Madame Liliane Broillet : Centre culturel roumain

 

 

Nous avons invité aujourd’hui, Liliane Broillet, une Suissesse qui parle très bien le roumain et qui est fondatrice du Centre culturel roumain à Neuchâtel, bonjour.

Bonjour.

 

Depuis quand le Centre culturel roumain existe à Neuchâtel et dans quel contexte a-t-il été créé ?

Notre Centre culturel roumain de Neuchâtel s’est créé en 2002, en mai 2002, suite à beaucoup d’activités liées à un festival qui a été organisé en 2001 à Neuchâtel, au bord du lac, qui rassemblait plusieurs communautés étrangères choisies au hasard et qui a permis à la Roumanie en quelque sorte de découvrir la culture sud-américaine, à partager des activités et au vu du succès rencontré, nous avons décidé de faire une première journée de présentation de ce projet et le Centre est né en mai 2002 avec une quarantaine de membres fondateurs.

 

Vous avez été la première présidente, vous l’êtes toujours. Qu’est-ce que vous pouvez nous dire des activités principales qui se sont déroulées depuis ce moment-là jusqu’à présent ?

En effet avec beaucoup d’étonnement, on m’a choisie comme présidente de ce Centre alors que je suis Suissesse. Il aurait été tout à fait normal d’avoir un président roumain, mais peut être que ma passion et mes attaches pour ce pays ont décidé les personnes installées dans la région à me choisir pour que je puisse aussi les soutenir dans les premières démarches qui étaient peut-être aussi un peu difficiles au départ. Depuis lors, depuis ce mai 2002, nous avons eu toutes sortes d’activités pendant l’année. Nous en avons par saison et nous essayons de toucher tous les côtés artistiques du pays.

 

Vous pouvez nommer quelques activités principales constantes et quelques événements qui ont marqué en fait la vie, l’histoire de ce Centre culturel.

Tout d’abord, on a essayé de présenter ce Centre à travers une fête qui est importante pour les Roumains, qui est la fête du printemps, qu’on appelle le « Martior » et cette fête-là, très populaire a permis aussi d’inviter bien sûr tout le public neuchâtelois de la région, tous les Suisses qui étaient intéressés, parce qu’il faut bien le dire, nous avons la chance d’accueillir dans notre Centre des membres qui viennent de toute la Suisse, à travers une fête populaire.

 

Où il y a des autres nationalités

Non justement des Roumains, des Suisses peut être bien d’autres nationalités aussi. Tout simplement des personnes qui s’intéressent à ce pays, qui peut-être ont quelqu’un dans leur famille qui est roumain ou par exemple, à travers les échanges qui se sont passés entre la Roumanie et la Suisse pour l’aide dans les villages de Roumanie, tout cela a resserré les liens entre nos deux peuples et c’est pourquoi cette grande fête populaire a été l’une des premières fêtes pour présenter cette tradition, pour partager un moment convivial et nous présenter aux autres.

 

Et apprendre des choses peut-être, les traditions roumaines ?

Alors bien sûr qu’à travers cela, à travers tous ces échanges, on peut connaître mieux également les habitudes roumaines et les Roumains ont beaucoup de plaisir à découvrir les traditions suisses, puisqu’il s’agit vraiment de partages.

 

Vous pouvez nous donner un exemple plus concret ou de créations, quelque chose de manuel que vous avez créé ?

Dans tout ce qui est artistique, nous avons eu des expositions de peintures. On a eu la chance l’année passée, lors de la fête du printemps qu’on a organisée, ça se passe au mois de mars, mais on essaye de trouver une date commune à tous. Nous avons reçu une artiste extraordinaire de Roumanie qui vient de Moldavie, d’un tout petit village où se trouvent les beaux monastères, en Bucovine, et cet artiste est venu spécialement chez nous pour nous donner des cours d’initiation de décoration d’œufs.

 

Je vois que vous avez apporté ici dans notre studio quelques exemples.

Oui justement. Ces œufs, j’y tiens énormément parce que je les collectionne depuis déjà une trentaine d’années et ces œufs, par exemple celui-là, est un œuf traditionnellement décoré avec la technique du batik. C’est un très long travail et cette personne est venue avec son costume populaire, son beau sourire, elle est venue nous donner plusieurs cours et ce sont que des Suisses qui ont participé à ce cours d’initiation.

 

Justement, je voulais vous demander, quel impact a eu cette activité parmi les Suisses, est-ce qu’ils ont eu du plaisir, est-ce qu’ils ont participé ?

Ils ont participé en grand nombre. On a même dû donner des cours après notre fête pour profiter de la présence de cette artiste, nous avons ce même week-end-là aussi donné des cours de danses traditionnelles où elle a même participé. C’est un échange vraiment très intéressant entre les deux pays.

 

Vous avez l’impression qu’un Centre culturel, on parle maintenant du Centre culturel roumain, mais en général ça sert à ses membres en fait, aux gens qui le créent ou ça sert aussi dans une égale mesure aux autochtones, aux Suisses ?

Moi je pense que c’est un plaisir pour les deux peuples d’avoir des Centres culturels, même si je dis Centre et que nous n’avons pas d’endroit à nous. Nous occupons différents endroits lors de nos activités, mais l’utilité et surtout l’intégration socio-culturelle des Roumains en Suisse, mais aussi de permettre aux Suisses de découvrir l’autre tout simplement et c’est dans cette richesse que l’on peut partager des moments extraordinaires et les fausses idées existantes sur un autre peuple peuvent être cassées et à ce moment-là, tout échange est possible…

 

Vous voulez dire quoi par « fausses idées » ?

Parfois, on connaît très mal notre voisin. On imagine peut-être qu’il est fermé ou on ne connaît pas sa cuisine et on ne supporte pas les odeurs de sa cuisine. Toutes sortes de choses qui mettent des barrières et au moment où on a la chance de découvrir l’autre, de partager des activités ensemble, de goûter par exemple à la cuisine du pays pour ne citer que cet exemple-là. On a eu aussi dans notre Centre, des dégustations de vins, de mets. On a pu découvrir la musique des autres et on sait qu’à travers la musique, toutes les frontières disparaissent.

 

Comment vous avez perçu Neuchâtel, la ville de Neuchâtel, le canton dans ce contexte d’échanges culturels dont vous parlez ?

Moi je trouve que la ville de Neuchâtel est très accueillante. Bien sûr que je suis d’ici, je peux le dire de cette façon. Mais à travers les échanges et les discussions que j’ai eus l’occasion d’avoir avec les membres de notre Centre, je crois que beaucoup de choses sont faites pour accueillir l’étranger en général et aussi grâce à toutes les associations qui s’occupent de culture, les échanges que l’on provoque, que l’on organise, à ce moment-là, tout est possible. La Ville nous soutient également une fois par année à travers une petite subvention culturelle et, autrement, bien sûr que nous vivons grâce à la cotisation des membres et d’éventuels petits dons. Mais il s’agit surtout de bénévolat et de plaisir entre nous !

 

Les gens de Neuchâtel, du canton sont assez participatifs, sont assez accueillants à l’égard des étrangers. Comment cela se passe ? Il y a des amitiés qui se lient, des liens plus profonds à travers ces activités ?

Déjà, la Ville, le canton, je pense même la Suisse romande en général a beaucoup fait de voyages en Roumanie il y a quelques années. Il y a des amitiés qui sont nées et qui sont restées très vivantes. Grâce à cela, ça nous amène à des contacts aussi plus faciles et lorsque nous avons créé notre association, nous avons senti que le pain était déjà fait et que nous pouvions immédiatement entrer dans le vif du sujet par des activités, des conférences où les gens viennent très intéressés.

 

Personnellement pour vous, comment cela s’est passé en fait votre attachement envers la Roumanie, s’est lié à quoi ?

Mon attachement à ce pays est assez original et est arrivé il y a déjà bien des années, puisqu’il y a plus de trente-cinq ans maintenant que j’ai entendu, c’est peut-être même trente-sept ans, les premiers sons de flûte de pan qui sont arrivés de Roumanie à travers des concerts dans mon école. À travers ce premier concert qui a été un flash pour moi, j’ai découvert une musique, j’ai découvert des traditions, parce que j’ai essayé tout de suite de m’y intéresser et je me suis attachée à ce pays immédiatement. J’ai entendu à l’âge de douze ans mes premiers concerts. J’ai attendu patiemment mes dix-neuf ans et quand j’ai pu m’envoler vers ce pays, j’y suis allée. J’ai traversé dans tous les sens ce pays en ayant des contacts très intéressants avec le monde rural, avec le monde de la ville. J’y suis retournée presque chaque année jusqu’à présent. Ensuite, j’ai aussi organisé beaucoup de concerts car ma première passion, disons la plus importante, est la musique de ce pays.

 

Et les Suisses, quelle impression ils ont sur la Roumanie, puisque vous avez travaillé avec les Suisses sur les traditions, sur la culture ?

Je crois que l’image de la Roumanie est parfois noircie par certains événements un peu moins beaux, mais elle se colore immédiatement quand on leur fait entendre de la musique, quand ils peuvent connaître l’autre, goûter des délicieux plats, voir des peintures très vivantes comme on a eu l’occasion il y a quelques années, grâce à un peintre naïf que nous avions invité. Je pense que la Roumanie devient un pays très riche, très coloré et très intéressant.

 

Quel est l’avenir de ce Centre culturel roumain ? Il y a des changements prévus pour l’avenir ?

L’avenir du Centre, je pense, se présente bien. Nous avons toujours de nombreux membres dans toute la Suisse. Maintenant, ces cinq années ont permis une installation de ce Centre, des habitudes et nous allons faire des pas encore différents en ouvrant si possible notre Centre encore plus à la Suisse, en invitant encore plus de personnes à y participer, parce que nous savons que les Roumains installés en Suisse sont parfois un peu timides au début et on attend d’eux aussi, qu’ils partagent leur passion, leur talent avec nous.

 

Donc, cela sera un Centre plus grand qui va couvrir peut-être une région plus grande, pas seulement Neuchâtel ?

Il est clair que nous sommes installés à Neuchâtel, mais cela ne voulait pas du tout dire qu’il était réservé aux Neuchâtelois. Depuis toujours, des gens de toute la Suisse, même la Suisse italienne ou Suisse allemande, viennent écouter nos concerts, voir nos activités.

 

Et sur le plan personnel, vous allez continuer le travail avec ce Centre culturel, les activités avec la Roumanie aussi ?

Avec la Roumanie, les activités ne s’arrêteront jamais. J’en ai des différentes à côté de ce Centre et plus personnellement pour ce Centre, j’ai fait un beau chemin avec toutes les équipes qui m’ont accompagnées durant ces cinq ans. J’ai vraiment passé de très bons moments, mais maintenant je pense qu’il est temps de passer le flambeau. J’ai décidé à fin 2007 de remettre la présidence, afin que d’autres personnes puissent y apporter peut-être de nouvelles idées ou d’autres idées et que ce Centre continue à vivre et à s’agrandir encore.

 

Je vous remercie et vous souhaite beaucoup de succès pour la suite.

Merci, à vous aussi.

 

 

Interview réalisée par Simona Radulica Montserrat

Texte retranscrit par Françoise Berthod