Journées des plantes inhabituelles à Vaumarcus

 

 

M. Paul-Alain Magnollay, bonjour.

Bonjour.

 

On se trouve ici à Vaumarcus devant le Château où se déroule une magnifique exposition de fleurs, de plantes. Est-ce que vous pouvez nous expliquer un petit peu ce qu’il se passe ?

Oui, volontiers. Nous sommes pendant deux jours et demi dans les journées des plantes inhabituelles de Vaumarcus comme on le dit volontiers. Pourquoi inhabituelles ? Parce que vous avez énormément de jardiniers amateurs qui cherchent des plantes un peu spéciales et qui ne les trouvent plus maintenant dans l’assortiment commercial.

D’un autre côté, on s’est rendu compte que des petits horticulteurs cultivaient des spécialités et qu’ils ne les vendaient pas, puisqu’ils n’avaient pas de contacts avec les clients. Ces journées ont pour but de réunir cultivateurs et amateurs pour que chacun y trouve son bonheur.

 

Vous avez vraiment l’impression que les gens recherchent des anciennes variétés ?

Vous savez, on recherche un petit peu tout ce qui est hors normes. On en a un petit peu marre du géranium rouge traditionnel. C’est pour cela qu’on veut trouver autre chose. On ne trouve pas forcément mieux, mais on cherche autre chose. Ce sont les impatientes, les surfinas. Ce sont certaines variétés de fuchsias, parce que dans le fuchsia, il y a des choses merveilleuses, des rosiers spéciaux, des rosiers anciens par exemple ou des rosiers anglais. Vous avez dans la gamme des plantes vivaces tout ce que l’on veut. Les vivaces, c’est extraordinaire. Cela demande beaucoup de travail, mais c’est extraordinaire.

 

Quelle idée d’être venu faire cela ici dans ce cadre magnifique ?

Cela, c’est un petit peu un concours du hasard. J’avais visité une telle manifestation en France et j’avais toujours dit que je créerais cela en Suisse une fois. À l’époque, il y a douze ans, le châtelain nous a approchés en disant : « On aimerait faire quelque chose d’un peu spécial autour des fleurs, c’est le printemps » et c’était l’occasion rêvée de se lancer pour créer ces journées de plantes.

 

On peut y voir pas mal de variétés. On voit aussi des apprentis qui travaillent ?

Cela, c’est une nouveauté. Depuis trois ans maintenant, nous avons lancé le concours des apprentis en aménagement de jardins. C’est un concours qui permet à des élèves de deuxième année de venir se préparer un tout petit peu aux examens finaux et de venir montrer leur créativité. Là, on a six équipes qui s’affrontent, toujours dans la bonne humeur. Il n’y a pas de jets de pierre, encore ! En fait, ce que l’on aperçoit, c’est qu’on leur a donné une liste de matériel et avec ça, ils peuvent faire ce qu’ils veulent. Et vous verrez, si vous repassez là demain, que tous les jardins sont différents. Du reste, on en a un exemple dans les éditions précédentes.

 

Ce ne sont pas uniquement des apprentis du canton de Neuchâtel ?

Non, non. Nous avons deux équipes de Genève, parce qu’à Genève il y a une école d’horticulture et il y a l’apprentissage normal. On a une équipe du canton de Vaud, une équipe de Fribourg, une équipe du Valais et une de Neuchâtel. Malheureusement, on n’a pas encore réussi à attirer quelques éléments du Jura.

 

On dit maintenant que les jeunes ne s’intéressent qu’à l’informatique, ce n’est pas vraiment la vérité ?

Je peux vous dire le contraire. Il y a énormément de jeunes qui s’intéressent aux métiers du jardinage et personnellement, cela me fait un petit peu souci parce que qu’est-ce que l’on fera de tous ces jeunes, on forme à coup de cent, cent vingt, alors qu’il y a de moins en moins de places.

 

En effet, ce métier attire les jeunes, mais les entreprises, les horticulteurs, les pépiniéristes, les paysagistes, difficiles actuellement en Suisse romande ?

La paysagère fonctionne très bien, puisque je dirais « le bâtiment va, tout va », les pépinières, ça joue aussi. Tout ce qui est par contre production florale, on peut dire qu’on est sinistré parce qu’on est soumis à une très très forte concurrence de la part des étrangers. On a les Italiens qui cherchent à vendre des fleurs chez nous. On a les Hollandais, les Danois. Il y a beaucoup de monde qui veut venir vendre des fleurs en Suisse.

 

Vous êtes également animateur du Jardi-Fan-Club, est-ce que vous pouvez nous en parler ?

Très volontiers. Lors des célèbres émissions de M. Jardinier depuis maintenant X années, on s’est rendu compte que les amateurs avaient besoin d’aide. Le Jardi-Fan-Club a été créé. En fait, ce sont des horticulteurs qui se mettent au service des amateurs. On ne va jamais faire du travail chez nos membres, mais on va les conseiller et je crois que c’est très apprécié parce qu’actuellement, nous avons à peu près six cents membres répartis sur toute la Suisse romande qui nous téléphonent. On assure une permanence téléphonique tous les matins. On a un site Internet réservé pour nos membres et là, on aide réellement. Un petit peu comme le Touring Club Suisse va dépanner les voitures, nous, nous dépannons le jardin !

 

D’accord. Vous dépannez aussi probablement les gens avec le livre que vous venez d’écrire qui s’appelle « Tout savoir sur le jardinage ».

Cela, c’est une vieille envie que j’avais toujours dite dans la famille, que le jour où je lèverais le pied au niveau de mon travail professionnel, j’écrirais un livre. J’ai pris une partie de ma retraite au mois de juin et au mois de mars de cette année, mon bouquin est sorti. Ce que j’ai voulu faire en fait, c’est des bases de jardinage. Je suis parti d’un terrain en friche où j’ai expliqué comment on prépare le sol, comment on multiplie les plantes, les soins que l’on apporte aux plantes, les soins particuliers et quelques exemples aussi, soit d’accidents, soit de plantes que l’on peut multiplier facilement.

 

Justement. Il existe pas mal de livres sur le jardinage, mais là vous avez cherché à faire quelque chose vraiment de différent.

Oui. Je dis volontiers que c’est presque un manuel. Je ne dis pas simplement, il faut arroser comme on voit généralement dans les ouvrages. Je dis : « Oui, il faut arroser, mais un gazon par exemple, vous lui apportez trente litres d’eau par m2 en été, c’est ce qu’il a besoin pour une semaine. » Voyez, j’essaye d’être vraiment pratique et utile.

 

Sans vouloir… je me fais un peu l’avocat du diable. Est-ce que ce n’est pas finalement dangereux d’apprendre aux amateurs à faire trop de jardinage ?

C’est une question que j’entends beaucoup. Moi, je suis tout à fait à l’opposé de cela. Quelqu’un qui aime son jardin, il achète des plantes. Quand il a des gros travaux, il achète des végétaux, il fait venir le paysagiste. Non au contraire, c’est favoriser, démocratiser le métier.

 

De toute façon, c’est clair, cela fait très longtemps que les médias s’approprient les services des jardiniers. C’est vrai que les jardiniers depuis très longtemps aiment transmettre leur passion, leur savoir.

Vous savez pour être horticulteur, il faut être passionné. On ne fait pas de l’horticulture pour le salaire, on le fait par passion. Bien entendu, on cherche à gagner notre vie aussi avec et c’est pour cela que les horticulteurs aiment parler, aiment communiquer. Ils ont un peu perdu tout ce contact avec leurs clients parce que maintenant c’est une livraison centrale en grands magasins. Ici, si vous vous approchez d’exposants, vous verrez qu’ils prennent autant de temps pour discuter avec vous, pour vous montrer certaines choses, que pour vous vendre une plante.

 

Merci Monsieur pour cet entretien et plein succès pour votre bouquin et pour cette exposition.

Merci beaucoup. Bonne journée.

 

 

Bonjour Amelia.

Bonjour.

 

Est-ce que vous pouvez nous dire pourquoi vous avez choisi ce métier de paysagiste ?

C’est en premier lieu pour la diversité, pour être dehors, pour voir des gens, pour avoir un contact avec les clients quand on va chez les clients. Ils nous demandent quand ils veulent une nouvelle création dans leur jardin, un pavage ou un dallage, n’importe, ce qui leur ferait plaisir. Réussir à le réaliser, donner des conseils et avoir une certaine fierté de soi-même quand le travail est fini.

 

Une question sûrement idiote qu’on va vous poser tout le temps. Pour une fille c’est bizarre, non ?

Oui. Mais je ne suis pas la seule. Il y en a des autres dans les autres équipes des cantons. C’est là aussi que l’on voit que le métier commence à prendre un peu plus de popularité chez nous, chez les filles. C’est aussi une bonne chose. Je pense que tout le monde peut faire quelque chose de bien. Il y a peut-être une différence sur la force au bout d’un moment, mais l’envie, si elle est là, que ce soit un homme ou une femme, le travail sera fait la même chose.

 

Les copains, les collègues pas de problèmes avec ça ?

Non. Je suis de toute façon embêtée, ça c’est sûr, taquinée dans le bon sens, à la rigolade. Je n’ai jamais eu de problèmes, de gros problèmes qui deviennent sérieux. J’ai toujours eu des petites taquineries, jamais méchantes et jamais pour me piquer vraiment, pour vraiment m’embêter. Je n’ai jamais eu de problèmes. Il faut aussi avoir un peu du caractère, je pense.

 

D’accord. Avant de revenir aussi sur ce qui se passe ici, peut-être une dernière question à David. Vous, pourquoi avoir choisi ce métier ?

Moi, c’est déjà parce que j’aime la nature et je suis passionné des plantes et de tout ce qui est à l’extérieur et en plus de bosser à l’extérieur, c’est un plus. C’est vachement beau. J’ai fait des stages et cela m’a beaucoup plu, plutôt que d’aller travailler dans les bureaux. Je préfère rester dehors et travailler.

 

Vous, vous avez choisi d’abord horticulteur ?

Oui, parce qu’au début, c’est la maçonnerie qui me repoussait un peu et maintenant que je fais surtout de l’entretien des plantes, j’ai envie de découvrir la maçonnerie. C’est pour cela que je vais faire un deuxième apprentissage, après horticulteur. Je veux faire paysagiste.

 

On a l’impression, en tout cas on raconte, que les jeunes, vous, vous êtes l’exemple qui prouve le contraire, mais qu’il n’y a que les métiers de bureau ou l’informatique qui passionnent et vous partez sur un métier manuel. Donc les jeunes d’aujourd’hui n’ont pas peur non seulement de se fatiguer, de transpirer et de se faire mal.

Cela dépend un peu de chacun. Il y a des gens qui préfèrent rester tranquilles dans leur bureau et il y en a qui préfèrent aller se dépenser dans les chantiers ou des trucs comme ça.

 

Vous avez l’impression d’être une minorité ou pas ?

Comme fille.

 

Comme filles ou comme jeunes à apprendre des métiers manuels ?

Nous dans la classe, on est énormément. En première année, on commence, on est une vague. Il y a beaucoup d’apprentis. Il y a beaucoup de demandes. Après les gens, paysagistes, ils se disent : « un métier qui est dehors, un métier qui est un peu plus difficile physiquement. C’est peut-être un métier un peu moins théorique. » Là-dessus, les gens se trompent et l’on est tellement toujours baigner là-dedans jusqu’avant de commencer l’apprentissage. On arrive à l’apprentissage, il y a énormément d’échecs à la fin, parce que c’est très poussé. On a beaucoup de matières sur trois ans et c’est vraiment du travail. On ne peut pas dire à plein temps, mais il faut vraiment avoir envie pour réussir à la fin et s’en donner les moyens.

 

C’est certain. Je le sais, pour avoir moi-même appris quand j’étais jeune, le métier de paysagiste, que jardinier, ce n’est pas du tout ce que l’on aurait tendance à croire. Un petit peu le travail de celui qui était mauvais en classe, ce n’est pas facile de réussir son apprentissage.

Oui, ça c’est sûr et c’est un peu tout ce que les gens pensent. Quand on va chez des clients en leur faisant un travail, en leur parlant, ils nous demandent des conseils sur les tailles ou des traitements sur des maladies ou des choses, ils voient aussi nos compétences. Ils voient ce que l’on a pu apprendre. Nous, on n’a pas appris la moitié de ce que l’on devait apprendre. On aura huitante ans, on n’aura pas encore appris tout ce que l’on devait savoir. C’est essayer de découvrir autre choses chaque jour.

 

Ici à Vaumarcus, vous faites un exercice un petit peu spécial, c’est peut-être vous David, qui pouvez nous en parler. C’est un concours entre les apprentis de tous les cantons romands.

Oui. Chaque canton doit réaliser un projet sur une parcelle de 4 m sur 6. C’est libre. On a un thème, c’est « Du jardin à la cuisine » et après, c’est à nous de se débrouiller, de dessiner le projet, de choisir les plantes. Les matériaux nous sont imposés, sinon c’est nous qui commandons les plantes et nous nous débrouillons pour construire le projet.

 

Là, vous faites les deux ensemble. Vous êtes sur le même projet.

Oui. Avec deux autres personnes, David et Marc.

 

Qu’est-ce que vous essayez de faire sur ces quelques mètres carrés ?

On en parti sur le principe que c’est un peu une toile d’araignée. On a un point central. On a tiré des lignes qui partent toutes du même point et l’on va faire justement avec des herbes aromatiques, des herbes rudimentaires, des petits fruits. On a choisi les plantes justement pour qu’elles soient comestibles, pour cuisiner et ce qu’il s’en suit.

 

Extra. On vous remercie d’avoir répondu à nos questions et bonne chance pour votre avenir.

Merci beaucoup.

 

 

Interview réalisée par Jean-Pierre Lambert

Texte retranscrit par Françoise Berthod