Monsieur Sylvio Bernasconi : Entrepreneur
Monsieur Bernasconi, bonjour.
Bonjour.
Et merci d’avoir accepté de venir visiter notre petite télévision à Bevaix et surtout de répondre à nos questions. J’aimerais bien, si vous êtes d’accord bien sûr, parler de votre projet de télévision. Comment faire autrement ? Parler aussi évidemment de Xamax, dont vous êtes le président et cela me ferait plaisir de parler des origines de la famille Bernasconi. En tout cas de votre entreprise, parce que le départ est quand même assez magnifique. Vous êtes une famille tessinoise, c’est juste ?
Tout à fait. C’est mon arrière-grand-père qui en 1938, je crois, a décidé de se déplacer avec ses trois fils à Neuchâtel, parce qu’il n’y avait pas beaucoup de travail, à l’époque, au Tessin. Il a décidé de venir ici au canton de Neuchâtel. Il s’est établi d’abord dans un premier temps à Neuchâtel et ensuite, ils se sont déplacés au Val-de-Ruz où mon grand-père a ouvert son entreprise.
On dit qu’il est venu avec très peu d’argent. Il n’était pas très riche.
Effectivement. Mon grand-père, il a commencé avec un petit char. Il a commencé par faire des petits travaux, des petits murs, des crépissages, des cheminées. Il a commencé comme ça. Il a développé cette entreprise pour un jour arriver peut-être… vingt-cinq ans plus tard, il avait six ou sept cents collaborateurs.
Comment vous expliquez son succès ?
Ce n’était pas le seul qui était dans ce cas. Il y avait beaucoup d’entrepreneurs qui sont arrivés dans la région, surtout en Suisse romande. C’était des gens qui travaillaient beaucoup, beaucoup plus que les autres et à force de ténacité, de travail et d’abnégation, ils arrivaient à une motivation. Ils arrivaient à construire de grandes sociétés.
Vous avez gardé ça de votre grand-père ? On entend dire que vous bossez quoi… douze, treize, quatorze, quinze heures par jour ?
Moi, j’ai une méthode. Je travaille quinze heures par jour sauf le week-end. Le week-end, je le consacre à ma fille, j’ai une petite fille de six ans, et au Xamax.
Et ça, c’est la recette, pour vous, pour réussir aujourd’hui ?
Aujourd’hui, on ne va rien vous donner. Si vous ne travaillez pas beaucoup, beaucoup et que vous n’avez pas une immense motivation, vous n’arriverez jamais et tout ne vous vient pas tout seul dessus. Il faut mériter le succès et le travail… pour obtenir du succès, il faut travailler.
C’est valable dans n’importe quel job ?
C’est valable partout.
À un moment donné, l’entreprise Bernasconi a eu des problèmes, ça arrive comme dans toutes les entreprises, c’est à ce moment-là que vous, vous avez repris l’entreprise ?
Disons que malheureusement pour moi, mon grand-père s’est tué avec ma grand-maman à Lucerne dans un accident de voiture. C’était, je crois, en 1974. Dès cette date-là, c’est mon père et mon oncle qui ont repris l’entreprise. Et certainement qu’ils n’étaient pas assez aguerris pour… comme beaucoup d’autres entreprises d’ailleurs de la région qu’on a connues voire même en Suisse romande. C’était des coutumes qui voulaient que le patron cède son entreprise à ses fils et ce n’était pas toujours la bonne solution, c’était régulièrement pas la bonne solution, en tout cas chez Bernasconi et quelques années plus tard, on s’est retrouvé en grandes difficultés effectivement. Mais grâce à un arrangement avec les banques, ils m’ont laissé repartir avec deux de mes collaborateurs et voilà. C’était en 1997 et nous, on a eu du succès.
Et vous avez réussi assez rapidement à la remonter. Toujours la même recette, beaucoup travailler, beaucoup…
Comme je l’ai dit, il faut beaucoup de travail, beaucoup de motivation et il faut aussi de la chance. Sans chance, vous n’arrivez pas. Nous, on a eu tout ça. On a eu ce cocktail et on a redressé cette entreprise de façon incroyable. On n’a pas seulement travaillé ici au canton de Neuchâtel. On s’est déplacé d’abord dans toute la Suisse romande, notamment à Genève où on a eu beaucoup de succès et après, le succès venant, j’ai cherché d’autres solutions pour continuer le développement de cette entreprise. Je suis parti à l’étranger, je me suis tourné vers l’étranger et là, j’ai fait de très bonnes affaires qui me permettent aujourd’hui de m’occuper du Xamax notamment.
Puisque vous venez sur Xamax, là aussi, on a un peu la même situation. Vous êtes arrivé à Xamax, pas vraiment par hasard, vous êtes un passionné de football, tout le monde le sait. Mais là aussi, vous arrivez dans un club qui n’était pas vraiment en bonne santé ?
C’est le moins que l’on puisse dire. Cela, c’était en 2005. Le club était dans des difficultés terribles et nous, avec l’entreprise Facchinetti et l’entreprise Bernasconi, on construisait ce stade. Plus ce stade, d’abord on était en plein gros œuvre, c’était au mois de mars, avril. Plus le stade sortait de terre, plus le Xamax s’enfonçait ! À un moment donné, avec Michel Favre, on a décidé que si on ne reprenait pas ce club, le club faisait faillite. Il disparaissait. Il n’y avait pas d’autres solutions ! Le club, on nous annonçait d’abord deux millions et demi de dettes. Après, c’était plutôt trois millions et demi et pour finir avec Michel, quand on a repris le club, on a dû subir plutôt quatre millions et demi de dettes…
Alors on sait, du moins, c’est ce qu’il se dit, on ne gagne pas d’argent en étant président d’un club, en tout cas pas en Suisse. Il y a un côté un peu maso chez vous ?
Écoutez, moi j’adore le football. J’ai pratiqué le football quand j’étais gamin tout le temps. Après, j’ai fait mes juniors aux Geneveys-sur-Coffrane. Je n’étais pas un joueur très brillant malheureusement.
Vous fumiez trop !
Pas ce temps -là. J’ai toujours aimé. Le football, c’est aussi… il a un rôle social à jouer. Et moi, je ne voyais pas ce Xamax disparaître comme ça et à un moment donné, il faut aussi dire que la région, le canton de Neuchâtel, la ville de Neuchâtel, tous les villages du canton de Neuchâtel, même à La Chaux-de-Fonds, on m’a beaucoup donné parce que moi, j’ai une entreprise de service. Ces gens m’ont beaucoup donné. Ils m’ont aidé aussi à refaire ce que Bernasconi est devenu aujourd’hui et aujourd’hui, c’est à moi à rendre la pareille, d’où j’ai dit : « Maintenant, c’est moi qui reprends ce club. » Plusieurs années, j’ai aidé ce club financièrement. J’ai mis beaucoup d’argent avant que je sois président. À un moment donné, je me dis : « Zut, mieux vaut que je fasse tout moi-même », d’où je me suis lancé en 2005. J’ai sauvé, avec plusieurs amis, pas tout seul, parce qu’un homme tout seul, il ne fait rien du tout. Plusieurs amis m’ont aidé et notamment tous les membres du conseil d’administration m’ont aidé à reprendre ce club et à le sauver.
C’est un peu pour rendre ce que vous a donné le canton de Neuchâtel.
Exactement. C’est pour ça que je n’ai pas hésité longtemps. J’ai dit maintenant c’est moi qui fait avec mon projet et mes idées à moi.
Maintenant, on pourrait se dire : « Bon, il reprend l’entreprise Bernasconi qui est en difficultés, il l’a remet sur les rails. » Vous dépassez les cinquante ans. Vous pouvez vous dire : « Maintenant, je me fais la vie tranquille… » Non, vous repartez dans une aventure incroyable avec Xamax et comme cela ne vous suffit pas encore, vous décidez aussi, avec des amis et des gens très compétents, de vouloir lancer une télévision qui, si vous obtenez la concession, pourra diffuser ses émissions sur tout le canton de Neuchâtel et le canton du Jura. C’est encore un défi assez fou ?
Vous savez, quand j’ai repris le club, le Xamax… je ne suis pas là seulement pour sauver le Xamax, je suis là pour faire un grand Xamax. Cela sera du travail. C’est du travail. C’est dix ans de travail avant de faire un grand, un Xamax comme moi, je le vois. Mais pour que je réussisse et que je puisse continuer le développement du Xamax comme je le vois, il me faut des médias. Donc, je m’étais approché, à l’époque, de Canal Alpha notamment, pour donner un coup de main dans le stade. Je voulais qu’il y ait des interviews, que la caméra, que la télévision soit proche du club, qu’elle soit proche du public, qu’elle soit extravertie, qu’on aille vers les gens, qu’on interroge les supporters pendant et après le match et que ça repasse en boucle dans toutes les télévisions. Vous savez qu’il y a une quarantaine de télévisions dans le stade. Je m’étais approché de Canal Alpha. Canal Alpha avait des exigences incroyables financières et moi je ne comprenais pas. Moi, je pensais plutôt recevoir de l’argent. Mais non, c’est eux qui m’en demandaient beaucoup ! Alors à un moment donné, comme mon Xamax à moi, je le vois en plein développement, j’ai besoin des médias, parce que j’ai besoin de sponsors. Sans médias, pas de sponsors.
À un moment donné, il est venu l’opportunité pour moi et pour le Xamax de déposer un dossier par M. Claude-Alain Stettler qui m’a dit : « Écoute, il y a une concession qui va être remise en soumission. C’est une concession qui s’appelle la zone 4, qui relie donc tout l’Arc jurassien, c’est-à-dire le Jura, le canton du Jura, le Jura bernois, le canton de Neuchâtel et le Nord vaudois, un bassin de 340'000 personnes. » C’était une grande opportunité pour nous de soumissionner et d’essayer de prendre cette concession.
Moi, quel est mon objectif ? En réalité, il n’y a pas que le Xamax là-dedans. Moi, j’aimerais faire une télévision qui soit extravertie, qui va vers les gens, qui soit pétillante, pleine d’idées, qu’elle fasse de l’information. Ce n’est pas pour l’information, c’est aussi pour le canton du Jura, le Jura bernois, le canton de Neuchâtel, on a besoin de ça. On attend que l’on parle de nous en bien. Plus on parlera de ces régions, plus les gens se diront : « Nous, on veut venir aussi investir et pourquoi pas ouvrir une usine, venir dans cette région. Cela à l’air bien, ça a l’air performant. » Ensuite de ça, il y avait le deuxième aspect, l’aspect sportif. Canal Alpha donne environ le 2,5 % de ses programmes par année sur le sport. Pour moi, c’est insuffisant ! Moi, je vois plutôt le 50 %. Étant dirigeant de club, je connais tous les problèmes aujourd’hui que tous les autres dirigeants ont comme moi, c’est-à-dire, qu’ils ont besoin de sponsors. Pour avoir des sponsors, comme je l’ai dit tout à l’heure, il faut des médias.
On va vous reprocher de vouloir faire une télévision pour Xamax.
Absolument pas. Moi, je veux être près des clubs de ligue nationale, de tous les sports, de tout cet Arc jurassien en passant par le basket à Boncourt, en passant par le HC Ajoie, par les SR de Delémont, les clubs phares du Jura. Ensuite, il y a le HC Chaux-de-Fonds. Ensuite, il y a beaucoup de clubs de ligue nationale ici à Neuchâtel, on n’en parle pas beaucoup, il y a le volleyball, le basketball et il y a aussi le FC Yverdon, mon ami Cornu et évidemment, il y a le Xamax. Plus on parlera de ces clubs, plus on ira vers ces clubs et eux plus ils arriveront à trouver des sponsors.
C’est le principal reproche que vous faites à Canal Apha, ça, ne pas assez faire de sports ?
2,5 % de sports pour une télévision régionale, ce n’est vraiment pas beaucoup. Vous savez, tous ces gens qui sont à la tête de ces clubs, il faut leur dire merci, parce qu’ils s’occupent de beaucoup de jeunesse. Cette jeunesse, elle est sous le panier du basket, elle est sur le terrain de football, sur la glace et tant que tous ces jeunes sont là, ils ne sont pas ailleurs en train de traîner dans les bars ou dehors. Et il faut remercier tous ces présidents, tous ces gens, tous ces comités qui s’occupent de tous ces clubs. Et tous ces gens, ils ont besoin de soutien et ils ont besoin que l’on parle d’eux et que l’on aille vers eux et qu’on les aide. Voilà pourquoi je suis là !
Vous avez l’impression que tous ces clubs jouent un rôle social ?
Tous ces clubs, ce n’est pas une impression, joue un rôle social important.
Vous pensez donc que si on parlait plus d’eux, si il y avait plus d’argent, on aurait automatiquement de meilleurs résultats dans tous les sports ?
Eux, plus ils auront de l’argent, plus ils arriveront à se payer des entraîneurs, des infrastructures, plus ils arriveront à développer leur sport et mieux cela sera pour tout le monde.
Cette concession, la décision va tomber au printemps, vous êtes très optimiste ? Qu’est-ce qui fait dire, si par exemple, c’est l’OFCOM qui va décider, c’est des experts, si c’était les citoyens qui devaient voter, est-ce que l’on choisit la télévision à M. Bernasconi ou Canal Alpha ? Qu’est-ce que vous diriez pour que l’on vote pour votre télévision finalement ?
Tout d’abord, pour revenir à l’OFCOM, ils ont mis en soumission toutes les concessions de Suisse et ils avaient un cahier des charges. Nous, on a rempli totalement et on a respecté ce cahier des charges. Mais en plus, nous, on veut venir avec de gros moyens. On veut faire le siège principal de cette télévision à La Chaux-de-Fonds et nous aurons, bien entendu, un studio au Jura, à Delémont, un studio à Neuchâtel et dans un deuxième temps, un studio à Yverdon. Maintenant comme nous, on veut une télévision, moi j’aimerais une télévision qui soit pétillante, qu’elle donne la joie de vivre, qu’on ait envie de la regarder, j’ai beaucoup aimé ce qu’a fait M. Pierre Steulet avec ses radios, c’est pour cela que M. Steulet est avec nous, parce que moi, je ne suis pas un homme des médias. Les idées sont là, c’est un bon début, mais après cela s’arrête là. Il faut faire vivre cette télévision et aussi avec M. Claude-Alain Stettler, il me semble que l’on est un bon trio et que l’on devrait obtenir du succès avec cette télévision. Nous, on est confiant pour obtenir cette concession…
Vous parlez télévision. On vous a présenté rapidement notre petite télévision ici à Bevaix, votre avis ?
Moi, je voudrais vous féliciter, c’est fantastique. Là, vous m’avez fait visiter vos installations. Vous êtes une équipe formidable. Moi, je vous souhaite plein succès et nous, on viendra aider cette télévision !
En tout cas, dans un premier temps, on vous remercie d’avoir accepté cet entretien, d’être venu ici nous rendre visite et je vous souhaite aussi une très bonne année 2008 pour vous, votre famille, pour Xamax et pour cette télévision.
Merci beaucoup.
Merci à vous.
Interview réalisée par Jean-Pierre Lambert
Texte retranscrit par Françoise Berthod