Les Chanteurs Pyrénéens de Tarbes en concert

 

 

Christophe Loertscher

 

Il m’a été donné la possibilité de pouvoir présenter le groupe et quelque part, je veux vous dire, cela me fait énormément plaisir parce que je dois vous avouer qu’aujourd’hui, pour la première fois de ma vie, je viens de rentrer sur la terre de mes ancêtres, parce que mon nom, c’est Loertscher, et je crois que c’est un nom qui est typiquement suisse. Et à partir de là, cela me fait énormément plaisir d’être dans ce pays - si l’on peut dire - qui a vu naître mes ancêtres du côté de mon père.

 

Vous présenter les Chanteurs Pyrénéens de Tarbes, c’est aussi vous présenter, en fin de compte, ce costume que nous portons, qui ni plus, ni moins, est un costume de guide de haute montagne, guide si l’on peut dire de la Vallée de Cauterets, qui au dix-neuvième siècle amenait les touristes se promener dans les belles vallées cauterésiennes et autres vallées des Pyrénées.

 

D’autre part, nous avons entonné et commencé cette petite partie par un chant en langue de chez nous, c’est-à-dire en langue gasconne. C’est un peu notre marseillaise, c’est-à-dire la « Bigorre ». La « Bigorre » étant aussi le nom que l’on donne aux Hautes-Pyrénées. Nous allons entonner maintenant un chant qui est une émanation d’un… je dirais celui qui est un peu le père de notre groupe que nous représentons au jour d’aujourd’hui, c’est-à-dire Alfred Roland. Alfred Roland, c’était un Parisien qui est venu prendre les eaux à Bagnères de Bigorre, parce qu’à Bagnères de Bigorre, si l’on peut dire, on a des eaux qui permettaient de soigner certains problèmes de santé et Alfred Roland, descendant de Paris, s’est trouvé très bien dans cette région et à partir de là, il a entendu ces voix et il a créé avec ces voix un groupe et avec ce groupe d’hommes, il est parti dans l’Europe entière - si l’on peut dire - dans le monde entier à l’époque.

 

La chasse, c’est un hymne - si l’on peut dire - aux chasseurs qui vont chasser ce que dans les Alpes les gens appellent le chamois. Chez nous on l’appelle l’isard. La chasse à l’isard.

 

 

Bernard Nogues

 

L’origine du chœur des Chanteurs Pyrénéens de Tarbes remonte à l’année 1942, c’est-à-dire au début de la fin de la Seconde Guerre mondiale. Un groupe de cheminots, en France, s’est réuni dans une salle avant - malheureusement pour quelques-uns d’entre eux - d’être faits encore prisonniers et ils se mirent à chanter. Et ils firent naître ainsi le groupe « Les cheminots tarbais » qui est devenu ensuite « Les Chanteurs Pyrénéens de Tarbes », car nous sommes originaires de cette ville ou de la banlieue. Voilà ! Évidemment, il nous reste encore le doyen, un des membres fondateurs, qui a actuellement 92 ans « en Suisse » et qui fait encore partie des nôtres. Il ne fait plus les grands voyages, évidemment, vu son âge, mais il est sûr qu’il nous a transmis tout son savoir et son envie de chanter.

 

Alors notre uniforme, c’est le costume des guides de haute montagne, costume d’apparat, c’est-à-dire lorsqu’ils étaient en réception officielle à la fin du siècle dernier. Ils se présentaient avec cette tenue dans toutes les fêtes, cérémonies, lorsqu’ils avaient réception. Le choix de nos chansons est quelque chose qui a évolué. C’est-à-dire qu’au départ, le groupe des Chanteurs Pyrénéens de Tarbes a été créé uniquement pour chanter les chants folkloriques et, de surcroît, chants folkloriques français et bigourdans, c’est-à-dire le Sud-Ouest de la France. Au fil des années et les jeunes entrant dans le groupe, il nous est apparu que l’oreille musicale des spectateurs se faisaient plus exigeantes, que les gens devenaient blasés et donc il nous a fallu - je voudrais dire - rendre notre répertoire plus éclectique, mais surtout plus large. C’est-à-dire d’y introduire du folklore international, mais aussi des chansons plus contemporaines. Je n’irais pas jusqu’à la variété quoique nous avons deux chansons de variétés de Charles Trenet au programme. Mais, c’est pour satisfaire l’oreille musicale des gens.

 

En France, c’est peut-être un peu différent selon le type de chorale auquel on veut appartenir ou le type de chorale que l’on veut faire vivre. On trouve beaucoup maintenant de gens d’une moyenne d’âge assez peu élevée dans des chorales mixtes. Pour les chœurs d’hommes, nous sommes un des rares chœurs d’hommes avec une moyenne de 48 ans, ce qui est quand même très rare. Cela paraît très élevé 48 ans, mais il faut savoir que c’est relativement jeune pour un chœur d’hommes. Sur le groupe de chœurs d’hommes que nous voyons en France, ce sont plus des chœurs d’une moyenne d’âge de 60 à 70 ans.

 

 

Bernard Simon

 

Nous sommes un chœur d’hommes. Donc, nous n’avons pas le problème de recruter des chanteuses. On aimerait bien, mais nous avons un répertoire qui est axé sur des chœurs d’hommes à quatre voix, donc nous essayons de recruter des hommes, des jeunes effectivement et je ne vous cacherai pas que c’est quand même un problème de recruter des jeunes. Les jeunes aujourd’hui, ne sont… - je ne veux pas dire qu’ils se sont détournés du folklore, du chant, mais peut-être que les mentalités changent - mais chez nous, nous avons quand même une moyenne d’âge qui est relativement raisonnable, qui est entre quarante-cinq et cinquante ans et actuellement, il y a des jeunes qui rentrent. Peut-être qu’on est attractif de par notre répertoire qui évolue. Nous ne chantons pas que des chants pyrénéens.

Nous essayons de faire évoluer le répertoire. Nous parlons de folklore au sens vraiment large, dont les frontières, ce n’est pas l’Europe qui nous fait dire cela, mais on n’a pas de frontières et actuellement il y a des jeunes qui essayent de rentrer chez nous.

Je vais vous dire quelque chose qui est vraiment d’actualité : jeudi prochain, puisque nous rentrons et nous répétons une fois par semaine le jeudi, nous avons deux jeunes de vingt-et-un ans qui nous ont connus au travers de chants, qui viennent à la répétition pour voir s’ils peuvent rentrer dans le groupe des Chanteurs Pyrénéens. Il ne faut pas se faire un monde. Nous, on ne demande que de chanter juste et d’avoir une bonne mentalité, d’être disponible et après, si l’on peut faire des solos, c’est le plus. Mais ce que l’on recherche avant tout, c’est des gens qui font partie des chœurs, parce qu’une chorale, avant tout, c’est quand même la solidité et elle vient des choristes. Les solistes - comme on dit - c’est la cerise sur le gâteau et le soliste ne peut exister qu’avec les choristes et actuellement, il y a des jeunes qui ont envie de rentrer dans les chœurs. Mais je reconnais - je vous le répète - c’est quarante-cinq cinquante ans, mais nous sommes jeunes de caractère quand même.

 

Le folklore de la région Sud-Ouest de la Gascogne - je vais parler au sens large - non, ce n’est pas demain que cela va mourir. Non, non ! Entendez d’ailleurs, c’est quelque chose qui va perdurer et les jeunes, les moins jeunes, les anciens. Non, il y aura un relais qui se passe et qui se passera, je pense, toujours. Mais les chorales ont de plus en plus, le problème n’est pas le mot, mais il faut rentrer les jeunes, essayer, cela vient.

 

Écoutez, je vais vous parler de ce que je connais. Moi, je suis un amateur, je suis un autodidacte. Comme on dit chez nous, j’ai de l’oreille, mais ça s’arrête là. Je ne suis pas capable de chanter, comme quatre-vingt-dix pour cent des Chanteurs Pyrénéens de Tarbes, avec une partition. Bon, on suit les lignes. Comme on le dit chez nous vulgairement : « On n’est pas plus con que les autres », mais c’est l’oreille qui fait tout. Mais non, ce n’est quand même pas un problème. Je dirais la musique chez nous, c’est l’oreille, voilà. C’est ouvert à tout le monde. Le gascon est quand même encore une langue vivante chez nous. Il y a des écoles. On ne revendique rien, mais moi personnellement, je suis tarbais. J’ai toutes mes racines en Biguorre. Je parle le gascon. Je ne le comprends pas au sens fort du terme. Chez nous, les trois quarts des gens le comprennent, le parlent. Mais non, les écoles chez nous ne l’entretiennent pas, c’est un minimum, mais il y a quand même encore des racines qui perdurent. Mais bon, après, je dirais ce sont des chansons de bistrot. Mais il y a encore ces racines qui restent. C’est des racines très rustiques, voilà, mais cela ne s’apprend pas dans les écoles.

 

 

Interview réalisée par Jean-Pierre Lambert

Texte retranscrit par Françoise Berthod