Madame Catherine Tissot : Artiste peintre
Bonjour Catherine Tissot.
Bonjour.
Vous êtes une artiste originaire de La Chaux-de-Fonds, est-ce que l’on pourrait savoir un peu vos techniques favorites ?
C’est de la peinture sur toiles en premier lieu. J’ai aussi travaillé d’autres fonds comme le carton ou d’autres matériaux. J’ai beaucoup peint à l’huile. C’était un peu la peinture de prédilection et, par la suite, vu les exigences de certaines expositions ou de certains concours où il faut être très rapide, petit à petit, je me suis mise à l’acrylique et disons que j’ai beaucoup continué avec l’acryl pour des questions de rapidité dans le séchage, etc. Maintenant, j’aime aussi beaucoup l’acrylique, mais je reviens petit à petit dans les dernières que j’ai peintes, je reviens un peu à mes amours du début parce que là, j’ai retravaillé avec de l’huile… plutôt techniques mixtes, parce que les fonds ont été faits à l’acryl et le reste à l’huile. Et j’aime aussi beaucoup intégrer de la feuille d’or.
Voilà. On voit sur les tableaux des petits carrés de dorure ou comme cela. C’est très joli. En tout cas, ça les fait très bien ressortir. Cela a commencé comment, cette envie de peindre ?
J’ai toujours aimé la peinture, les couleurs, depuis toute petite, c’est-à-dire que je ne marchais pas encore que j’avais déjà le fond de la cuisine à la maison pour m’ébattre dans les couleurs, si je peux le dire comme ça, et j’ai toujours beaucoup aimé la peinture mais je me suis dirigée sur l’enseignement, parce que c’était quelque chose qui me tenait à cœur. Tous mes maîtres de dessins à l’école me disaient que j’aurais dû faire une école d’art, mais je voulais être enseignante ! J’ai fait l’enseignement de maîtresse d’école, toutes les branches, pas du tout artistique. Je n’ai pas fait d’école d’art. Je suis complètement autodidacte. À l’époque, je jouais d’un instrument de musique. Je faisais beaucoup de musique, de la musique classique.
C’était quoi comme instrument ?
Je jouais du hautbois.
D’accord. C’est assez rare pour une femme, du hautbois. Ce n’est pas très classique comme on pourrait le dire.
Cela devient plus fréquent maintenant, mais c’est vrai qu’à l’époque, on était peu de femmes à jouer du hautbois. J’aimais beaucoup l’orchestre, je faisais beaucoup de musique classique et le destin a voulu que j’aie un accident de la route et que je perde de la dextérité dans la main droite. L’instrument, c’était impossible de continuer et j’ai retrouvé mes amours de jeunesse en repartant dans la peinture, en étant complètement autodidacte. À l’époque, pour les techniques de base, c’est un peintre reconnu de la région qui m’avait donné quelques cours, quelques bases.
Vous n’avez pas commencé vraiment… C’était juste par plaisir quand vous étiez enfant et après, cela c’est quand même un petit peu plus professionnalisé ?
Voilà. J’ai eu les techniques de base par ce peintre et surtout qu’il m’avait donné les techniques de base de l’huile. Après le reste, je l’ai fait par moi-même.
Vous avez suivi par vous-même pour le reste ?
Oui.
Vous avez exposé à La Chaux-de-Fonds, est-ce que vous exposez aussi à d’autres endroits dans le pays ou à l’étranger ?
Oui, pas seulement à La Chaux-de-Fonds, bien sûr. J’ai fait mes armes d’abord sur Genève, ensuite différents endroits de Suisse romande. Je suis aussi allée une fois à Zurich et du côté de la France, Paris. J’adore Paris et faire les grands salons comme le Grand Palais, le Carrousel du Louvre. J’ai aussi fait Bruxelles dernièrement, avec un échange de sociétés, le Texas, ça me plaît beaucoup.
Vous aimez bien les expositions collectives, pourquoi ?
Tout d’abord, c’est au niveau des contacts parce que cela donne la possibilité de connaître d’autres artistes, de voir ce qu’ils font, de discuter avec eux différentes techniques, leurs messages, de donner aussi son avis et également d’être présent quand le public vient pour avoir le même contact avec le public et finalement, je dirais pour d’éventuels contacts avec des galeries et pouvoir montrer les œuvres à des endroits différents.
Surtout pour le partage avec les autres artistes et tout… Pour un peu comparer les styles.
Exactement. Et on vit des moments fantastiques ensemble durant ces salons.
Surtout que c’est beaucoup plus amical que dans une galerie.
Voilà. Exactement.
Là, on est devant un de vos tableaux. Dans quel style pourrait-on vous classer ?
Je dirais que je n’aime pas les étiquettes. Je ne me sens pas dans un style, ni dans un mouvement bien précis. J’aime être Catherine Tissot, c’est-à-dire que ce que j’aime, c’est l’élément onirique, c’est-à-dire que j’aime suggérer les choses. J’aime être entre le réel et l’abstraction, c’est-à-dire qu’il y a des parties abstraites et dans ces parties abstraites, il y a l’élément onirique qui intervient et on peut percevoir petit à petit certaines choses. Comme celui-ci par exemple, qui est un hommage à Utrillo. On peut voir que je suggère, au centre en haut, une des ruelles par exemple de Montmartre, qu’Utrillo affectionnait de peindre et un personnage qui est assis au bas de cette ruelle entouré d’eau, de ciel, disons d’outremer. Outremer est l’une de mes couleurs favorites.
Ce n’est pas pour rien que vous mettez de la couleur bleue comme cela sur vos tableaux, c’est vraiment un truc que vous aimez ?
Oui.
Cela vient de quelque chose ?
J’affectionne particulièrement l’outremer, parce que je trouve que c’est la couleur de l’insondable et en même temps, ce qui nous permet d’aller le plus loin avec les yeux. Je ne sais pas si ça vient de l’habitude justement qu’on a avec le ciel ou avec la mer, parce que justement c’est toujours de la couleur outremer. Je ne sais pas si il y a quelque chose qui se fait dans notre tête à ce niveau-là, mais pour moi, c’est la couleur où on peut aller le plus loin.
Vous peignez depuis plus de vingt ans. Est-ce que vous voyez une évolution ?
Oui, tout à fait. Dans mes premières peintures, j’étais très coloriste. J’utilisais beaucoup de couleurs. On trouvait sur mes toiles toute une gamme de couleurs et comme je vous l’ai dit avant, je peignais beaucoup à l’huile. C’est plutôt une peinture qui est épaisse et non transparente. Par la suite, comme je vous l’ai dit, je me suis mise à l’acryl et l’acrylique permet justement des transparences que l’on ne peut pas avoir avec l’huile. Je travaille l’acryl aussi en épaisseur comme avec l’huile, mais tout en transparence comme avec l’aquarelle. En même temps que cette évolution au niveau de la technique, j’ai aussi cherché à aller de plus en plus à l’essentiel. Petit à petit, j’ai restreint mes choix de couleurs. Je suis allée plus à l’essentiel aussi au niveau de certaines formes, au niveau de la gestuelle parce qu’il faut dire que dans mes œuvres, je travaille beaucoup avec la gestuelle. Mais ce n’est pas une gestuelle qui est uniquement physique, c’est aussi une gestuelle retenue par rapport peut-être aux messages que je veux faire passer, qui est le message, je dirais en premier lieu, onirique. Mais il y a l’autre message qui est également très important, c’est le côté sacré de toutes choses. Le côté spirituel, c’est aussi pour cela que je cherche certaines transparences et comme je vous l’ai dit, certaines fois, j’intègre de l’or parce que c’est une matière que j’aime beaucoup.
C’est très noble.
C’est noble, c’est beau et cela permet aussi de donner ce côté précieux à l’onirique, au spirituel.
Là, vous dites que vous avez mis des feuilles d’or sur vos tableaux, est-ce que vous avez déjà travaillé dans la dorure ou comme ça ou rien à voir ?
Si. Je fais des icônes également. Je travaille la feuille d’or en posant l’or à l’ancienne avec de la colle de peau et j’aime bien de temps en temps… Je ne travaille pas toute seule sur les icônes, je travaille avec une collègue, Madeleine Pagot. Je n’ai pas seulement travaillé des icônes avec elle. De temps en temps, je fais des installations avec elle et on consacre de temps en temps une ou deux semaines, parce qu’il faut avoir vraiment un laps de temps très grand devant soi et être dans un certain état d’esprit, pouvoir travailler pendant qu’il fait jour, essayer de commencer à travailler très tôt, pas finir trop tard et être dans cet état d’esprit très serein pour faire les icônes.
Vous parlez beaucoup de la recherche de l’essentiel avec vos tableaux, est-ce que cela vient de votre grave accident ?
Oui, c’est lié à l’attristement, c’est-à-dire que j’en ai de plus en plus ressenti la nécessité d’aller à l’essentiel dans le sens que quand je suis sortie du coma, j’ai réalisé que je n’avais pas toujours vécu ce que j’aurais voulu vivre vraiment, dans le fond. Et après, par la suite, j’ai vraiment vécu ce que je voulais vivre. Je suis devenue de plus en plus moi-même et j’ai découvert en même temps que petit à petit, j’ai retrouvé toutes mes facultés. J’ai découvert toutes les forces qui nous entourent, qui nous guident et j’ai été de plus en plus sensible à ces forces. Je travaille généralement toujours en étant reliée cosmiquement à ces forces.
D’accord.
Disons que j’aimerais, par ma peinture justement, que le spectateur ressente cette sérénité, qu’il ressente ce bien-être, qu’il ressente l’amour qui est autour de nous.
Catherine Tissot, je vous remercie au nom de toute l’équipe de nous avoir accordé ce petit entretien et je vous souhaite une toute bonne continuation.
C’est moi qui vous remercie. J’ai eu beaucoup de plaisir.
Interview réalisée par Julien Pisenti
Texte retranscrit par Françoise Berthod