai voulu vraiment montrer, c’est le côté du respect par rapport aux femmes, déjà dans un premier temps, parce que même quand il y a des bagarres ou autres justement dans les clubs ou concerts hip hop et tout, des fois cela part d’histoires de femmes justement. Déjà, si les gens prenaient la peine de respecter rien que les femmes, je pense que cela ferait déjà la moitié de bagarres ou juste départ d’embrouilles en moins. C’est clair, une femme peut provoquer une bagarre n’importe où, pas que dans du rap ou du hip hop, mais n’importe où. Maintenant juste le respect des femmes, je pense que c’est déjà beaucoup rien que dans une soirée ou autre, il y a des manques de respect assez flagrants et pour certains, c’est rien et pour d’autres, c’est choquant.

 

Pour moi, il y a une histoire de cultures, de religion qui joue un rôle. On parlait de femmes, Kaella. Il y a un refrain qui se fait en anglais, en espagnol, il y a une volonté de devenir international, qu’est-ce qui se passe ?

Non. Je suis d’origine portugaise.

 

Ah !

Je chante en espagnol et en anglais. C’est pour montrer que même si je suis Portugaise, je vais pouvoir promouvoir une autre culture. C’est ça aussi le respect. Le respect, c’est : « Je suis Portugaise, mais ça ne me dérange pas de chanter dans une autre langue. » J’ai appris l’espagnol et l’anglais. Cela ne me dérange pas… Pourquoi rester cloisonnée, voilà je suis Portugaise, alors je chante en portugais ? Je parle français alors je vais chanter en français. Non, je suis ouverte. J’ai co-écrit les paroles avec Chakal et lui qui est Espagnol, comme je savais l’espagnol, on en a profité.

 

Le message passe bien. Il n’y a pas de problèmes. Est-ce que vous avez déjà été par exemple entendu par d’autres ? Est-ce que vous avez eu des échos de ce CD à part le Parlement des jeunes ?

Oui, je dirais que dès le moment qu’on l’a écouté, on a des échos positifs, des échos. Il y a de tout comme on le disait avant. Il y a ceux qui soutiennent. Il faut quand même dire que dans le général, il y a du positif. C’est vrai qu’il y a quelques personnes qui m’ont dit, trois des couplets sont en espagnol, « Vous faites un truc sur le respect, mais nous, on ne comprend que deux couplets. Qu’est-ce qu’ils disent les autres ? Pourquoi ce choix ? » Ce n’était pas un choix de passer les frontières, même que cela serait un beau challenge, mais simplement on vient de cultures différentes. On arrive avec chacun nos cultures et l’espagnol est quand même une langue qui est beaucoup parlée.

 

Largement parlée.

Et déjà dans le monde et c’est vrai qu’en Suisse allemande, il y a beaucoup de latinos qui comprennent. Les rappeurs eux-mêmes, se sont mis à écrire en espagnol, de leur origine. Pourquoi leur imposer de chanter en français pour que tout le monde les comprenne alors qu’on sera compris par plus de monde comme ça et dans le fond, il y a plus de gens charmés par ce côté un peu latino, de mélanges de métissages que de gens qui ont dit : « On ne comprend rien », parce que les paroles ne sont forcément pas trop compliquées. L’espagnol, c’est une langue qui se laisse assez vite comprendre.

 

Oui d’ailleurs, je suis toujours surpris que des Espagnols, des Portugais parlent à une vitesse invraisemblable et se comprennent parfaitement. Quant à moi, je tends l’oreille. On a beaucoup parlé de respect, d’humanisme, de pacifisme, puisque vous êtes dans cette définition des choses, alors moi, j’aimerais que vous me donniez chacun votre définition du respect. Est-ce que vous pourriez en guise de conclusion, chacun de vous, me donner votre idée du respect ?

R-Nestinho : Pour moi, c’est simple. Le respect c’est déjà pour commencer de laisser parler les femmes. C’est vrai depuis le début de la tournée de promotion, la demoiselle, elle veut bien que l’on parle de respect. Chaque fois, on arrive et c’est : « Alors les gars, comment ça va ? » C’est deux fois qu’on lui fait le coup. On va la laisser commencer.

 

Kaella, mea culpa, à toi.

Moi, je résumerais un peu tout dans une phrase très connue : « Ne fais pas aux autres ce que tu n’aimerais pas que l’on te fasse ». C’est ça, le respect.

 

Ok. R-Nestinho ?

C’est un peu ce que je voulais dire, le respect, c’est la base de tout et si tu respectes, on te respecte.

 

Oui, mais tu le définis comment ? Je veux dire… essaye d’être plus précis.

Si tu respectes les gens en étant, on va dire, droit avec cette personne, cette personne, si elle est bien dans sa peau, elle te respectera aussi. C’est donnant donnant, comme tout.

 

Cela part d’un sentiment de franchise.

Voilà.

 

D’accord. Dj-Cort-S. ?

Le respect, c’est quand même une notion qui est un peu comprise différemment par tout le monde, qui est appliquée obligatoirement par tout le monde. Mais c’est clair, le respect, ça commence déjà par respecter les autres, se respecter soi-même également.

 

Cela, c’est important.

Et respecter les autres en fait et arrêter de penser que les gens nous doivent du respect juste parce qu’on est là et qu’ils nous doivent tout. Le respect, ce n’est pas qu’on doit tout à quelqu’un. Le respect, c’est justement : on respecte l’autre personne, elle nous respecte et ce n’est pas parce que nous, on a un boulot, ok on doit nous respecter, parce que c’est nous le patron. Non, le respect qu’on soit grand ou petit, le respect de base, c’est la même chose pour tout le monde, c’est comme disait Kaella ne fait pas aux autres ce que tu n’as pas envie que l’on te fasse.

 

Donc si on peut résumer, respecter non pas un titre, une profession, mais respecter l’individu.

Voilà. Ne pas respecter une religion, une culture et surtout respecter l’individu.

Surtout prendre du temps pour connaître cette personne parce que les préjugés font penser que ce n’est pas forcément la meilleure façon de respecter quelqu’un.

Je vais peut-être te laisser conclure sur… Pour toi, alors qu’est-ce que c’est le respect ?

 

Le respect pour moi, c’est, la première chose qui me paraît essentielle a été évoquée, c’est se respecter soi-même dans le sens où l’on ne peut pas respecter les autres, si on est incapable de se regarder dans un miroir le matin, ça c’est le premier facteur et le deuxième facteur, c’est d’accepter une fois pour toute qu’on a tous droit à la différence, qu’on a tous le droit d’être marginal ou d’être un peu fou ou poète ou ce que j’étais auparavant, instituteur, qui est vraiment bien carré, bien cubique. Mais ce qui est important, c’est justement se montrer tel qu’on est, je suis d’accord avec toi aussi, ce qui permet aux autres peut-être de directement savoir qui nous sommes et d’être eux-mêmes.

Un maximum de respect pour votre télé, votre démarche.

 

Merci.

Et pour avoir plus d’informations, vous pouvez toujours aller sur www.djcort-s.ch pour l’actualité, les futures dates de la tournée et je pense que l’on trouvera également un petit peu d’actualité sur votre site Internet.

 

Moi, je tiens à vous remercier de votre présence.

Merci à vous de votre invitation, c’était sympa.

 

 

Interview réalisée par Alain Sunier

Texte retranscrit par Françoise Berthod