Monsieur John Richard Phillips : Artiste peintre australien

 

 

Bienvenue Monsieur Phillips chez Télé Objectif Réussir au nom de tous ses collaborateurs.

Merci.

 

Pouvez-vous vous présenter à nos téléspectateurs ?

Je suis un artiste peintre australien. J’ai une formation d’architecte, mais je peints depuis mon enfance et n’ai jamais cessé, même durant ma formation. En fait, j’étudiais l’architecture à l’Université en journée et je peignais le soir, c’était comme un cycle « architecture – peinture ». Après mon diplôme, j’ai travaillé pendant quelques temps à Sydney pour des entreprises de construction tout en continuant la peinture. J’ai participé à quelques concours mais je n’ai pas eu la chance de pouvoir exposer seul. Lorsque j’ai eu l’opportunité d’exposer en Suisse, à la galerie Quint-Essences, j’ai sauté sur l’occasion. C’est fabuleux !

 

Vous avez une formation d’architecte mais vous vous lancez dans la peinture. Quelles sont les principales raisons de ce changement ?

J’exerce encore le métier d’architecte, j’ai mon ordinateur avec moi et je crée des projets pour mes clients australiens, mais seulement quelques heures par jour. Le reste de ma journée est entièrement consacrée à la peinture. J’ai décidé de me réorienter car l’architecture devenait trop stressante pour moi. Par contre, quand je peints, je prends beaucoup de plaisir. Si j’ai la possibilité de gagner ma vie avec cet art, cela serait fantastique.

 

Quel est votre thème de prédilection, s’il y en a un ?

Pour cette exposition, c’est l’eau, le dialogue avec l’eau. Je suis attiré par cette matière car elle a plusieurs aspects : la lumière, les reflets induits. Mais également le mélange entre l’eau et la lumière qui donne un résultat unique. Vous savez, l’eau a sa propre personnalité et c’est assez facile à exprimer en étudiant les effets que la lumière lui apporte. Pour l’instant, j’ai en quelque sorte une obsession pour l’eau, mais je ne sais pas si cela va durer.

 

Que pensez-vous des artistes célèbres de part le monde. Est-ce que vous vous identifiez à certains d’entre-eux, lesquels appréciez vous le plus ?

J’apprécie particulièrement les impressionnistes comme Monet, voire Van Gogh. Je ne compare pas mes tableaux aux leurs, mais j’aime l’idée de peindre ce que l’on voit, d’exprimer une chose comme on la voit. Établir une relation entre la main et l’œil. Cela n’a rien à voir avec la photo ou la réalité, c’est plus un lien entre l’objet que vous voyez et le sentiment que vous ressentez à son égard. C’est là que je puise l’inspiration dans mon travail. Je regarde un sujet et je me demande ce que je pourrais exprimer d’autre que l’image présente devant moi. Si c’est une chose qui m’intrigue, qui m’intéresse, alors je la peints. J’essaie de donner de l’importance à ces éléments.

 

Quel est le message que vous souhaiteriez faire passer au travers de vos œuvres ?

Dans la série actuelle, c’est la façon dont l’individu comprend l’environnement, exprimer mon expérience avec l’eau, principalement à Sydney, mais également en Suisse, en Finlande et dans d’autres régions où j’ai pu passer du temps près d’un lac, d’une rivière ou d’une source. L’eau m’aide à réfléchir, comme pour la majorité des personnes, on est attiré par cet élément et on regarde à travers. Il y a une notion de pureté qui permet de réfléchir réellement et clairement. Pour moi, peindre n’est pas quelque chose que j’exprime, mais plutôt dont je me rappelle. Par contre, pour d’autres, peindre l’eau est ordinaire, une banale analyse de la lumière, des vagues, etc. Pour moi, c’est un travail qui m’aide à mémoriser les sentiments ressentis lorsque j’ai regardé cette partie d’eau. La disposition des vagues de l’époque me remémore le sentiment que cela m’avait donné alors.

 

À quel rythme peignez-vous ?

Durant les 3 dernières années je peignais quelques heures par jour, au minimum, mais lors des 6 derniers mois, c’est devenu plus intensif. Il m’est arrivé de peindre 12 ou 13 heures d’affilé et je continuais même en mangeant. Cela dépend aussi du sujet, s’il me passionne, je peints sans interruption presque naturellement. Par contre, si je suis bloqué, si j’éprouve le besoin de réfléchir, alors je m’arrête et je vais me promener du côté de Zurich pour regarder des choses et réfléchir. Il y a beaucoup de doutes au cours du processus ; quelque fois, au beau milieu d’un travail important, un grand tableau, je m’interroge si l’investissement important en temps vaut la peine, si les visiteurs verront bien ce que je suis en train de voir…

 

Avez-vous d’autres activités que la peinture ?

Oui, je gagne un peu d’argent grâce à mon travail d’architecte. J’ai bien sûr des hobbys, comme le sport, mais actuellement, je me consacre entièrement à la peinture.

 

Quel est votre but concernant vos tableaux ?

Tout d’abord, je prends du plaisir à peindre, donc je vais continuer. Évidemment, j’espère obtenir une certaine reconnaissance, notamment lors des concours auxquels je participe à Sydney. Pouvoir faire partie de l’exposition finale et que mes œuvres soient vues. Mais il y a plus de 1000 participants et seule une quarantaine d’artistes seront choisis. Le fait de pouvoir me retrouver parmi des peintres comme Wendy Sharpe, ou Reg Mombassa et d’exposer avec eux serait une chose merveilleuse. En fait, mon rêve est de gagner ma vie en tant qu’artiste peintre, mais je ne sais pas comment les choses vont évoluer…

 

Par rapport aux autres artistes ou peintres contemporains, où vous situez-vous ?

Il s’agit de ma première exposition en solo, je profite de l’occasion pour remercier Anaïs Laurent, la galeriste, qui m’a offert cette chance, car à Sydney je n’ai trouvé aucune galerie qui accepterait d’exposer mes tableaux, sous prétexte que je n’ai jamais exposé ailleurs. Cette opportunité me fait gravir un échelon et me permettra peut-être de retourner à Sydney et d’avoir la possibilité d’exposer et, en conséquence, de vendre mes toiles et de gagner ma vie. Mais je n’appartiens pas au groupe de peintres célèbres de Sydney. Comme je ne connais pas suffisamment les artistes ici en Suisse, j’ai du mal d’évaluer ma place ; disons que je me situe au milieu.

 

Vous pensez qu’à Sydney les peintres ne sont pas assez encouragés ou que la concurrence est impitoyable ?

Elle est tellement impitoyable ! Il y a une centaine d’artistes de haut niveau qui vendent leurs tableaux et qui vivent aisément. Pour les autres, je ne pense pas qu’ils soient suffisamment encouragés en Australie. Je connais beaucoup d’artistes à Sydney qui sont dans mon cas. Ils travaillent énormément et sont de véritables passionnés, mais ils n’ont pas l’opportunité de se présenter au public et de prouver leur talent. Je pense que c’est une honte !

 

Quel serait votre message pour des jeunes artistes qui souhaiteraient s’identifier aux grands peintres contemporains ?

Simplement : « Lancez-vous ! » Participez aux concours et si vous avez du talent, je suis persuadé que vous pourrez le développer par la suite. Je dirais aussi à tous les débutants : « Venez en Suisse et rencontrez Anaïs Laurent », elle m’a donné l’occasion de débuter et m’a incité à peindre davantage ; j’ai peint plus de 20 tableaux au cours des 4 derniers mois ! Je pense vraiment que l’organisation d’une exposition a un rôle primordial dans la motivation à créer de nouvelles œuvres, à développer vos idées et obtenir une reconnaissance du public. Il faut bien se préparer car vous serez alors évalués et soumis à la critique. Je pense que ce processus peut être une sorte d’apprentissage.

 

J’ai regardé vos tableaux, pouvez-vous nous dire quel message vous essayez de faire passer, par exemple avec un de vos tableaux préférés ?

Dans la plupart de mes tableaux, comme par exemple celui-ci, « Jade », que j’ai peint à Rose Bay, je marchait sur la plage. La plupart de mes tableaux montrent l’intensité de mon regard dans l’eau, le fait d’essayer de comprendre la lumière et les ondulations, de suivre les vagues et de comprendre les reflets. Il s’agit donc de petites parties appartenant à une scène entière. C’est un croquis découpé pour analyser les vagues, les lumières, pour étudier l’eau elle-même. Quand j’ai fait celui-ci, j’ai découpé la scène en petits morceaux. Se faisant, je demande au spectateur de regarder très intensément la région où se trouve la scène et de deviner au-delà de celle-ci, ce qui oblige le spectateur à faire preuve de beaucoup d’imagination. Dans ce tableau, on peut se demander, par exemple, pourquoi il y a un arbre dans l’eau et pourquoi l’eau est verte ? Est-ce une caractéristique spécifique à cette région ? Est-ce la réalité ? Souvent, ces couleurs ne sont pas la réalité, mais j’accentue volontairement la chose pour souligner le jeu de la lumière avec l’eau, comme elle joue sur la surface car je veux prouver qu’une très grande force se dégage, qu’il y a, en quelque sorte, une vie au-dessus de l’eau. Ce n’est pas simplement pour montrer ce que l’on trouve là-bas, mais pour inciter les gens à titiller leur imagination.

 

Parmi tous vos tableaux, lequel préférez-vous ?

C’est difficile, en ce moment, j’aime particulièrement ce tableau, « Jade ». Mais lorsque je l’avais terminé, je ne l’aimais pas tellement. Mais beaucoup de personnes m’ont dit qu’il l’aimait bien et je l’ai redécouvert sous un autre jour. À l’époque, je préférais une série de tableaux allongés, avec de grandes perspectives. « Streak » et « Linger », par exemple, sont des tableaux de ce style que vous pouvez voir à la galerie, ce sont des cadres panoramiques. On peut ainsi constater l’effet de changement de l’eau. Ce sont mes préférés, même s’il y en a d’autres que les gens trouvent meilleurs, enfin, c’est un peu confus en moi.

 

Merci beaucoup pour vos explications. Je vous souhaite « bonne chance » au nom de Télé Objectif Réussir et de ses collaborateurs et portez-vous bien.

Merci, c’était fantastique !

 

 

Interview et traduction réalisées par Feisal Yussuf

Texte retranscrit par Daniel Zumbrunn