Carla et Raymond Aeby : Théâtre de la Passade
Mademoiselle, Madame, Monsieur, bonjour, une fois de plus sur Télé Objectif Réussir. Aujourd’hui, j’ai le plaisir de rencontrer Carla Aeby et son époux, Raymond, qui s’investissent énormément dans le théâtre depuis de nombreuses années. Ils sont là pour nous parler de la Passade et peut-être de petits aspects que nos téléspectateurs ou la personne qui a assisté au spectacle ne voit pas ou ne connaît pas. Parce qu’on va quand même un peu les titiller…
Carla, peut-être un bref résumé du contenu de la pièce sans donner la suite bien sûr.
Il s’agit de « Coup de soleil » de Marcel Lithois. C’est une, en quelques phrases, il s’agit d’une femme, Valentine, qui a une quarantaine qui lui échappe de plus en plus et qui se trouve dans son appartement, qui a un ami de son âge aussi et qui a une certaine lassitude et elle décide de prendre un tout petit peu de temps pour elle. Elle décide de partir juste pendant quelques heures en tout cas et voilà que surgit un fleuriste, un jeune fleuriste qui amène, qui apporte des fleurs. C’est un cadeau de son ami en fait qui est en voyage et voici que ce fleuriste insiste pour rester. Il trouve tous les prétextes possibles pour pouvoir rester chez cette Valentine dans l’appartement. Voilà. Elle aimerait bien un peu le reconduire, mais je ne vous raconte pas la suite…
Il est bon de préciser tout de même que c’est une comédie.
Ah bien sûr, c’est une comédie.
Est-ce que c’est un vaudeville ?
Non. Tu dirais un vaudeville toi ?
Raymond : Non. Je n’aurais pas envie de dire vaudeville, c’est plutôt une gentille comédie de mœurs, parce qu’elle donne quand même à réfléchir un peu et elle pose deux ou trois questions sur l’existence que peuvent mener les hommes et les femmes.
En couple en fait. Raymond, il y a 7 acteurs.
Oui.
Quelles sont les difficultés principales que vous affrontez quand vous devez les diriger puisque vous êtes le metteur en scène ?
Là, en l’occurrence je n’en ai pas rencontré beaucoup, à tel point que cela a été un grand plaisir de diriger ces gens. Il faut dire que plusieurs de ces comédiens, je les connaissais, c’est sûr. Comme c’est la règle maintenant dans notre maison, je les ai choisis. Ils ne m’ont pas été imposés par l’ancienneté ou des promesses que l’on aurait pu faire, soit les comédiens, je les connaissais, j’ai déjà joué avec eux ou alors je les ai choisis parmi l’atelier théâtre que nous organisons depuis cinq années. J’ai eu, je crois, assez le bonheur de travailler avec des gens qui étaient très disponibles et qui travaillaient avec leur cœur aussi, pas seulement avec leur tête et qui étaient très inventifs. Même souvent les plus jeunes proposaient immédiatement des choses intéressantes, même avant parfois que je les interrompe pour dire : « Là, je voudrais que tu inventes peut-être autre chose. » Ah oui, voilà, je propose… Et il y avait aussi le travail auquel je n’assistais pas entre deux ou trois comédiens qui s’organisaient des répétitions, on peut le dire ainsi, pour à la fois mémoriser le texte, mais aussi pour proposer des choses. Et lorsque je revenais à la mise en scène, ils me disaient : « Voilà, on a modifié cette scène et on propose ceci. » J’étais un metteur en scène assez comblé.
Une démarche très interactive finalement. Au niveau du choix du texte, est-ce qu’il y a aussi cette interactivité, c’est-à-dire qui choisit la pièce que l’on va faire ? Est-ce que c’est un ensemble de gens, est-ce que c’est vous deux, Carla ?
C’est plutôt nous deux. On a déjà beaucoup de pièces qui sont dans les tiroirs et l’on se dit : « Un jour, celle-ci on la jouera. » Certaines fois, cela arrive qu’on ne la joue pas parce qu’il se peut que ce soit une pièce tout à coup qui soit jouée par d’autres troupes de la région et à ce moment-là, on se dit : « Voilà, c’est trop tard, ce n’est pas grave » et d’autres, on attend d’avoir les comédiens, on attend d’avoir une situation qui nous permette de se dire : eh bien maintenant, c’est le moment de jouer cette pièce. On a une ligne quand même et c’est pour cela qu’on ne choisit pas des pièces comme cela…
Ce n’est pas du hasard.
Ce n’est pas du hasard, non.
On revient vers votre métier de metteur en scène. Une vocation qui date de quand ?
Metteur en scène, ces deux, trois mots qui m’effraient un peu, parce que cela peut paraître un peu présomptueux de se coller cette étiquette quand ce n’est pas son travail. Je l’explique d’ailleurs dans notre programme. Moi, ma première passion c’est le théâtre mais en tant que comédien. Je suis arrivé aux Amis de la scène à l’âge de dix-huit ans en mai 1968. Je ne sais pas si c’était prémonitoire.
La belle année.
Je me suis mis à la mise en scène beaucoup plus tard et comme je l’explique encore une fois dans le programme, c’est avec tout ce que j’ai accumulé en tant que comédien, de ce que j’ai aussi appris de ceux qui m’ont dirigé dans la mise en scène, de ce que j’ai vu aussi beaucoup, parce qu’on amasse et on emmagasine beaucoup de choses en voyant notamment beaucoup de spectacles. C’est sûr, je le répète souvent aux comédiens de la Compagnie et ils ne le croient pas toujours et ils ne le font peut-être pas toujours comme je le souhaiterais, mais de voir des spectacles, de voir d’autres comédiens, d’autres compagnies d’amateurs aussi, c’est aussi un apprentissage, c’est aussi une manière de s’aiguiser, de déceler les bonnes choses et peut-être les moins bonnes aussi.
On se permet une sélection personnelle finalement.
Absolument.
Carla, une petite question qui m’intrigue. Cela traite du couple. On est d’accord que le soleil… comment cela se passe d’être dirigée par son mari ?
Ce n’est pas toujours facile.
Raymond : C’est vrai.
Carla : Des deux côtés, c’est vrai que cela n’est pas évident. Raymond me connaît bien et il sait qu’il faut qu’il me laisse aller un peu, qu’il me laisse la bride sur le cou pendant un moment en tout cas, parce que je dois chercher mon personnage, je dois lui proposer quelque chose, mais si l’on m’impose tout de suite, je n’aime pas trop.
On met les pieds contre le mur.
Voilà. A un certain âge, on a peut-être le droit un petit peu.
Absolument d’accord.
Je précise qu’à ce sujet, on a beaucoup évolué, parce que dans les premières mises en scène si j’intervenais trop tôt, Carla disait : « Écoute, arrête. Laisse-moi un peu. » Pour « Coup de soleil », je n’ai pas entendu cette phrase, parce que j’ai laissé la bride. Carla, je ne devrais pas le dire, mais je veux le dire quand même, comme si elle n’était pas là. Carla est une comédienne d’exception, ça lui appartient et c’est en elle. La nature lui a donné ce talent-là. Et de plus, le rôle qu’elle joue là, Valentine, c’est son rôle, c’est à elle. C’est écrit pour elle quasi. Donc, je n’avais pas de soucis et il a suffi d’un peu corriger et de rediscuter ensemble certains détails pour la mise en scène, mais tout était en place.
Pour aller un peu plus loin, est-ce qu’il vous arrive, juste avant de vous endormir, de dire : « Dis donc, cette scène-là, j’ai pensé…. Est-ce que cela se prolonge jusqu’à la maison ?
Raymond : Absolument. Beaucoup trop parfois. C’est ce que nous reprochent nos enfants. C’est d’être un peu trop théâtre dans la vie et autour de la table, en voiture et en vacances.
Carla : Ils sont un peu comme Obélix, ils sont tombés dans la marmite très très tôt. On s’en excuse de temps à autre. On leur dit : « On est navrés. »
Raymond : Ce sujet-là, cela a même dépassé la soirée. J’ai même été réveillé par Carla qui dans les derniers jours, au milieu de la nuit, répétait son texte. Elle se réveillait et avec l’appréhension, le souci de la première, elle répétait son texte à mi-voix. Cela veut dire que le théâtre, c’est jour et nuit chez nous.
Je vois. Justement au niveau de la préparation d’une pièce de théâtre, vous commencez déjà maintenant de préparer la suivante, comme cela se passe ?
Raymond : Oui. C’est une question qui est intéressante.
Merci.
Oui, parce que c’est assez nouveau et cela nous plaît d’en parler. On est même parti très très tôt avec la suivante qui sera, je vais expliquer pourquoi, le Bal d’Ettore Scola.
Oui, j’ai vu.
Il faut savoir que la majorité des spectateurs croient que c’est un film. Mais le Bal est d’abord une pièce de théâtre qui a été créée par une vingtaine de comédiens dans la région de Paris et c’est ensuite, Scola qui en a fait un film.
Un magnifique film d’ailleurs.
Avec les mêmes comédiens. Il se fait que nous avons eu la chance de rencontrer l’une des créatrices avec qui nous avons beaucoup parlé et toute cette équipe de créateurs du Bal n’a jamais autorisé que la pièce soit rejouée en France. Elle a été jouée dans beaucoup de pays, notamment dans les pays de l’Est et ils ont toujours accordé leurs droits à d’autres pays mais jamais en France et nous avons, nous sommes un peu fiers, exceptionnellement, les premiers à recevoir les droits pour la Suisse. Tout cela pour dire que nous avons commencé très tôt, parce qu’il faut que tous les comédiens, tous les intervenants, en plus d’être comédiens, soient danseurs. Donc à compter du mois de septembre de l’an passé, en compagnie de professeurs, les comédiens apprennent la valse, le tango, la valse anglaise.
Le cha-cha-cha, la samba.
Voilà. Nous sommes déjà en plein dans le Bal même avant…
Avant même d’avoir terminé votre présentation actuelle.
Exactement.
Carla, on dit qu’on a toujours le trac, c’est vrai ? Que l’on soit professionnel, amateur. Comment est-ce que vous appréhendez les choses, je dirais dix minutes avant d’entrer en scène, dans un état d’esprit particulier ?
Écoutez dans les premières, je suis peut-être un petit peu un cas particulier. Je pense qu’au tout départ, même quand j’ai commencé à faire du théâtre, j’avais un peu plus le trac qui me gagnait et qui était là. Honnêtement, maintenant si je dois vous le dire, c’est lors des deux ou trois premières où il y a une petite appréhension. Ce n’est pas seulement avant d’entrer sur scène où l’on a le trac, mais c’est plutôt avant quand on travaille le texte en disant : « Pourvu que j’y arrive, etc. » Mais, vraiment le trac avant d’entrer sur scène, je ne peux vraiment pas dire que j’ai un trac énorme, non. Mais ce n’est pas le cas de tout le monde. Cela ne veut rien dire, avoir le trac, ne pas avoir le trac, cela veut absolument rien dire. C’est une question de personnalité, cela ne veut pas dire qu’on est meilleur ou moins bon.
On a tous nos petits trucs. Mon chef, ici présent, lui avant une émission va se passer un coup de peigne dans les cheveux.
Oui, des tics cela oui. C’est un petit moment de réflexion où je m’isole pendant trente secondes. Voilà.
Chacun son petit truc, c’est cela. Moi, je ne dirai pas les miens.
Non, ça c’est mythique, ce n’est pas forcément… on a envie de se recentrer et de penser certaines fois aux mêmes choses en faisant peut-être une petite prière ou quelque chose. Chacun a ses petits trucs.
Raymond, on parlait d’amateurisme, vous le voyez de quel œil, parce que finalement le théâtre pour des amateurs occupe une place énorme. Comment est-ce que l’on pourrait situer l’amateurisme en Suisse ou dans la région par exemple ? Cela implique quoi comme effort d’organiser, de s’impliquer dans une pièce telle que la vôtre ?
S’agissant de « Coup de soleil », nous avons organisé une première lecture en septembre et attaqué immédiatement les répétitions sur scène, à compter du mois d’octobre à raison de deux fois par semaine, lundi et jeudi. Là, ce n’était pas trop difficile d’organiser. Les répétitions pouvaient débuter tôt en soirée, parce qu’il n’y avait pas de contraintes. Il n’y avait pas de bébés qui attendaient des biberons. On pouvait entamer dès 18h30 et à côté de cela, on organise des week-ends de travail où l’on travaille un samedi et un dimanche complets. Cela permet d’avoir des comédiens très disponibles.
Souder l’équipe aussi.
Souder aussi l’équipe. Cela permet de consolider l’équipe, parce qu’en l’occurrence tout le monde là ne se connaissait pas. Tous les comédiens n’avaient pas joué ensemble, puisqu’il y avait diverses provenances comme je vous l’ai dit tout à l’heure et que nous avons répété jusqu’au 9 février.
Qui était la générale.
Qui était la générale. En termes de contraintes, moi, je l’explique toujours aux comédiens qui souhaitent faire du théâtre. C’est vrai que si l’on choisit, ou que l’on apprécie d’aller pratiquer le ski tous les week-ends, il faut oublier. C’est des choses que l’on ne peut pas faire. C’est aussi vrai qu’il y a beaucoup de professions qui sont empêchées de réaliser un projet de théâtre. Tous ces gens qui travaillent notamment pendant que les autres se divertissent, tous les gens qui sont dans le médical, par exemple, qui ont des horaires irréguliers. Là, évidemment pour eux, le théâtre, il faut malheureusement oublier.
En parlant de théâtre, on va peut-être passer à la Passade en passant n’est-ce pas ? Dans le sens où vous êtes très très impliqués vous-mêmes dans la Passade, un petit historique. Vous venez de Saint-Blaise, Carla, c’est juste cela ?
Tout a démarré à Saint-Blaise avec la compagnie des Amis de la scène. Nous fêtons cette année le 50ème anniversaire de cette compagnie qui en fait était issue d’une séparation d’avec une compagnie qui s’appelle « Les tréteaux de Saint-Blaise » et nous étions une compagnie itinérante. Nous allions jouer dans tous les villages. Au tout départ forcément sur contrat et après les soirées. La soirée de la gym, la soirée de la fanfare, etc. en seconde partie et après on a tout de suite, pour avoir aussi la possibilité de jouer plus souvent, on a loué nous-mêmes nos salles, que ce soit dans le Haut du canton, à l’extérieur du canton, un peu partout pour être sûr de pouvoir jouer et d’avoir des salles de spectacles et de commencer à une heure raisonnable et pas à dix heures du soir. Alors justement, on a commencé par s’engager nous-mêmes avec ce travail-là. Et après, il y a dix ans, c’est juste, en 1998, nous avons déplacé le siège des Amis de la scène à Boudry.
Là, vous avez votre lieu de travail, on peut dire. Vous avez une salle, vous avez une infrastructure.
Raymond : C’était notre vœu le plus cher. Pendant une vingtaine d’années, j’ai entendu bon nombre de comédiens qui ont dit : « Si je fais six à la loterie, on achète un théâtre. » Partant que jamais personne n’a fait six à la loterie, en tout cas, on ne l’a pas su, on s’est dit qu’on allait construire d’autres lieux. On s’est approché des autorités de Boudry, cela a été une longue bataille, puisque c’est seulement au bout de huit ans que nous avons reçu un immeuble qui était en très très mauvais état.
On peut préciser que c’est rue Louis-Favre 20.
Dans le vieux Boudry. Il y avait le choix à un certain moment donné lorsqu’on a eu le projet, c’est de se dire, est-ce que l’on construit un théâtre style boîte à chaussures, à l’extérieur, en plein milieu d’un champ, ce qui aurait sans doute été moins coûteux et plus facile et moins laborieux ou est-ce que l’on s’insère véritablement dans le vieux Boudry, dans l’activité, dans la population, dans la vie de Boudry et c’est ce choix que nous avons fait. Cela nous a quand même valu beaucoup d’efforts et beaucoup de soucis. Ils ne sont pas éteints.
C’est là que vous avez appris la peinture, je crois.
C’est là que l’on a appris la peinture, où l’on a fait tous les métiers du monde. On était une trentaine, tous bénévoles, à travailler pendant dix-huit mois dans un chantier complètement atypique, conduit par un jeune architecte qui faisait partie de notre groupe, Marc Hubscher, qui a été avec nous, à la fois très adorable et à la fois très directif, aussi dans le sens que tout ce que nous pouvions réaliser, il mettait en proposition : « Voilà, vous prenez. Je vous donne quinze jours et l’on économise X mille francs », on prend. Évidemment que tous les gros travaux tels que la maçonnerie, les travaux dont on n’avait pas la compétence ont été confiés à des artisans de Boudry, ça c’était notre choix. Pour qu’en août 1998, on inaugure la Passade.
Là, vous avez fait preuve d’altruisme dans le sens où vous n’avez pas vous, mais vous avez créé d’autres créneaux, tels que cabaret… Vous pouvez en parler.
Oui. C’était notre vocation, notre objectif dès le départ, c’était d’avoir un lieu de travail, de répétitions et de représentations, mais aussi d’y accueillir les spectacles toujours dans le créneau de la bonne humeur, parce que l’on se veut une maison de bonne humeur, donc avec du café théâtre, avec de la musique aussi. On ne s’est pas non plus fixé un genre, puisqu’on reçoit du jazz, de la chanson française, de la musique tsigane. On essaie d’être très éclectiques, très large dans notre choix et d’y organiser aussi des expositions pour y accueillir des peintres, des artistes peintres de la région qui n’ont pas toujours l’occasion de se présenter. On leur donne aussi l’occasion d’entrer en contact avec un autre public que celui des galeries, d’organiser aussi des ateliers théâtre. Nous avons depuis plusieurs années, deux ateliers théâtre. Un premier pour les adultes dès 16 ans jusqu’à pas d’âge et un autre atelier pour les jeunes de 12 à 16 ans.
Carla, vous qui avez une large carrière de comédienne, qu’est-ce que vous pensez de la relève ? Vous assistez aux écoles de théâtre, vous enseignez, comment cela se passe ?
Non, non. Nous avons notre professeur, c’est Gérard William.
Oui, je connais.
Qui donne les cours pour les seniors et pour les juniors. Je ne m’implique pas du tout. Franchement, je n’aurais vraiment pas le temps et peut-être pas non plus les compétences d’aller aussi loin.
Vous avez un œil dessus quand même ?
On regarde bien sûr.
Qu’est-ce que vous pensez de la relève ?
Écoutez, cela fait plaisir. C’est super quand ces jeunes après présentent leur audition. On voit tout de suite que certaines personnes ont ce petit plus et même il y a un plaisir de la part de tous. Je trouve assez formidable quand vous voyez arriver des jeunes avec une certaine timidité, un peu mal dans leur peau et qu’à la fin de la saison, ils sont beaucoup plus ouverts, ils sont bien. On se dit qu’on a réussi avec cet atelier à leur procurer ce petit plus pour être bien. Alors…
Une confiance en soi.
Oui, une confiance en soi aussi, c’est important.
Il y a des vertus thérapeutiques finalement dans le théâtre, l’air de rien.
Bien sûr.
Vaincre sa timidité n’est pas donné à tout le monde, cela est clair.
Non, non et de pouvoir aussi… Ce sont des jeunes qui ne viennent pas forcément de la même classe. Ils ne se connaissent pas. Ils doivent faire connaissance, ils doivent s’habituer, ils doivent jouer ensemble, c’est bien.
Ils doivent en fait trouver un modus vivendi pour que cela fonctionne. C’est une école de la vie quelque part.
Oui.
Vous avez été président de théâtre amateur ?
Oui. C’est la fédération suisse des théâtres amateurs, section francophone.
D’accord.
Oui. J’ai été président et j’ai arrêté cette activité, parce que cela prend aussi beaucoup de temps. Cela rejoint peut-être ce que l’on disait tout à l’heure au niveau de l’apprentissage. Je pense que j’ai passé plus de temps à parler avec les gens du théâtre amateur qu’à les voir jouer. Je les ai beaucoup vus jouer. Je voyais cinquante, soixante spectacles chaque saison en essayant d’aller voir chacun dans la Suisse francophone. Mais cela m’a aussi permis d’apprendre et de comprendre toute la systématique du théâtre, ses rouages, ses handicaps aussi. Sa problématique souvent parce qu’évidemment on ne laisse pas aux gens du théâtre la place qu’on laisse, je veux le répéter encore une fois, au football, hélas et l’on ne comprend pas toujours que réaliser un spectacle de théâtre, je ne les méprise pas, ce n’est pas donner un concert au chœur mixte par exemple.
Cela est clair.
Le théâtre a des exigences, le théâtre a des besoins. Il a besoin d’un décor. Il a besoin d’un espace. Il a besoin de techniques, de sons, de lumière et cela n’est malheureusement pas toujours bien compris. Néanmoins, il semblerait quand même que les choses évoluent, puisqu’on voit des lieux s’ouvrir, on voit des maisons s’installer et l’on voit que des comédiens peuvent se réaliser, je dirais, dans des conditions de qualité.
On peut prétendre aujourd’hui, par exemple, pour le canton de Neuchâtel que le théâtre se porte bien, le théâtre amateur.
Il se porte très très bien à tel point qu’il y a quasi une compagnie dans chaque village et que l’on peut le dire, il faut le dire, je crois, on se trouve à certaines dates en état de concurrence. Et finalement, le spectateur au point de vue de son agenda d’abord, il ne peut pas aller visiter tous les spectacles proposés et je pense aussi que s’il décide d’y aller en famille, son portefeuille va…
Maigrir. Vous êtes impliqués pleinement dans le théâtre, est-ce que vous voyez une évolution ou l’on reste encore au théâtre justement après la fête de gym, où on a l’équipe qui fait sa petite pièce ? Est-ce que vous avez le sentiment que les amateurs deviennent plus professionnels, peut-être Carla ?
Oui, alors. Je trouve. On est surpris et cela fait plaisir de voir, au niveau de tout, pas seulement des pièces, aussi qu’ils recherchent, de la technique où tout le monde se donne les moyens pour essayer de faire au mieux ce qu’il y a à faire.
Raymond : On voit de mauvais professionnels.
Comme on voit de bons amateurs.
Voilà. Je crois qu’il y a effectivement une grande évolution, parce qu’aussi le théâtre professionnel s’est aussi intéressé au théâtre amateur et Dieu sait là, si le TPR et Charles Joris, son patron d’alors n’ont pas fait d’immenses efforts en travaillant avec les amateurs. Ensuite, d’autres professionnels ont aussi approché le théâtre d’amateur, c’est évidemment aussi pour eux l’occasion d’y travailler et d’y gagner parfois quelque argent, pas beaucoup, parce qu’on ne peut pas toujours les payer comme ils le mériteraient. À côté des metteurs en scène, il y a aussi maintenant beaucoup de décorateurs qui sont appelés pour créer une scénographie originale.
Jean-Marie Liengme.
Voilà, Jean-Marie Liengme qui est une crème de décorateur, parce que lui, il utilise chaque centimètre carré, chaque centimètre cube de notre espace qui n’est pas très grand pour y construire de superbes décors et surtout d’être disponible pour les comédiens tout au long des représentations. Jean-Marie nous accompagne. Ce n’est pas le décorateur qui est là jusqu’à la première. Il vit avec nous, il surveille entre guillemets, il soigne son décor, c’est précieux. Il y a aussi des gens qui travaillent dans la technique, notamment dans l’éclairage. Cela aussi été un souci de la Passade et nous avons organisé il y a quelques années un atelier lumière avec De Zavadas qui est l’un des grands patrons de la lumière en Suisse. Tout cela a aussi permis, à la fois à notre équipe bien sûr, mais aussi à d’autres compagnies d’avoir après en face d’elles, des gens qui travaillent une discipline du théâtre avec compétence.
D’accord. En tout cas, je vous remercie. Ce que l’on peut dire en guise de conclusion, parce que le temps roule, c’est que votre passion n’est pas une passade et l’on peut recommander aux éventuels amateurs de théâtre de vous contacter. Peut-être nous donner votre site, là où l’on peut consulter toutes vos activités.
Voilà : www.lapassade.ch où l’on peut évidemment lire le programme de nos représentations et toutes les offres qui sont faites et aussi la manière de nous contacter en nous envoyant un petit courrier puisque c’est la mode pour correspondre.
Je vous remercie beaucoup Carla et merci Raymond et bonne route.
Merci On en a toujours besoin. Merci.
Interview réalisée par Alain Sunier
Texte retranscrit par Françoise Berthod