Exposition N3 : au CPLN de Neuchâtel
Monsieur Matthey bonjour.
Bonjour.
Quelle idée d’organiser ou d’accepter à nouveau une exposition dans les murs de votre école ?
L’idée, elle ne vient pas de moi. Elle vient de ceux qui ont souhaité qu’il y ait une fois une exposition et ils ont remarqué que ça avait du succès, que ça fonctionnait bien et que ce mélange des genres était profitable à tout le monde. Ils ont décidé de continuer et on voit que le succès est grandissant.
Justement, parlons de ce mélange des genres, des styles.
Il y a d’une part, le mélange des styles artistiques, c’est-à-dire qu’il y a toutes sortes de créations artistiques. Mais il y a aussi le mélange avec l’École professionnelle, parce qu’une École professionnelle, à priori, on n’imagine pas que c’est le lieu idéal pour faire une exposition artistique, voire même parfois d’œuvres relativement difficiles. Et on a vu que la mayonnaise avait bien pris. Mayonnaise c’est bien le cas de le dire, puisque on est dans une école qui forme les apprentis des métiers de bouche.
Les premiers visiteurs sont bien sûr les élèves. Comment est-ce qu’ils perçoivent cette exposition et comment la jugent-ils ?
Je ne sais pas vraiment comment ils la perçoivent. Mais ce que je peux dire, c’est que jusqu’ici il n’y a eu aucun acte de déprédation, ça c’est toujours bien passé. Ils ont même parfois apprécié certaines œuvres semble-t-il. Donc, on peut imaginer qu’ils ne se sont pas sentis agressés et qu’ils ont bien accepté ces œuvres dans leur univers et ces œuvres ont fini par faire partie de leur univers.
Les personnes qui exposent sont, pour certains, des élèves ou des anciens élèves ?
Probablement qu’il y a parmi eux certains anciens élèves, mais ce n’est pas la règle du tout.
Maintenant ce soir, il y a un véritable événement qui va être créé, comment est-ce que cela va être vécu également par les enfants, les élèves ?
Les élèves, ils n’y verront pas grand-chose, parce que le vendredi à partir de cinq heures, l’école se vide, ce qui fait que c’est un autre public qui viendra ici. Les élèves ne seront pas touchés par cet événement directement, sauf ceux qui sont vraiment intéressés, qui pourraient rester ou revenir pour y participer. L’École professionnelle est en contact permanent avec le monde extérieur. On n’est pas centré sur nous-mêmes, puisqu’on a des partenaires qui sont des associations professionnelles, des entreprises et cette ouverture vers l’extérieur, elle peut aussi passer par l’art ce qui, a priori, n’est pas si naturel dans une école professionnelle. Mais on veut concrétiser cette ouverture de l’École des Arts et des Métiers vers l’extérieur.
Vous aimeriez aussi, je suppose, que la population s’intéresse et vienne par la même occasion visiter l’école.
Mais pourquoi pas. Mais si du point de vue de la sécurité et du point de vue de l’organisation, ça peut poser des problèmes, ça reste relativement confidentiel et c’est très bien si la population vient dans notre école pour voir justement qu’elle est ouverte à tout le monde.
Extra. Merci beaucoup M. Matthey.
Je me trouve avec Francisco Garcia, le co-fondateur de l’Expo N3 à Neuchâtel, qui était organisée au CPLN et qui rassemblait divers artistes romands, soit de la peinture, de la photo, comme on voit à l’écran, de la projection, de la céramique.
Francisco, dis-moi, comment t’es venu à l’esprit d’organiser ce genre d’exposition ?
En 2004, je suis passé par hasard dans le bâtiment du CPLN, bâtiment E, et là tout à coup, j’ai été flashé par la disposition du bâtiment et là j’ai dit à quelqu’un : « Là, ce serait vraiment un endroit pour moi, pour faire une exposition de peintures contemporaines avec… »
Parce qu’au début, tu ne pensais qu’à tes peintures. Tu ne pensais pas rassembler autant d’artistes ?
Au début, non. Je pensais faire moi d’abord, pour moi plus. On était d’abord trois artistes. Il y avait moi, Sylvie Sandoz et Basile Geiser et après j’ai commencé à parler avec M. Russo Thierry. On a mis en place la structure. Il m’a fait confiance et ça s’est fait.
Alors, cela fait depuis 2004 que tu fais ce genre d’événement, est-ce que tu fais partie d’une organisation spéciale qui organise ce genre de truc ?
En 2004, quand j’ai commencé, je suis parti tout seul. Si tu veux, on a monté Ephusio point orgue. Ephusio, c’est un groupe qui organise des « events » artistiques depuis maintenant 2004. Moi, je suis le coordinateur de ce mouvement. Je m’occupe de tout ce qui est artistique. Nous, le but c’est de promouvoir les jeunes artistes en Suisse romande. Justement avoir la capacité, comme on a dans ce genre d’exposition, comme cette année, on a été dix-sept artistes. On a 800 m2, donc il y a de la place.
Cette exposition se passe dans un collège, est-ce que cela a pour but de faire côtoyer l’art avec les élèves ou les apprentis qui fréquentent le collège ?
Cela c’est sûr. Le CPLN, le bâtiment E, il y a quand même huit cents personnes par semaine qui passent, ça fait du bruit. En plus, il y a tous les jeunes entre quinze et vingt ans qui sont là et qui font des apprentissages. Il y a aussi les cours de coiffure. C’est une école où il y a beaucoup d’artisans, qui prônent les artisans. Sinon, il y a aussi les cours du soir où il y a beaucoup d’adultes qui viennent faire des cours du soir aussi. C’est vraiment un endroit où les gens…
Où il y a du passage.
Il y a du passage. Cela aussi, c’est…
C’est vraiment un bon point pour ce genre d’exposition.
Exactement, oui.
Francisco, on voit juste derrière toi à l’écran, qu’il y a des modèles. Est-ce que c’est des personnes du canton de Neuchâtel qui ont fait des maquillages et les habits, des créateurs ?
Cela, c’est Vanaelle Mercanto. Elle a répondu à l’annonce que j’avais mise. Je voulais faire aussi une année où il y aurait du stylisme, un peu de création de chapeaux. Il y a Annie Schneider qui prépare les chapeaux. Elle, elle est maquilleuse professionnelle.
Là, elle s’est occupée à prendre dix mannequins et de les habiller dans les années vingt, trente, quarante. Là, elles ont fait une entrée fracassante.
J’ai vu qu’il y a aussi deux ou trois personnes avec des grimages assez fantaisistes comme dans films ou comme ça…
Elle, justement ce qu’elle fait, c’est ça. Elle travaille aussi pour le cinéma, elle fait des effets spéciaux. Elle est styliste, maquilleuse et c’est vraiment quelqu’un qui fait du super boulot. Cela donne une dynamique aussi en plus pour l’exposition.
Oui. On a vu, il y a du mouvement. Il y a justement les mannequins qui peuvent se déplacer, les personnes qui peuvent approcher le travail de l’artiste.
C’est clair avec …
Cela donne de la vie, il y a de la place. Cette année, l’exposition N3, on pouvait trouver quoi comme genre d’artistes ?
Cette année par rapport à la N2, où l’on était onze artistes, on est passé à dix-sept maintenant à la N3. Ce qui me manquait, ce que je voulais, c’était le multimédia, la grosse structure. Je voulais vraiment lancer, faire vraiment dans le bestial, c’est ça ! C’était le challenge.
On trouve quoi comme genre d’artistes ?
Alors là, l’art contemporain : on a de la céramique, des sphères énormes qui font soixante ou septante centimètres de diamètre. On a de la peinture avant-gardiste, peinture à l’huile. On a du pop art.
Mais la peinture avant-gardiste, c’est la peinture qu’on voyait sur le bitume ?
La peinture avant-gardiste, ça c’est moi.
C’est toi. Ah d’accord.
Je me consacre toujours un petit étage pour moi. Maintenant de moins en moins, parce que ça devient de plus en plus grand. Alors, j’ai moins de place pour moi et moins de temps pour peindre. C’est un peu le hic…
Et pour organiser ce genre d’événement, est-ce que cela te prend beaucoup de place dans ta vie ou comme ça ?
Cela me prend tout. C’est vraiment ma passion, c’est vraiment ce que je veux faire. Je veux vraiment me consacrer à cela.
Pour le futur, est-ce que tu vois déjà plus grand, d’autres espaces et tout ?
Oui, ce que je veux c’est que vraiment il y ait un « event », qu’il y ait cinq ou six mille personnes pendant le vernissage. Je veux vraiment qu’en Suisse romande, l’on devienne une icône de l’art à Neuchâtel. Je veux vraiment le développer et je sais que je vais y arriver. J’espère en tout cas.
Ce genre d’événement, ce qui te motive le plus, c’est quoi ? Si je peux dire, ce serait de te ramasser de l’argent, de te faire connaître par la presse ou bien qu’il y ait vraiment le plus d’artistes qui se fassent connaître.
Là, pour le moment ce que je fais pour travail, je travaille dans le vide, parce que ce n’est vraiment pas pour moi que je le fais, c’est pour les autres. Jusqu’à présent, je n’ai travaillé que pour les autres. Pour ma part, pour moi, je n’ai pas gagné de l’argent. En plus, cela m’a pris énormément de temps de ma vie et ainsi de suite.
Je vois dans le futur en fait. J’imagine, c’est clair que si un jour je devais que me consacrer à cela, ça serait l’idéal pour moi. Là, c’est clair que je serais bien obligé de gagner un peu d’argent pour pouvoir survivre, pour pouvoir m’occuper de faire des belles choses. Plus on a de l’argent, plus on peut faire aussi des choses intéressantes, mieux la diffusion de ce que l’on dit ou fait, les médias vous croient plus. Il y a plus de masse. Moi, ça serait mon but de faire vraiment un gros gros « event ».
Un gros « event ». Tu profites là aussi de cet « event », parce que tu es peintre toi-même et tu as pu profiter de mettre de tes peintures. Cela te lance quand même toi aussi ?
C’est ma passion, c’est vraiment ma passion en tant qu’artiste, je me fais ma propre promo aussi, c’est clair.
Lors de l’un de tes événements, par exemple la N3, comment est-ce qu’il faudrait faire si l’on est un artiste avec plein d’idées qui débute et qui voudrait exposer dans tes organisations ?
Là, vu que c’est la troisième année maintenant, je n’ai pas mal d’expérience, je sais comment m’y prendre. À la N2, c’était plutôt des connaissances, des amis. D’autres personnes qui disaient : « Voilà, je connais un artiste qui pourrait t’intéresser », parce qu’elles savaient déjà que j’étais un peu dans le mouvement d’organiser une exposition. Sinon pour la N3, vu que cela devient un peu plus grand…
Un peu plus professionnel, un peu plus grand.
J’ai mis une annonce dans le journal. J’avais mis Ephusio Art Event recherche des artistes pour octobre.
En voyant comme cela a marché cette année, la N3, est-ce que tu nous prépares déjà une N4 pour l’année prochaine ?
Oui bien sûr. Cette année, à la N3, on voulait déjà amener une touche personnelle en plus, c’était de prendre un avion carrément et de filmer en live, par exemple, moi qui descends en parachute, et de faire une peinture en quarante secondes dans les airs avec une personne. Et filmer ça en live et en même temps, arriver sur le stade de foot de Neuchâtel. Cela c’était…
C’est déjà grand ça…
C’était une idée qu’on avait eue. Là, je me suis dit, il faut un peu te calmer et penser à faire des choses un peu plus normales !
J’espère que le saut en parachute sera pour l’année prochaine…
L’année prochaine, j’aimerais bien faire des espèces de tentacules, des grosses choses, des grosses décos avec vraiment, des immenses décos, carrément des mises en scène artistiques.
Là, c’est avis au maquettiste. Tu espères un jour avoir plus de cinq mille personnes qui viennent voir un de tes événements, est-ce que ce n’est pas un petit peu voir les choses en grand, en tout cas sur Neuchâtel ?
Quand on a commencé, on était cent. On est passé à six cents et maintenant on est passé entre mille et mille deux cents personnes. Chaque fois on double, alors si on calcule dans trois ans, je pense que l’on n’y sera pas très loin….
J’espère pour toi...
I nterviews réalisées par Jean-Pierre Lambert et Julien Pisenti
Texte retranscrit par Françoise Berthod