Les poèmes du berger : Petite Monia, ou au passant trépassé, à la passante dépassée

 

 

Tu me dis que cette vie

C’est pas ce que t’as rêvé

Qu’elle était bien jolie

Qu’elle te faisait chanter

 

Que c’était un petit nid

Où t’avais préparé

À longueur de nuits

Deux-trois chambres d’oiselet

 

Mais moi je te dis « Coucou »

Y faut pas te presser

On ira bientôt où

Le cœur sait palpiter

 

Tu me dis qu’au Pérou

Y a plus un seul inca

Mais qu’on trouve les fous

Bien plus près que l’on croit

 

Les asiles fourmillent

Dans ces cités infâmes

D’angoisses qui nous prient

D’ignorer les vrais drames

 

Mais moi je te dis « Loulou »

Y faut nous adresser

Ailleurs qu’à ces filous

À d’autres petites fées

 

Tu me dis que la mort

Ce n’est rien qu’une sortie

Une fenêtre sans rebord

Une âme sans alibi

 

Un trottoir sous la pluie

Qu’estocade un talon

Et deux jambes de fille

Vendues comme du jambon

 

Mais moi je te dis « Didine »

C’est l’Homme qu’il faudrait pendre

Son orgueil l’assassine

Dans ses rêves de cendres

 

Tu me dis que la mort

Ça nous arrivera pas

Parce que notre décor

N’a aucun au-delà

 

Que ton simple sourire

Fait peur à leur acné

Sur la scène des soupirs

Tu danses sur leur nez

 

Alors je te dis « Quiquine »

Il faut que l’on engendre

Deux-trois idées taquines

Qui sauront nous défendre

 

Tu me dis que la mort

Ça n’arrive qu’aux vieux

Qu’aux vieux jeteurs de sort

Qui ont trop baissé les yeux

 

Cavaliers sans principe

Galopant sur leur chaise

Dans un corps qui se grippe

Loin du ciel de genèse

 

Mais moi je te dis « Mimine »

Il faut les comprendre

Cinquante ans à l’usine

Ça les rend pas trop tendres

 

Tu me dis que la mort

Devrait pas exister

Quand on n’a plus de corps

On devrait exploser

 

Que la came, le sida

C’est des histoires de fric

Tout ça, c’est cinéma

C’est une bombe politique

 

Mais moi je te dis « Bibine »

Y faut pas te rendre

Tant que t’auras la mine

Tu pourras les surprendre

 

Tu me dis que la vie

C’est souvent traverser

Des chemins pleins d’orties

Des rivières glacées

 

Et prendre de gros coups

En plein dans le bide

Cacher que t’as du goût

Dans ce monde insipide

 

Mais moi, je te dis « Boubou »

Faut pas trop y penser

Du moment que je t’avoue :

« De toi je peux plus me passer » !

 

Tu me dis les ripoux

Mènent le bal dans le Monde

Et qu’à part les grigous

Personne danse plus la ronde

 

Que les enfants dans la cour

Ne jouent plus comme avant

Qu’on soit contre ou bien pour

L’école crée des rampants

 

Mais moi je te dis « Nounou »

Y faut pas t’oppresser

Je resterai ton petit loup

Pour te faire rêver

 

Je te dis que la vie

N’est pas qu’une alliance

Deux bagues de pacotille

Qui se lient d’espérance

 

Comme deux corps noués

Serpentés en une tresse

Ou une maison louée

À notre humour en laisse

 

Alors ma petite joie

Qu’elle est la solution ?

Etre à l’abri de moi

Et de ma déraison

 

Je te dis que la vie

C’est enfin exister

À travers nos envies

De nos vers peuplés

 

De ces folies subtiles

Que nous côtoierons

Loin de ces grandes files

Sans honneur et sans nom

 

Alors ma grande foi

Dis-moi si c’est « Passion » ?

De vouloir près de Toi

Terminer ma chanson !

 

Terminer ma chanson !

 

 

Poème écrit par Éric Broye

Texte retranscrit par Françoise Berthod