Championnat suisse de tir à l’arc 2007
Nous sommes devant la halle des sports de Planeyse à Colombier, afin de suivre le Championnat suisse de tir à l’arc organisé par le Tell Club Neuchâtel Sport. En effet, ce championnat suisse verra trois catégories s’affronter. Les catégories « piccolo, mini et jeunesse ».
Michel Anfossi
Pouvez-nous nous expliquer un petit peu comment s’organise un championnat suisse comme aujourd’hui ?
À dix heures, on a commencé le tournoi proprement dit. Le tournoi se déroule de la façon suivante : on tire dix volées de trois flèches. Chaque volée, on calcule le total de points et à la fin de la série de dix volées, on calcule le total. Ensuite, on fait une petite pause d’un quart d’heure et on recommence dix volées de trois flèches. A la suite de ces soixante flèches, on calcule un classement général par catégorie. Là, il y a différents types d’arc, différents âges, donc chaque catégorie a son classement et suite à ce classement, normalement dans un tournoi traditionnel, ce serait terminé. On remettrait des petites coupes comme on le fait généralement, et là au Championnat suisse, on fait des finales pour attribuer le titre de champion suisse. Alors bien sûr, on ne peut pas faire, il y a des catégories où ils sont deux ou trois personnes. On ne fait pas de finales dans ces cas-là. Il faut au minimum qu’il y ait quatre personnes pour qu’il y ait quand même un petit duel. Toutes les catégories qui ont quatre personnes et plus disputent des finales. Alors là, c’est l’élimination directe. On repart à zéro pour les points et il y a le premier contre le quatrième, le troisième contre le deuxième par exemple et on a un classement. On a des demi-finales, des finales qui récompensent le meilleur tireur.
C’est par élimination.
Là, c’est l’élimination directe. Un tir, comme ils sont déjà en train de faire, quatre volées de trois flèches et à la suite de ces quatre volées, on calcule le total. Celui qui a le plus grand total passe le tour d’après.
Vous pouvez encore m’expliquer ces petits sifflements qu’on entend là régulièrement.
Voilà. Cela, c’est pour le déroulement du tir lui-même. On est quand même assez strict. L’arc, c’est quand même une arme, on ne peut pas faire n’importe quoi. Donc, tous les tireurs doivent aller chercher les flèches en même temps, tirer en même temps et ils ont deux minutes pour tirer leurs trois flèches. C’est-à-dire que le sifflement que vous entendez, c’est électronique, c’est l’appel des tireurs sur le pas de tir. Les tireurs viennent sur le pas de tir et là, vous voyez, cela décompte et vous avez vingt secondes pour vous préparer. Ensuite, la lumière est toujours rouge. Vous n’avez pas le droit de tirer des flèches à ce moment-là. Si vous tirez une flèche, elle vaut zéro. Ensuite, la lumière passe au vert. À ce moment-là, vous avez deux minutes dès le moment où le départ du tir est donné jusqu’à la fin du tir. Vous avez deux minutes sauf s’il y avait un événement imprévu, un chien qui arrive, un enfant qui passe, quelque chose qui arriverait sur le lieu de tir. On peut couper à tout moment. En mettant stop et là tout le monde doit s’arrêter. Si en cours de route, il y a un petit fait, tout le monde doit s’arrêter de tirer. Autrement, on laisse aller. Quand les deux minutes sont terminées, il y a un autre coup de sifflet. Quand le feu passe au rouge, c’est le deuxième groupe d’archers qui vient tirer. Ils tirent aussi pendant, ils ont aussi vingt secondes pour se préparer, ils retirent pendant deux minutes et il y a un coup de sifflet qui termine le tir si l’on veut pour aller rechercher les flèches et marquer les résultats.
D’accord. C’est la circulation.
Oui, voilà, c’est la circulation. On est obligé, cela doit être très strict. Feu rouge, personne n’a le droit de tirer. Feu vert, deux minutes pour tirer ses flèches. Ensuite sur les cibles elles-mêmes, après on fait très attention c’est une question toujours de sécurité, quand on doit retirer les flèches, parce que les accidents au tir à l’arc sont essentiellement quand on retire les flèches. On met des sécurités pour le tir. C’est très rare, je ne l’ai jamais vu, qu’on ait un accident. En tirant les flèches, on peut facilement si l’on ne voit pas…
Quelqu’un derrière.
Jacqueline Steffen
Je tremble un tout petit peu.
Vous tremblez ?
Un tout petit peu.
Pourquoi vous tremblez ?
Pour qu’elle puisse faire des bons résultats quand même.
Vous lui tenez les pouces.
Oui. Tout à fait.
Qu’est ce que ce sport apporte à votre petite fille ?
Oh là là. Beaucoup de plaisir, de la détente, de la nervosité aussi.
Mme Nidecker
Bonjour Mme Nidecker.
Bonjour.
Kelly est en train d’effectuer ses flèches pour le championnat suisse. Je crois savoir que le tir à l’arc, dans votre famille, a une grande importance et une histoire. Est-ce que vous pouvez me la raconter ?
Oui. En fait, mes beaux-parents, mon beau-père plus exactement est un archer accompli qui a pas mal d’années d’expérience derrière lui et il avait assez envie de transmettre sa passion à quelqu’un de la famille, sauf que personne ne crochait. Sa femme ne crochait pas, ses enfants ne crochaient pas et ses premiers petits enfants qui sont adultes maintenant n’ont pas croché non plus. Il désespérait un petit peu et Kelly lui disait : « Papy, je veux faire avec toi » et lui, il lui disait toujours : « Tu es trop petite » et en fait, un jour où ils avaient Kelly en vacances, il est allé chez son fournisseur d’arcs. Là, il m’a téléphoné en me disant : « Écoute, j’ai craqué. Ta fille avait plein de petites étoiles dans les yeux, donc je lui ai offert un arc et j’espère que tu ne m’en veux pas. Mais comme ce n’est pas un jouet, je lui ai proposé de venir s’entraîner une fois par semaine avec grand-papa. » J’ai dit : « Ok pour moi, il n’y a pas de soucis. C’est une histoire qui a commencé vraiment, grand-papa, petite fille, et six mois après, elle était première au championnat suisse. Elle était championne suisse dans la catégorie piccolo. Elle s’est vraiment prise de passion pour cela et ça a vraiment été une très grande complicité avec son grand-papa pendant plusieurs années, puisque c’est lui qui l’a entraînée pendant un peu plus de deux ans et demi. Ensuite, en déménageant en Valais, elle a changé de club et là, elle a intégré un groupe élite dans lequel elle est la plus jeune. Tous les autres ont entre dix-sept et vingt-deux ans et maintenant, elle fait cela, pas à un haut niveau, mais à un haut niveau de passion, je dirais, dans le sens où elle s’entraîne quand même quatre fois par semaine. Elle a pu intégrer une section sport études à l’école par rapport à cela. Donc beaucoup d’investissement, mais beaucoup de plaisir aussi.
M. Comte
Bonjour M. Comte. Vous êtes l’entraîneur de Kelly. J’aimerais bien savoir comment se passent les entraînements dans votre club avec elle ?
Kelly fait partie de la catégorie des compétiteurs qu’on a chez nous. Compétiteurs et compétitrices, il faut préciser puisque c’est aussi bien pour les dames et Kelly est arrivée chez nous en ayant quitté le club de Collombey pour des raisons personnelles, disons de ce côté-là. Kelly est arrivée chez nous en ayant déjà fait du tir à l’arc avec son grand-papa qui, à l’époque, était entraîneur à Lausanne en même temps que moi et cela fait que je ne tombais pas dans un domaine inconnu avec cette petite fille. Disons maintenant que chez nous, c’est sûr, les entraînements sont un tout petit peu plus poussés que dans beaucoup de clubs. Elle s’entraîne régulièrement, au minimum trois fois par semaine, et un jour est consacré uniquement au physique, parce que c’est sûr que les jeunes ont besoin de se développer physiquement. Vous avez pu peut-être constater par vous-même que la puissance des arcs, ce n’est pas une chose facile à maîtriser. Il y a une partie physique qui est très importante et deux jours par semaine où l’on fait vraiment un entraînement technique spécifique tir à l’arc et c’est là que le gros travail technique rentre en ligne de compte. Il ne faut pas oublier ce qui est très important, le travail mental surtout avec des jeunes qui n’ont pas l’habitude de gérer un stress qui est assez important, des victoires qui sont importantes. Même à ce niveau-là, il faut savoir gérer une victoire, ce n’est pas évident et aussi savoir gérer une défaite. La défaite, c’est peut-être ce qu’il y a le plus difficile à gérer.
D’accord. Et l’entraînement physique comme vous le dites, il y a deux jours d’entraînement, on tire sur la cible, mais les deux entraînements physiques, vous travaillez quoi exactement ?
Spécifiquement la musculature, la force, la vitesse et avec ces jeunes-là, comme on ne peut pas faire des charges au niveau corporel, on travaille uniquement avec le poids du corps. C’est-à-dire que l’on fait des exercices, beaucoup d’abdominaux, beaucoup de développement au niveau des triceps et non pas des biceps comme on a tendance à croire. Beaucoup de travail avec le dos, parce que le tir à l’arc, 80% du mouvement est déterminé par les muscles dorsaux que l’on fait travailler. Cela, c’est aussi très très important. Donc, c’est des entraînements spécifiques disons pour le tir à l’arc. L’endurance, évidemment, que l’on peut faire ce que l’on veut au niveau de l’endurance, tout en restant dans des normes bien précises avec des jeunes, mais au niveau de la force, c’est sûr, on est obligé de rester dans des limites qui sont tout à fait correctes, mais ils font quand même un entraînement qui dure deux heures voire deux heures et demie uniquement consacrées au physique, inclus là-dedans des jeux avec des balles et ci et cela pour travailler justement l’endurance. Le travail sans arc, ça c’est tout du travail sans arc et nous, on fait très attention sur ce développement-là.
Au niveau de la respiration et de la concentration, est-ce que vous travaillez cela ?
Tout à fait. La respiration est très importante et d’ailleurs 90% des tireurs qui viennent, qui arrivent chez nous ne savent pas respirer comme dans beaucoup de sports d’ailleurs. Ils n’ont pas du tout la notion de la respiration pour eux, c’est une notion qui n’existe pas. On est obligé de leur en parler pour leur apprendre. La respiration du tir à l’arc n’est pas très difficile à maîtriser. Tout simplement, il faut savoir que quand on fait un effort, on ne le fait jamais en inspiration, mais en expiration. Au tir à l’arc, c’est très vite vu quand vous inspirez, vous avez l’arc qui est relâché. Vous inspirez avant quand vous montez l’arc et vous expirez en tirant tranquillement sur la corde tout en expirant. On peut, il y a deux systèmes qui font que quand on est en position de tir, on peut soit bloquer la respiration complète pour éviter pour encore descendre plus bas les pulsions cardiaques, soit on peut continuer la respiration tout en finissant son mouvement, ça c’est les deux possibilités. Mais tirer en apnée plus de trois secondes, c’est mauvais.
D’accord.
On leur apprend plutôt à tirer en étant en inspiration, en respirant normalement.
Et la concentration alors ?
La concentration, c’est sûr, qu’on la travaille, comme on a peu de temps disons pour faire des exercices vraiment spécifiques concernant le mental, je le fais surtout en travaillant en cibles, en donnant des objectifs qui sont bien précis dans la cible. Cela leur fait travailler la visée et en même temps la concentration. Par exemple, pour citer un exemple très simple, je vais leur donner dans la cible une zone qu’ils n’ont pas le droit de franchir, c’est-à-dire dans laquelle ils doivent vraiment être concentrés cent pour cent dans le tir. Donc, cela exige vraiment une concentration intense pour pouvoir tenir. Alors, je vais supprimer un blason, ce que l’on appelle le blason, et je vais mettre trois papiers, trois bouts de papier de grandeur différente, ce qui les oblige à se concentrer et je fais toujours tirer sur le plus facile au début et le plus difficile à la fin.
Est-ce que Kelly s’entraîne seule avec vous ou elle s’entraîne en groupe ?
En majorité, elle s’entraîne en groupe. Elle vient une fois par semaine, le lundi matin, parce qu’elle a congé pour le sport où je la vois. Elle se déplace jusqu’à Vevey le lundi matin où je la vois disons individuellement. C’est un entraînement supplémentaire qui n’est même pas compris dans les entraînements que je fais officiellement. Si vous voulez, des fois, elle a trois entraînements techniques, un entraînement physique, des fois deux. Il faut aussi jouer avec les écoles. On est obligé. La priorité restant toujours les résultats scolaires.
Kelly Nidecker
J’aimerais savoir quel âge tu as ?
J’ai douze ans et demi.
Et tu fais partie de quelle catégorie ?
Je fais partie de la catégorie jeunesse.
Il y a des filles et des garçons ou seulement…
Jeunesse dames.
Est-ce que tu peux nous présenter un peu le matériel que tu utilises pour faire du tir à l’arc ?
Une table, c’est pour accrocher la corde pour que cela ne fasse pas mal aux doigts. Là, c’est la dragonne, on l’accroche autour du poignet et on lâche l’arc sans tenir et il y a cela, c’est pour que la corde ne râpe pas le bras. Cela, c’est pour que la corde passe ici ou alors si on a un T-shirt trop large. Sur l’arc, il y a le clicker quand la flèche elle passe et que ça lâche, c’est que je peux lâcher la flèche que je suis toujours au même endroit. Là, je peux mettre la flèche entre deux pour pas qu’elle soit une fois en haut, une fois en bas.
C’est la position de la flèche.
Oui. Cela, c’est pour stabiliser l’arc pour pas qu’il bouge trop. Ca, c’est le viseur, ça c’est le repose flèches, c’est pour mettre la flèche dessus, comme cela, elle n’est pas trop basse. Là, c’est le berger bouton, on peut changer, tourner comme cela. Cela dépend comment on est dans la cible. Là, le viseur on peut le sortir et le rentrer, le monter, le descendre. Cela dépend aussi comment on bouge.
Tu fais des réglages. Pour chaque concours, les réglages sont différents ou tu t’entraînes toujours avec les mêmes réglages ?
Je m’entraîne avec les mêmes réglages et si cela ne va pas, je change.
Pendant le concours.
Oui ou alors pendant l’entraînement si je vois que cela ne va vraiment pas et que je suis tout à gauche, je corrige. On corrige toujours dans le sens de l’erreur.
Tes amis en dehors de l’école ou à l’école, quand tu leur dis que tu fais du tir à l’arc, qu’est-ce qu’ils ont comme réaction ?
Il y en a qui sont assez surpris parce que c’est assez rare le tir à l’arc, mais ils aiment bien. Des fois, il y en a qui viennent me voir pendant les concours.
Jean-Pierre Werlen
Vous êtes le président de la Fédération suisse de tir à l’arc, alors j’aimerais avoir vos impressions sur le Championnat suisse d’aujourd’hui.
Je dois dire, cela fait un immense plaisir d’être ici, surtout de voir tout cet avenir, tous les archers jeunes qui sont notre avenir pour l’association. Cela me fait depuis trois ans maintenant, je peux dire, un immense plaisir que ça augmente de plus en plus, soit au niveau national et dans les cantons où cela prend beaucoup les jeunes, à nouveau le tir, qui veulent progresser, aller même dans le niveau international et c’est cela qui fait un grand plaisir, un immense honneur d’être président.
Merci. Est-ce que vous avez d’autres activités au sein de l’association suisse, est-ce que vous pouvez m’en dire quelques mots ?
L’association suisse, là il y a une bonne équipe qui fait le travail surtout. En tant que président, on ne peut pas faire même, c’est impossible. Mais j’ai une super bonne équipe. Ce que je fais à part de l’association suisse, je suis encore assistant entraîneur national des handicapés en fauteuil roulant. Cela, c’est aussi une très grande satisfaction.
Mais il n’y a pas que des personnes handicapées en fauteuil roulant, il y a d’autres catégories ?
Oui. Il y a aussi des catégories standing, des amputés, des aveugles ou les malvoyants, ça c’est, je dirais, le plus impressionnant que je n’ai jamais vu et c’est vraiment fabuleux de voir comment ils tirent ces gens.
Ces personnes malvoyantes ont-elles des guides qui leur dit : « plus haut, plus bas » ?
Non. C’est un appareil spécial. Ils ont toutes des choses spéciales qu’ils doivent utiliser et ça leur fait à la fin un genre comme ils ont ici les jeunes, soit des viseurs, eux ils ont… ça leur touche légèrement la main et ils savent « je suis à la direction de la cible » et après c’est seulement l’ancrage, la concentration et en principe, c’est tout. C’est vraiment impressionnant.
Je pense que cela doit être impressionnant.
Interviews réalisées par Myriam Tellenbach
Texte retranscrit par Françoise Berthod