ArtPosition 2007

 

 

Urs Von Gunten

 

ArtPosition, c’est une plate-forme pour les artistes plus ou moins connus où il y a les artistes connus qui donnent une véritable plateforme pour des gens qui sont moins connus. Cela veut dire qu’ici, il y a à peu près cent artistes qui exposent et de ces cent artistes, il y a peut-être 20% qui sont très connus. Il y a aussi des artistes internationaux et ceux-là, attirent naturellement beaucoup de monde pour les artistes qui sont un peu moins connus. L’idée, c’est aussi que ces artistes puissent vendre naturellement.

 

Vous privilégiez, on a vu, aussi les artistes de la région ? Il y a des artistes de Neuchâtel, de Fribourg, de Payerne.

Oui, c’est sûr, cela a commencé comme ça. On a fait la première exposition il y a cinq ans avec trente artistes et c’était plus ou moins autour du lac de Morat. Cela a commencé et maintenant la région s’est un peu agrandie. La région, c’est maintenant un peu le Jura, Fribourg jusqu’à Lausanne et à Berne. Et après, quelques artistes suisses connus et après toujours un peu des artistes étrangers.

 

Votre concept a toujours plus de succès. On voit que chaque année il y a toujours plus d’artistes ?

Oui. On a eu 160 artistes qui voulaient participer. On n’a malheureusement pas pu tous les prendre, mais on est limité point de vue places. On a deux magnifiques halles à Payerne où il y a normalement des FA-18 dedans, cela se marie très bien l’art. C’est des magnifiques halles, mais on est obligé de nous limiter. On aurait besoin peut être de deux halles de plus, mais ce n’est pas possible, malheureusement !

 

Comment faites-vous pour choisir les artistes, vous devez faire une sélection, c’est vous qui la faites ?

Non, on est un petit groupe qui fait un peu une sélection en gros. Mais, on fait comme cela aussi qu’on regarde si un artiste a déjà participé trois ou quatre fois, on lui dit : « Maintenant, on laisse un peu à d’autres artistes la possibilité d’exposer. » Cette année, on a peut être 60% de nouveaux artistes qui n’ont jamais exposés chez nous.

 

Il n’y a pas seulement des peintres, il y a des sculpteurs, des céramistes ?

Oui. Il y a de tout. Il y a des photographes, il y a des sculptures. Les sculptures sont dehors. Les sculptures, on aurait plus de place encore, parce que dehors, devant les halles, on a beaucoup de places. Mais c’est toujours le problème pour les artistes, les grandes sculptures, ça coûte déjà très cher pour les transporter ici, alors c’est un peu ça le problème pour trois jours, vu que notre expo est seulement… Il y a seulement un vernissage, un jour d’expo et le finissage, parce que mon partenaire et moi qui organisons cette expo, on n’a pas le temps de garder la galerie. Mais on a quand même eu ces dernières années, l’année dernière, on a eu entre mille cinq cents et deux mille visiteurs et cette année sera certainement plus.

 

Vous avez également organisé un concours, un prix. Est-ce que vous pouvez nous en parler aussi ?

Oui, on a commencé il y a quatre ans avec le « Valiant Award ». Le public à l’entrée reçoit une carte et il choisit leurs artistes préférés et celui qui a le plus de voix, il reçoit un chèque de mille francs de la Valiant et de l’autre côté, un chèque du Vieux Manoir de cinq cents francs où ils peuvent aller manger avec une personne qui a été choisie, qui sera choisie du public.

 

Est-ce que vous savez déjà l’année prochaine si, il y aura une nouvelle exposition, et où elle se fera ?

Malheureusement pas. On est toujours obligé de trouver des halles et si c’est possible, on aimerait bien rester là, mais on ne sait pas si c’est possible. C’est toujours plus difficile de trouver des halles qui ont un peu du caractère, qui se marient bien avec l’art. Nous, on n’aimerait pas des halles toutes blanches comme une galerie. On a rien contre les galeries, mais il y a peut être plus d’ambiance dans des halles comme ça où il y a encore des machines dedans qui se marient très bien avec l’art.

 

Si des artistes aimeraient l’année prochaine, dans le cas où vous refaites une exposition, pouvoir venir, comment doivent-ils envoyer leur candidature ?

On a un site qui s’appelle « www.artposition.ch » et toutes les informations sont là-dessus et ils peuvent au printemps s’annoncer et être candidat pour participer à la prochaine ArtPosition qui aura lieu probablement de nouveau au début août.

 

 

Éric Sansonnens

 

La technique, c’est des sculptures en bois, travaillées à la tronçonneuse essentiellement et après, s’est poncé avec différentes machines. Je recherche surtout un esthétisme qui me plaît au niveau des formes. Je ne cherche pas forcément à représenter quelque chose, mais j’ai envie d’exprimer des formes…

Je vide chaque fois le centre de l’arbre, c’est un peu particulier, pour qu’il ne travaille pas trop par la suite. J’ai été pas mal influencé par Res Freiburghaus, sculpteur de Fribourg.

 

Vous semblez, en effet, aller au cœur de l’arbre. Cela donne une sorte de déchirure ou une sorte de profondeur. Comment vous expliquez cela ?

Il y en a qui peuvent paraître déchirés, c’est vrai. J’ai un contact particulier avec l’arbre déjà. J’aime beaucoup le bois. J’aime le toucher, le sentir. J’ai chaque fois une idée assez précise avant de ce que je vais faire comme sculpture, mais j’ai besoin aussi de communiquer un peu avec le bois que je vais utiliser. C’est chaque fois d’une pièce, c’est quand même particulier aussi, ça demande beaucoup de temps. On passe beaucoup de temps ensemble.

 

Oui, il y a une communion qui se fait, ça c’est certain.

Oui tout à fait. Déjà le bois est un matériau qui montre un peu. On ne peut pas faire n’importe quoi avec, même en ayant une idée fixe au départ. Enfin une idée fixe, une idée précise plutôt, ça se modifie au fur et à mesure que la sculpture avance.

 

Vous faites toujours dans le style que l’on voit ici à Payerne. Vous avez d’autres objets, style totem que vous faites ?

J’ai fait des totems pour mon enfant. J’en ai fait un. J’ai eu des commandes aussi où je peux toujours un peu garder ma patte. J’aime bien l’idée du totem, l’idée de l’appartenance, l’idée de la protection. Cela me plaît pas mal. Cela donne aussi pas mal de marge de manœuvre dans les formes qu’on peut donner. On représente un animal, mais on peut le représenter de différentes manières et cela, ça me plaît bien aussi.

 

Souvent des sculpteurs qui travaillent le bois font des hiboux, font des champignons. Vous, c’est un autre parcours ?

Oui, c’est vrai que j’aime bien cette idée de redonner vie. Il y a des gens qui disent que cela me ressemble, c’est fin, c’est long. Je ne sais pas. De toute façons, chacun sort de lui un peu ce qu’il a en lui. Mais il y a aussi des gens qui m’ont critiqués parce que de travailler les arbres plutôt que les laisser pousser en forêt ! J’aimais bien cette idée et en même temps, c’est vrai que c’est des arbres qui sont destinés à brûler ou autre chose. Oui, je leur donne vie et je crois qu’ils me font vivre aussi. C’est vraiment de nouveau un échange. Cela me remplit de force, d’énergie et cela me donne l’énergie pour continuer mes travaux. C’est touchant pour moi de travailler comme ça, de pouvoir en faire quelque chose qui me plaît, qui me fait vivre. Cela me maintient en équilibre.

 

 

Vreni Barilier

 

Est-ce que vous pouvez nous expliquer la façon dont vous travaillez parce que je crois que vous mélangez plusieurs styles ou plusieurs matériaux ?

Oui. J’ai en fait deux manières de peindre. L’une est avec l’acrylique sur toile et l’autre c’est un effet de travail avec une presse de taille douce où j’utilise pas mal de l’encre de Chine, des fusains, des pastels. J’utilise beaucoup de papier chinois et ensuite je colle cela sur de la toile.

 

Pourquoi cette envie de mélanger comme cela les styles ?

C’est-à-dire quand je travaille avec la presse de taille douce, cela donne quelque chose de très tendre, de très doux. Ce n’est pas commun, ce n’est pas comme tout le monde. C’est peut être cela ma recherche, de me différencier avec les autres personnes. Maintenant, je donne aussi des cours à Payerne. J’ai une école de peinture à Payerne et jusqu’à maintenant, j’ai toujours donné des cours avec l’acrylique et maintenant mes élèves me demandent de leur montrer comment cela se passe avec l’encre de Chine où l’on peut aussi utiliser l’acrylique en le diluant un peu comme l’aquarelle et cela donne autre chose. En effet quand je donne les cours, j’essaye comme je dis toujours les Suisses sont éduqués très carrés et j’essaye de les libérer de cette manière, de sortir leur stress quand ils sont stressés, de se libérer de cette manière.

 

Et les sujets préférés… On a vu des tableaux qui sont des fonds sous-marins ?

On a en effet des sujets, on part des fois avec des photos que l’on transforme ou je donne un sujet. Cela, c’est l’instinct du moment. Je suis très instinctive et j’essaye de sortir ça comme ça.

 

C’est la deuxième fois que vous exposez dans l’ArtPosition, vous aimez bien ce concept ?

Moi, je trouve cela super. On rencontre des autres peintres et je trouve cela très ludique d’exposer dans cette salle qui en fait n’est pas du tout faite pour une exposition, parce que l’on sort les deux avions qui sont dans ces halles. C’est très spécial et je trouve assez bien, ces statuettes qui sont là, à l’entrée. C’est super, j’aime bien.

 

 

Letizia Scarfo

 

Mes œuvres, je me base d’abord sur tout ce que j’aime, c’est-à-dire tous les pays asiatiques, tout ce qui a rapport avec les philosophies tibétaines, tout ce qui est inspiration avec les dieux hindous et ensuite les événements de ma vie qu’ils soient positifs, négatifs. Un événement qui se passe, tout s’inscrit sur ma toile.

 

Pourquoi cette passion alors pour ces religions hindouistes ?

C’est quelque chose qui fait rêver tout simplement. On aimerait y croire qu’il y ait plusieurs dieux.

 

Vous ne trouvez pas cela dans nos religions locales, si je puis dire ?

Non. Cela me fait beaucoup moins rêver.

 

Et alors quand vous peignez ce genre de tableaux, ce sont quoi, ce sont des dieux un petit peu pour vous ?

C’est des espèces de dieux, des icônes, des personnages héroïques toujours.

 

Et pour vous alors peindre finalement avec en plus cet aspect spirituel, ça vous procure beaucoup de satisfaction personnelle ?

Je dirais surtout que cela m’apaise. Beaucoup d’apaisement. C’est une sorte aussi de thérapie.

 

Cela fait longtemps que vous peignez ?

Oui, depuis l’âge de onze ans.

 

C’est presque un besoin vital ?

Oui. C’est vraiment ce qui m’aide à évoluer dans ma vie.

 

Et là, vous exposez pour la première fois dans un concept d’exposition assez originale, qu’est-ce que vous pouvez nous en dire ?

Oui, c’est la première fois que j’expose avec ArtPosition, parce que d’habitude je fais quelques petites expositions, mais rien d’aussi professionnel. C’est quelque chose de très nouveau.

 

Là, comme vous êtes Payernoise, vous habitez Payerne, vous êtes un petit peu dans votre jardin, exposez-là dans un blockhaus pour avions, qu’est-ce que vous en dites ?

C’est assez particulier, mais j’aime bien. J’aime bien le concept.

 

 

Thérèse Fasnacht

 

Est-ce que vous pouvez nous parler de vos peintures simplement ?

J’ai peint les quatre petits tableaux. Le premier, c’est le printemps, après c’est l’été, l’automne et l’hiver et pour commencer quand j’ai fait ce travail, j’ai voulu faire après un tableau, un paysage plutôt d’hiver et c’était très compliqué. Après j’ai mis cette photo à côté et j’ai pensé : « Ah, je fais mieux seulement les couleurs. » Après, j’ai travaillé seulement avec les couleurs de l’hiver, les couleurs toutes froides avec les bleus et j’ai réfléchi qu’est-ce que je peux prendre au printemps. C’est plutôt des couleurs très fines, des roses, des couleurs beaucoup plus fines et en été j’ai pensé, cela doit être fort et chaud avec le jaune et le bleu.

 

C’est important pour vous la peinture ?

Pour moi, les couleurs, c’est le plus important. C’est un travail, je ne peux pas regarder, ça je veux faire… C’est de la peinture depuis plutôt dedans. Quand c’est fini plus tard, je pense : « C’est moi qui ai fait » je ne le reconnais presque pas.

 

 

Urs Ernst

 

C’est la première fois que vous exposez ici ou pas ?

L’ArtPosition, c’est la quatrième fois. C’est la deuxième fois ici à Payerne. C’est chaque fois un grand plaisir, parce que comme vous le voyez, c’est intéressant même aussi de faire plaisir aux gens.

 

Exposez dans un hangar militaire, c’est original ?

Oui, c’est original. Mais, j’ai l’idée que, là-dedans, ça se présente bien avec les tableaux, dehors avec les sculptures. Pour moi c’est un peu spécial, parce que j’ai passé l’école de recrues sur cette place ici. C’est un revenir un peu.

 

Est-ce que vous pouvez nous parler de vos sculptures qui sont en fer ?

Oui, c’est tout des statues. Je cherche tout le temps des petites choses de tous les jours, des émotions dans les sculptures comme nous, les humains. Je me trouve aussi avec des émotions et c’est ça qui m’intéresse un peu.

 

Vous laissez vos sculptures très brutes. Vous ne les peignez pas ?

Oui, c’est brut. C’est presque le plus grand problème de les faire rouiller, parce que cela ne rouille pas tout de suite comme ça et je laisse un peu au jardin. Je traite avec de l’acide et tout gentiment, cela commence à rouiller. C’est aussi avec la rouille, ça vit aussi, ça change tout le temps de couleurs. Moi je trouve que c’est plus joli comme ça.

 

Depuis combien d’années, est-ce que vous faites de la sculpture ?

Un peu plus de dix ans, douze ans peut-être.

 

Et pourquoi avoir commencé ?

Cela m’intéressait tout le temps. Avant je bricolais de petites choses en étain ou aussi en vitres. Tout à coup, j’avais l’idée, il faut traiter maintenant le fer, parce que l’acier est un matériel très intéressant à travailler.

 

 

Interviews réalisées par Jean-Pierre Lambert

Texte retranscrit par Françoise Berthod