Concours d’attelages à Wavre
Beat Schenk
Vous êtes vous-même déjà un grand champion, je crois. Vous avez fait beaucoup de titres.
Oui. Maintenant, c’est mon cinquième titre de champion suisse.
Et bientôt les championnats d’Europe ?
Cela, c’est toujours difficile.
Éric Renaud
Juste pour les néophytes, est-ce que vous pouvez nous expliquer ce qu’il se passe à Wavre aujourd’hui et demain ?
On fait un concours d’attelage complet, ce qui s’appelle donc en trois phases. On a fait le dressage ce matin, qui se passe sur un carré de 40 sur 100 mètres, avec des figures imposées. Trois juges nous notent, nous donnent des notes de 0 à 10, le maximum, et cela fait un classement. Ensuite, on est descendu au terrain pour la maniabilité. On a des cônes avec des balles dessus et on doit passer entre. Trois catégories, la catégorie L, les débutants, les M, les moyens et les S, les équipes les plus fortes. De différences, les L ont 30 cm de plus large que les roues du char. Les M ont 25 cm de plus que les chars et les S ont 20 cm de plus que les chars et les L ont un peu plus de temps pour parcourir ce chemin entre les cônes. Cela fait environ vingt-cinq portes à faire dans un temps, ce qui fait environ 220 m à la minute pour les L et 240 m pour les M et S.
On disait souvent que le cheval est un sport très, très cher, mais quand on se promène dans le camp, bien sûr, on voit des personnes qui sont super équipées et on voit des gens qui ont aussi des équipements modestes. Est-ce que les chances sont un peu égales ?
Les chances sont heureusement un peu égales. L’argent ne fait pas tout et heureusement ça, c’est le bonheur du sport. Il y a l’entraînement qui fait énormément et bien sûr que d’avoir un bon cheval, cela aide, c’est sûr. On voit que même les meilleurs chevaux et les meilleurs meneurs passent de temps en temps derrière et c’est des nouveaux qui viennent et c’est ça qui fait vraiment le plaisir du sport.
Est-ce que dans le canton de Neuchâtel, pour un jeune qui serait intéressé par la pratique de ce sport, c’est difficile ?
Non. Maintenant, on en a plusieurs de ces juniors qui se mettent en route dans la région du Val-de-Ruz. On tâche de les encadrer le mieux possible. Bien sûr que ce n’est pas facile. C’est clair qu’il y a quand même un investissement à faire. Il faut un cheval, il faut un char. On peut commencer très gentiment et prendre vraiment du plaisir et celui qui vient regarder aujourd’hui et demain à Wavre va comprendre l’affinité qu’on trouve avec les chevaux quand on fait ça.
Vous faites partie du club neuchâtelois. Vous faites de la formation, aussi ?
Aussi un petit peu de formation et maintenant je fais partie du Championnat suisse, dans l’équipe suisse et l’année prochaine, j’aimerais pouvoir participer au Championnat du monde.
Justement ici, à Wavre, vous avez très bien commencé ?
Oui pour le moment, c’est bien commencé mais comme tous les sports, il faut toujours bien finir… Tant que la dernière porte n’est pas passée, rien n’est fait et tout le monde a ses chances pour demain. Demain, on va juste dire quelques mots, le marathon. C’est la discipline sport qui est très attractive pour les gens qui ne connaissent pas ce sport. On doit passer dans les obstacles le plus vite possible en ne faisant pas tomber les boules comme on le dit. Il y a de l’eau, c’est très spectaculaire. Pour les gens qui aimeraient venir voir ça, je vous promets que vous aurez énormément de plaisir.
Cela se fait sur combien de kilomètres ?
On appelle cela en trois phases. La première phase, on fait sept kilomètres, on va promener le long de la Thielle, promener c’est un grand mot, on va à quinze kilomètres heure. On a des temps donnés, après on doit faire 933 mètres de pas à sept kilomètres heure. Il faut un cheval qui marche très bien évidemment dans le temps et la dernière phase qui fait six kilomètres trois cents avec huit obstacles de marathon.
Vous n’êtes vous-même pas un débutant, vous avez déjà des bons résultats à votre actif ?
Oui. On vient de sortir du Championnat suisse. J’ai fait troisième au Championnat suisse, mais j’entends tous les collègues sont vraiment des amis. On se retrouve et une fois la compétition finie, on pose les guides et on boit volontiers un verre tous ensemble. Et c’est cela qui rend notre sport agréable…
Monsieur Maret
Monsieur Maret, bonjour.
Bonjour.
Vous êtes ici délégué technique, est-ce que vous pouvez nous expliquer en quoi consiste votre fonction ?
Ma fonction consiste à contrôler si tout est organisé dans le règlement. Une journée de marathon comme ça, c’est vraiment contrôler les obstacles etc. et gérer tous les problèmes techniques. Le problème d’erreur de concurrent où il y a une contestation ou quelque chose comme ça.
On vous a vu aussi tout à l’heure interpeller un conducteur de char, parce qu’il utilisait trop le fouet.
Oui, il faut faire attention surtout pour les débutants. Ils ne se rendent pas compte. Ils ont des chevaux qui ne sont pas vraiment en condition et ils sollicitent trop avec le fouet. À un moment, de toute façon, cela ne fait plus d’effet sur le cheval et vis-à-vis du public, ce n’est pas très joli.
Celui qui abuserait du fouet pourrait se voir pénalisé voire éliminé ?
Pourrait se voir éliminé. Maintenant cela devient de plus en plus strict avec ça. Aux Championnats du monde qui a eu lieu il y a une semaine, il y a quelques concurrents qui se sont fait éliminer, abus du fouet !
Maintenant, il y a encore d’autres membres, d’autres jurys qui contrôlent d’autres choses ?
À chaque obstacle, il y a un juge officiel qui est accompagné de bénévoles où il va contrôler le passage des portes. On doit passer A, B, C et D, ne pas mettre pied à terre et il y a un règlement qu’il faut suivre et chacun est responsable de son obstacle. S’il y a un gros problème, je suis là justement pour superviser.
Vous connaissez visiblement bien ce sport… Où se situent les Suisses ?
Le week-end dernier au Championnat du monde, par équipes, ils ont fait cinquièmes. Ce qui n’est pas mal. On a eu un champion du monde en attelage à deux. Le même est devenu champion du monde en attelage à quatre, il s’appelle Werner Ulrich et fait partie des cinq meilleurs mondiaux.
Mario Gandolfo
Quel âge vous avez et depuis quand faites-vous ce sport ?
J’ai seize ans. Cela fait trois ans que je pratique l’attelage.
Vous courez contre des adultes qui ont déjà beaucoup d’expérience ?
Oui. On n’est pas beaucoup de jeunes à faire ce sport. Dans notre société, on est trois juniors et pour l’année prochaine, notre but c’est de nous qualifier aux Championnats du monde Juniors en Belgique, je crois.
Vous avez déjà obtenu des bons résultats ?
Oui. J’ai été troisième au Tessin à un concours comme celui-ci. Troisième de la finale romande en 2006 et d’autres résultats.
Là, on vous a vu vous préparer pour l’épreuve suivante, c’est très important. Qu’est-ce que vous faites quand vous passez faire tous les obstacles, là maintenant ?
On reconnaît parce que l’on doit connaître les portes par cœur, alors on reconnaît le parcours, on regarde les options que l’on veut prendre.
Qu’est-ce que vous diriez aussi à un jeune ? Beaucoup de jeunes aujourd’hui ne savent pas quoi faire, ils s’ennuient. Il n’y a pas que le foot dans la vie, qu’est-ce que vous donneriez comme conseils à un jeune qui aimerait faire ce sport ?
De garder l’espoir, parce qu’au début ce n’est pas facile. On est tout le temps au dernier rang. La première année, j’étais au dernier rang. L’année d’après, j’ai commencé un petit peu à monter et la troisième place à la finale romande, cela m’a donné envie de continuer.
Qu’est-ce qui vous excite, qu’est-ce qui est fantastique ?
J’aime beaucoup les chevaux, il faut déjà aimer les chevaux, et après il faudrait qu’on essaye une fois pour voir l’adrénaline que ça nous donne dans les obstacles et comme ça.
Un jeune qui aimerait en faire, qu’est-ce qu’il doit faire ? Il doit téléphoner à l’Association ou… ?
Oui. Il peut téléphoner à la Société neuchâteloise d’attelage et après peut-être venir prendre un cours chez Beat Schenk. Et après, il y a un brevet qui se fait chaque année, soit chez Beat Schenk, soit chez Fred Cachelin.
Merci. Bonne chance pour votre avenir.
Merci.
Interviews réalisées par Jean-Pierre Lambert
Texte retranscrit par Françoise Berthod