Championnat d’Europe Juniors de concours complet
Jean-Michel Berkovits
Est-ce que vous pouvez nous expliquer en quelques mots ce qui va se dérouler pendant ces quelques jours ici à Avenches ?
Oui, bonjour. En ce moment a commencé le concours complet, le Championnat d’Europe de concours complet Juniors. Pendant quatre jours, les concurrents vont disputer les épreuves de dressage, de cross et de saut d’obstacles.
D’accord. Le premier jour était réservé à quoi ?
À la visite vétérinaire qui est très importante. Les chevaux sont soigneusement inspectés et les deux jours suivants sont consacrés au dressage. Le quatrième jour, c’est le cross et le cinquième jour, c’est le saut d’obstacles.
Il est vrai que dans certains sports, on parle beaucoup de dopage. Là, vous nous dites que les chevaux sont très, très surveillés. On y tient beaucoup à ça ?
On y tient énormément. Il y a des contrôles inopinés des chevaux et des cavaliers, d’ailleurs. Je crois que l’on peut affirmer que notre sport est véritablement propre, parce que dans le cas où il y aurait des tricheurs, les sanctions sont absolument draconiennes.
Cela se passe donc sur plusieurs jours. Il y a donc plusieurs compétitions pour un vainqueur à la fin ?
Absolument. Les points du dressage sont comptabilisés et ceux du cross et ceux du saut d’obstacles s’additionnent à ces points du dressage et le dernier jour, il y a un vainqueur, mais il y a aussi évidemment un classement par équipes. Il y aura donc un champion d’Europe individuel et un champion d’Europe par équipes.
C’est un sport visiblement très complet. Aujourd’hui se déroule le cross, cela demande des qualités chaque jour différentes ?
Absolument. Je pense que c’est un peu le décathlon de l’équitation. Notre sport nécessite des qualités techniques importantes, parce qu’ils doivent être bons dans les trois disciplines que sont le dressage, le cross et le saut. Cela demande également pas mal de courage de la part des cavaliers et surtout aussi un peu de condition physique.
Où en sont les Suisses par rapport aux autres pays, parce qu’aujourd’hui, il y a vraiment une palette très, très large ?
Le concours complet helvétique est un petit peu en retard par rapport au saut d’obstacles. Néanmoins, il y a des efforts considérables qui ont été faits ces dernières années et je pense que, depuis un certain nombre d’années, c’est la première fois que nous sommes capables d’aligner une équipe chez les Juniors, chez les jeunes cavaliers comme chez les Seniors dans les trois Championnats d’Europe.
Une question qui est peut-être un peu plus générale. Beaucoup d’enfants, beaucoup de jeunes sont facilement amoureux des chevaux. Ce qui peut souvent les retenir, c’est qu’on a toujours cette impression que c’est un sport de riches, n’ayons pas peur de le dire. Je crois que cela a bien changé. Qu’est-ce que l’on pourrait dire aux parents qui aimeraient voir leurs enfants pouvoir réaliser leurs rêves ?
Écoutez, je crois que l’équitation s’est démocratisée, s’est beaucoup élargie et l’équitation en tant que sport de base n’est de loin pas un sport coûteux. Je pense qu’une leçon d’équitation doit coûter moins qu’un cours de tennis et de bien d’autres sports. Après, la sélection ne se fait non pas tant par l’argent, partiellement, c’est vrai, mais surtout par le talent. L’équitation s’est aussi diversifiée dans ce sens-là, elle offre d’autres débouchés que la compétition elle-même. Il y a le sport de randonnée, le trekking, le western, tant de choses pour lesquelles la base reste quand même la même et tout le monde peut y trouver son compte, à tous les prix.
Il n’y a pas forcément besoin d’avoir soi-même un cheval, soi-même une écurie ?
Chez les juniors, c’est souvent effectivement les parents, mais il existe également des éleveurs et des propriétaires de chevaux qui confient leurs chevaux aux juniors. Il y a moyen de trouver des chevaux pour disputer des compétitions, même à ce niveau.
D’aller chez les propriétaires et ensuite prendre des leçons.
Oui. C’est surtout de s’entraîner avec le cheval qui convient pour disputer ce type d’épreuves. Mais encore une fois, un propriétaire confiera son cheval aux jeunes qu’il considèrera avoir le plus de talents.
Quand on voit aujourd’hui le cross, cela pourrait aussi faire peur. C’est quand même assez sportif ?
Oui. C’est évident que les obstacles de cross ne tombent pas. Néanmoins, la FEI et toutes les fédérations nationales ont fait d’énormes efforts et insistent actuellement énormément sur les questions de sécurité. Je peux dire qu’un cross comme celui-ci peut créer des incidents techniques dans le sens où il peut y avoir des refus, des dérobades, des choses de ce genre-là. Mais à priori, nous ne devrions pas avoir de mauvaises chutes.
Finalement souvent dans le couple, même quand le cavalier est très jeune, c’est le cheval qui compense un peu les erreurs ?
Oui, souvent au niveau des jeunes, on dit qu’il est bon qu’ils montent des chevaux d’expérience. Par conséquent, c’est vrai qu’à ce niveau-là, même à ce niveau du Championnat d’Europe, un cheval d’expérience peut éventuellement corriger une erreur technique d’un cavalier. Après, c’est évidemment un couple fait de technique des deux côtés. Mais enfin, le niveau que l’on a vu hier et avant-hier dans le dressage est extrêmement élevé et ces jeunes montent vraiment très, très bien à cheval. Déjà.
Philippe Bertholet
Pendant ces trois jours de compétition, on fait beaucoup appel à vous ?
Suivant les chevaux et suivant les écuries, c’est vrai qu’il y a pas mal d’appels. Pourquoi ? Il y a beaucoup de difficultés sur les obstacles et les chevaux doivent avoir pas mal d’aplomb sur leurs pieds pour pouvoir passer les obstacles et aussi, par exemple, la tenue. On met des « mordax », c’est-à-dire des pointes qui dépassent du fer pour que les chevaux crochent et c’est vrai qu’un cheval, suivant la foulée qu’il a, peut tout à coup perdre le fer ou refuser et s’arracher le fer. Donc là, on fait appel directement à nous, après le start, avant le start ou des fois, cela dépend, pendant le transport, ils peuvent aussi s’arracher un fer.
On vous a vu tout à l’heure faire une réparation. Quel problème a eu ce cheval ?
Alors, ce cheval, dès qu’il a fini la compétition sur l’un des derniers obstacles, il a perdu le fer. Ils ne l’ont pas retrouvé. Donc, ils sont revenus vers moi et normalement les équipes dans un support international, toutes les équipes, que ce soit de Tchéquie, d’Irlande, de Suisse, etc. normalement, doivent faire des fers de réserve et viennent avec leur fer de réserve.
Pour parler un peu plus général, vous faites un métier qui est de moins en moins pratiqué ou bien ?
Cela dépend. Il y a beaucoup de gens qui ont maintenant un cheval surtout comme hobby et maintenant il y a de nouveau des maréchaux qui s’intéressent au métier.
Pour le métier de maréchal, il y a un véritable avenir ?
Oui, on peut le dire. Il y a un véritable avenir, cela dépend aussi des régions, des marchés. Moi je pense que si on est bon, il y a du travail.
C’est un métier où c’est important l’amour du travail bien fait ? Il y a assez de passion ?
Alors, c’est la passion, la passion et le sentiment d’aimer vouloir travailler avec des chevaux. Cela, c’est vrai parce que le ferrage n’est pas une chose naturelle et on met quand même un fer sous un cheval, un animal. On doit aussi avoir la compassion, le comprendre et aussi comprendre le mouvement du cheval.
Est-ce vraiment un métier très pénible ou c’est un cliché ?
Je crois que ce n’est pas un cliché, cela reste pénible.
Pierre Michelet
Vous avez déjà eu l’occasion de tracer des pistes très importantes ?
Oui. J’ai déjà fait des Championnats d’Europe, des finales de Coupes du monde pour la FEI et je fais plusieurs trois étoiles tous les ans, qui sont quand même des pistes de plus haut niveau.
Est-ce que cela laisse une certaine liberté où il y a des règles extrêmement précises à respecter ?
Il y a toujours une liberté d’imagination et de propositions de contrats techniques qui souvent sont inspirés d’ailleurs par la spécificité de tous les terrains qui sont tous différents. Mais tout cela reste complètement cadré par la Fédération internationale qui donne les hauteurs, les largeurs, le nombre d’efforts et aussi, tous les cavaliers qui se présentent doivent avoir une idée du parcours et du niveau qui les attend.
Quelles libertés vous avez précisément, que pouvez-vous faire qu’un autre de vos collègues ferait peut-être autrement ?
C’est de décider, si par exemple je voulais des difficultés à la fin du parcours ou au début ou à quel moment je les mets, et de jouer avec tout cela.
Hier, on a pu voir le cross. Il semblerait que tout se soit bien passé, quasiment pas d’accident. C’est une satisfaction pour vous ?
Oui, bien sûr. Je fais quand même ce métier tous les dimanches. Heureusement qu’il n’y a pas trop d’ennuis, parce que sinon, cela serait assez déprimant. Dans l’ensemble, cela se passe toujours bien, c’est vrai. Le risque zéro n’existe pas, alors quelques fois, il y a quelqu’un qui a un peu de malchance.
C’est un souci pour vous, quand même, de se dire : « Je dois faire attention, j’ai une certaine responsabilité ? »
Bien sûr. Nous, chaque fois que l’on construit un obstacle, on se pose toujours la question : « Qu’est-ce qui peut arriver, qu’est-ce qui peut arriver à celui qui va trop vite, qu’est-ce qui peut arriver à celui qui va trop doucement, qu’est-ce qui peut arriver à celui qui à tel type de cheval, qui a des grandes foulées, qui a des petites foulées ? » On essaye de composer pour tout le monde et de mettre tout ce que l’on peut en jeu pour la sécurité.
Pierre-Alain Glatt
Vous et vos collègues inspectiez d’une façon très précise chaque cheval ; pour quelles raisons ?
C’est très important qu’après les efforts qu’ils viennent de fournir dans le dressage d’une part, modérément, mais surtout dans le military, dans le cross hier, qu’ils soient aptes à fournir des efforts dans le saut aujourd’hui.
On pourrait se dire : mais les propriétaires pourraient se rendre compte eux-mêmes si leur cheval est apte ou pas ?
Quand il y a un titre en jeu, je pense que les gens ne sont plus tellement aptes à juger eux-mêmes et il faut un garde-fou et c’est le modeste rôle de la commission vétérinaire !
Alors justement, vous avez refusé plusieurs chevaux, comment cela se passe avec les propriétaires ?
Ceux-ci étaient, je crois, d’une façon assez évidente boiteux ou irréguliers et en tout cas pas en forme. Cela s’est passé très bien aujourd’hui.
Dans beaucoup de sports, on parle malheureusement de dopage, comment cela se passe dans le sport équestre ?
Ici, c’est semble-t-il très modéré. On a une équipe ici qui tourne et qui va prendre du sang et des urines à une bonne partie des chevaux qui ont concouru et on saura cela d’ici dix ou douze jours à peu près de savoir ce qu’il en était précisément. Pour faire aussi des efforts, je dirais, disparates entre guillemets, c’est-à-dire du dressage et de la précision dans le premier jour et ensuite faire du cross le deuxième jour et aujourd’hui faire l’effort de saut de hauteur, c’est un doping très difficile à réaliser. Donc, je pense que le module est relativement sûr de ce point de vue-là.
Vous ne pensez pas même à l’avenir ? Peut-être que les prix, la valeur des prix va augmenter, et le risque va augmenter aussi.
Je crois que pour l’avenir, personne ne peut se prononcer pour le moment.
Mais pour l’instant, on peut dire que le sport équestre est un sport propre.
C’est propre. Je crois sincèrement que c’est un sport qui est encore propre et surtout sur des épreuves aussi larges que cela. Je dirais que l’attelage reste aussi un sport très propre. Maintenant, si l’on pense à la course, peut-être que là, il faut faire un petit peu plus attention, parce que l’on demande un effort très particulier, très précis. Mais là encore, il y a un contrôle qui se fait, qui est très pointilleux, très pointu on va dire même…
En effet, visiblement, il semble que les chevaux soient bien préparés, parce qu’hier, c’était assez pénible comme exercice et ce matin, très peu de chevaux avaient des blessures ?
C’était lourd effectivement. C’était gras dans le sens où, avec l’orage de l’avant-veille, c’était un petit peu difficile et délicat. Mais cela s’est bien passé. Les chevaux, après avoir marché peut-être un quart d’heure, vingt minutes avant la visite, étaient tous bien ce matin. Aussi bien qu’ils pouvaient être, certainement quelques courbatures, mais sans problèmes majeurs.
Aurélie Zellweger
Vous venez de terminer votre troisième épreuve. Comment cela s’est passé, ces trois jours ?
Très bien. Je suis vraiment très contente, c’était super. La place est magnifique. De venir courir sur ces installations, c’est super et ma jument était vraiment extraordinaire. Oui, c’est vraiment super.
J’ose vous demander quel âge vous avez ?
Dix-neuf ans.
C’est un sport assez difficile en tout cas, notamment le cross ?
Oui, un peu. Cela demande un effort physique assez important.
Il ne faut pas être un peu casse-cou pour faire ça ?
Un petit peu, oui.
Il y a un sacré contraste, parce que le dressage, c’est presque complètement l’opposé ?
Oui. Mais d’un côté, pour aborder certains obstacles de cross, on est obligé d’avoir un certain dressage du cheval pour le reprendre et des trucs comme cela.
Vous pensez que c’est vraiment l’une des épreuves équestres la plus complète et la plus intéressante ?
Oui, je trouve. Moi de monter en cross, c’est vraiment magnifique.
Quand vous passez comme cela, du dressage, c’est tout en finesse, et après le cross. Comment on se prépare ?
Je ne sais pas. C’est une bonne question. Je ne peux pas vous répondre.
Enfin pour une fille. Il y a autant de filles que d’hommes qui pratiquent cette compétition ?
Je dirais oui.
D’accord. Merci et bonne continuation.
Merci à vous. De rien.
Astier Nicolas
Comment se sont passés ces quelques jours en Suisse ? Bien, visiblement ?
Très bien. Il a fait un dressage au top. Vraiment un bon dressage. En cross, il était un peu fort, il était un peu nerveux, il a tiré tout le temps. Il a fait son boulot sans faute, dans le temps, tranquillement. Ses sauts n’ont pas été très académiques, mais c’est passé sans faute aussi. C’est super.
Vous avez quel âge ?
Dix-huit ans, c’est ma dernière année de juniors.
D’accord. C’est un sport pas très très connu. Qu’est-ce que vous pourriez en dire pour donner envie à des jeunes d’en faire ?
Les sensations fortes et surtout un sport où on est en duo avec l’animal. Cela, aucun sport ne fait cela. Une raquette ou une moto, ce n’est pas pareil. Le cheval, on vit avec toute la compétition, pas quand on monte seulement. Le matin, le soir, on le soigne. Notre performance dépend de son moral, de son physique et de notre entente à tous les deux, de notre harmonie, quoi. C’est vraiment un truc très prenant. Une fois que l’on y est pris, tout attire. Le cheval, la concentration, tout.
Pour ceux qui ne s’y connaissent vraiment pas, tout d’abord, le dressage, c’est très particulier ?
Le dressage, oui. C’est disons, cela représente l’élégance et la soumission du cheval et surtout l’harmonie du couple, l’entente qu’ils ont tous les deux. Mais c’est vrai que quand on ne connaît pas, ce n’est pas l’épreuve la plus attractive, sauf le très haut niveau où les chevaux sont vraiment dansants, mais sinon, c’est sûr que ce n’est pas l’épreuve qui se comprend le plus facilement quand on ne connaît pas. Le cross est plus spectaculaire et plus attractif, je pense, pour la grande masse.
Oui, quand on passe en effet du dressage au cross, là, on se fait peur…
Oui, on voit une grosse différence. C’est ça qui montre… c’est pourquoi le concours complet s’appelle complet, parce que c’est vraiment toutes les facettes de l’équitation et du cheval que l’on observe, l’élégance au dressage, le courage et l’endurance au cross et la résistance sur le test du saut d’obstacles le lendemain, pour voir s’ils n’accusent pas trop le coup du cross.
Et pour ces Championnats d’Europe-là, vous pensez vraiment finir combien ?
Je ne sais pas ce qu’il y a eu comme fautes après. Je suis 7ème au pire, voire mieux suivant les fautes qui se passent ! Je ne sais pas, je n’ai pas suivi ce qui se passait.
Interview réalisée par Jean-Pierre Lambert
Texte retranscrit par Françoise Berthod