Traditsiya : Suzanne Rehacek, Nikolay Belyaev et Elena Matseva
Suzanne Rehacek
Depuis plusieurs années, vous venez en Suisse faire une tournée. Lors de votre précédent passage, vous nous avez dit que vous ne saviez pas si vous reveniez ou pas du tout en Suisse. Ce soir, une de plus. Que pouvez-vous nous en dire ?
On ne sait jamais quel résultat une tournée va nous apporter. C’est un immense travail d’organiser ça. Je ne sais jamais si j’aurai le temps ou pas, parce que c’est difficile de planifier son temps comme ça à l’avance. Mais c’est vrai que j’ai eu plusieurs fois des doutes. C’est déjà la cinquième fois qu’on organise une tournée et quand on apporte l’argent à cet orphelinat, ça nous fait mal au cœur que ce soit la dernière fois et c’est pour cela qu’on recommence toujours.
Justement, vous êtes toujours axée sur l’orphelinat, sur le Centre de réinsertion. Votre argent va tout là-bas ?
Oui, pour l’instant. Les quatre dernières années, tout est allé là-bas. Cette année, c’est aussi prévu comme ça. Cet hiver, je suis aussi allée à Saint-Pétersbourg et par hasard, je suis tombée dans un Centre d’accueil en fait. C’est des gens de la rue où on leur donne à manger gratuitement. C’est un endroit aménagé comme un petit monastère, un peu à la périphérie de la ville. C’est des gens qui ont monté ça avec leur propre argent aussi, de leur propre initiative. C’est vrai qu’ils ont beaucoup de difficultés. Je me suis dit que peut-être ce serait une bonne chose de les aider aussi. Mais, on ne peut pas aider tout le monde.
Justement, c’était mon idée. Est-ce que vous aidez aussi les sans abris ? Là, vous avez répondu. Vous ne prévoyez rien d’autre pour les sans abris ?
Pour l’instant, cette année, on va de nouveau aider cet orphelinat. Ce centre où les gens donnent à manger aux sans abris, ça me semble quelque chose de très valable. Je pense que je vais y retourner et peut-être dans le futur, on fera quelque chose pour eux. Mais une tournée, c’est quelque chose qu’on prévoit très longtemps à l’avance, à peu près huit à neuf mois à l’avance, parce que ça prend beaucoup de temps de trouver tous les endroits de concerts, faire la réclame. Enfin, de tout organiser. Il faut avoir ses idées conçues bien à l’avance. Maintenant que j’ai l’idée en tête, que j’ai vu ce Centre d’accueil, peut-être que ça entrera en ligne de compte pour une prochaine fois. Mais cette année, c’est l’orphelinat, le Centre de réinsertion pour les enfants orphelins.
Maintenant, est-ce qu’il y a plus d’orphelins qu’avant ?
Disons qu’il n’y a pas de statistiques, c’est difficile à dire. On dit que le nombre d’orphelins est en croissance. Ca se voit sur une période de deux à cinq ans, enfin sur une longue période. Maintenant, vous dire s’il y a plus d’orphelins que l’année passée, c’est un peu difficile, parce que la période est trop courte. En tout cas, il y a une tendance croissante. Il y a toujours de plus en plus d’orphelins à Saint-Pétersbourg et en Russie, je pense dans tous les pays de l’Est.
Il n’y a pas beaucoup de demandes pour des adoptions ou des demandes de parrainage, des choses comme cela.
Des demandes d’adoption par des parents, il n’y a pas de demandes, vu que les parents en Russie, les gens réfléchissent beaucoup même avant d’avoir un seul enfant, même leur propre enfant, parce qu’il y a beaucoup de difficultés matérielles. L’enseignement devient payant. L’Université est payante et très chère et si l’on n’offre pas une bonne formation à ces enfants, ils n’ont quasiment aucun avenir là-bas. Ce n’est pas comme chez nous. Les gens sont très méfiants, vu qu’ils ont déjà de la peine à avoir leurs propres enfants, ils ont encore beaucoup plus de peine à adopter un enfant. Mais justement, le Centre de réinsertion à qui on amène cet argent, chaque année, ils font une campagne pour l’adoption. Ils font une campagne d’adoption où ils recherchent des parents qui leur donnent un soutien juridique et même financier pour les inciter à adopter des enfants pour leur enlever cette peur, parce que c’est vrai que ce n’est pas quelque chose d’habituel là-bas, d’adopter des enfants.
Depuis la Suisse, on ne peut pas adopter. Il n’y a aucune chaîne, campagne pour adopter les enfants de Saint-Pétersbourg ou des parrainages ?
Oui je sais. Je connais plusieurs personnes ici qui ont adopté des enfants de Saint-Pétersbourg, de Moscou ou d’autres villes. Mais je dois dire que je ne connais pas tous les orphelinats de Saint-Pétersbourg, ni de la Russie. En tout cas, le Centre de réinsertion qu’on aide, ils n’ont encore eu personne qui s’est intéressé depuis l’Europe d’adopter un enfant. En fait, ils cherchent plutôt à trouver des parents russes parce que les enfants russes nés en Russie devraient pouvoir quand même rester dans leur pays. Ce n’est pas normal qu’on doive les adopter à l’étranger.
Ce soir, de nouveaux musiciens, un nouveau répertoire. Avez-vous eu de la peine à trouver des musiciens dans votre pays ?
Non, on n’a pas eu de peine à trouver des musiciens. Disons, c’est la cinquième fois qu’on fait. Une fois qu’on connaît un musicien, de fil en aiguille, on en connaît beaucoup. Mais on fait venir un peu toujours les mêmes. Il faut toujours qu’il y ait un noyau qui soit le même parce qu’on leur fait confiance. Le chef du groupe qui va jouer du « bayan » ce soir, il habite à côté du Centre de réinsertion pour ces orphelins. Donc, il se sent aussi très concerné et c’est important que les musiciens se sentent concernés. Il ne faut pas prendre n’importe lesquels, disons. Il ne faut pas prendre des musiciens qui veulent juste faire une tournée en Suisse. D’autre part, ils sont exceptionnels à mon avis et c’est vrai qu’ils ont un autre répertoire que l’année passée. C’est un ensemble qui est composé presque uniquement de balalaïkas et ils veulent démontrer aussi leur capacité, leur virtuosité. Ils ont un grand répertoire classique qu’ils jouent en première partie du concert et après ils jouent de la musique folklorique dans la deuxième partie du concert où intervient aussi la chanteuse et c’est la partie qui est la plus gaie et détendue du concert.
Bien. Je vous remercie beaucoup Madame et encore bonne soirée.
Merci. Bonne soirée.
Interview réalisée par Françoise Berthod
Nikolay Belyaev
J’ai à mes côtés Nikolay Belyaev qui fait de la balalaïka dans le cadre d’une tournée en Suisse pour les orphelins de Saint Pétersbourg. D’abord bonjour.
Bonjour.
On dit que la balalaïka est née dans la campagne et jouée dans les palais. Est-ce que c’est vrai ?
La balalaïka est apparue déjà au 17ème siècle et elle était jouée dans les campagnes. C’est seulement au 18ème siècle qu’elle a commencé à apparaître à la cour.
Vous êtes vous-même considéré comme un virtuose dans votre pays, est-ce que vous pouvez nous expliquer un petit peu votre instrument ?
Je ne suis pas le seul joueur de balalaïka, il y a beaucoup de gens qui en jouent. La balalaïka est un instrument qui a une forme triangulaire avec un manche et trois cordes. Si on regarde l’intérieur de l’instrument, la balalaïka est très semblable à la guitare ou à la mandoline ou à d’autres instruments de ce type.
Vous allez jouer en première partie, des œuvres classiques. Est-ce qu’il y a des partitions, est-ce qu’il y a, vous devez adapter les partitions ou est-ce qu’il y a des partitions pour la balalaïka dans des œuvres classiques ?
Oui, en fait, tous les morceaux que nous jouerons dans la première partie, ce sont des transcriptions des adaptations d’œuvres classiques pour la balalaïka. Malheureusement, il y a très peu de partitions écrites pour la balalaïka, il n’y a qu’environ cent ans qu’on écrit des partitions pour cet instrument.
Vous venez d’arriver dans notre pays. Est-ce que vous avez eu un bon accueil ?
C’est la troisième fois que je viens dans votre pays et chaque fois je reçois un accueil très chaleureux.
Bien Nikolay, je vous remercie et j’espère que le concert va très très bien se passer.
Merci beaucoup. Que les gens viennent à notre concert et nous serons très heureux. Merci encore. Au revoir.
Interview réalisée par Alain Sunier
Elena Matseva
Elena bonsoir et d’abord bon anniversaire, parce qu’hier vous avez eu vingt-six ans.
Merci beaucoup, ça me fait plaisir de fêter mon anniversaire dans votre pays.
Est-ce que pour votre anniversaire, vous avez goûté une fondue ?
Non, je n’ai pas encore eu le temps.
Vous arrivez ici pour la première fois, quelles sont vos premières impressions quand vous arrivez en Suisse ?
Pour le moment, je n’ai que des impressions favorables, les magnifiques montagnes, les gens très accueillants, des routes excellentes. Un très bon accueil, mais ce n’est que pour l’instant !
Il manque un peu de neige ici. On va en avoir. Vous êtes jeune. J’ai lu quelque chose sur le Noël russe. D’abord le Noël russe se passe le 7 janvier, c’est juste ?
Oui, Noël c’est le 7 janvier, juste après Nouvel An.
Est-ce que le Noël en question, vous pourriez un petit peu nous l’expliquer. Il y a un Père Noël, il y a la fille ou la petite fille du Père Noël, je crois ?
Chez nous, Noël ne se fête pas beaucoup. Sous l’ère soviétique, la religion était interdite. La fête principale, c’est Nouvel An, c’est là qu’il y a le Père Noël et sa petite fille.
Et il y a aussi une méchante femme « Baba Yaga » ou quelque chose comme ça ?
Oui, mais la « Baba Yaga », la sorcière, elle n’est pas là seulement pour le Nouvel An, mais toute l’année.
Très bien. On vous souhaite beaucoup de succès pour cette tournée en Suisse.
Merci beaucoup. J’ai eu du plaisir à vous rencontrer et j’espère que notre concert vous plaira.
Interview réalisée par Alain Sunier
Textes retranscrits par Françoise Berthod