À l’école des chiens : Le cours PAM
Sandrine Ryser
Cela s’appelle le cours PAM (Prévention des Accidents par Morsures de chiens). On est le premier canton en Suisse précurseur pour ça. On explique aux enfants la manière dont ils doivent réagir lorsqu’ils rencontrent des chiens dans la vie de tous les jours ; que ce soit à la maison, dans la rue, etc. On leur indique des positions de sécurité, et ils apprennent également quatre règles d’or. La première, c’est de ne pas courir. La deuxième, de ne pas gesticuler. La troisième, de ne pas crier, et la quatrième, de ne pas fixer un chien dans les yeux.
Est-ce que vous avez l’impression que les enfants sont intéressés et retiennent ce que vous dites ? Ou est-ce que c’est pour eux une récréation ?
Non, je ne crois pas que ce soit une récréation. On se rend compte maintenant, et ça fait bientôt cinq ans qu’on tourne, que les enfants qui étaient à l’école enfantine se rappellent très, très bien toutes les règles qu’on avait vues ensemble à l’époque.
Est-ce que vous voyez une différence entre les enfants qui ont déjà un chien à la maison et ceux qui n’en ont pas ?
On voit une différence. Mais elle n’est pas forcément positive, parce qu’on se rend compte que les morsures se passent le plus souvent avec des chiens connus, et que les enfants qui ont des chiens à la maison font beaucoup de petites erreurs. Et c’est ça, à la longue, qui va peut-être déclencher la morsure du chien. Des fois, ils font très juste, mais parfois ça peut aussi poser des problèmes. Parce que quand on connaît trop bien l’animal, on peut aussi faire des bêtises.
On lui manque plus facilement de respect.
Par exemple, oui… Tout à fait ; c’est juste.
Et les parents ? Est-ce que c’est bien perçu, bien vu de leur part, ces cours qui sont donnés ?
Oui. Moi, je pense que oui. Tout à fait. D’ailleurs, les parents ont aussi la possibilité de venir aux cours s’ils en ont envie. Pour suivre, etc. Il y en a qui ont un petit peu peur aussi. Mais ils peuvent venir avec leurs enfants et sont les bienvenus.
Comment devient-on éducatrice PAM ?
En fait, l’histoire remonte à cinq ans, lorsque le Service Vétérinaire a fait un avis de recherches, qui était d’ailleurs assez rigolo dans le journal. Ils ont cherché des gens qui arrivaient à bien parler aux enfants, et qui avaient aussi des chiens. Ils font aussi passer des tests qui sont très sérieux, pour pouvoir bien sûr aller dans les classes. Ensuite, on a suivi une formation pendant environ quatre à cinq mois. On allait à Cernier, où on était neuf à être formés. Maintenant, on est deux groupes de quatre à tourner dans le canton de Neuchâtel, et on a chacun une remplaçante. On va arriver à dix personnes. Pendant cette formation, on a dû tout mettre en œuvre. On est arrivé comme des bleues, comme on dit. À force de travailler, de discuter ensemble, on a atteint un résultat probant, je trouve…
Les institutrices et les instituteurs qui aimeraient que vous veniez leur rendre visite, comment doivent-ils faire ?
À chaque début scolaire, le Service Vétérinaire envoie des inscriptions. Soit dans les collèges, soit directement aux maîtresses ; ça dépend. Là, les maîtresses ont la possibilité de s’inscrire ou pas. Pour cette année 2008, il reste quelques places à donner pour le mois de juin. Sinon, les inscriptions reviendront au mois d’août. Grâce à ça, on touche quand même environ 95 % de tous les élèves.
Évelyne Sacristan
Je trouve très important avec tout ce qu’on entend se passer autour de nous. On entend presque tous les jours des accidents qui se sont produit avec des enfants et des chiens. Je trouve vraiment important qu’ils soient informés et mis au courant de ce qu’ils peuvent faire pour éviter cela. Moi, je les fais venir tous les deux ans, en tous cas, et ils ont déjà une formation à l’école enfantine. Justement, comme j’ai deux degrés, de première et deuxième année, je ne vais pas les faire chaque année non plus. Mais c’est vrai qu’il est important de le faire régulièrement. Je trouve même qu’il faudrait peut-être aussi le refaire plus tard, dans les plus grandes classes. Cela se passe très, très bien en classe, mais le jour où ils seront mis en confrontation avec des chiens dans la réalité, est-ce que cela se passera de la même façon ? Cela, c’est un point d’interrogation pour moi. Je pense un petit peu, en fait, comme lors de la visite des gendarmes. Ils ont aussi des formations pour ça et on voit que les enfants sont vraiment très attentifs le moment venu et qu’ils participent très bien. Sur la route, ils font très attention. Ils arrivent au bord du trottoir, font attention et tout… Mais quand on les regarde jouer et qu’une balle part sur la route… Ça y est, on court sans réfléchir… Et je crois que ça, jusqu’à onze, douze ans, ce n’est pas encore acquis. Il faut vraiment le temps, et beaucoup y penser. Ma foi, c’est la vie…
Chloé, 8 ans
Alors Chloé, c’est la première fois que tu voyais des chiens aujourd’hui ?
Non, quand j’avais trois ans, j’avais un chien.
Dis-moi ce qu’il faudrait faire quand on voit un chien arriver tout à coup dans la cour d’école en criant ou en aboyant ?
On fait le poireau et on croise les bras.
Et si on tombe par terre ?
On fait la pierre.
Et c’est quoi faire la pierre ?
On se met à genou et en boule.
Si tu es en train de manger un sandwich, et que le chien arrive en voulant te le voler, qu’est-ce que tu fais ?
Je le lâche, et après je fais le poireau.
Quand tu vois un joli chien dans la rue, en train de pleurer parce que sa propriétaire n’est pas là, qu’est-ce que tu fais ?
Je l’ignore.
D’accord, mais s’il pleure ?
Je l’ignore quand même.
Et quand tu as envie de caresser un chien et que la propriétaire est à côté, tu fais comment ?
Je demande si je peux le caresser. Si elle dit non, je pars, et si elle dit oui, je l’appelle. Et s’il ne veut pas se faire caresser, et bien voilà…
Tu en as un chez toi ?
Non, plus maintenant.
Et tu aimerais ?
Oui.
Quand un chien dort ou mange et que tu aimerais t’amuser avec, qu’est-ce que tu fais ?
Je le laisse tranquille, et je jouerai avec lui quand il aura fini ou se réveillera.
Et s’il t’a volé un jouet et qu’il dort à côté de ton jouet ?
Je le laisse. Quand il part, je le reprends vite.
Pour toi, c’est intéressant d’apprendre tout ce que les dames t’ont enseigné aujourd’hui ?
Oui.
Michel Dey
L’origine du cours vient d’Angleterre, mais le Canton de Neuchâtel a débuté avec ce cours suite à un fait divers. Dans le canton de Neuchâtel, on a également connu un cas de morsure assez grave. Heureusement pas aussi grave que ce qui s’est passé à Zurich, mais ça a déclenché à nouveau tout un battage publicitaire. On s’est rendu compte qu’on n’avait pas de législation pour intervenir dans un premier temps vis-à-vis du propriétaire et du chien fautif. Et par la suite, on s’est dit que ce n’est pas tout d’intervenir envers les animaux fautifs et leurs propriétaires. Il faut également trouver un moyen d’apprendre aux gens comment se comporter avec l’animal en tant que propriétaire, puis en tant que personne confrontée à un chien. En fait, ce cours est payé par une partie des taxes que les propriétaires de chiens versent à la Commune. La Commune rétrocède une partie à l’État, et cet argent-là sert entre autre à la prévention. Les propriétaires de chiens nous font bénéficier de la possibilité de donner ce cours dans les classes. Notre canton, pionnier pour ce programme, est le premier canton suisse à avoir instauré ça au niveau étatique. On se rend compte qu’on a de bons résultats au niveau des statistiques de morsures de chiens, puisque là aussi, le Canton de Neuchâtel, pionnier en la matière, en a enregistré les morsures… On a rendu l’obligation des annonces faites par les médecins, avant que ce soit au niveau fédéral. Maintenant, après cinq ans, on a pu se rendre compte qu’effectivement, il y a une diminution des morsures dans le canton auprès des enfants, et même des adultes.
Ce qui est assez surprenant, c’est de savoir que ce sont souvent les chiens familiers qui provoquent le plus d’accidents.
Oui, selon nos fameuses statistiques, on a vu que près de 50 % des morsures sont causées par des chiens connus de la victime. C’est peut-être un excès de confiance. On croit que parce que c’est notre chien, il ne va jamais mordre. Et non, ça se passe quand même. On fait des choses vraiment aberrantes ; on l’a vu dans l’exercice. On montre à l’enfant que ce n’est pas parce qu’on aime son chien qu’on doit lui serrer le cou très fort. Il n’appréciera pas tout cela. Bien sûr que tous les chiens ne vont pas réagir négativement à ces mauvaises attitudes, mais on montre le maximum de choses au niveau prévention.
Vous apprenez également aux enfants qu’il n’y a pas que les gros chiens qui peuvent être dangereux ?
Oui, tout à fait. Contrairement à ce qu’on pourrait croire en regardant la presse ou en écoutant la télévision, les petits chiens mordent aussi. Il y a trois ou quatre ans en arrière, en Allemagne, un enfant a été gravement mordu dans un landau, et je crois qu’il en est même mort, par deux tout petits chiens : des teckels. Vous voyez, tout dépend de la victime. C’est clair qu’un yorkshire qui mord un adulte, ça sera moins grave. Mais si tout à coup, c’est un petit bambin, ça peut déjà causer de gros dommages. Et au visage… Je ne vous le dis pas, c’est clair. On parle des blessures physiques, mais on voit souvent, après, une réaction d’enfant qui aura peut-être très peur des chiens. Notre cours n’a pas pour but de leur donner du courage par rapport à ça, mais de leur expliquer certaines choses. Derrière tout cela, il y a aussi une association suisse romande qui s’appelle « Canidoux », et qui vient en aide aux victimes de morsures de chiens. C’est une famille dont l’enfant a été mordu qui ont mis ça sur pieds, parce qu’on s’est rendu compte qu’une fois que la blessure a cicatrisé et que la chirurgie esthétique a fait ses effets, il reste encore beaucoup de problèmes dans la tête. Là, il y a aussi souvent un grand travail à faire, et ces gens-là s’occupent des victimes. C’est vraiment positif. Le canton de Neuchâtel n’a pas voulu parler de races de chiens méchants. Pour nous, tous les chiens peuvent mordre ; et dès que le chien ferme sa bouche sur un membre, il mord. Il ne pince pas, parce que pincer, pour moi, c’est entre le pouce et l’index. Ce que n’ont pas les chiens.
Arnaud, 8 ans
Qu’est-ce qui est le plus important quand un chien que tu ne connais pas vient vers toi en courant ?
Lâcher ta balle ou ton sandwich.
Quand tu cours dans la rue et qu’un chien court après toi, qu’est-ce que tu fais ?
Je m’arrête.
Comment sais-tu si un chien est gentil ou pas ?
Il faut demander au maître, et si le maître n’est pas là, tu l’ignores.
Et un chien, quand tu joues avec des copains à la balle, il a peut-être envie de s’amuser avec vous ?
Je lâche la balle, et après je me mets dans la position du poireau.
Est-ce que tu as parfois envie de l’embrasser ou de le caresser, et que le chien n’aime pas ?
Oui. Mais si je vois qu’il n’aime pas, j’arrête de le caresser.
Il ne faut pas le forcer.
Oui, il ne faut pas.
Si le chien est en train de manger un os, tu aurais envie de courir pour lui piquer son os ?
Non.
Pourquoi ?
Parce que je n’ai pas envie de manger cet os…
Interviews réalisées par Jean-Pierre Lambert
Texte retranscrit par Françoise Berthod