M. Jorge de Sousa Monteiro : Son art
Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, bonjour. Nous nous trouvons aujourd’hui aux côtés de Jorge de Sousa, bonjour Jorge.
Bonjour Alain.
Qui a un parcours artistique qui mérite que l’on s’y attarde. En pur autodidacte d’ailleurs, il va peut-être nous parler aujourd’hui de ses œuvres, de ses sources d’inspiration, de sa technique. D’abord, est-ce que c’est un hobby qui t’a pris très jeune, de peindre ?
Oui, c’est tout à fait cela. C’est un hobby qui m’a pris très jeune. En étant petit, j’ai toujours adoré dessiner, faire des travaux manuels, tout ça. Et je me rappelle même que je faisais des dessins derrière chez moi et mes parents me couraient derrière pour m’empêcher de faire cela. En fait, depuis petit, c’est un hobby effectivement.
Un beau jour, tu franchis le pas.
Un beau jour, voilà. Le déclic est venu, après mon adolescence, je dirais même beaucoup après, c’est là que je me suis décidé de prendre un pinceau et d’appliquer la peinture directement sur la toile et toujours basé sur l’art africain. C’est là que j’ai commencé à faire des tableaux.
Tu as commencé par des tableaux ?
Exactement.
Quelle technique utilises-tu pour tes tableaux ?
C’est une technique, en fait qui n’est pas difficile à faire, c’est de l’huile sur toile brute plutôt sans appliquer une technique assez précise.
Et tes sources d’inspiration ?
Mes sources d’inspiration, c’était plutôt de ce voyage que j’ai fait en Angola, en voyageant un petit peu dans les villages, dans les villes, en voyant les gens comment ils vivaient. C’est de là que ma source d’inspiration m’est venue.
Donc, tu nous décris, tu nous dépeins le quotidien.
Tout à fait. Comme on peut le regarder, voir un petit peu sur ces images sur le fait de la vie quotidienne des gens.
Est-ce qu’il n’y a pas une forme de nostalgie ?
Peut-être en quelque sorte.
Peut-être pour justement la « saudade »…
La « saudade », oui, en quelque sorte de voir ce peuple vivre sur une certaine passivité dans leur vie.
Des familles, des enfants.
Des familles, des enfants, des femmes au travail, des réunions familiales, matinales, des jeunes filles. En fait, j’exprime un petit peu le quotidien de ces gens.
Et tu passes à l’étape suivante, la sculpture ?
La sculpture, parce que tout d’un coup, la sculpture m’est venue en 1997 justement. J’ai pas mal vu en Angola des gens mutilés, des gens qui ont beaucoup souffert de la guerre et c’est vrai que cela m’a beaucoup frappé cette image-là. Justement, je me suis dit : « Pourquoi pas essayer de faire de la sculpture ? »
Où tu exprimes justement…
Où j’exprime justement cette souffrance, cette mutilation, ces mutilés, ce peuple qui a beaucoup souffert justement surtout que l’Angola était un pays encore où beaucoup de mines sont…
Les fameuses mines anti-personnelles.
Les fameuses mines anti-personnelles sont là pour les arracher.
Là, tu exprimes finalement les horreurs de la guerre.
Oui tout à fait.
Et qu’est-ce que tu utilises comme matériau ?
Ecoute, j’utilise, c’était un petit peu de la récupération, donc au début, je pensais justement faire de la sculpture avec mes propres moyens. J’utilisais de la récupération, c’est-à-dire du plomb que moi-même je fondais pour faire justement de la sculpture. Mais d’abord, c’est vrai que je commençais par utiliser de la cire d’abeille, de la cire perdue et ensuite un moule avec du plâtre. C’est comme cela que moi-même je me suis permis de pouvoir réaliser ces sculptures.
Tu as tout fait de A à Z.
J’ai tout fait de A à Z tout à fait.
Mais il y a une petite spécialité, on sait que le plomb n’est pas très sain pour la santé, alors toi, tu as trouvé la parade !
J’ai trouvé la parade. On sait que le plomb, c’est vachement toxique. Il y a toujours des moyens de se protéger. Donc, je le faisais et je me protégeais et cela m’a permis d’en faire plusieurs.
Mais tu as trouvé une petite combine pour donner un petit air « passé, vieillot » ?
Oui, tout à fait. C’est un petit peu du, comme vous le voyez, il n’y a pas de pigmentation dans ces sculptures, ce n’est que du plomb verni ensuite par une couleur verte pour donner cette allure d’une sculpture très ancienne.
Vert de gris.
Vert de gris, oui….
Cela fait penser effectivement à ce qui prospère sur le cuivre, si je ne fais erreur.
Plus ou moins ça, oui.
Et tu n’as jamais eu l’idée d’exposer ? Comment cela s’est passé ?
En fait non. Pour l’instant, je n’avais pas d’idées du tout. Moi-même, j’apprécie beaucoup mes œuvres que je voulais garder pour moi et plus tard justement en parlant avec des gens, je connais quelqu’un qui est une artiste peintre angolaise aussi, et plusieurs gens qui sont venus voir mes œuvres et c’est vrai qu’ils m’ont dit : « Pourquoi tu n’exposes pas ? » Cela serait très intéressant de montrer mon travail et pourquoi pas ? Tiens… Je me suis dit : « Pourquoi pas ? » C’est ensuite que j’ai commencé à en parler un petit peu aux gens dans mon entourage et voilà. Maintenant, je pense que je vais exposer bientôt avec une amie, justement cette amie angolaise. Nous allons exposer peut-être aux Nations Unies à Genève et peut-être faire par ici une ou deux expositions.
On peut déjà en annoncer une. Celle qu’il y aura à Quint-Essences au mois d’août si je ne fais erreur.
Tout à fait.
Où tu exposes. Ta santé ne te permet plus de peindre et de sculpter. Comment tu ressens cela ?
Oui. Malheureusement mon état de santé s’est aggravé un petit peu. Cela ne me permet plus de peindre avec un pinceau ou de faire un moule ou de peindre quoi que ce soit. Alors, malheureusement, je ne peux plus.
Bien. Jorge, je te remercie de nous avoir expliqué un petit peu ce qui t’es arrivé au niveau artistique et à une prochaine.
D’accord. Merci Alain.
Merci. Au revoir.
Au revoir.
Interview réalisée par Alain Sunier
Texte retranscrit par Françoise Berthod