David Stricker et l’équilibre des pierres
Aujourd’hui, on a l’honneur de recevoir M. David Stricker. Je te souhaite la bienvenue ici sur le plateau. David Stricker, tu fais l’équilibre des pierres ? Au fond, j’ai eu l’occasion de te connaître durant l’Expo.02 et c’est là aussi que tu t’es fait connaître au public suisse. J’aimerais bien savoir comment tu as trouvé le chemin pour ton art ?
J’ai commencé de poser les pierres en équilibre, cela fait déjà maintenant dix ans en arrière et c’est au bord du lac de Neuchâtel où il y avait l’Expo.02 et c’est un copain qui venait de Madagascar qui m’a montré comment poser une pierre en équilibre. Moi, ça m’a fasciné de poser une pierre en équilibre uniquement. J’ai pensé après, mais attend, une pierre mais cela va aussi aller avec deux, avec trois et avec quatre et moi je me suis exercé pour moi-même le long du lac de Neuchâtel de poser toujours plus de pierres en équilibre jusqu’à ce que ça donne de très belles sculptures. Et avec ça, j’ai eu mon premier contact avec la presse. Avec ces articles que j’ai eus dans la presse, après j’ai fait un projet que j’ai exposé à l’Expo.02 au département des « events » et la première réponse que j’ai reçue en retour par rapport à la direction du département des « events », c’est qu’il était intéressé par mon projet, ça leur plaisait bien, mais que c’était encore trop tôt pour prendre une décision : « Est-ce que l’on veut le prendre dans l’Expo ou pas ? »
Alors pendant l’Expo.02, tu avais tes vêtements spéciaux, tu avais ton canoë et ton costume d’indien. Tu as pris comment la décision de travailler de cette manière-là avec ce déguisement ?
Comme mon projet était choisi. La décision finale, elle a été prise une semaine avant l’ouverture de l’Expo.02 que je peux faire, que je peux poser mes pierres en équilibre sur le terrain prévu que j’ai eu à l’Expo.02. Au début de l’Expo.02, il y avait très peu de gens qui étaient au courant de mon projet et au premier jour de l’Expo.02 quand je suis arrivé avec mon canoë, il ne voulait même pas me laisser rentrer sur le terrain de l’Expo.02. Heureusement, il y avait une personne de la sécurité qui était au courant de mon projet, autrement les « bay-watch » ne m’auraient même pas laissé passer avec mon canoë. Quand j’ai commencé l’Expo.02, mon projet était encore très inconnu. Je n’avais pas de publicité derrière moi. Les gens ne savaient pas de quoi il s’agissait et après, petit à petit j’ai commencé d’abord avec des habits en civil et après petit à petit cela a commencé d’avoir plus d’importance sur l’Arteplage de Neuchâtel et après un ou deux mois, comme on avait une couturière à l’Expo.2, elle m’a aussi fait un costume avec lequel j’ai travaillé après à l’Expo.02.
D’après ce que je sais, aujourd’hui tu fais toujours des « workshops » et tu utilises encore toujours le même vêtement ?
Ce n’est pas tout à fait juste, parce qu’entre temps, j’ai une autre couturière à Neuchâtel, Natacha Droz, qui m’a fait un costume spécial, magnifique d’ailleurs que je porte maintenant quand je fais des grands spectacles.
Mais c’est le même genre toujours encore ?
C’est le même genre, mais il y a quand même plus de couleurs. C’est des couleurs plus chaudes et je me sens encore plus un artiste avec ce costume que j’ai maintenant.
Après l’Expo.02, tu as commencé de faire des workshops. Tu as travaillé avec des enfants, des handicapés et tu as aussi déjà fait des sculptures. Tu les as fixées après et tu les as vendues vraiment comme sculptures qui restent en équilibre. Comment as-tu développé tout ça ?
Une fois quand l’Expo.02 était finie, moi je ne savais pas trop ce qui va m’attendre après l’Expo.02. Heureusement, j’ai eu le même agent qui m’a engagé pour l’Expo.02 qui m’a aussi gardé dans son agence artistique après l’Expo.02 et qui m’a placé dans différents événements dans toute la Suisse, d’abord en Suisse romande. Entre temps, j’ai été un peu dans toute la Suisse. J’ai été en Allemagne et après j’ai eu des demandes de gens qui voulaient garder des sculptures chez eux. Moi, je me posais la question quand ça doit être durable en équilibre éphémère, c’est éphémère l’un ou l’autre jour, ça tombe et là je commençais à travailler comment je peux faire une sculpture qui tient en équilibre et qui reste après en équilibre. Maintenant, je fais des sculptures comme ça en atelier à Neuchâtel où je fais des choses comme ça.
En ce qui concerne les pierres, les pierres tu les cherches où, parce qu’il y a quand même toutes les dimensions ? Il y a des petites, des grandes. Alors quand toi, tu te déplaces pour un workshop ou quelque chose comme ça, cela se déroule comment avec toutes ces pierres ?
Comme je faisais un peu des spectacles dans toute la Suisse, dans chaque spectacle là où je suis, normalement je prends aussi des pierres de l’endroit même et après les plus belles pierres que je prends toujours avec moi, je les stocke dans mon atelier à Neuchâtel et quand j’ai une demande pour un spectacle, j’ai déjà un stock de 7-8 tonnes de pierres dans mon atelier et je prends normalement dans un événement toujours des pierres différentes avec moi pour faire un bon événement.
Tu fais des préparations spéciales par rapport à l’événement, tu fais la différence si ce sont des enfants, des handicapés, des gérants ou cela se déroule toujours de la même manière ?
Je n’essaye pas de le faire différemment, parce que quand tu fais une sculpture avec les enfants par exemple, souvent je pose la question aux enfants, maintenant tu veux prendre quelle pierre pour la poser sur cette petite pierre à la fin, et souvent ils aimeraient prendre les plus grandes. Souvent je prends des pierres, elles sont plus lourdes que l’enfant même. Non, j’ai appris qu’il ne faut pas faire une grande différence avec les handicapés. Quand j’ai travaillé, je ne savais pas trop comment il faut les prendre, comment il faut parler avec eux. Il faut les prendre d’une manière naturelle comme les autres.
Nathanaël Morier
Au travers du projet que l’on a monté avec David, il y a la recherche d’équilibre qui est assez fascinante. Il y a beaucoup d’improvisation justement soit au piano, à la voix, des textes qui sont assez mobiles, qu’on peut justement modifier assez librement et l’intérêt que j’avais par rapport à ça, c’était justement l’aspect très spontané de la démarche, d’être toujours tributaire finalement de la réalisation de David et qui fait qu’une fois, ses pierres vont être posées relativement facilement, relativement rapidement. Cela va demander un enchaînement plus rapide de ma part et des fois où simplement, il va falloir être en lien beaucoup plus avec lui, être aussi là pour le soutenir, essayer d’amener aussi quelque chose de mélodique qui lui permette lui de se sentir à l’aise dans des moments où il y a plus de tensions. On sent aussi arriver la tension et c’est vrai que ce lien est vraiment fascinant et surtout ce que je trouve magnifique, c’est le moment où la pierre est en équilibre. Il y a une sensation d’énergie et beaucoup de rigidité qui entre dans le spectacle et c’est fascinant. On entend toujours le public qui fait : « Ah… » qui respire et nous aussi à ce moment-là ! C’est vraiment très impressionnant. C’est vrai qu’on sent que c’est très chancelant et tout d’un coup, tac, la pierre est posée.
Jean-Pierre Lambert : Quand on observe votre regard pendant que David pose la pierre, on a presque l’impression que c’est vous qui la posez des yeux, cette pierre ?
Je n’ai jamais pensé à ça ! En tout cas, c’est vrai qu’il y a un très grand suivi. J’aime beaucoup fixer. C’est vrai que j’utilise beaucoup ça au travers de mes spectacles avec le regard sans pour autant être voyeur. Mais là, il y a aussi ce besoin de lien. C’est le seul contact qu’on a en fait, David ne me voyant en général pas dans le spectacle ou très peu. On n’a pas d’échanges avec des signes, mais le fait que moi je vois où il en est, cela me permet effectivement d’avoir ce lien et de… la pierre est posée. C’est vrai que le regard peut tomber aussi à ce moment-là.
David Stricker
Au fond, tu as de la chance parce que tu as un employeur qui comprend ta vie d’artiste aussi, qui te donne la possibilité de pouvoir continuer avec…
Pour moi, c’est important de trouver un équilibre entre le travail professionnel et entre les événements. J’ai vu qu’en 2005 par exemple, j’ai fait trop d’événements les uns après les autres. Entre les événements, j’ai encore travaillé à la Poste et je n’avais plus la même motivation pour la Poste, ni le même plaisir dans les événements. Et pour moi, c’est important de trouver un équilibre entre le travail professionnel et avec les événements que je faisais à côté. Pour cela, maintenant je fais moins d’événements et par contre quand je fais un événement, j’ai le temps pour me préparer, pour me motiver dans l’événement même. Tu as du plaisir de faire l’événement. Tu te donnes à 100 % et après l’événement, c’est un moment pour décompresser, de se laisser passer les images que tu as vécues pendant l’événement.
Quand tu es en train de poser la pierre en équilibre, comment te sens-tu, dans quel état d’esprit tu te trouves ?
Pour moi, c’est quand je pose une pierre en équilibre. Quand j’arrive à poser sur une petite pierre, une grande pierre en équilibre, pour moi c’est quelque chose d’interactif. Tu poses une pierre en équilibre et c’est aussi une certaine manière de trouver son équilibre à soi-même. Et quand tu arrives après à poser une grande pierre sur une petite pierre, la satisfaction quand la pierre reste en équilibre, c’est quelque chose d’extraordinaire et c’est justement aussi une manière de très bien sentir son équilibre à soi-même. Dans ce moment-là, c’est un genre d’art thérapie pour trouver et sentir son équilibre.
Quand tu donnes un workshop, cela veut dire que toi au fond, tu apprends à quelqu’un de mettre la pierre en équilibre. Tu donnes quels conseils ? De quelle manière tu t’attaques à ces questions ?
Au début, vers la fin de l’Expo.02, je me posais la question, les gens me posaient la question : « Qu’est-ce que tu fais après l’Expo.02 où comment tu m’apprends ? » Moi, ça me manquait encore. Je ne savais pas encore trop comment motiver et apprendre à une autre personne de poser une pierre en équilibre. Entre temps, j’ai travaillé avec beaucoup de gens différents, j’ai vu qu’il faut prendre chaque personne différemment. Il faut la motiver différemment et il y a des gens qui accrochent tout de suite. Il y en a d’autres, il faut les pousser un peu plus. Mais une fois qu’ils ont pris le plaisir de poser des pierres en équilibre, ils n’arrêtent plus. Ils sont toujours plus en recherche de l’équilibre parfait. Ils commencent avec deux, trois pierres et après ils veulent toujours plus de pierres. Il y en a certains qui veulent poser la pierre toujours plus sur une pointe toujours plus petite. C’est extraordinaire ce que tu peux vivre en travaillant avec les gens.
Quand tu fais comme ça un workshop, ça dure combien de temps ?
Cela dépend. Je peux faire un workshop d’une demi-heure comme je peux faire un workshop d’une heure. Il y a des workshops où l’on a fait une journée entière.
Et toi quand tu arrives pour le workshop, tu arrives avec un camion n’est-ce pas ? Tu as toujours besoins de gens qui t’aident à charger et à décharger les pierres.
J’ai fait des workshops où je faisais moi-même le transport, mais c’est toujours bien d’avoir quelqu’un qui t’aide pour le montage et le démontage. Il peut même aider pendant le workshop, c’est toujours bien d’avoir quelqu’un qui t’aide.
De quelle manière a-t-on la possibilité de te joindre ? Où se trouve ton atelier ?
Mon atelier est à la rue de l’Écluse à Neuchâtel que je partage avec d’autres artistes peintres. La manière de me joindre, c’est… quand on vient à l’atelier, normalement il faut prendre rendez-vous avant, parce que je ne suis pas toujours là. Pour cela, j’ai aussi un site Internet par exemple www.davidstricker.ch où l’on trouve toutes les coordonnées pour me joindre. Dans mon atelier, je faisais souvent des workshops où j’ai pu montrer des photos de ce que je fais avec des sculptures faites justement dans des jardins. C’est un endroit très chouette, mon atelier.
J’espère qu’on aura l’occasion de venir te visiter et je te remercie pour cet entretien et je te souhaite bonne chance pour la suite.
Merci Linda et peut-être à bientôt.
Nathanaël Morier
Si David était une musique, quelle musique serait-il ?
Il serait un mélange assez complexe. Il y aurait beaucoup d’improvisation. C’est le sentiment que j’aurais si je devais écrire quelque chose. J’aurais beaucoup de peine à le rendre harmonique ou véritablement bien le faire par rapport à ce qu’il est et surtout j’aurais plutôt envie d’écrire par rapport à ce qu’il fait au niveau de sa réalisation artistique. C’est vrai que j’aurais beaucoup envie de jouer autour de notes, d’équilibre, de perte d’harmonie, d’harmonie qu’on superpose, mais pas forcément avoir une trame logique qui est tout d’un coup jouée sur cette pierre qui se pose et là peut-être arriver sur des parties beaucoup plus mélodiques, mais pas forcément de chants ou des mots.
Interviews réalisées par Linda Fischer et Jean-Pierre Lambert
Texte retranscrit par Françoise Berthod