Mme Anaïs Laurent : Rétrospective 2 ans
Anaïs Laurent, bonjour.
Bonjour.
Merci d’être venue.
C’est un plaisir.
D’où t’es venu ce goût pour l’art quel qu’il soit ? C’est une longue histoire, je pense.
Oui. C’est très très long en fait. J’ai commencé à écrire quand j’avais six, sept ans et je n’ai pas arrêté et comme j’ai trouvé que la plupart du temps, les mots ne suffisaient pas, j’ai commencé à dessiner pour illustrer ce que mes mots n’arrivaient pas à dire. Et petit à petit, je me suis intéressée à d’autres artistes, à d’autres écrivains et pendant un moment, j’avais une agence de publicité aux États-Unis et je me suis servie beaucoup d’artistes et on a créé une galerie collaborative aux États-Unis dans l’état de Massachusetts. C’est cela en fait qui m’a lancée sur la voix des galeries.
Tu es restée longtemps aux États-Unis ?
Oui. J’y suis née. J’ai vécu les dix-neuf premières années de ma vie là-bas et par la suite, pour la plupart, c’était un partage entre la France et les États-Unis.
D’accord. Il y a deux ans que ta galerie est ouverte.
Oui. Un peu plus maintenant…
D’accord. Tu as fait environ quatorze expositions avec une vingtaine d’artistes.
Oui. Je pense que cette exposition-ci, il y a quatorze artistes tout juste et on a malheureusement quelques artistes qui n’ont pas pu venir se joindre à nous ou qui n’ont pas pu garder la galerie, parce que l’objectif pour cette exposition, c’est que la galerie soit gardée par les artistes pour que les gens puissent venir à leur rencontre, leur parler de ce qu’ils font, comment ils font, pourquoi ils le font, etc. Tout le mois de mai, c’est gardé rien que par les artistes qui exposent.
C’est seulement eux, d’accord.
Voilà. Il y a une liste bien sûr qui est sur notre site et qui sera également, je ne l’ai pas encore fait, sur le devant du bâtiment de la gare. Les gens pourront venir voir quand leur artiste favori sera là pour venir lui rendre visite.
Et toi, comment choisis-tu tes artistes justement, quels critères, tu…
C’est assez compliqué, parce qu’en fait, ce n’est pas moi qui les choisis, c’est eux qui choisissent la galerie. Je n’ai jamais été…
À la recherche de quelqu’un…
À la recherche de quelqu’un, c’est toujours les artistes qui m’ont, soit téléphoné, soit envoyé un e-mail, soit même envoyé directement leur book en me disant : « Cela m’intéresse d’exposer mes œuvres chez vous. »
Quelle politique emploies-tu pour choisir, quelle ligne de conduite ? Il y a bien un choix que tu fais.
Oui. Il y a déjà le fait que la plupart des artistes que j’ai exposés, c’est des gens qui n’ont souvent pas été exposés ailleurs. Je ne veux pas dire que c’est nécessairement des jeunes, mais des gens qui ont du talent, qui ont peint, dessiné, fait de la sculpture ou autres et qui n’ont pas encore exposé pour la plupart. Pour moi, c’est important de leur donner leur chance, de les lancer. La seconde chose, c’est aussi de pouvoir élargir nos frontières parce qu’en fait, étant étrangère en Suisse, j’ai trouvé extrêmement difficile de m’incorporer.
De t’intégrer.
De m’intégrer dans cette société. Et une manière de s’intégrer, c’est de montrer qui on est, à travers nos œuvres et j’ai invité des gens qui m’ont contactée, à venir du Brésil, de France et ailleurs, récemment de l’Australie. Des gens qui ont beaucoup de talents et qui cherchent à se faire une place ici en Suisse aussi.
En parlant de jeunes, est-ce que tu donnes plus volontiers la chance à des jeunes ? Cela ne te gêne pas de prendre des tout jeunes ?
Non, cela ne me gêne pas du tout, au contraire. L’objectif, c’est d’encourager et en fait quelque part de servir de mentor pour les jeunes et de trouver des artistes plus âgés qui pourraient servir de mentor, qu’il y ait une sorte de polyvalence, je ne sais pas comment le dire, excusez-moi, comme les abeilles dans les fleurs. Voilà, c’est ça et de pouvoir faire en sorte que les artistes travaillant ensemble comme cette fois-ci, on a Julien Pisenti qui va travailler avec… ou qui a travaillé pendant plusieurs semaines pour créer l’œuvre qu’il expose dans cette exposition entre Julien et l’artiste de l’Australie, M. Phillips. Cela va être une combinaison…
De deux personnes.
De deux personnes, oui.
Si l’on revient sur l’exposition du mois de mai.
Oui…
Il y a beaucoup d’artistes. Justement, tu as une liste là. Est-ce que tu peux nous dire quelque chose, quelques mots sur chaque artiste ? Denis Basset, par exemple.
Denis Basset, c’est quelqu’un qui avait exposé à la fin de l’année dernière avec Pierrette Dubois qui était son professeur et il fait des paysages de la région, autour de nous ici. Parfois, légèrement naïfs, mais j’aime beaucoup cela. C’est un style que j’aime beaucoup.
Michel Buhler.
Michel Buhler, il vient de Bevaix. Ce n’est pas difficile. Il est arrivé avec son petit panier, avec ses sculptures et je n’ai pas pu dire non. C’était trop beau. C’était vraiment trop beau. Lui, il va avoir trois sculptures et autant de gouaches, cette fois-ci.
Chaque artiste a de nouvelles choses.
Tout à fait. Chaque artiste a de nouvelles choses et, à part Denis, parce qu’il avait quelques soucis récemment. Il n’a pas pu beaucoup peindre. Donc, il n’a pas pu en apporter.
Le prochain, un collaborateur de chez nous, César Carrasco.
César nous apporte deux nouvelles œuvres avec une troisième que je remets sur le tapis parce que je la trouve tellement belle.
Le fameux rouge de César.
Non, non même pas. C’est des champs qui sont inondés et je trouve cela tellement beau. D’autant plus avec les questions de l’écologie en ce moment, j’ai trouvé que cela avait bien sa place ici.
Dennis Esteves.
Dennis Esteves, il a exposé avec Michel Buhler tout à l’heure, en janvier, février et…
Picasso.
Oui. Il a vraiment un style Picasso, très chouette.
Kesh, c’est autre chose.
Oui. Il y a Kesh et Wilo, les deux artistes qui s’appelaient les enfants de la rue dans leur exposition. C’est des artistes graffitis qui sont bourrés de talent.
Et qui ont eu beaucoup de succès.
Qui ont eu un succès énorme à cause de leur philosophie d’un côté et à cause du fait que ce sont vraiment des talents jeunes qui vont aller loin, je pense.
Anaïs Laurent.
Là, cette fois-ci, je rajoute une ou deux œuvres à moi. Cela faisait plus d’un an que je n’avais rien fait, alors je voulais quand même faire quelque chose.
Tu as peint quelque chose ?
J’ai peint quelque chose. C’est un mélange entre le collage et la peinture.
Lyse.
Lyse est également avec Objectif Réussir et elle nous fait une nouvelle œuvre assez grande que je n’ai vraiment pas eu le temps de voir avant de suspendre. Cela a été la surprise.
L’inconnue totale.
Géniale, vraiment comme d’habitude, elle a beaucoup de talent.
Patrick Perret, aussi un ancien collaborateur.
Patrick, photos et Julien bien sûr.
Oui. Joël aussi.
Joël aussi. Donc, on a trois photographes qui sont vraiment des gens qui ont des perspectives tout à fait différentes. Chacun…
Est différent, c’est sûr.
À un monde qu’il voit différemment. Patrick, il voit le monde de la ville.
Julien, la nature.
Et les insectes beaucoup et Joël, c’est un voyageur accompli maintenant. Alors, il nous apporte un monde extérieur aussi bien qu’intérieur.
John Phillips, le peintre australien.
Oui. Là, c’est vraiment quelque chose que j’ai trouvé extraordinaire, parce que c’est quelqu’un qui est là en Suisse que pendant quelques mois en visite, parce que sa copine travaille à Zurich.
Elle est Suissesse ?
Non, elle est australienne, mais elle travaille actuellement à Zurich. Lui, il est venu lui rendre visite et grâce à cela, nous avons eu les tableaux qu’il a exposés ici, de très grand format certains jusqu’à deux mètres de long. D’autres minis, comme ça. Vraiment tout petits avec lesquels il a fait une vente aux enchères vivantes qui continue, disons, du jour au lendemain. Quelqu’un met quatre-vingts francs, l’autre quatre-vingt-cinq et cela continue jusqu’à la fin de l’exposition. Son objectif avec cela, c’était de dire à Objectif Réussir combien il a apprécié leur travail et une partie des revenus de ça est revenue à Objectif Réussir.
Il a aussi donné des cours de peinture.
Voilà, tout à fait. Il a donné trois cours de peinture. Un le premier mois, une classe et deux au mois d’avril, le 7 et le 28 et c’était à guichet fermé chaque fois parce que l’on avait trop de monde qui voulait jouer avec cette notion de l’eau et des reflets et comment obtenir les reflets.
Micheline Sidler et Huguette Simonet.
Deux femmes qui font partie des Amis de la peinture de Neuchâtel, avec Lyse d’ailleurs, et qui nous apportent cette fois-ci des sculptures d’un côté et des peintures à l’huile assez différentes de ce que… surtout, c’est Micheline qui apporte les peintures, cette fois-ci que ce qu’elle avait fait la dernière fois qui était vraiment femme et enfant, mère et enfant pour l’exposition « Femme qui es-tu ? » Tout est nouveau. C’est une exploration qui a beaucoup de facettes et en fait, c’est cela pour moi, l’art. C’est l’exploration de l’inconnu, prendre des risques, essayer de faire des choses nouvelles et de les partager.
Comment qualifierais-tu ta relation avec Objectif Réussir ?
Comment est-ce que l’on explique les émotions ?
C’est difficile.
C’est difficile, parce que pour moi Objectif Réussir, c’est un objectif, c’est un groupe de gens qui travaille dur ensemble, c’est un groupe de gens qui apprend ensemble, qui partage tout ensemble, qui grandit, qui mûrit…
Qui évolue.
Qui évolue, qui se bagarre aussi des fois, mais ça c’est la nature humaine. On a besoin de cette confrontation de temps en temps pour grandir et je pense… Ils m’apportent un soutien. Sans eux, je ne pourrais pas faire la galerie et la meilleure chose, c’est pour les artistes, ce qu’Objectif et Télé Objectif donne à mes artistes, c’est un DVD pour chacun de leur vernissage, de comment ils ressentent l’art, etc. Cela leur servira d’outils de marketing éventuellement de leur art ailleurs et donc encore un pas dans le sens du développement.
D’accord. Merci beaucoup Anaïs. On arrive à la fin de cet entretien. Je te remercie encore beaucoup pour ces compliments et bonne chance pour tout.
Merci beaucoup à vous.
Merci.
Au revoir.
Au revoir.
Interview réalisée par Françoise Berthod
Texte retranscrit par Françoise Berthod