Marie-Christine Pasche et Marjorie Pfister : Concert

 

 

Madame Marjorie Pfister, bonjour.

Bonjour.

 

Vous donnez aujourd’hui un concert ici dans la Salle des chevaliers du Château de Valangin avec un instrument, que peut-être peu de gens connaissent, la flûte traversière. Est-ce que vous pouvez nous en parler un petit peu ?

Cet instrument comme on le connaît maintenant, sous cette forme, il s’est développé au fil des siècles, si l’on peut reprendre un peu avant, pendant la période baroque donc au dix-septième, dix-huitième siècle, cet instrument était tout à fait autre. Il était en bois et avait une forme un peu plus large que cela, je ne sais pas si l’on voit assez l’instrument, et n’avait aucun de ces petits plateaux qu’on a. Ce n’était que des trous et comme l’instrument ne sonnait pas bien, beaucoup de gens ont fait un peu de recherches et au fil des années, il y a eu des petites clefs qui sont rajoutées, donc ces petits instruments et finalement au dix-neuvième, c’est ce qu’on appelle M. Böhm qui a créé ce système qu’on appelle « le système Böhm » et maintenant on joue sur cette flûte traversière qui a plein de petits plateaux et de clefs qui nous servent. L’instrument est plus juste. Il est maintenant en or comme ici ou en argent. Mais par exemple, les instruments en bois, on en joue encore actuellement, c’est une redécouverte, ça s’appelle « la flûte baroque » que je joue aussi en fait sur instrument ancien. Mais ça montre une évolution.

 

Comment avez-vous décidé un jour de choisir cet instrument ?

Un peu par hasard honnêtement. J’ai fait de la flûte à bec parce que je voulais faire un peu de musique. Mes parents m’ont mis dans un cours là et ma prof de flûte à bec jouait de la flûte traversière et c’est comme cela que je m’y suis mise en fait. C’est un peu par hasard et j’ai commencé à l’âge de douze ans la flûte traversière.

 

On peut jouer absolument tout ce qui est classique, moderne ?

Sur cette flûte, oui. En fait, durant la période romantique, il y a très peu de choses qui ont été écrites pour la flûte traversière. Maintenant au vingtième siècle, beaucoup de choses, maintenant vingt-et-unième aussi des contemporaines et la musique baroque qu’on peut jouer sur cet instrument ou avec, comme je vous le disais, l’instrument en bois avec les trous qui s’appelle le traverso. Beaucoup de choses ont été écrites à part la période romantique qui a été un peu délaissée.

 

Aujourd’hui, on aurait tendance à penser que la musique classique serait en perte de vitesse en tout cas chez les jeunes. Vous êtes encore une jeune femme, est-ce que vous êtes un cas, une exception ?

Non, non. On est encore beaucoup à étudier au Conservatoire. C’est vrai que ce n’est peut-être pas la première musique qu’on écoute, mais souvent peut-être par manque de connaissance aussi. Souvent quand les gens viennent après au concert : « Ah, c’est quand même beau la musique classique ». On a beaucoup de préjugés là-dessus ou de choses un peu vieillottes, mais j’encourage les gens à venir écouter des concerts et à découvrir des instruments, le répertoire, oui.

 

Vous avez vous-même des élèves ?

J’en ai quelques-uns. J’ai enseigné pendant cinq ans. Là, je fais une petite pause parce que j’étudie à plusieurs endroits dans le monde. Ce n’est pas très pratique. Mais j’ai eu plusieurs élèves, des garçons, des filles, des adultes aussi sur flûte traversière.

 

Merci. On se réjouit de vous écouter ce soir.

Merci beaucoup, c’est gentil.

 

 

Mme Marie-Christine Pasche, bonjour.

Bonjour.

 

Vous êtes très attirée par les musiques du dix-huit et dix-neuvième siècle, pourquoi ?

C’est un petit peu une chose que je ne m’explique pas forcément. C’est-à-dire que c’est un penchant naturel que j’ai toujours sifflé quand j’étais petite, chanté des mélodies qui pouvaient faire penser à des mélodies de Mozart. J’en ai écouté pas plus que d’autres à la maison, mais je me suis toujours sentie très attirée par ce côté aussi très spirituel, humoristique et un petit peu joueur de Mozart et de Haydn. Et ensuite j’ai découvert aussi Beethoven et les Viennois, Schubert, Rossini qui m’ont beaucoup attiré et comme j’ai travaillé avec Marc Pantillon, j’ai eu l’occasion de travailler avec Paul Badura-Skoda qui m’a aussi ouvert un petit peu sur les instruments historiques et maintenant je travaille en parallèle ça avec Urasan Leitner à Zürich et j’aime bien interpréter les œuvres de l’époque sur les instruments de l’époque.

 

Vous êtes tombée à quel âge, on peut dire, dans la marmite classique ?

Vers cinq, six ans. J’ai un grand frère qui jouait déjà du violon, de six ans de plus que moi et je voulais absolument jouer avec lui. J’ai demandé à mes parents de jouer du piano.

 

Vous ne cachez pas sur Internet, quand on lit votre biographie, que vous avez eu à un moment donné, un problème de santé. Vous avez dû abandonner le piano, vous y êtes ensuite revenue. Vous avez envie de nous parler de cette période ?

Oui. J’ai eu des problèmes de santé assez sérieux qui m’ont fait arrêter les études pendant une année. Après, Dieu merci, j’ai pu recommencer et guérir, ça m’a fait pas mal réfléchir sur la vie en général ou peut-être que cela m’aide aussi dans la profondeur de mes interprétations, c’est ce que d’aucuns disent. Je ne sais pas, mais c’était à la fois difficile et aussi, je pense, cela m’a fait mûrir.

 

Où avez-vous été chercher cette force ? Cela nous intéresse toujours vraiment vu la particularité de notre télévision qui consiste également d’aider des gens en difficultés. Vous, vous avez eu un problème de santé, où avez-vous été chercher cette force finalement pour revenir au top ?

C’est grâce à l’aide de plusieurs personnes dont à l’époque, mon professeur Marc Pantillon, à qui je dois énormément, qui m’a jamais laissé tomber. Même quand je ne pouvais plus jouer, j’allais quand même à la leçon. Mes parents aussi et le reste, beaucoup de moi-même, de recherches personnelles et en définitive, je peux dire que c’est la musique qui m’a aussi fait revenir à la musique. Donc l’amour de la musique aussi.

 

Pour revenir justement à la musique, vous jouez aujourd’hui dans une magnifique salle, la Salle des Chevaliers. Pour vous qui aimez le classique, le dix-huit, le dix-neuvième siècle, vous êtes dans votre élément ?

Tout à fait. C’est vrai que je suis très sensible à l’ambiance en tant qu’artiste, en tout cas peut-être plus que d’autres et pour moi, c’est extraordinaire de jouer dans un cadre pareil. Ca m’inspire plus, ça me détend, ça me met de bonne humeur, ça m’aide vraiment à mieux interpréter mes pièces, je trouve. Et même les pièces modernes qu’on joue au répertoire, c’est toujours agréable même si ce n’est pas dans l’époque moderne, ce château, de pouvoir le jouer dans un cadre aussi beau.

 

Merci. C’est un vrai plaisir de vous écouter.

Merci beaucoup.

 

 

Interview réalisée par Jean-Pierre Lambert

Texte retranscrit par Françoise Berthod