Madame Jeanne Dettori Blandenier : Artiste peintre
Nous souhaitons la bienvenue à Mme Jeanne Detttori Blandenier. Bonjour Mme Blandenier.
Vous êtes artiste peintre. Racontez-nous comment vous êtes venue à votre art.
J’ai commencé depuis toute petite à dessiner, jusqu’à en gribouiller tous mes livres. J’en suis arrivée par l’expérimentation en ayant quelques pinceaux, quelques tableaux, des bouts de bois, des choses comme ça, à peindre dessus.
Vous avez suivi une formation en art ou quelque chose comme ça ?
Non pas du tout, à mon grand regret d’ailleurs. C’est une belle expérience malgré tout.
Vos idées, elles viennent d’où ?
C’est intuitif, oui. C’est des moments de bonheur que je partage avec la peinture et les matériaux. C’est juste ça quand je suis heureuse.
Alors, vous m’avez dit avant que vous utilisiez différents matériaux, expliquez-nous un peu comment vous faites ça ?
J’utilise de la peinture à l’huile, de la gouache. J’utilise de la peinture de carrosserie, des matériaux comme du sable, des métaux liquides, du bronze, du cuivre. Je les patine, ce sont des choses qui sont fluides. Elles tiennent, elles résistent dans des scellés spéciaux, solubles et après je les fais sécher à certaines températures. Je travaille avec un masque en général.
Vous avez aussi déjà connu des mauvaises expériences avec certains matériaux ?
Oui. C’est très drôle en général, ça fond, ça s’use, ça change de couleurs, ça réagit très rapidement.
Et quand vous commencez à faire une peinture, vous avez déjà une idée comment devrait être le résultat ?
De plus en plus, puisque maintenant j’ai envie de faire des corps. Là, j’ai décidé de faire des corps mais toujours au milieu de structures qui sont un peu ambivalentes, puisque c’est des mélanges de matériaux.
Quel genre de support vous utilisez pour vos peintures ?
Des morceaux de bois, du plâtre que je recouvre, du métal. J’aime beaucoup le métal et des feuilles d’aluminium que je replie, par la suite, pour donner des structures aux peintures, pour les redresser après.
C’est quand même des matériaux très, très différents, vous avez fait comment pour avoir l’expérience, pour pouvoir travailler avec tous ces matériaux ?
J’ai essayé. C’était de l’intérêt, très intéressée par ça, par essayer c’est ce qui m’intéressait le plus. C’était la perspective de voir comment cela résistait, comment je travaillais dessus. C’était plutôt expérimental.
C’est vraiment un art expérimental et combien d’années d’expérience vous avez maintenant avec votre art expérimental ?
On peut peut-être enlever le mot art, parce que je ne sais pas si les vrais artistes seraient d’accord que je mette ça dans de l’art, on laisse expérimental, parce que c’est ce qui me correspond le mieux, mais cela fait bien maintenant un dizaine d’années que j’expérimente sur les matériaux, sur les supports, tous les matériaux.
On pourrait dire que vous-même, vous ne vous considérez pas comme artiste ?
Non. Je ne me considère pas comme une artiste.
Mais pourquoi ? Parce que pour moi, un artiste, c’est justement quelqu’un qui expérimente avec les choses, qui trouve des nouveaux mélanges ou des nouveaux trucs, alors pourquoi vous ne vous considérez pas comme artiste ?
Je pense que ce n’est pas seulement dans l’imaginaire. Un artiste, c’est quelqu’un qui est toujours en thérapie avec ses propres choses, ses propres tableaux, sculptures, ce qu’il crée comme art, ce qui n’est pas forcément mon cas et surtout, c’est une profession. Alors que moi, je ne pense pas que ce soit vraiment ma profession. Un vrai artiste, il aura fait des écoles, des études pour montrer ce qu’il sait faire…
Vous comparez votre art comme une cuisine, comme un mélange d’ingrédients.
Oui, je pense effectivement que c’est… La cuisine, on prend des matériaux, on prend la matière première, on rajoute du sel, du poivre, des condiments qui les font changer d’arômes, de textures. La cuisson dépend aussi beaucoup de ça, c’est vrai. C’est vrai que c’est peut être de la cuisine, ça y ressemble beaucoup.
Pour faire votre art, on prend des risques. Est-ce que vous êtes une femme qui aime prendre des risques ?
Oui, c’est vrai que j’aime bien prendre des risques. C’est vrai que c’est un jeu quelque part. Comme la cuisine !
Vous adorez les défis ?
J’aime les défis, mais ils restent personnels. Ce n’est pas forcément pour les autres, c’est pour apprendre de chaque chose qui m’est présentée.
Cela, c’est quelque chose qui vous est venu de votre enfance ou cela s’est développé plus tard ?
Je mangeais deux cuisines, la méditerranéenne et la montagnarde, puisque j’ai été élevée en montagne et c’est vrai que peut-être cela a joué un rôle, puisque ma grand-maman, c’est elle qui m’a donné mes premiers crayons et qui m’a probablement appris à faire ma première fondue et ma première sauce tomates et cela peut donner quelque chose d’intéressant…
Dans quel état d’esprit êtes-vous quand vous faites vos peintures ?
Toujours heureuse. Je ne peux pas peindre si j’ai un problème, un souci. Je peux rester deux mois, trois mois sans peindre si j’ai d’autres choses à résoudre. Ce n’est pas une thérapie. Ce n’est pas un besoin d’explorer mes souffrances, c’est plutôt dans la joie, dans le plaisir de structurer quelque chose qui est liquide sur quelque chose qui est dur, qui est solide.
Vous-mêmes, vous ne considérez pas l’art comme une thérapie, de toute façon pas dans votre cas ?
Alors, je ne sais pas pour les autres. Peut-être qu’il y a des gens qui font ça, c’est de l’art thérapie. Pour moi pas, en tout cas pas. J’ai un ressenti très profond avec mes toiles, mais je vous l’ai dit d’ailleurs avant, c’est 50 % ce que je fais et 50 %, c’est votre regard qui le fera. Ce n’est pas moi qui vous donne quelque chose, c’est vous qui allez le chercher. Ce n’est pas ma thérapie, ça n’a rien à voir, c’est mon bonheur.
Est-ce que l’on peut vous commander des arts spécifiques ?
Oui, les gens prennent contact avec moi, ça arrive. Ils aimeraient intégrer un tableau dans leur intérieur comme si c’était un meuble. Nous choisissons ensemble ce qui leur plairait le plus et je fais selon leur précieux avis. Ils peuvent venir consulter, voir comment ça avance et choisir le final.
Derrière nous, nous avons intégré dans le décor, l’une de vos peintures, est-ce que vous pourriez nous expliquer quelles techniques et quels matériaux vous avez utilisés dans cette œuvre-là ?
J’ai peint sur une planche d’aggloméré et j’ai rajouté de la peinture acrylique avec de la peinture de carrosserie et là, j’ai utilisé un outil de jardinage pour pouvoir faire les gravures parce que je voulais faire comme un tronc. L’idée, c’était de juste pouvoir faire un fond et j’ai rajouté un petit chemin, ce que je trouvais intéressant de faire avec de l’acrylique. Mais je ne sais pas. Vous, vous y voyez quoi ?
Moi, je vois une sorte de ciel avec un pont dessus. Un ciel rouge, oui.
Quel est votre ressenti quand vous le voyez, ce ciel rouge ?
Il a quelque chose de calme. Le rouge, c’est au fond aussi le feu, beaucoup d’énergie, mais assez calme et quand même vivant.
C’est très intéressant, merci beaucoup.
Est-ce que vous avez déjà fait des expositions ?
J’en ai fait quelques-unes depuis 2001. J’en ai fait en Suisse, un petit peu à l’étranger et à l’étranger, j’ai eu la chance que l’on prenne l’un de mes tableaux. C’est surtout ça dans tout ce que j’ai fait qui a vraiment de l’importance pour moi. C’est une commune qui a décidé de faire une vente aux enchères, qui a pris l’un de mes tableaux et, avec la somme récoltée, ils ont pu acheter seize matelas pour les enfants dans un hôpital à Tchernobyl et c’est pour moi quelque chose qui est tellement fort, qu’une seule toile ait pu générer ça, que je me dis que cela vaut la peine rien que pour ça, pour transmettre à mes enfants, leur dire il y a seize matelas mais il y a surtout derrière beaucoup d’enfants. Ils dormaient à plusieurs sur un seul matelas et je me dis… c’est la seule chose que j’ai vraiment faite de bien avec mes toiles…
Interview réalisée par Linda Fischer
Texte retranscrit par Françoise Berthod