M. Frédéric Mairy : Communication, Théâtre du Passage

 

 

Frédéric, bonjour.

Bonjour.

 

Tu es chargé de communication au Théâtre du Passage à Neuchâtel. D’abord, pour un jeune qui voudrait se lancer dans une activité comparable, quel est le parcours à suivre au niveau des études ?

Pour ce qui est de la communication propre, il y a différentes possibilités. Il y a beaucoup de chargés de communication qui ont été journalistes, ce qui est mon cas. Cela peut être une filière de suivre une école de journalisme, que ce soit à Neuchâtel ou à Fribourg. Une autre possibilité, c’est de suivre des cours de communication. Il y en a qui sont dispensés à Lausanne, notamment par des instituts privés. Moi, pour me former en communication, j’étais allé à l’étranger, à Strasbourg, en France. Il y a aussi beaucoup de systèmes universitaires qui forment en communication, relations publiques.

 

D’accord.

Mais après, pour être chargé de communication dans un théâtre, je pense que le plus important c’est, avant de s’intéresser à la communication, s’intéresser au théâtre.

 

Cela est clair. Justement, on parle de théâtre. Quel est ton rôle au sein du Théâtre du Passage qui est une vaste entreprise, finalement ?

Enfin, une vaste entreprise… pas tant que cela ! L’administration, on est peu nombreux. Moi, mon rôle est de m’occuper de la communication, c’est-à-dire de faire parler du théâtre que ce soit par le programme de saison, tout ce que l’on peut produire en cours d’année pour parler d’un spectacle ou de nos activités. Je m’occupe aussi, à côté de cela, de l’accueil des compagnies, de ce qui est logistique pour leur hébergement sur place et je m’occupe aussi du public scolaire, donc les représentations que l’on organise pour les écoles.

 

Est-ce que l’on peut aller plus en détails par rapport au public scolaire ?

Oui, bien sûr. On organise, comme beaucoup de théâtres, des représentations qui sont destinées uniquement aux écoles. C’est avec des spectacles qui sont accueillis dans le cadre de notre saison et qui sont proposés à tout le monde, mais on met sur pied en journée, pour les écoles, des représentations qui leur sont réservées.

 

Mais il y a aussi, parallèlement à ce souci, finalement de faire partager le théâtre aux enfants, des activités pour eux. Il y a plusieurs activités qui ont été mises en place qui sont hors contexte, si on veut, pièces de théâtre.

Voilà, oui. C’est une chose que l’on a développée l’année dernière pour suivre cette saison, c’est des ateliers de découvertes des métiers du théâtre que l’on a développés avec une Neuchâteloise qui était étudiante à Lausanne et qui étudiait en tant que gestion de produit culturel et qui, dans ce cadre-là, devait essayer de réaliser quelque chose de pratique avec un théâtre. Et comme elle aime bien le Passage, elle nous a proposé de travailler avec elle et on a mis sur pied un système de découverte de trois métiers du théâtre. Les métiers de comédiens, techniciens, habilleurs ou comédiennes, techniciennes et habilleuses. Cela se passe sur une heure et demie, c’est par petits groupes. Les enfants, pendant une durée d’une heure, ont un petit aperçu de l’un de ces métiers, soit de voir un petit peu comment cela se passe quand on est sur un plateau pour le jeu, comment cela se passe avec la technique par rapport aux éclairages, comment cela fonctionne en régie, comment est-ce que cela fonctionne maintenant comme tout est informatisé. Comment cela se passe aussi pour le maquillage, l’habillage, de dire que ce n’est pas un déguisement mais un costume qui a une réflexion et voir comment est-ce que l’on va traduire par le costume, le caractère, le personnage. Comme cela, les enfants, c’est des enfants de neuf à douze ans, ont au bout de cette heure, un petit aperçu de ces trois métiers et après on met en commun ce qui a été fait dans chaque atelier pour que les autres enfants puissent voir ce qui a été fait.

On a commencé cela au printemps dernier et les premières expériences étaient bonnes. Les enfants étaient très enthousiastes, ils voulaient revenir pour découvrir les deux métiers qu’ils n’avaient pas pu voir. Pour nous, c’est une bonne approche, parce qu’on voit bien que les enfants peuvent voir un petit peu comment cela se passe dans un théâtre.

 

En fait, vous formez un futur public de théâtre, là, quelque part ?

Oui. On essaye de les éveiller à la réalité de la scène qui dépasse le spectacle, qu’ils peuvent voir en fait, ces ateliers en lien avec un spectacle en travaillant sur les personnages qui s’y trouvent sur les ambiances de lumière de la pièce. Les enfants qui le souhaitent, ils ne sont pas obligés de voir la pièce, voient un petit peu comment cela a pu se construire, de se dire que quand ils auront vu cette pièce qui a cette ambiance de lumière, se dire : « Tiens, nous, on a essayé de la travailler ainsi. » Ils peuvent voir plus loin que le seul spectacle qui leur est donné.

 

Au niveau des étudiants, je crois qu’il y a un effort particulier qui voit le jour.

Oui, il y a un effort financier. On propose deux formules. L’une qui s’appelle, l’abonnement « Le Pass’ », qui est une formule, qui est une carte qui est vendue cent francs et qui leur permet ensuite d’acheter des places à dix francs pour tous les spectacles de la saison qui peut être assez vite rentabilisé. L’autre système, c’est des billets que l’on a appelés « Last minute » qui sont vendus eux quinze francs. Il n’y a pas de réservation possible, ils sont vendus quinze francs dans l’heure qui précède le début de la représentation. Ce qui est important de dire, c’est qu’il y a souvent le bruit qui court qu’au Passage, c’est toujours complet comme on est content d’avoir un taux de fréquentation qui est toujours assez élevé. Mais dans les faits, il est toujours possible, ou à de très rares exceptions près, de ne pas trouver de place le soir même, mais on en trouve toujours. Il nous est arrivé une fois ou l’autre de refuser deux ou quatre personnes, mais guère plus. On peut vraiment dire que l’étudiant ou l’apprenti qui veut venir au théâtre le soir même, il trouvera une place sans problème, ce qui peut être en plus des très bonnes places, parce qu’il y a parfois des places au premier rang qui peuvent se libérer et pour quinze francs, on se retrouve vraiment aux places qui sont bonnes, même si il n’y a pas de mauvaises places. Dans le théâtre, on a cette chance d’avoir une salle qui a été très bien conçue et qui fait que même si on est tout au fond de la salle, ça reste une distance qui permet de regarder le spectacle de façon tout à fait agréable.

 

Vous êtes, on pourrait dire, l’Easy Jet théâtral du coin.

Oui. C’est des formules qui ont cours dans d’autres systèmes et on s’est dit : « Tiens, on va les appliquer. » C’est vrai, on voit que le public aime bien avoir l’assurance d’avoir sa place avant de se rendre dans un théâtre, en tout cas ici. C’est moins le cas, je pense, à Paris. Là, on s’est dit que le public jeune était peut être un peu plus mobile ou plus enclin à prendre le risque de venir comme cela, à la dernière minute, y trouver un billet en sachant que, de toute façon, si il veut sortir ce soir-là, les cinémas ne sont pas loin. Il aura une dernière alternative, si vraiment il ne trouve pas de places !

 

Vous êtes soutenus par les communes du district de Neuchâtel et du district de Boudry ?

Voilà. Le Théâtre du Passage est financé par un Syndicat intercommunal du théâtre régional de Neuchâtel qui regroupe quinze communes des deux districts que tu as cités. La ville de Neuchâtel y occupe une part prépondérante, étant donné sa population et son emplacement. Mais c’est quinze communes qui soutiennent le théâtre.

 

Et on peut dire qu’actuellement, vous avez démarré en 2000, si je ne fais erreur.

Oui, c’est ça.

 

Ensuite, vous avez créé la Compagnie du Passage.

La Compagnie du Passage a été créée en 2003.

 

On peut dire, et votre activité théâtrale à Neuchâtel et la Compagnie du Passage s’est fait une place dans le paysage théâtral romand en tout cas.

Oui, on est content. En tout cas pour ce qui est du théâtre, c’est toujours difficile de faire venir des spectateurs de Lausanne ou Genève parce qu’ils ont une offre là-bas qui est aussi conséquente. On y arrive quand on a la chance d’avoir souvent des spectacles en exclusivité suisse. En danse, par exemple, on a reçu deux fois le Ballet de Stuttgart qui est considéré comme une des compagnies de danse classique majeure au monde. Donc, quand on a des spectacles comme ceux-là, on voit qu’on a un public qui vient de plus loin. Pour ce qui est de la Compagnie par contre, on est très content de voir qu’elle arrive à avoir un bon succès cette année et ce printemps, on avait quatre spectacles différents qui tournaient en même temps, ce qui est une chose rarissime pour une compagnie romande et elle tournait tant en Suisse romande qu’en France. Pour nous, c’est vraiment…

 

C’est appréciable, je pense. Tu parles de ballet justement, vous avez essayé de diversifier vos activités. Il n’y a pas que des pièces de théâtre. Qu’est-ce qui se passe ?

Voilà. On a une quarantaine de spectacles à l’affiche, là, sur ces dernières saisons et on y trouve tant du théâtre que de la danse, de la musique, de la chanson, de l’opéra.

 

Marionnettes aussi.

Des marionnettes. On est associé à la Semaine internationale de la marionnette en Pays neuchâtelois que gère le Théâtre de la Poudrière. On a aussi des spectacles pour enfants, quatre à cinq spectacles pour enfants par saison. On essaye comme cela de varier les genres pour essayer de toucher un public large même si on voit que l’on n’a pas un public qui se cantonne au théâtre ou à la danse. Les gens aiment bien pouvoir aussi…

 

Grappiller un peu

Passer d’une discipline à l’autre.

 

Je crois que vous avez réussi votre coup, puisqu’il y a 93 % de taux d’occupation.

En moyenne, cela dépend des saisons. On fluctue au alentour de 90 %, ce qui est plus élevé que la moyenne en Suisse romande. On voit que cette diversité plaît aux gens, cela nous réjouit. Ce qui nous réjouit aussi, c’est que dans la programmation, on n’a pas l’impression de céder à la facilité. Il y a très peu de têtes d’affiche et quand il y en a comme c’est le cas cette saison, la seule tête d’affiche qui est connue du grand public, c’est Pierre Arditi, mais qui vient avec le texte de Paul Valéry, qui s’appelle « L’idée fixe », qui n’est pas un texte que l’on peut qualifier de texte facile.

 

Je ne pense pas.

C’est vraiment, je n’ai pas encore vu la pièce, mais c’est… je connais le texte qui est une fête un peu de la pensée, mais qui permet de toucher un grand monde et on se dit que ce qui est intéressant, c’est qu’il y a des gens qui vont venir parce que c’est Pierre Arditi, mais ils vont être touchés par un texte qu’ils ne seraient pas allés voir si cela avait été interprété par quelqu’un d’autre.

 

Est-ce que tu penses justement que cette richesse est liée à M. Bouvier, vu qu’il a quand même une certaine notoriété ?

Oui, forcément. C’est le directeur qui est en charge de la programmation, qui a réussi justement à manier cet équilibre entre les disciplines et une exigence de qualité. Il a aussi un parcours de comédien qui est long et qui l’a mis en contact avec beaucoup d’artistes à l’étranger, ce qui permet aussi plus facilement maintenant d’avoir des liens ou d’accueillir des compagnies qui sont prestigieuses, qui ne seraient pas venues si ce n’était pas lui. Il y a deux ans, on avait ouvert la saison avec une pièce de Feydeau, qui s’appelle « Un fil à la patte », qui était du Théâtre de l’Odéon. Ce qui était assez extraordinaire, c’est que le Théâtre de l’Odéon le reprenait en tournée et il est venu le recréer à Neuchâtel avec quelques jours de répétitions sur place. Ce qui est tout à fait exceptionnel qu’un grand théâtre parisien vienne comme cela recréer une pièce, même pas en province, mais à l’étranger. C’est très rare.

 

J’ai vu que vous aviez eu du beau monde, comme Irène Jacob, Michel Piccoli, enfin c’est…

Oui. On a des grands noms qui viennent dans le théâtre, en danse aussi. En danse, la chance qu’on a, c’est d’avoir un plateau qui est grand, qui permet des accueils qui n’étaient pas possibles avant avec l’ancien théâtre.

 

120 et 500, je crois.

Oui, les jauges des places. 120 places pour la petite salle, 500 pour la grande et la grande salle a un plateau qui est de grande dimension, qui permet vraiment d’accueillir des grandes compagnies de danse qui ont besoin d’espace pour jouer.

 

Moi qui suis sensible à la musique, au niveau acoustique ?

Au niveau acoustique, c’est bon. Les amateurs d’opéra y trouvent leur compte tant dans la petite salle que dans la grande. On ne fait pas de musique classique, parce qu’il y a déjà d’autres structures à Neuchâtel qui en font. On ne veut pas empiéter sur leur terrain. On a un ou deux concerts de chansons par année. Là aussi, du point de vue acoustique, c’est amplifié mais c’est toujours de bonne qualité.

 

Est-ce que tu penses qu’en plus de cela, la collaboration avec le restaurant « Chez Max & Meuron » joue un rôle dans le succès du Passage ?

Oui, c’est lié. On voit que les gens en général avant le spectacle, le restaurant est toujours bien rempli, les gens aiment bien venir dans ce théâtre. C’est vrai qu’il a été très bien conçu, le lieu « Chez Max et Meuron » est très agréable. En plus, on y mange bien. Les gens aiment bien débuter la soirée une heure avant le spectacle, manger tranquillement et venir voir le spectacle après et y rester peut-être après. C’est vrai que tous les éléments se mettent bien en place pour que le public y passe une bonne soirée.

 

Vous avez en fait lié le plaisir des sens et le plaisir intellectuel, quelque part ?

Oui, parce que la plupart des théâtres fonctionnent ainsi. C’est vrai que c’est agréable de ne pas être seulement un lieu de passage, mais un lieu où les gens ont du plaisir à s’arrêter. On a essayé de développer cette collaboration avec le restaurant. Par exemple, on propose maintenant, en collaboration avec le Conservatoire neuchâtelois, des midis musique qui sont…

 

J’ai vu cela.

Qui sont six fois dans l’année. Six mercredis à midi et demi, des élèves des classes professionnelles du Conservatoire viennent jouer des pièces en lien avec notre programmation. Cela nous paraît aussi intéressant de faire ce lien entre les arts de cette façon-là et qu’ils puissent manger avant le concert au restaurant. Là aussi, c’est toujours intéressant de voir que c’est un autre public qui vient, tant pour nous que pour le Conservatoire aussi. Eux arrivent aussi à toucher des gens qu’ils ne touchent pas d’habitude. Je crois que c’est toujours profitable de mêler les genres et les sens.

 

En fait, c’est cap sur la polyvalence, si l’on regarde.

Oui. On est dans une société qui apprécie de pouvoir passer comme cela d’une chose à l’autre.

 

D’un genre à l’autre.

Voilà. C’est vrai. Si on se cantonnait à un seul genre, je pense que l’on n’aurait pas le même succès qu’on a maintenant.

 

Pour terminer, est-ce que tu pourrais nous faire un petit bilan du théâtre dans le canton de Neuchâtel ?

Oui, on peut en faire un. Il y a plusieurs facettes du théâtre dans le canton. Il y a tout le théâtre lié aux institutions qui est le Théâtre du Passage à Neuchâtel, le TPR, l’Heure bleue à La Chaux-de-Fonds et aussi l’ABC à La Chaux-de-Fonds et le Centre culturel neuchâtelois, le Pommier à Neuchâtel. À côté de cela, il y a toute la scène indépendante qui est aussi très, très foisonnante et d’une grande diversité. Il y a encore tout le théâtre amateurs qui, lui, est présent dans tout le canton, ce qui fait qu’avec ces trois aspects-là, le théâtre est très présent dans le canton.

 

Juste encore une petite dernière question. Combien y a-t-il de professionnels finalement au Théâtre du Passage ? Il y a des troupes qui passent, mais vous êtes combien finalement à vivre de cela ?

Au Théâtre du Passage, pour l’administration, on a le directeur, un administrateur, une secrétaire de direction, moi et en plus, on peut aussi compter sur l’appui d’un civiliste. On a tout le temps des jeunes du service civil qui, parmi leurs affectations, peuvent choisir les institutions culturelles ou sociales et qui viennent souvent au Théâtre du Passage pour des missions qui peuvent être en lien avec… Il y a plusieurs aspects possibles, mais on a toujours un civiliste qui complète notre équipe. À côté de cela, on a un responsable de l’entretien, une responsable de la billetterie et on a encore à la technique, un directeur technique et deux régisseurs.

 

D’accord.

Ce qui fait que l’on arrive à moins de dix personnes. Mais à cela, s’ajoutent tous les personnels auxiliaires ou surnuméraires, que ce soit pour la billetterie, pour la technique surtout. En gros, on a une quarantaine de personnes qui font tourner le tout à des taux d’occupation variables.

 

Bien Frédéric. Je te remercie pour cet éclairage et à une prochaine.

Oui, merci. Bonne journée.

 

Bonne journée.

 

Interview réalisée par Alain Sunier

Texte retranscrit par Françoise Berthod