Sebastian Gautsch : Entraîneur au Red Fish
Aurélien Sunier
Aurélien Sunier, bonjour.
Bonjour.
Pouvez-vous vous présenter ? Nous dire quel âge vous avez, quelle école vous suivez et le parcours scolaire et entraînements ?
J’ai seize ans. Je vais avoir dix-sept ans en janvier et je suis au CPLN en apprentissage. Je nage en élites au Red Fish. Je suis actuellement dans ma troisième année en équipe suisse.
Vous êtes entraîné par Sebastian Gautsch. Pouvez-vous nous dire quelques mots de cet entraîneur ?
Sebastian, c’est un mec… il est génial comme entraîneur, parce qu’il arrive à nous trouver des spécialités pour chaque nageur par exemple ! Il s’occupera toujours de chaque nageur et tout. Pour ça, il est bien…
Et au niveau psychologique, cela vous aide ?
Oui ça va. Quand on a des questions, on peut toujours aller lui parler et tout. Pour ça, je trouve que c’est un bon entraîneur. Il y a le dialogue, il y a l’entraînement dans l’eau. C’est vraiment bien avec lui. Je peux même lui dire merci, là comme ça…
Carine Rognon
Carine Rognon, bonjour.
Bonjour.
Est-ce que vous pouvez vous présenter ? Nom, prénom, parcours scolaire et surtout nous parler de votre passion.
J’ai dix-sept ans. Je suis une élève au Lycée Denis de Rougemont en troisième année et je suis surtout nageuse élite au Red Fish Neuchâtel et membre de l’équipe nationale.
Depuis combien de temps ?
Cela fait ma quatrième année maintenant.
Vous êtes entraînée par Sebastian Gautsch, que pensez-vous de lui ? Pas toujours facile ?
Si justement. C’est vraiment un entraîneur qui a été très important dans ma carrière de nageuse, parce qu’il m’a beaucoup aidée autant au niveau d’entraînement dans l’eau, mais surtout hors de l’eau. Il m’a aidé à me guider. C’est très facile de dialoguer avec lui et c’est beaucoup ça qui m’a aidée, m’a orientée et il a beaucoup cru en moi, c’est très important, je pense. Je le remercie aussi au passage.
Est-ce que l’aspect psychologique est important entre l’entraîneur et la nageuse ?
Oui, je pense que pour qu’une nageuse ou un nageur en général soient bons, il ne faut pas seulement qu’ils aient du talent, mais qu’ils aient une personne de confiance qui les entraîne. C’est la base de tout entraînement d’avoir confiance en son entraîneur et de ne pas avoir seulement un entraîneur qui donne à faire des bassins, mais surtout une personne qui écoute son nageur, qui sait ce qui est bon pour lui et vraiment qu’il croit en lui. C’est vraiment la chose la plus importante, croire en son nageur !
Éric-Jacques Caprani
On fait une interview, un reportage sur M. Sebastian Gautsch. Vous l’avez aussi connu. Est-ce que vous pouvez nous dire quelque chose ?
Oui, je le connais très bien, comme c’est déjà le parrain de ma fille. En plus, j’ai nagé avec lui pendant des années. J’ai nagé quelques mois avec lui quand il était entraîneur ici à Neuchâtel. Je pense que c’est une personne qui est très motivée et qui arrive justement à insuffler cette motivation aux nageurs et à franchir des paliers et c’est ce qu’il faut justement pour arriver à un certain niveau. C’est une personne qui sache motiver et qui ait justement un parcours assez intéressant sur lequel on peut se baser.
Parce qu’il a aussi fait de la natation ?
Il a fait de la natation. Il a été aux Universiades, il a été champion suisse. Là, il a un certain bagage qu’il peut transmettre à ces nageurs.
Sebastian Gautsch
Sebastian Gautsch, bonjour.
Bonjour.
Tu es entraîneur principal au Red Fish à Neuchâtel et quel est ton parcours professionnel à côté ?
C’est juste. J’ai poursuivi des études à l’Université de Neuchâtel que j’ai menées jusqu’au doctorat et maintenant, je travaille comme assistant de recherches à l’Université, à l’Institut de Microtechnique et à côté de cela, je me suis formé en tant qu’entraîneur.
Pourquoi la natation ?
Pourquoi la natation ? C’est parce que d’abord, j’ai fait de la natation moi-même pendant plus de vingt ans. J’ai vécu tellement de choses extraordinaires à travers ce sport que j’avais envie de transmettre tout ça encore à d’autres jeunes. À côté de cela, je ne voulais jamais non plus abandonner mon métier. J’ai toujours essayé d’avoir les deux aspects. Ce n’était pas toujours facile, mais pour l’instant, je n’y arrive pas mal.
Tu as une équipe de combien de nageurs ?
Ils sont une vingtaine. Ils sont âgés entre quinze et vingt-deux ans. C’est une panoplie assez large.
Qui pose parfois des problèmes, pas psychologiques, mais entre entraîneur et adolescents adultes ?
C’est clair. À travers les années que j’ai suivi ce groupe, c’est toujours un peu les mêmes que j’ai suivi depuis cinq ans. J’ai pu aussi un peu adapter ma manière d’être. Au début, j’étais plus entraîneur. Il y avait vraiment cette relation hiérarchique entre moi et ces jeunes qui devaient apprendre justement un sport. Maintenant, je suis plutôt devenu un coach. Ils savent pas mal de choses et finalement, il y a très peu de choses que je peux leur faire faire sans les obliger. Enfin, je ne peux pas vraiment les obliger à faire quelque chose. Déjà, le sport leur coûte très cher. Cela leur coûte entre cinq et six mille francs par année. Ils parcourent entre mille et mille cinq cents kilomètres par année dans la même période, ça leur coûte à peu près cinq francs du kilomètre, si on fait un peu la relation. Cela coûte plus cher qu’une voiture… À ce niveau-là, si ils ne sont pas motivés par eux-mêmes, c’est difficile moi, de les obliger à le faire. Moi, je peux juste éveiller leur passion, maintenir leur passion, leur faire découvrir de nouveaux aspects dans ce sport.
Mais comment arrives-tu à dire, tel et tel va être bon ou pas bon ? On ne va pas dire qu’il n’est pas bon, mais…
C’est un sujet de débat très pertinent en natation, parce qu’on a très peu de moyens pour déceler un talent très tôt. Ma manière à moi, c’est simplement de regarder déjà les capacités physiques qu’il a. Capacités coordinatrices. Simplement la passion. Si on voit que très jeune, déjà à dix, onze ans, il est passionné par ce sport et qu’il a du plaisir à le faire, c’est ça le mieux que l’on puisse espérer. Ensuite sur son développement physique, il y a tellement de choses qui peuvent varier durant son adolescence. C’est clair qu’il faut des capacités anthropométriques, plus on est grand, plus on a des grandes mains, de grands pieds, plus l’on pourra nager vite. Mais ça, c’est très difficile à déceler à un très jeune âge. Et le problème, c’est que si l’on veut arriver vraiment à du haut niveau, il faut travailler déjà très jeune. Il faut commencer à dix, onze ans à s’entraîner trois ou quatre fois par semaine jusqu’à l’âge de dix-huit, dix-neuf ans où l’on est vraiment à un maximum de dix entraînements par semaine.
Justement. On voit à ce moment-là que les filles arrêtent plus facilement que les garçons.
Exactement oui. Dans leur développement, les filles ont vraiment un plateau. Elles progressent très vite en étant jeunes, parce qu’elles ont des capacités physiques qui sont très développées avant la puberté, entre treize et quatorze ans. Elles arrivent déjà à un niveau quasi international à ce niveau-là. Si on prend juste l’exemple de Franziska van Almsick, qui a fait ses premières médailles mondiales à quatorze ans. On voit qu’ensuite, elle a constamment maintenu ses efforts, mais elle a stagné pendant une dizaine d’années avant de pouvoir rebattre ses propres records.
Il faut accepter ce…
Il faut accepter ce plateau. Il faut maintenir le plaisir justement. C’est ça qui est difficile dans un sport comme la natation, c’est que finalement on compte des catelles. On fait des bassins et ce n’est pas facile d’être toujours passionné par ce que l’on fait.
En Suisse, il n’y a pas de nageurs femmes, à part Flavia Rigamonti, si l’on peut dire qu’elle est Suissesse. Elle est Suissesse, mais ne nage presque jamais.
Elle ne nage plus en Suisse, c’est vrai. Au niveau mondial, on a peu de représentantes, c’est vrai. Et si on regarde au niveau suisse, on a beaucoup de jeunes nageurs jusqu’à l’âge de quinze, seize ans et ensuite, dû aussi au fait qu’ils doivent s’orienter professionnellement ou dans les études, ils n’arrivent plus à tenir leurs quotas d’entraînements. Forcément, ils mettent un peu la natation de côté.
Ce n’est pas dû aux études, au système sports études, de nouveau ?
Oui bien sûr, c’est aussi dû à cela. Moi, j’ai toujours été pour un système où l’on favorise la formation. Mon propre exemple, je n’ai pas envie de dire que c’est un mauvais exemple. Je pense que l’on peut faire du sport haut niveau et poursuivre des études, mais il faut être bien organisé. Il faut avoir beaucoup d’encadrement autour. Si il y a des problèmes dans certaines branches, il faut être soutenu et c’est peut-être à ce niveau-là qu’il y a un manque en Suisse. Il y a des dérogations qui se font pour faire des compétitions, pour faire des camps d’entraînement, mais il n’y a aucune aide pour essayer de rattraper la matière qu’on a loupée ! Et souvent cela demande plus d’énergie de rattraper les cours, parce que l’on doit les rattraper par soi-même, parce qu’on n’a personne qui les soutient vraiment.
En Suisse, on ne peut rien faire par rapport à ce manque d’écoles, de structures ?
Il y a des exemples qui sont pas mal avant-gardistes, comme au Gymnase sportif de Bienne, où il y a un coordinateur qui est engagé à 50 % qui, lui, rencontre régulièrement les sportifs. Une fois toutes les deux semaines à peu près, qui fait le point avec eux sur leur état des études également résultats sportifs et qui demande quand il faut faire des dérogations, quand il y a des cours à rattraper, où est-ce qu’il y a de la peine et les enseignants se mettent à disposition pour des cours supplémentaires, des cours de rattrapage pour ces sportifs-là. Et c’est ça qui manque en fait dans les gymnases que l’on connaît ici dans le canton… Il y a aussi un autre problème, c’est la reconnaissance des athlètes. Ce que j’entends souvent, c’est qu’ils se plaignent parce qu’ils ne sont pas motivés par les enseignants. Quand ils arrivent en classe et qui sont cinq minutes en retard, parce qu’ils viennent de sortir de l’eau, qu’ils viennent de faire un entraînement de deux heures entre six heures et huit heures du matin, c’est une remarque désobligeante de la part des enseignants plutôt que de le tolérer ou même de les encourager à faire ce qu’ils font !
On a même connu des gens qui se sont faits virer de l’école.
Oui exactement. C’est clair que l’étudiant doit maintenir un certain niveau. Il ne peut pas non plus profiter de son statut et se sentir complètement au-dessus de tout ça. Il doit montrer qu’il fait des efforts, il doit montrer qu’il a envie. Mais je pense que pour ceux qui font cette démarche-là, qui font ces efforts-là, il n’y a pas assez de reconnaissance…
Dans les médias non plus.
Dans les médias non plus. C’est clair que la natation, ce n’est pas un sport très médiatisé parce qu’on n’est pas encore au niveau mondial. C’est clair que dès que l’on aura des gens qui se battent au niveau des meilleures places mondiales, cela risque d’être un peu plus médiatisé et encore… On a quand même une Flavia Rigamonti qui a fait régulièrement des places dans les trois, quatre premiers au niveau mondial et cela n’a pas profité au sport plus que cela. C’est vrai que les nageurs sont tout contents quand on s’intéresse un petit peu à eux, quand ils ont leur photo dans le journal, quand il y a un petit reportage sur eux.
Le sujet du dopage. Il paraît que c’est un sujet que tu ne veux pas aborder ou que tu n’aimes pas aborder ?
Ce n’est pas vrai. Ce n’est pas que je ne veux pas l’aborder, mais quand je vois les débats qui se font là-dessus, il y a beaucoup d’idées reçues surtout par rapport à un sport comme la natation et je suis très content de pouvoir en parler.
Alors, vas-y.
Moi je pense que la natation, c’est un sport qui sort vraiment du cadre de tout ce que l’on peut voir dans tous les autres sports. On est dans un milieu qui n’est pas le même que le 95 % des autres sports. On est dans l’eau. Par exemple, si on doublait notre volume musculaire cela ne nous ferait pas nager plus vite, parce qu’on a la résistance à l’eau et cette résistance n’est pas… elle est beaucoup plus prononcée qu’à l’air. Si on prend, par exemple, un sprinter en athlétisme qui fait un cent mètres, si il augmente sa masse musculaire pour avoir plus d’explosivité, plus de rapidité, il va courir plus vite parce que la résistance à l’air, elle est négligeable par rapport à son effort et en natation, cette résistance elle augmente avec le carré de la vitesse. C’est des lois d’écoulements laminaires turbulents qui font que si on augmente la vitesse, si on double la vitesse, on va quadrupler la résistance. Donc, simplement le fait de prendre de la masse musculaire, typiquement le dopage aux testostérones, c’est quelque chose qui n’aide pas du tout en natation. D’ailleurs, si vous observez les nageurs entre maintenant, du XXIème siècle, et ceux des années 80 et 90, il y a beaucoup moins de masse musculaire. Le dopage des Chinoises dans les années 90 qui ont vraiment… on voyait qu’elles étaient dopées. Ce n’était pas des corps de femmes.
Et les Allemandes de l’Est non plus.
Les Allemandes de l’Est non plus. Elles étaient aussi dopées pour avoir une masse musculaire plus importante. Mais tous les records qui ont été produits à cette époque-là, ont été à nouveau battus par des femmes beaucoup plus sveltes, beaucoup plus techniques aussi et qui arrivent à mieux maîtriser l’élément aquatique plus que ces filles l’ont fait. Cela, c’est pour le dopage purement au niveau de la masse musculaire. Maintenant, si on regarde, ceux qui connaissent un petit peu la technique de la natation, si on regarde un nageur nager, un nageur qui a de l’expérience, qui sait nager, il va déjà nager deux, trois, quatre fois plus vite que le commun des mortels. Alors que si, on regarde un coureur à pied, si on regarde un sportif amateur qui fait dix kilomètres, il va peut-être courir au 30 ou 40 % de quelqu’un qui fait du haut niveau. En natation, on doit reconnaître que la technique apporte énormément. Si on observe un nageur nager, on se dit : « Comment il fait, comment il fait, c’est incroyable. Il glisse dans l’eau. »
Il perd aussi très vite. Quelqu’un qui est âgé et qui arrête un certain temps, ne va pas arriver…
C’est clair qu’après, il y a une certaine endurance pour maintenir cet effort. Mais c’est comme faire du vélo, moi cela fait trois ans que j’ai arrêté de nager. Si je vais dans l’eau, sur 25 m, j’arrive toujours à 90 % de mes meilleures performances juste parce que je sais comment me mouvoir dans l’eau. Mais c’est quelque chose qui prend beaucoup de temps. On doit apprivoiser ce milieu de l’eau. Un enfant quand il naît, il est mis dans le milieu de la gravitation terrestre. Et il apprend jusqu’à l’âge de sept, huit ans à se mouvoir dans cette gravitation terrestre. Alors en natation, quand on commence à dix ans, on doit apprivoiser un nouveau milieu où il y a la poussée d’Archimède, où on a des flottaisons, les poumons remplis d’air qui permettent d’avoir un équilibre différent dans l’eau et toutes ces choses, cela prend énormément de temps pour justement apprivoiser ce milieu et essayer de se mouvoir rapidement dans ce milieu. Je pense que l’aspect technique joue un rôle énorme dans les progrès qu’il y a eu ces dernières années. Si on regarde les records du monde, ils continuent d’évoluer. Il y a l’aspect technologique évidemment à travers les combinaisons.
Oui, c’est prouvé ça.
Oui, C’est prouvé. Cela améliore un petit peu la flottaison, ça réduit la résistance à l’eau parce qu’il y a les microfibres qui permettent de mieux canaliser l’eau, mais le plus grand progrès, à mon avis, et c’est l’avis je crois de tous les nageurs, c’est vraiment d’un point de vue technique. Si on regarde la finale olympique d’Athènes, sur 100 m dauphin, il y a ce fameux duel entre Ian Crocker et Michael Phelps qui dure depuis plusieurs années. On observe après quinze mètres de départ, Ian Crocker qui a un mètre d’avance sur Michael Phelps…
C’est invraisemblable.
Et c’est finalement Michael Phelps qui bat le record du monde. Imaginez Michael Phelps avoir la même technique de départ que Ian Crocker, parce que c’est uniquement de la technique ! Il n’y a pas une puissance de poussée depuis le plot de départ qui est beaucoup plus grande chez Ian Crocker. C’est uniquement une manière de se mouvoir dans l’eau qui lui fait déjà gagner un mètre dans les quinze premiers. Un mètre cela correspond à cinq dixièmes de seconde. Donc le record actuel qui est à 50.2 sauf erreur, il pourrait être déjà à 49.7 si Michael Phelps se donnait la peine encore d’améliorer sa technique de départ. Elle est déjà très parfaite, mais il y a encore énormément de choses à gagner et je pense que les records vont continuer à évoluer dans les années qui viennent.
Dans les longues distances, quand on voit la Française, quand on voit Laure les temps qu’elle fait, on se dit aussi : « Comment, elle tient à ce rythme-là ? »
Alors ça, c’est l’aspect endurance. Je reviens encore sur la technique. On parle de Laure Manaudou. Laure Manaudou a une technique de virage, de poussée de mur qui est exécrable ! Je pense que j’ai des nageurs dans mon groupe qui le font mieux qu’elle… Par exemple, elle est aussi tout près du record du monde sur cent mètres dos. Si elle faisait des coulées qui lui permettaient d’aller autant vite que toutes les autres concurrentes, elle aurait le record du monde facile en ce moment. Uniquement l’aspect technique joue un rôle important et c’est ce que je prône aussi dans mes entraînements pour la plupart, pour le 90 % du style d’entraînement que je donne, c’est sur la technique.
Mais l’endurance fait aussi…
L’endurance. Évidemment, c’est là qu’on voit, c’est peut-être le seul facteur où je pourrais dire que le dopage peut aider. Mais encore. La majorité des courses se déroule sur 25, 30 secondes, une minute, deux minutes, quatre minutes. C’est des courses qui, en athlétisme, correspondent jusqu’à une course de 800 mètres. La natation n’est pas un sport d’endurance. La natation en bassin, telle qu’on la voit, n’est pas un sport d’endurance. La limite extrême, c’est le 1500 m qui dure quatorze ou quinze minutes. Là, on pourrait encore dire que le dopage sur l’endurance pourrait aider. Mais sur des distances autant courtes et des temps d’efforts autant courts, on est pour la moitié de la distance dans un régime qui est anaérobique. Il y a très peu d’endurance aérobique qui entre là-dedans. Le dopage à l’EPO, par exemple, ou ce genre de substances qui améliorent justement l’endurance extensive, cela n’aide pas beaucoup dans ces disciplines-là.
Ce que je n’aimerais pas dire par là, c’est que le dopage n’existe pas en natation. Bien sûr qu’il existe mais j’arrive moi à me convaincre d’arriver à ce niveau sans dopage. À travers tout ce que je vous ai expliqué dans les différents domaines techniques qui peuvent nous amener à cette performance-là, il n’y a pas besoin de dopage. J’en suis profondément convaincu à travers les arguments que je vous ai donnés. Sinon, je ne ferais pas ce métier-là. Je ferais un métier où je m’occuperais uniquement de jeunes et éveiller le plaisir. Mais là, j’ai vraiment envie que ces jeunes arrivent au bout de leurs capacités, leurs propres capacités et qu’ils le fassent sans dopage. Je ne pense pas qu’ils pourraient se regarder en face en ayant fait ce cheminement avec du dopage.
Parmi tes nageurs, tu en as à peu près sept, huit qui sont dans un projet olympique cantonal. Comment tu les as choisis, sur quelles bases?
Tout à l’heure, je vous parlais du fait que c’est difficile de déceler les talents. Cela, c’est chez les tous jeunes. À partir d’un certain âge, on arrive quand même à évaluer les performances qu’ils font déjà. On a la chance de faire un sport qui est très quantifiable, donc ils nagent des courses. Il y a des temps, il y a des références, il y a des statistiques qui se font suivant l’âge, suivant si c’est une fille ou un garçon, suivant la discipline. On arrive à dire si le temps qu’il fait promet un avenir moyen ou un grand avenir. Cela, c’est basé sur des statistiques mondiales qui existent maintenant depuis vingt ans où l’on voit l’évolution des nageurs. C’est clair qu’il y a des évolutions qui sont très rapides au début et ensuite plus stables. Il y a des développements physiques très différents. Certains très jeunes sont déjà très performants. Ils arriveront à atteindre ces temps limites qu’on leur pose pour entrer dans ce projet olympique rapidement. Ensuite, le challenge, c’est de maintenir cette courbe de progression, de rester dans les temps qu’on leur demande pour ce projet-là. On fait en tout cas une sélection pour deux années de suite. Avec cela, on arrive un petit peu à palier aux variations de forme saisonnières dues à une mauvaise année scolaire par exemple ou n’importe quoi et on essaye de les encadrer de manière plus spécifique. Il ne s’agit pas de les faire nager plus, parce qu’ils nagent autant que les autres, mais d’améliorer leur récupération, d’améliorer leur compréhension du sport, qu’ils fassent aussi un petit peu d’analyse nutritionnelle, qu’ils fassent un petit peu attention à ce qu’ils mangent dans leur hygiène de vie, qu’ils soient un petit peu mieux entretenus au niveau des massages, l’ostéopathie. Si il y a des problèmes justement avec l’école, qu’on essaye de s’investir pour qu’ils aient un petit peu des facilités ce qui n’est justement pas facile. Mais de manière générale, ces athlètes-là pavent le chemin. C’est-à-dire que c’est avec eux qu’on va ouvrir des portes, parce qu’ils font déjà certaines performances de haut niveau. On les voit dans les journaux. Ils vont à des concours internationaux juniors. Certains vont déjà aux championnats d’Europe, championnats du monde et on aimerait montrer aux gens qu’on arrive à un certain niveau et il faut convaincre les gens. Il faut convaincre des sponsors, il faut convaincre les écoles. Il faut convaincre l’encadrement que ça vaut la peine de s’investir pour ces jeunes.
Justement, tu as fait un projet scolaire.
Oui. C’est pour la recherche des talents même si je vous ai dit tout à l’heure que c’était très difficile de déceler des talents. En premier, le plus important, c’est d’éveiller une passion, un plaisir chez les tous jeunes. Et c’est pour cela qu’on a créé cette compétition scolaire qui existe depuis quatre ans maintenant, qui s’appelle l’Arena Talent Cup et qui se déroule trois fois par année. On invite les jeunes qui n’ont pas de licence de natation. Ils viennent de l’école simplement. Ils viennent au Nid du Crô et ils nagent un aller retour, donc 50 m et on regarde le temps qu’ils font. Ensuite, on essaye de réveiller une passion chez eux, de réveiller un plaisir. Ils reçoivent un bonnet silicone. Ils peuvent ensuite venir plus souvent à la piscine pour essayer de s’entraîner s’ils ont du plaisir et de voir leurs temps progresser. À cet âge-là, les temps progressent très rapidement. Un jeune de dix ans qui nage en 55 secondes la première fois, va nager en 50 secondes la deuxième fois, 45 secondes la troisième fois. S’il revient l’année d’après, il sera en dessous des 40 secondes et on arrive très vite à un niveau régional, je dirais. Si les parents suivent ce mouvement, si les parents sont passionnés aussi, s’ils pensent que c’est un sport qui est bien pour leur enfant, ils seront aussi là derrière pour un peu les motiver. C’est à travers cela que nous, au sein du Red Fish et dans les autres clubs du canton, on essaye d’intéresser du monde à notre sport.
Je vous dirais que l’on n’a pas de problèmes. On a des listes d’attente assez énormes, surtout dans nos écoles de natation, parce que les parents aiment bien inscrire leurs enfants pour qu’ils apprennent à nager, mais ils ne pensent jamais au fait que beaucoup plus tard, ils feront de la compétition. On a souvent des écoles de natation pleines et ensuite le pas pour faire de la compétition, on a un peu moins de monde, mais on est toujours en liste d’attente.
Une dernière question avant d’arriver au terme de cette émission. Pourquoi fais-tu ce métier ?
C’est clair qu’en m’écoutant pendant toute cette interview, on a vraiment l’impression que c’est vraiment…
Le gourou.
Le gourou élitiste qui va prendre certains nageurs et qui va foncer vers Pékin et Londres. Cela, c’est juste le chemin et même pour ces athlètes qui ont le potentiel d’aller aux Jeux, l’important c’est le chemin parcouru. Ce n’est pas forcément le but. On doit avoir un but pour parcourir le chemin et le chemin parcouru, ce n’est pas uniquement pour ces sept, huit nageurs, c’est pour tous les nageurs que j’encadre, tous les gens de mon club, c’est de profiter. C’est la première fois que des jeunes ont la possibilité de travailler sur un objectif qu’ils se fixent eux-mêmes. Souvent, ils sont beaucoup encadrés, ils sont beaucoup pris en main dans leur vie, dans leur vie d’adolescent, à l’école on leur dit quoi faire, ils ont des devoirs, ils ont des travaux écrits à préparer. Au niveau parental, ils ont des heures de sortie et tout. Là, c’est vraiment eux qui sont déjà maîtres de ce qu’ils veulent faire. Moi, je suis uniquement là pour les encadrer, pour leur donner des conseils et c’est assez impressionnant de voir à quel point ils arrivent à se construire eux-mêmes à travers un premier objectif dans leur vie. Ensuite, le passage à la vie professionnelle, il se fera beaucoup plus facilement, parce qu’ils auront déjà l’habitude de se fixer un objectif, de se donner les moyens d’atteindre cet objectif et c’est ça qui me passionne en fait dans ce sport. C’est que c’est un sport très dur, très peu valorisant et il n’y a aucun avantage financier. Il n’y a aucun avantage médiatique et la seule chose, c’est d’essayer d’améliorer ce que l’on fait et d’améliorer ses propres performances. Déjà cela permet de connaître son propre corps. Je pense qu’avant d’aller chercher les étoiles et d’analyser des lois physiques, de voir ce qui se passe dans le monde, le plus important, c’est de se connaître soi-même très bien et je pense qu’à travers ce sport-là, les gens l’apprennent.
Très bien. Je te remercie et te souhaite plein d’athlètes qui gagnent…
Merci beaucoup.
Interview réalisée par Françoise Berthod
Texte retranscrit par Françoise Berthod