Les Gorges de l’Areuse

 

 

L’histoire du cours d’eau naît, en fait, dans le vallon des Verrières et celui de La Brévine. Les sources jaillissent d’une paroi de rocher et alimentent le petit lac artificiel de départ (avis aux amateurs : baignade possible, mais frileux s’abstenir). Elles proviennent essentiellement d’un emposieu attenant au Lac des Taillères. Celui-ci fait office de lac de barrage depuis 1926. Cette surface naturelle d’eau constitue une réserve appréciable pour alimenter la rivière qui, tout au long de son périple, est encore gonflée par l’apport de six affluents issus des pentes des deux chaînes de montagnes qui quadrillent le Val-de-Travers.

 

 

La plus grande rivière du canton de Neuchâtel prend sa source, de type vauclusienne, à l’ouest de St-Sulpice, en amont de l’Écomusée de la Haute-Areuse, aménagé dans une ancienne usine électrique.

 

 

Ce bassin, d’une surface totale de 400 km2, s’enrichit du Buttes et du Fleurier… à Fleurier, bien évidemment. Môtiers, le chef-lieu, apporte de l’eau au moulin avec le Bied. Couvet mêle son grain de sel grâce au Sucre. Et puis plus rien jusqu’à Noiraigue, si ce n’est des eaux poissonneuses déroulant leur langueur au travers des pâturages parsemés de sonnailles et de l’apparition furtive d’une faune d’une rare richesse. C’est au pied de la Clusette que débute l’aventure sauvage du flux. Quoique. En raison notamment des crues fréquentes, il a fallu à deux reprises pondérer les escapades soudaines des flots en aménageant les rives. Mais malgré la main de l’homme, il n’est pas rare, aujourd’hui encore, de voir la belle Areuse sortir de son lit et coloniser prairies et jardins. C’est alors un paysage de mares et la naissance de biotopes lacustres aussitôt investis par les colverts.

 

 

Une fois consommé leur mariage avec le Noiraigue et le Merdasson, derniers affluents d’importance, les eaux se lancent alors dans des gorges au charme sauvage et parfaitement aménagées pour les randonneurs. La furie des eaux, en particulier à la sortie de l’hiver, a d’ailleurs coûté, en janvier 1978, la vie à un bloc granitique de trente tonnes plus que centenaire. Déposé par feu le glacier du Rhône, le vénérable a succombé au long et patient travail de sape de l’érosion pour finir par s’abîmer dans le courant tourbillonnant.

 

 

Passé des gorges qui parfois semblent se toucher, la rivière reprend ses aises jusqu’à Champ-du-Moulin. Un répit de courte durée mis à profit pour celles et ceux qui désirent rejoindre Boudry, car à nouveau la pente s’accélère. Les eaux paraissent pressées de retrouver le delta de l’Areuse et la respiration envoûtante des vagues qui, sans cesse, battent les rives du lac de Neuchâtel. Avec cette dernière union, la rivière met un terme à ses frasques et à sa belle histoire, longue d’une trentaine de kilomètres.

 

 

Texte narré par Alain Sunier

Texte retranscrit par Françoise Berthod