Madame Michelle Perrin : Association Suisse d’Euphonie Gestuelle

 

 

Chers téléspectateurs, chères téléspectatrices, bonjour. J’ai le plaisir aujourd’hui de recevoir dans le cadre de Télé Objectif Réussir, Mme Michelle Perrin, bonjour Michelle.

Bonjour.

 

Qui va nous éclairer sur un domaine qui, je dois le dire, m’était inconnu jusqu’à aujourd’hui. Le génie, non l’euphonie, le génie cela serait encore autre chose.

L’euphonie gestuelle oui.

 

Peut-être votre parcours de vie. Avant de nous rejoindre ici, qu’est-ce qui… je crois que vous êtes attirée par l’autre.

Oui, attirée par le monde. C’est vrai que très tôt, à vingt ans, je suis partie en voyages pour quinze mois. J’avais la prétention de vouloir faire le tour du monde et j’y croyais dur comme fer et au bout de trois jours de voyage, en ayant commencé par l’Amérique, je me suis rendu compte que c’était ridicule et qu’il fallait prendre son temps. Donc, j’ai été moins loin mais peut-être plus intensément, plus de rencontres, plus de profondeur. En tout cas de recherches, de ce contact un peu plus sincère.

 

D’accord. Vous avez également travaillé avec des handicapés. Vous avez animé des ateliers.

Exactement, oui. Il est vrai que ma vie m’a amenée à rencontrer des personnes avec des handicaps mentaux. J’ai trouvé qu’auprès d’eux, il y avait beaucoup de soleil et que cela nous permet, peut-être déjà la chance d’avoir pu voyager un temps, m’avait montré qu’on a beaucoup. Cela permet toujours de sentir un petit peu cette gratitude par rapport à la vie, parce que moi j’ai deux jambes, j’ai deux bras, j’ai pu venir parler avec vous. Il n’y a pas quelqu’un qui a dû m’accompagner pour venir ici. Je ne suis pas menacée et c’est un vrai cadeau.

 

En fait, il y a une prise de conscience de votre confort personnel.

Exactement. J’ai pu voir aussi que j’y tiens à ce confort, mais qu’en même temps, on peut quand même tenir compte de l’autre. C’est important.

 

Et un jour, vous décidez de vous lancer dans l’euphonie gestuelle. Vous êtes d’ailleurs présidente de l’Association suisse de l’euphonie gestuelle du Samadeva. Expliquez-nous d’abord pourquoi ce choix et dans un deuxième temps, peut-être nous expliquer

Qu’est-ce que c’est que l’euphonie gestuelle du Samadeva. Tout un programme, c’est vrai. En fait, comment je suis arrivée à l’euphonie gestuelle ? Dans ma vie, je me suis intéressée au yoga, à l’eurythmie, j’ai travaillé par contre la terre dans l’agriculture. C’est encore une autre façon d’être en contact avec soi. Je dirais que souvent dans la vie, vous l’avez vu aussi, les choses vous arrivent plus que parfois on va les chercher. J’ai eu l’occasion, c’est une amie qui m’a dit : « Écoute, toi qui t’intéresses au mouvement, va voir » et il y a un atelier. J’étais en France et l’on m’a dit : « Va voir cet atelier. » Je n’étais pas très envieuse d’y aller. J’ai dit : « Non, attends, j’ai fait du yoga, cela suffit. » En fait quand j’y suis allée quand même parce qu’elle m’a convaincu…

 

La curiosité féminine.

Exactement. Et c’était beau. Je suis restée « Oh que c’est beau ! » et j’avais l’impression d’être arrivée quelque part. Comme si l’on arrive à la maison et de me dire d’accord, ça je veux faire.

 

De vous reconnaître dans ce qu’il se passait.

Oui. J’ai commencé de suivre des cours, mais sans penser en donner moi-même. J’ai vraiment eu une chance fantastique d’avoir été enseignée encore et toujours d’ailleurs par Ennea Tess Griffith qui est, pour moi, une femme hors du commun, qui porte vraiment l’euphonie gestuelle, qui en est une digne représentante. Petit à petit, comme beaucoup d’entre nous, elle m’a dit : « va plus loin, forme-toi, redonne. » Et c’est vrai qu’un jour, on a envie de redonner.

 

Oui. Alors en quoi cela consiste ?

C’est une méthode psycho-corporelle qui vient de l’Orient, plus particulièrement passablement des mouvements derviches Hakim d’Afghanistan qui étaient une confrérie liée au soufisme.

 

Juste.

Oui. Vous avez bien révisé aussi. Cela c’est bien. Ces mouvements comme le yoga, comme le tai chi, comme le chi-ton, comme passablement de mouvements qui ont des sons comme cela exotiques, ils font partie d’un patrimoine de l’humanité. Ils sont enseignés depuis la nuit des temps dans ce que l’on appelait semble-t-il les écoles de sagesse, les écoles de mystère où il y avait toute une connaissance du monde, une étude, une philosophie et une pratique à travers les mouvements et la médecine. Il y a une médecine derviche, il y a une médecine des Ayurvediques, des Hindous. Il y a une médecine chez les Chinois, l’acupuncture. Tout est lié.

 

D’accord. Moi, il y a quelque chose qui me frappe dans la tendance actuelle. J’aimerais avoir votre opinion c’est qu’il me semble que l’Occident se tourne de plus en plus vers l’Orient au niveau de l’acquisition d’une certaine sagesse. On voit beaucoup de gens maintenant qui se convertissent au bouddhisme bien que ce ne soit pas une religion.

Non, tout à fait.

 

Mais comment est-ce que vous analysez ce phénomène ?

Oh là là. Pour moi, la façon dont je me suis posée la question quand j’ai vu maintenant, je m’intéresse à une méthode qui vient de l’Afghanistan, et l’on a vu quand même que ces dix dernières années, l’Afghanistan a été terriblement secoué. Il y a eu des massacres, il y a eu…

 

Cela continue d’ailleurs.

Donc, il y a eu cette sagesse en même temps qui a dû fuir cette connaissance qui était encore là-bas et qui est arrivée peut-être en Occident comme le yoga des Hindous ou certaines médecines avec les Anglais qui étaient là-bas, souvent à travers des guerres ou des invasions, on a fini par, nous, recevoir une connaissance. Le Tibet, c’est pareil. Il a fallu que le Tibet soit envahi pour qu’on entende parler de la médecine tibétaine, de la culture, de la philosophie et peut-être aussi en Occident, on va vite. On vit avec passablement de stress et ces méthodes tentent de nous enseigner dans la culture qui est la nôtre à revenir un peu plus près de nous, à être un peu plus conscients de nos mouvements, un peu plus conscients de trouver un certain équilibre intérieur, je dirais. Mais c’est une question d’une vie, ce n’est pas… Si seulement.

 

J’ai cherché dans le dictionnaire, ce que signifiait « euphonie » ?

Vous l’avez trouvé ?

 

Je l’ai trouvé. Est-ce que vous pourriez nous donner une rapide définition de ce mot ?

Oui. En fait, par euphonie gestuelle, on entend, l’harmonie du geste et du son, parce qu’en fait tous les mouvements de l’euphonie gestuelle se font sur des musiques qui ont été aussi conçues aussi spécialement…

 

Il y a une musique spécifique.

Oui, une musique spécifique. C’est vraiment l’écoute sacrée, puisqu’en fait il y a cette qualité d’écoute tout en étant dans quelque chose qu’on pourrait dire où l’on essaie de trouver le sacré, est-ce que je peux prononcer ce mot, comment il est entendu, mais on fait quotidiennement des mouvements mécaniques, on va, on vient, on circule, on dit bonjour, etc. Et l’on peut entrer par différentes techniques dans quelque chose de plus subtil, puisque l’on y amène des mouvements qui ne sont pas anodins. Si je fais ce mouvement, peut-être cela va travailler sur certaines lignes énergétiques. Cela peut ouvrir un espace à l’intérieur et en même temps, en étant conscient de ce que je fais et c’est une harmonie différente que quand j’ouvre la porte mécaniquement.

 

Oui. Est-ce que l’on pourrait parler d’une prise de conscience des mouvements que l’on fait au quotidien, par exemple?

Après, petit à petit. Effectivement, dans le meilleur des cas, on l’amène un peu dans son quotidien. L’on devient un peu plus conscient de soi-même. Mais c’est vrai que le but de l’euphonie gestuelle, comme la plupart de ces techniques, c’est quand même que l’être humain harmonise un peu mieux ses pensées, ses émotions et son corps. On pense une chose, on en fait une autre. On est en contradiction. On dit : « Je suis quelqu’un qui est plutôt tolérant » et la première personne qui passe on dit : « Mais il me fait suer quoi celui-là, il n’est pas comme moi. » On voit bien que l’on est en contradiction et petit à petit, on essaie d’être un peu plus équilibré.

 

On crée une unité finalement entre l’intérieur et l’extérieur.

Voilà, exactement. Le mot est juste. Une unité entre l’intérieur et l’extérieur.

 

Est-ce que l’on peut parler d’un côté spirituel ou d’une certaine spiritualité ?

Je pense que l’on peut parler de spiritualité. En fait que c’est propre à chacun. Je crois qu’une personne qui fait du tai chi, du yoga peut à travers certains mouvements se dire qu’elle se relie ou quelle est pour elle, qu’est-ce que signifie spiritualité, ou quelle est sa démarche intérieure et pour une autre personne, les mêmes mouvements seront plus en lien avec comment elle se relie dans le monde sans nécessairement chercher à savoir s’il y a quelque chose de plus ou de plus grand. Mais je trouve que c’est propre à chacun. En tout cas, dans l’euphonie gestuelle, on ne parle pas de prime abord de spiritualité, mais c’est vrai que des personnes en fin de cours disent : « Mais cela m’a fait tellement de bien. J’étais comme dans une sorte d’état de grâce et ces états de grâce durent l’état d’une grâce. Mais c’est plus propre à la recherche de chacun. Par contre, on peut parler quand même d’une hygiène de vie ou d’une philosophie de vie. Et d’après la philosophie de vie que l’on a, quel genre de chercheur est-on ? On cherche peut-être d’abord à se connaître soi-même et après, bien sûr, des questions existentielles peuvent se poser. Des réponses, je n’en ai pas. Des questions, j’en ai !

 

L’humanité se pose des questions depuis la nuit des temps et je pense que cela va continuer encore un moment.

Oui. Et en même temps, c’est intéressant de peut-être un jour se poser ce genre de questions parce que l’on peut peut-être des fois voir la limite de nos propres raisonnements ou schémas de pensées.

 

Vous avez parlé d’hygiène de vie. Est-ce que vous pourriez préciser ?

Oui. On parle d’hygiène de vie. C’est évident que dans une société comme la nôtre, on sait que prendre sa douche le matin, de se brosser les dents, d’avoir une hygiène corporelle de base, cela ne se discute plus.

 

Voilà.

On oublie peut-être d’avoir une hygiène intérieure, c’est-à-dire d’avoir des belles pensées ou d’avoir des belles émotions. Comme on lave son corps, on pourrait dire : « J’arrête d’être figé sur cette connerie pendant toute la journée, parce que l’autre ne m’a pas salué et maintenant je suis mal pendant trois heures. » On pourrait aussi parler d’une hygiène intérieure et l’euphonie gestuelle à travers les mouvements, elle permet d’avoir une hygiène déjà corporelle, mais plus subtile. Si je fais chaque semaine par exemple, un cours hebdomadaire comme la plupart de mes élèves viennent à des cours hebdomadaires, Idris Lahore, qui est la personne qui a amené, c’est un homme magnifique, ces techniques ici en Occident nous dit : « On ne peut pas faire une fois un mouvement de l’euphonie gestuelle en ayant senti que cela nous aide et de penser voilà, c’est bon, c’est pour la vie. »

 

C’est acquis.

C’est acquis et l’on ne se dit pas : « Tiens, j’ai pris une douche ce matin. J’ai lavé un peu plus fort. C’est bon, je suis bonne pour une année. » Cela ne nous viendrait pas à l’idée. Et là c’est pareil, l’hygiène de vie, c’est-à-dire chaque semaine, je prends le temps de prendre un temps pour moi pendant une heure de faire des mouvements qui structurent, des mouvements qui ne sont pas n’importe lesquels.

 

Qui ont un sens.

Qui ont un sens, qui travaillent sur des énergies et donc petit à petit, j’arrive à avoir un peu plus de présence à moi, un peu plus de qualité de vie, un peu plus de tranquillité. C’est dans ce sens que c’est une hygiène de vie. Mais à faire tous les jours aussi, dix minutes de mouvements tous les jours.

 

Ce qui n’est pas grande chose.

Ce qui n’est pas grande chose, mais on a du mal parce que ce n’est pas toujours évident de se les donner.

 

Vous parlez justement de vos élèves et de vos cours, sans trahir le secret professionnel, quel style de gens viennent dans ces cours. Est-ce d’abord au niveau de l’âge, au niveau peut-être plus de femmes, plus d’hommes ?

Il y a bien sûr plus de femmes. Mais enfin bien sûr, c’est un fait. Il y a plus de femmes mais il y a des hommes et c’est vrai que c’est souvent des personnes qui ont passé la quarantaine, qui ont justement à travers leur vécu, ont vu les limites même de leur santé, de leur corps physique. Ils ont vu les limites parce qu’ils ont eu des échecs dans la vie, des joies et des peines. On se pose des questions.

 

C’est une forme de quête.

C’est une forme de quête, mais c’est aussi sinon simplement des gens qui ont décidé aussi un jour de manger bio, mais alors loin de là, pas tous, mais qui un jour se disent : « Bon, qu’est-ce que je veux ? » parce que pas seulement pour moi. « Qu’est-ce qui se passe au niveau de la nature, quelle est ma responsabilité ? Comment est-ce que moi-même je peux m’impliquer là-dedans ? » Donc, ils décident de manger bio, ils décident de rouler peut-être un peu moins en voiture et ils décident aussi « mais pour moi, je suis trop stressé au boulot ou avec les gens, cela me fatigue ou entre conjoint etc. » et disent après tout si je faisais quelque chose. On apprend à se reprendre en mains, un peu mieux.

 

D’accord. Vous avez des retours. Quels sont les retours que vous avez déjà eus ?

Bien sûr, j’ai des retours. Déjà ma propre expérience, cela m’avait fait tellement du bien que j’ai entraîné mon mari dedans et à ma grande joie, il est venu.

 

Après cela, on parle de faibles femmes.

On a encore des problèmes de couple. Il ne faut pas croire que c’est une panacée qui résout tout. Mais j’entends, cela permet d’essayer de voir les choses sous un angle, je dirais, on se hisse à un meilleur niveau. Les retours que j’ai ? C’est vrai, les personnes disent : « Je m’agace moins, je vois qu’avec les enfants, j’ai plus de patience, je me rends compte que je ressens mieux les aliments ou les odeurs. Je suis plus sensible à la beauté d’une fleur. » Tout d’un coup, on remarque quelque chose et ces choses-là, oui.

 

Vous estimez, vous parlez de la beauté d’une fleur, est-ce que vous estimez qu’aujourd’hui les gens justement ne regardent peut-être plus assez autour d’eux.

Peut-être et moi y compris. J’ai eu la chance de vivre à la campagne, d’aimer la campagne et c’est vrai, ces moments où l’on ouvre les yeux et l’on dit : « Attend, là tu es dans ta tête depuis deux heures, alors qu’il y a quelque chose de magnifique » et ce bouquet est magnifique.

 

Oui, ces gerberas sont superbes.

Voilà. Et peut-être que l’on ne regarde plus assez parce que cela va vite. On est une société, on le voit aussi avec le zapping à la télévision, c’est comme s’il fallait avoir des impressions toujours, toujours et toujours et que ce serait difficile de dire : « Maintenant, je reste cinq minutes à regarder ces fleurs » et les gens auront peur pour la plupart de s’ennuyer et je dirais qu’avec l’euphonie gestuelle mais comme avec d’autres techniques, le tai chi, le yoga, on apprend peut-être à dire : « Je peux rester quelques instants à m’émerveiller comme cela sans me dire j’ai vu, c’est bon, elles sont oranges. »

 

Un peu plus loin.

Un peu plus en profondeur.

 

Vous êtes une amatrice des beaux et bons mots.

Oui.

 

Petite escapade dans un cabaret de poésies.

Dans un cabaret de poésies. Il y a un très beau poème d’Indris Lahore qui dit : « Je voudrais te dire le chant du soleil au cœur de la fleur, le murmure du vent aux vagues de l’océan et ce que l’eau écrit dans le sable du désert avant de disparaître sans personne pour le lire. Je voudrais tant pouvoir te le dire. » Pour moi, c’est un monde qui s’ouvre parce que tout d’un coup effectivement je vois la force des mots parce que si l’on dit, il y a des poètes comme Roumy qui disent, puisque l’on parle de fleurs, les fleurs là sont présentes, il dit : « Ce matin, au jardin j’ai cueilli des roses » et tout d’un coup ce n’est pas n’importe quoi. On peut commencer si l’on se met aussi dans, moi cela me touche, cela m’émeut, si l’on se met dans cette présence du mot. C’est comme le mouvement en soi, cela construit quelque chose, c’est-à-dire : « Ah je me sens mieux » parce que ce matin au jardin, j’ai cueilli des roses. C’est la force du poète.

 

On sentirait presque leur parfum.

Exactement. Et l’on sent qu’un espace à l’intérieur peut s’ouvrir et c’est pareil quand on fait un mouvement en conscience. On sent qu’à l’intérieur de soi, on est dans un autre état d’esprit, dans une autre atmosphère. Après, c’est à cultiver.

 

C’est à cultiver. Vous nous parlez d’ouverture au monde, ouverture vers les autres, ouverture vers soi-même, mais malheureusement, comme toujours, il faut arriver à une conclusion. Je vous laisse peut-être le soin de la faire.

La conclusion, c’est peut-être justement aussi un moment de silence, parce que l’euphonie gestuelle permet en fait d’arriver à ce moment où il y a plus rien à dire, mais à vivre et dans ce sens, c’est vraiment très volontiers que je vous présente quelques mouvements.

 

 

Interview réalisée par Alain Sunier

Texte retranscrit par Françoise Berthod