Vully Celtic
Julien Vuagno
Je suis sellier, sellier d’équitation spécialisé dans la reconstitution historique. Je fais des créations à partir de pièces de musée. Certaines de mes pièces sont des copies exactes et d’autres sont des créations.
Quand on vous écoute expliquer aux visiteurs, ici, ce que vous faites, vous avez l’air encore de vivre, j’ai envie de dire en direct, des rêves d’enfant.
Oui, c’est un peu cela. C’est même exactement cela, d’avoir des envies quand on est enfant et de les réaliser plus tard.
J’écoutais un petit tout à l’heure qui rêvait d’être chevalier, cela a été votre cas ?
C’était mon cas effectivement. Mes parents m’ont offert mon premier costume de chevalier à quatre ou cinq ans et voilà, on reste coincé !
Vous avez quand même appris le métier de sellier d’art. Un métier qui peut s’apprendre facilement en Suisse ? Il y a encore des maîtres intéressants pour la formation ?
Des maîtres intéressants, il y en a quelques-uns. J’ai eu la chance d’en avoir un. J’ai appris ce métier pour faire ce que je fais maintenant. Après, il y a des places d’apprentissage. Je forme moi-même un apprenti en essayant d’être un maître intéressant !
Ce n’est pas donné à tout le monde, je pense, de réaliser les objets qu’on peut voir ici ?
C’est l’une des techniques que l’on apprend et que l’on applique. Je ne me considère pas comme un artiste, mais comme un artisan. Je vais appliquer des techniques qu’on m’a enseignées. Un artiste va peut-être un peu inventer lui-même des techniques.
On voit que vous faites aussi des costumes de chevalier, de combattant. En y regardant de près, vous êtes vraiment très pointilleux, très précis, est-ce vraiment indispensable ?
Cela dépend de ce que vous voulez faire. Si vous venez me voir pour obtenir un costume pour une fête médiévale qui va être un « déguisement » et avec des moyens moins élevés, on va faire un déguisement. Si vous venez me voir pour avoir un costume pour pouvoir le mettre en étant au mieux de ce que l’on connaît de l’historique, vous aurez un costume juste, cousu à la main avec les bonnes matières. Cela dépend du budget, du prix que l’on donne à ses rêves.
Vous avez aussi fait des combats, je suppose, c’est aussi une passion particulière ?
Les combats, on en a fait, on en fait un peu pour se rendre compte de ce que c’est, mais c’est quelque chose que j’ai laissé de côté. J’ai besoin de mes doigts. Je suis musicien et artisan, j’ai trop besoin de mes doigts !
Merci beaucoup.
Nous sommes ici sur le Mont Vully. Vous avez été invité pour participer à ce festival celtique, pouvez nous expliquer pourquoi ?
En fait, nous, les archéologues qui habitent là où on habite, ils ont découvert des tombes avec des armes. Les armes, comme vous pourrez le voir partout, sont… il y a des boucliers gigantesques, des épées. Ils ne savaient pas trop comment utiliser ça et ils ont essayé, ils ont élaboré leur technique, ils ont essayé de trouver à travers les festivités et d’autres événements, ils ont essayé de trouver des techniques, mais ils ont pris connaissance de nous, qui sommes Sikh et qui avons gardé une tradition guerrière assez ancienne quand même vu qu’aujourd’hui, il est rare de trouver une tradition guerrière comme la nôtre qui manie les armes comme la nôtre. Ils ont fait appel à nous pour essayer d’apprivoiser ces armes, de comprendre comment les Celtes pouvaient combattre avec des armes qui, aujourd’hui, semblent loufoques presque. Un bouclier gigantesque. Ils ont fait appel à nous pour qu’on les aide et nous, on a trouvé cela intéressant de venir et nous aussi de comprendre leur tradition guerrière qui est antérieure à la nôtre.
Xavier L’Hoste
Je sors d’un monde art décoratif, histoire de l’art. J’ai fait sept ans de fouilles archéologiques. Je travaille en expérimentation avec l’Université de Lausanne. Je suis membre fondateur en fait du mouvement Cladio, l’association Cladio et je m’occupe, moi, principalement de la métallurgie.
Dans le cadre de recherches archéologiques ?
Dans le cadre de recherches archéologiques et, entre autre, surtout dans le cadre d’expérimentation. Le but, c’est de recréer un peu les foyers de bronzier ou de forgeron que l’on a retrouvé en fouilles et de les mettre en pratique pour voir comment fonctionnaient un peu tout ces arsenaux, je dirais, de foyer, de feu, de soufflerie et de comprendre un petit peu l’efficacité qu’ils avaient à l’époque vu les belles choses qu’ils faisaient, les magnifiques objets.
Vous pensez que l’on ne sait pas tout encore sur la façon dont ils travaillaient ?
Écoutez, c’est très difficile. On peut savoir, on sait beaucoup de choses sur ce que l’on retrouve, les choses qui sont concrètes, c’est-à-dire de retrouver du bronze, de retrouver un foyer, de retrouver des creusets. Par contre, tous les matériaux périssables comme des souffleries à main avec des peaux de chèvre ou en bois et tout… Toutes ces choses-là, on ne les retrouve pas. On ne sait pas exactement comment ils les travaillaient vraiment. On ne connaît pas les volumes, les quantités de soufflerie. Tout ce que l’on sait, c’est qu’à l’âge du bronze, ils ont de la haute technologie par rapport à ce que l’on a nous avec les moyens qu’ils avaient. Du reste, nous, on arrive à faire un peu leurs pièces mais avec des moyens de notre époque, mais avec les moyens de leur époque, on a de la peine. On a vraiment de la peine…
On ne sait toujours pas… Il y a des secrets qui nous manquent, alors ?
Je ne sais pas si c’est des secrets, mais le savoir qui se perd, c’est une histoire de savoir. À l’époque, un forgeron ou un bronzier remettait son savoir de famille en famille, d’enfant à enfant, de petit-fils et tout se gardait, cela ne se perdait pas. Les Celtes avaient un autre problème, c’est qu’ils n’écrivent pas, ils gardent tout par oral. Donc, les traditions sont perdues, le savoir se perd aussi et, à l’heure actuelle, l’artisanat dans le monde baisse complètement dû à l’industrie. On est en train de tout perdre. C’est un peu le gros problème.
De profession de base, vous êtes ?
De base, je sors des arts décos. Je suis dessinateur artistique à la base, mais j’ai toujours été intéressé par la métallurgie et je me suis, à la fin de mes études arts décos, e suis parti en métallurgie, je suis parti surtout en archéologie en premier. Suite à cela, on s’est mis à faire de l’expérimentation et comme j’ai de très bonnes bases en métallurgie, on s’est mis à répliquer des armes, à faire des boucliers et c’est moi, par exemple, qui réplique tous les boucliers de Cladio. Il les peint. On recherche les pigments, comment les peindre, quelles étaient leurs formes, les rivets. Je reprends le mobilier que l’on retrouve dans les musées et on les répète. On fait des fac-similés et, suite à cela, on va se battre avec pour voir quel effet cela a vraiment. Ce qui n’est pas toujours très agréable, parce qu’on finit par avoir quelques petits accidents quand même. Le but, c’est de faire comprendre aux enfants un petit peu d’histoire, un petit peu d’archéologie et un petit peu d’artisanat. Leur redonner goût un peu à cet artisanat qui se perd complètement. Mon but à moi, c’est de tourner un peu dans les écoles ou de travailler avec le Musée du fer où là, les classes viennent et c’est eux qui font leur moule, c’est les enfants. On leur fait faire des petites pièces archéologiques, de la monnaie, des pointes de flèches, ce que vous voyez là-derrière. C’est les enfants qui le font et moi, je leur explique un petit peu les températures, les alliages, comment cela se passe. Cela leur donne un petit avant-goût de peut-être un prochain métier dans leur vie…
Vous avez un site Internet où l’on pourrait vous contacter éventuellement ?
J’ai un site Internet qui s’appelle « www.cladio-metal.com ».
À travers ce site, on trouve vos coordonnées ?
On trouve mes coordonnées. Vous pouvez aller au Musée du fer. Il y a aussi un site au Musée du fer qui donne toutes les indications si vous voulez participer à une animation de ce genre.
Par le biais de ce site, les gens pourraient vous contacter pour pouvoir en discuter.
Tout à fait. C’est ce qui se passe actuellement.
Cynthia
Juste m’expliquer, quelle est votre spécialité ?
Nous faisons des spectacles visuels de jonglerie.
Vous jouez dans la rue. On vous invite dans des mariages, dans des manifestations spéciales ?
Oui. On fait des fêtes de village, des festivals, des mariages, de tout. On s’adapte.
Vous avez un style bien à vous. Comment l’avez-vous élaboré, comment vous l’avez recherché ?
En nous. C’est nous.
Christian
Ce que vous représentez ici, ça ne reflète pas exactement ce que vous faites généralement ?
Non, pas du tout. Là, on s’adapte par rapport à la musique celtique, à l’ambiance celtique.
Généralement les spectacles que vous faites, c’est beaucoup plus structuré, il y a beaucoup plus de déguisements, de musique.
Oui, beaucoup plus. On travaille déjà beaucoup avec des masques et la musique est quand même, entre guillemets, plus « pointue », moins commerciale et on essaye de faire découvrir aussi d’autres choses aux gens.
Cynthia : Il y a une histoire, c’est chorégraphique, tandis que ce que l’on présente plutôt ici, c’est une animation. On fait des animations, de la déambulation et des spectacles. Là, c’est plutôt de l’animation. Ce n’est pas un spectacle construit, préparé. Voilà.
C’est une façon pour vous, j’imagine, de vous exprimer, de sortir des émotions ?
Christian : Oui. Tout à fait.
Et pourquoi avoir choisi le jonglage ?
Parce que déjà cela fait du bien pour le corps et déjà rien que pour cela. Après, cela devient une drogue. Quand on commence, on est foutu….
Cynthia : On veut toujours aller plus loin, plus loin et on en a besoin. Après, cela devient un besoin.
Quand vous dites plus loin, cela veut dire chercher toujours plus la difficulté ?
Oui, c’est une continuelle évolution. Plus on en fait, plus on évolue, plus on va loin dans la technique, ce qui est logique en fait. On avance.
Il y a des choses que vous faites aujourd’hui que vous ne faisiez pas il y a quelques années et il y a des numéros que vous rêvez, que vous n’arrivez pas encore à réaliser ?
Oui, parce qu’on n’a pas les moyens en fait. Pas l’argent pour acheter le matériel pour embellir le spectacle, en fait, pour le rendre encore mieux, disons. Cela oui.
Il y a de la musique dans votre spectacle, quel genre de musique ?
C’est plutôt « underground », ça passe de la techno au folk. C’est très varié.
Pour parler un petit peu du travail de jongleur, c’est un peu comme un sportif. C’est un peu comme un musicien, beaucoup d’entraînements par semaine ?
Oui. Le maximum que l’on peut. Plus on travaille, plus on y arrive…
Devenir professionnel, c’est votre rêve quand même ?
Cynthia : Professionnel, qu’est-ce que cela veut dire dans le fond ?
De pouvoir vivre que de cela ?
Oui bien sûr comme beaucoup d’artistes. Oui.
Cela fait déjà longtemps que vous pratiquez ?
Oui, trois, quatre ans.
Et chez vous aussi, c’est depuis toute petite fille que vous jonglez ?
Pas du tout. Non, non, cela ne fait pas longtemps que je jongle. Cela fait à peu près cinq ans.
Et comment vous avez « chopé » ce virus, alors ?
Surtout avec les balles, c’est à cause de lui. C’est de sa faute. On s’est rencontré et il jonglait un peu avec des boules. Moi, j’ai commencé à lui voler une balle, on a commencé à s’échanger des balles et voilà… C’est parti comme ça. Un délire et de fil en aiguille, pourquoi pas nous montrer, faire un spectacle, etc.
Dans quelles mesures, c’est important de connaître son partenaire ?
Christian : On fonctionne beaucoup sur l’impro. Mais le fait de bien se connaître, on sait ce que l’autre va faire… C’est beaucoup plus facile. On a les mêmes idées sur la façon de jongler et sur les musiques à mettre aussi. On a plus ou moins les mêmes goûts, donc c’est beaucoup plus facile.
Cynthia : En fait, on joue beaucoup avec l’instinct. Par exemple quand on répète ensemble, même des fois pendant le spectacle, on se dit : « Tiens, je le sens de descendre… » sans rien dire à l’autre, instinctivement. On crée beaucoup nos spectacles instinctivement.
Il y a donc un jeu, une complicité qui s’installent ?
Oui.
Interviews réalisées par Jean-Pierre Lambert
Texte retranscrit par Françoise Berthod