Les poèmes du berger : J’ai mal aux couilles
Pour toutes ces fleurs de muguet
Qu’un soir on a dépucelées
J’ai mal aux couilles
Pour des souvenirs qui font mal
Reconstitués dans une malle
J’ai mal aux couilles
Pour ces déchirures d’oubli
En souvenance sous la pluie
J’ai mal aux couilles
Et pour ces fleurs effacées
Que l’on reflore au mois de mai
J’ai mal aux couilles
Pour toutes ces filles qu’on a trouvées
Et qui deviennent femmes oubliées
J’ai mal aux couilles
Pour ces femmes retrouvées
Pour ces filles roulées
J’ai mal aux couilles
Pour quelques autres embrassées
Par des baisers trop angoissés
J’ai mal aux couilles
Et pour celles envolées
En un ciel trop étoilé
J’ai mal aux couilles
Pour celles d’un mariage raté
Par trop de rêves interposés
J’ai mal aux couilles
Pour celles d’une vie copinisée
Qui finiront en matinée
J’ai mal aux couilles
Pour celles qui partaient plein bonheur
Avec cap sur coups au cœur
J’ai mal aux couilles
Et pour ces femmes-désillusion
Qui n’auront plus rien d’horizon
J’ai mal aux couilles
Pour la cocue de vingt-cinq ans
Et qui n’a même pas d’amant
J’ai mal aux couilles
Pour la femme monument
Qui attend encore son amant
J’ai mal aux couilles
Pour celle à qui il est venu
Et qui crève sans sa vertu
J’ai mal aux couilles
Et pour vieillesse qui s’amène
Avec les fesses qui se gangrènent
J’ai mal aux couilles
Pour la femme à la vieillesse
Qui oublie ses reins en liesse
J’ai mal aux couilles
Et pour la vie qui lui pose
Dans son panier la ménopause
J’ai mal aux couilles
Pour la prime qui la garde
Même veuve, même mégarde
J’ai mal aux couilles
Pour ses robes peintes en noir
Et dans sa nuit, un dernier phare
J’ai mal aux couilles
Pour son espoir bien-restant
Pour son souper trop bien-portant
J’ai mal aux couilles
Et pour l’amour de ses enfants
Qu’elle reverra à son enterrement
J’ai mal aux couilles
Et pour ses arrière-petits-enfants
Qui savent pas qu’elle a le temps
J’ai mal aux couilles.
Poème écrit par Éric Broye
Texte retranscrit par Françoise Berthod