La SAIOD : À Colombier

 

 

Pascal Ferrari

 

Depuis combien de temps travaillez-vous ici à la SAIOD ?

Depuis quinze ans.

 

Vous avez toujours été chef d’équipe ?

Non. Au début, j’ai commencé comme manœuvre au tapis, à trier les ordures.

 

Au bout de quinze ans de travail, vous vous sentez comment ici ? Heureux, satisfait ?

Je me sens très bien ici, sans cela j’aurais pris un autre travail. Vu que je me plais bien ici, le travail est varié. On n’est pas toujours à la même place. On ne fait pas tout le temps la même chose, c’est pour cela que je suis resté là.

 

À quoi tient l’ambiance générale au sein de la SAIOD sur le plan des satisfactions professionnelles et sociales ?

Entre collègues, cela se passe très bien. Il y en a toujours un ou deux, où l’on ne s’entend peut-être pas forcément bien, mais le courant passe quand même. On fait toujours les fêtes de Noël ici, dans l’entreprise, à la serrurerie. Cela se passe toujours très bien. On finit toujours bien tard. L’ambiance est quand même bonne dans l’entreprise.

 

Vos collègues, les ouvriers qui sont là au triage manuel, est-ce qu’ils sont eux aussi heureux de travailler sur ce poste ?

Là, je ne sais pas. C’est des intérimaires. Olivier, ça fait une année et demi qu’il est intérimaire, qu’il travaille là. Il faut donc croire que le travail lui plaît assez bien et Markus, cela fait six mois qu’il est là. Donc, l’entente entre moi et mes aides, cela va très bien. J’en ai aussi un autre qui est dehors, que vous n’avez pas vu. Il est en train de faire le compost. Lui, il reste surtout dehors, charger les camions, faire le compost, s’occuper des wagons. On fait cela ensemble. Quand on m’a dit qu’il fallait venir pour travailler pour trier des ordures, je n’étais pas trop emballé. Mais j’avais deux enfants, j’étais marié. Il me fallait du travail, il faut prendre n’importe quoi quand on a besoin de… Moi, je devais faire vivre ma famille, donc on prend ce qu’il vient !

 

 

Sebastiao Abel

 

Bonjour M. Sebastiao. Depuis combien de temps travaillez-vous ici à la SAIOD ?

Bonjour. Il y a dix-sept ans que je suis là, que je travaille à la SAIOD.

 

Et que représente pour vous de travailler ici même à la SAIOD ?

Pour moi, j’ai beaucoup appris parce que je ne suis pas du domaine technique, ni manuel. J’ai beaucoup appris de choses que je ne savais pas, parce que je suis de formation historien et diplomatique. Je dis toujours que la SAIOD, c’est une école où l’on apprend et c’est aussi où l’on peut enseigner aussi.

 

Vous êtes là pour relever aussi les défis de la vie ?

Bien sûr. C’est assez reconvertissant ce que je fais maintenant, c’est quand même un autre défi, parce que c’est là que j’ai vu qu’au moins dans la vie, il faut savoir s’adapter. Je me suis adapté facilement et la vie continue. Je suis employé d’exploitation, donc assistant d’exploitation. Notre travail consiste, nous travaillons en équipe, on est trois personnes. Nous, nous travaillons même les jours fériés, parce que SAIOD travaille 24 h sur 24h, 365 jours par année, donc non-stop. Il y a des jours fériés, si vous êtes programmés, on travaille. On a aussi des jours de congé de compensation. Notre tâche consiste à veiller sur la bonne marche de l’entreprise, de l’usine. Nous veillons, nous surveillons, nous constatons, nous prenons des données pour la bonne marche de notre usine. On apprend tous les jours et on a aussi des cours de perfectionnement de jour en jour. Il y a beaucoup de choses que je ne connaissais pas dans le domaine technique, actuellement je peux dire, je suis devenu comme un petit expert.

 

 

Jean-Luc Miéville

 

Cela fait quinze ans que je suis ici. Avant, j’ai travaillé dans d’autres domaines, tels que la mécanique. J’ai fait aussi un apprentissage aux Câbles de Cortaillod en tant qu’opérateur sur machines. J’ai suivi aussi un certain nombre d’années, j’ai fait du montage externe pour les Câbles de Cortaillod toujours et, ensuite, j’ai voulu un petit peu changer ma vie, ma vie professionnelle en fonction de ma famille. J’ai une fille, j’avais une femme et disons que pour moi, c’était un nouveau défi. C’était quelque chose d’un peu spécial. Il y avait quand même une certaine évolution qui se faisait et moi, j’ai toujours besoin d’apprendre, apprendre autres choses, avoir plusieurs cordes à mon arc.

 

La SAIOD contribue-t-elle à votre bonheur social ?

Oui. Parfaitement.

 

Pourquoi ?

On peut dire qu’on a un salaire extrêmement bien rémunéré. On a des horaires qui sont pour le moins, des fois, un petit peu embêtant, un peu piquant, parce que l’on vit par rapport aux autres, un peu décalé. Mais dans l’ensemble, on trouve aussi nos à-côtés, on trouve aussi les moyens d’agrémenter nos hobbies, de façon peut-être plus indépendante par rapport à un horaire spécifique où vous travaillez en horaire normal et vous êtes tenus à être là. C’est un petit peu à nous à gérer notre temps et c’est cela qui est assez motivant aussi.

 

Et qui vous aide justement à avoir une vie de famille équilibrée.

Une vie de famille équilibrée, à voir plus souvent nos proches, ceux qu’on aime parce qu’évidemment avec des horaires 3 x 8 h, ce n’est pas toujours évident pour les familles, ce n’est pas toujours évident pour la femme, pour les enfants, mais on tâche de concilier les deux. On s’arrange. C’est quand même une question d’habitude, un rythme de vie différent des autres.

 

 

Giovanni Tarantino

 

M. Giovanni Tarantino, bonjour.

Bonjour.

 

En discutant avec vos collaborateurs, on est, j’ai envie de dire, presque surpris de voir à quel point ils ont du plaisir à travailler ici et cela paraît un peu paradoxal pour le grand public, parce que trier des déchets, faire de l’incinération, ce n’est pas forcément un job de rêve et pourtant vos collaborateurs ont du plaisir à le faire. Alors, cela doit être, pour vous, déjà un beau compliment d’entendre cela. Finalement, comment vous expliquez ce plaisir qu’ils ont à travailler ici, à vos côtés ?

Très bien. Merci de confirmer ce que je pensais déjà. C’est vrai que moi aussi, pendant les études, ce n’est pas le job de rêves, quand je serai grand, j’irai travailler dans les poubelles, mais les gens qui sont ici se rendent compte à quel point leur job est important et si l’une de ces personnes ne fait pas correctement son activité, c’est toute l’usine qui s’arrête. Vous savez qu’ici on tourne 24 heures sur 24, y compris à Noël et Nouvel An. Dès qu’il y a une panne, il faut une intervention très rapide, par exemple du mécanicien ou de l’électricien. Sans cette intervention, l’usine s’arrête. On est arrêté pendant plusieurs jours, c’est la catastrophe. D’autant plus que nos concitoyens jettent tous les jours des choses et l’on ne peut pas tout à coup s’arrêter pendant quelques jours sans brûler des déchets. De plus, nous avons un réseau de chauffage à distance qui fait que l’on ne peut pas non plus dire aux habitants de la région : « Écoutez, pendant deux ou trois jours, il fait moins dix, mais nous, on ne vous chauffe pas, parce que l’on a deux ou trois soucis. »

 

Vous pensez que c’est un événement important. Quand un nouveau collaborateur arrive chez vous, vous lui expliquez tout cela quel que soit son rôle, il joue un rôle important ?

Oui. Je crois qu’avant de venir ici, ils ne s’en rendent pas vraiment compte. Ils voient une cheminée qui fume, ils se disent : « Bon, c’est un travail comme un autre » et quand ils rentrent dedans, ils voient qu’en fait il y a des équipes assez soudées qui arrivent à faire tourner l’usine tout le temps. Ce n’est pas parce qu’il y en a un qui est malade que personne ne va faire le travail, au contraire. Il y en a un qui est malade, l’autre qui avait prévu de prendre des vacances, il est obligé de rempiler encore pendant quelques jours pour dépanner, puisque l’on se rend compte que si on arrête la machine, c’est un peu comme un corps humain. Si vous arrêtez le cœur pendant un jour, c’est foutu. On n’est pas aussi grave, mais presque. Il faut que tout le monde s’entraide, autrement c’est la catastrophe et je dirais que la fiabilité des gens se mesure aussi au peu de pannes que nous avons. Nous avons très très peu d’arrêts imprévus, puisque les gens se débrouillent pour réparer les machines, etc. avant qu’elles ne tombent en panne.

 

Ce sens des responsabilités, ça jaillit naturellement chez eux ou vous devez leur rappeler régulièrement, souvent ?

Il est clair que de temps à autre, il y en a certains qui auraient peut-être une petite tendance à ne pas répondre au téléphone quand on les appelle. À ce moment-là, c’est important de les remettre à l’ordre pour éviter que tous les autres se sentent les dindons de la farce. C’est plutôt l’exception que la règle évidemment.

 

Bien sûr, il y avait la question rémunération. Chacun nous a dit spontanément qu’ils estimaient être très bien payés ici, mais ce n’est pas seulement la seule raison selon vous.

Non, je ne crois pas que l’on puisse motiver quelqu’un à faire un sale boulot uniquement parce qu’il gagne mille francs de plus qu’ailleurs. Il est clair que les gens qui travaillent en équipe, puisque nous avons à peu près le tiers du personnel qui travaille en équipe, c’est-à-dire jour et nuit, 24 h sur 24, ces gens-là ont une prime supplémentaire qui est officielle qui est de l’ordre de 750 francs par mois et qui compense un peu les désagréments dus au travail nocturne, au travail du week-end. Mais cela ne peut pas être la seule motivation. Est-ce que vous feriez un travail qui vous casse les pieds pour mille francs de plus par mois ? Moi, je ne le pense pas. Ils sentent quand même qu’ils ont la responsabilité d’une machine qui est quand même très grosse, qui vaut très cher. Ici, l’ensemble des installations dépasse cent millions de valeurs. Ils savent que d’eux dépend le bon fonctionnement de l’installation. D’ailleurs, moi, je ne suis ici que même pas le quart du temps. Une semaine de 168 heures, je suis là que 40 heures et pendant les 128 heures restantes, la nuit, etc. c’est eux qui décident les grandes choses à faire, s’il faut arrêter un four, s’il faut réparer, s’il faut appeler un petit copain à deux heures du matin pour faire une réparation. C’est quand même une responsabilité importante dont ils sont conscients.

 

Quand on discute avec certains d’entre eux, certains ont commencé par faire les travaux les plus simples, le triage et ensuite ils ont eu la possibilité de pouvoir gravir les échelons, cela fait vraiment partie du concept, de la philosophie ?

Oui, mais disons que c’est plutôt le hasard que quelque chose de prémédité. Ce qu’il se passe, c’est que le type commence et, tout à coup, on a besoin de quelqu’un. Alors, on regarde autour de nous avant de chercher très loin. On regarde autour de nous et on voit : « Tiens machin, il fait un job ingrat, mais il se donne beaucoup de peine, il réfléchit, il ne fait pas n’importe quoi. » On va pouvoir lui donner un autre job. On a souvent des chômeurs en fin de droits qui commencent et certains ont fini par les engager, pas tous évidemment, puisque l’on serait pléthorique à ce moment-là. Mais de temps à autre, il y en a quelques-uns qui sortent du lot et je peux en nommer quatre ou cinq que nous avons engagés, qui sont maintenant depuis plusieurs années dans notre effectif et qui ont commencé comme simples chômeurs, sans salaire, puisqu’à ce moment-là, c’est l’Office Régional de Placement qui les rétribue et que l’on a fini peut-être par prendre comme temporaire pendant quelques mois. Un et après un. Tout compte fait, il remplit bien ses fonctions et on décide de l’engager.

 

On a demandé à plusieurs de vos collaborateurs ce qu’ils pensaient de vous. Alors, je ne veux pas vous donner les réponses, mais enfin, ils étaient unanimes quand même pour dire qu’ils vous aimaient bien et ceci pour plusieurs raisons. D’après vous, quelles sont ces raisons ?

Peut-être parce que j’essaie d’être humain avec eux et j’essaie de discuter avec les différents collaborateurs. C’est en tout cas une chose qui me paraît normale. Je ne garde pas une immense distance même si, dans mon rôle de directeur, de temps à autre, je dois remonter les bretelles à des gens. On essaie de le faire avec les formes et de façon progressive. Voilà ce que je pense, mais je ne suis pas dans la tête des gens.

 

 

Interviews réalisées par Cesar Evora et Jean-Pierre Lambert

Texte retranscrit par Françoise Berthod