Monsieur Hans Vanja Palmers : Défenseur des animaux
Monsieur Vanja Palmers bonjour et bienvenue chez nous.
Merci beaucoup.
Merci surtout à vous de venir exprès depuis Lucerne jusqu’ici à Bevaix. Nous vous avons invité parce que nous vous aimons bien, parce que nous aimons bien votre philosophie qui ressemble un petit peu à celle de notre télévision. Vous avez vous-même cherché à donner un sens à votre vie quand vous étiez jeune. Vous avez cherché longtemps. Vous avez fait beaucoup d’expériences. Vous aidez aussi maintenant dans votre centre bouddhiste, les gens à trouver un sens à leur vie et aujourd’hui vous allez plus loin, parce que vous estimez que nous devons aussi respecter les animaux avec qui on partage l’existence sur cette terre et vous avez déjà mené plusieurs combats, notamment avec les oies. Vous reprochiez et vous aviez probablement raison, qu’elles étaient torturées lors des gavages. Vous avez aussi défendu les porcs qui sont élevés souvent de façon scandaleuse et maintenant vous partez à l’assaut du cirque Knie, si je peux dire, cette grande dynastie quasiment intouchable en Suisse. Vous n’êtes pas très connu encore en Suisse romande. En Suisse allemande beaucoup plus, parce que vous avez fait des démonstrations assez spectaculaires. Je pense notamment, je ne sais pas si vous êtes d’accord de nous le raconter, comment vous avez pratiqué avec les oies dans les restaurants à Zurich ou à Lucerne.
Il y a quelques années quand on a été sensibilisé au foie gras d’oie, on a fait beaucoup de choses. D’abord j’ai pris, j’ai regardé les restaurants qui servaient du foie gras et on a écrit une petite lettre avec une petite vidéo où on voit comment les oies sont gavées et on a attendu une réponse. Il y a des restaurants qui ont dit : « Ok. on ne va plus servir le foie gras. »
Certains restaurants ont tout de suite accepté de ne plus servir le foie gras, mais d’autres ont continué et là vous avez dû faire plus.
Oui. On est entré dans les restaurants le soir avec des oies « allumées » en faisant le bruit « coin coin coin coin coin » et on a donné des fiches dans toutes les tables pour faire connaître ce qui se passe avant d’avoir cette délicatesse dans son assiette : un organe malade, d’un animal malade qui rend malade les gens qui le mangent. C’était le message.
Vous avez eu des problèmes avec la police, non, quand vous faisiez ça ?
En général, on sortait en moins de cinq minutes et il n’y avait pas la police. On a fait la même chose dans les magasins qui ont vendu le foie gras et la majorité comme les grands magasins Migros, ils ont arrêté de vendre ce produit tueur d’animaux.
En Suisse allemande, ça a bien marché. En Suisse romande, ils n’ont toujours pas changé.
Oui. C’est beaucoup plus une tradition culturelle forte en France et en Suisse romande. Il n’y a pas une tradition aussi grande en Suisse allemande.
Avec les porcs, avec les cochons vous avez fait les mêmes actions ?
Oui les porcs sont les animaux plus proches de l’homme, ils sont comme les humains. Les porcs et les poules, ce sont les deux qui sont le plus gravement maltraités.
Dans les grands élevages commerciaux.
Oui dans la production industrielle moderne.
Beaucoup d’animaux étaient blessés, maltraités, ils les laissaient mourir.
Oui c’est vrai, mais même si tout va bien, la vie d’un cochon c’est inconfortable. Ils sont nés dans les excréments, la mère ne peut pas bouger du tout. Elle peut ….
Se lever et se coucher.
Elle peut se lever et se coucher, c’est tout ce qu’elle peut faire. Dès qu’ils naissent, ils sont séparés de la mère et ils continuent seuls jusqu’à l’abattoir. Le porc, c’est presque la moitié de la viande que nous mangeons. Un grand pourcentage de la viande que nous mangeons est du porc.
Après les oies, après les porcs, maintenant ce sont les éléphants. C’est un combat un peu plus difficile, parce que vous vous en prenez au cirque Knie qui existe déjà depuis plusieurs dynasties, que tout le monde aime en Suisse. Là, vous osez presque attaquer un symbole.
Oui, c’est juste et c’est très important que nous remettions en cause ce symbole. J’aime bien le cirque, mais je n’aime pas les animaux dans le cirque. Il y a beaucoup de cirques qui n’ont pas d’animaux comme le cirque du Soleil. Les animaux dans le cirque ont une position de faire-valoir. Ils donnent l’opportunité de réfléchir sur la position des humains avec les animaux. Au cirque, on prend des animaux, on les prive de liberté, on les enchaîne, on les met dans des cages minuscules et ensuite on dit aux enfants qu’ils doivent applaudir et qu’ils doivent être contents, mais ces animaux souffrent et sont soumis à notre volonté. C’est pour cela qu’il est très important de dire qu’on montre aux enfants depuis tout petit une relation fausse, que nous les humains avons le droit de dominer et faire souffrir ces grands animaux. C’est ça le mauvais message, de s’amuser en faisant souffrir d’autres êtres.
Vous pensez qu’ils sont obligés de maltraiter les éléphants, même au cirque Knie, pour que les éléphants restent tranquilles ou ils restent naturellement tranquilles ?
Les éléphants, c’est la pointe de l’iceberg. Il est très facile de voir qu’il est impossible d’avoir des éléphants dans un environnement de cirque simplement au vu de ses besoins. Il est impossible d’avoir des contacts social, de bouger. Ils sont enchaînés, même au cirque Knie, qui a maintenant des petites cages électriques. C’est mieux que les chaînes, mais même au cirque Knie, ils sont enchaînés la majorité de la journée, plus de douze heures. Ils sont enchaînés et ont des comportements stéréotypés. Un animal qui fait toujours comme ça, bouge la tête, il est fou, il est dérangé.
C’est la preuve d’une grande frustration.
Oui et ils sont poussés à la folie par leur enchaînement. C’est la même chose avec les humains. Si on les met dans une petite cage sans rien faire, les hommes deviennent fous et ils commencent à faire des mouvements… C’est la même chose pour d’autres animaux. L’éléphant, parce qu’il est tellement grand et tellement fort, on ne peut pas le contrôler autrement qu’avec force. J’ai demandé à la famille Knie de me faire voir parce qu’ils disent toujours : « Chez nous, c’est tout différent. Nos éléphants ne sont pas frappés, torturés comme ça. » Alors je leur ai demandé, faites-moi voir comment on peut entraîner un éléphant à faire tout ce qu’il fait sans brutalités. Ils ne m’ont pas répondu jusqu’à maintenant ! J’ai étudié, je ne suis pas un expert des éléphants mais j’ai travaillé pendant trente ans dans la protection des animaux et c’est un peu toujours la même chose. J’ai étudié les éléphants pendant un an maintenant. J’ai parlé avec beaucoup de spécialistes qui ont travaillé avec les éléphants et tout le monde…
Pense comme vous.
Pense comme ça. On ne peut pas dresser un éléphant sans brutalités !
Comment vous expliquez pourquoi les Suisses qui sont quand même un pays, un peuple tranquille, respectueux, n’ont pas encore réagi contre ça ?
C’est une question de prise de conscience. On est dans des habitudes. L’homme, c’est un animal d’habitudes. On a l’habitude de faire des choses folles. On a eu l’habitude d’avoir des esclaves, on a eu l’habitude que les femmes n’aient pas le droit de vote, c’était normal pour tout le monde. Mais on se développe et on réalise que ce n’est pas acceptable de prendre d’autres créatures, de priver les animaux de liberté, de les mettre dans des cages et avec des chaînes pour notre amusement.
Pour faire prendre conscience aux gens, vous avez fait construire un grand éléphant qui sera posé sur un camion et votre idée est de suivre le cirque Knie dans toute sa tournée en Suisse.
Oui. L’éléphant, c’est grand, c’est impressionnant. On prend l’éléphant qui va représenter tous les autres animaux, naturellement ses sœurs et frères qui sont dans le cirque et dans les zoos. Il est le symbole visible, on le voit. C’est l’objectif.
Et vous présenterez des photos et des films ?
On va voir des films montrant comment ils capturent les éléphants. On doit briser leur instinct sauvage pour qu’ils fassent ce que l’homme veut. On va aussi voir des films du cirque Knie comment les éléphants déploient des choses stéréotypées.
Est-ce que vous pensez que cela sera difficile pour vous d’obtenir des autorisations pour venir avec votre camion ?
Je ne crois pas. Je ne l’espère pas. En Suisse, on a un système pas parfait, mais plus ou moins démocratique et c’est un droit du citoyen. On a le droit de penser autrement. On a la liberté d’expression si on le fait avec le respect. Je crois qu’on n’aura pas tellement de problèmes.
Les éléphants n’ont jamais été domestiqués, ce sont des animaux sauvages. On a toujours capturé les éléphants, on ne les a jamais domestiqués comme les chiens par exemple. Les éléphants du cirque Knie, excepté deux qui sont nés en Europe, viennent du monde sauvage, on les a capturés. On les a enlevés à leur famille tout jeune et on les a envoyés en Suisse.
En 1976, il y a une loi qui a été créée pour interdire l’importation des éléphants et cette loi n’a pas été toujours respectée d’après vous ?
Oui. Le cirque Knie a obtenu une permission exceptionnelle d’importer quatre éléphants après cette loi votée en force, c’est juste.
Ils ont eu le droit, une autorisation exceptionnelle de la Confédération pour, après l’entrée en vigueur de la loi, faire venir tout de même des éléphants.
Oui.
Cela montre tout de même la force du cirque Knie en Suisse.
Oui c’est juste.
Et vous pourquoi finalement, peut-être que vous allez le faire, pourquoi ne cherchez-vous pas à faire une loi finalement à lancer un référendum, lancer une initiative pour des cirques sans animaux ?
Oui cela serait un but à long terme. D’abord, il faut motiver, informer l’opinion publique.
Informer, éduquer pour préparer les gens.
Je crois qu’il y a beaucoup de gens qui n’ont jamais pensé qu’il y a un problème avec les animaux au cirque. On ne voit pas les problèmes si on n’y réfléchit pas.
En Italie, il y a eu un groupe de psychologues qui ont fait une déclaration qui dit : « Les psychologues se soucient des effets sur les enfants quand on montre dans un cirque de tels animaux emprisonnés et soumis… il y a plus de 500 psychologues qui l’ont signée. » On va faire la même chose en Suisse, on va envoyé des lettres et voir ce qu’il revient. La justification des zoos et du cirque est qu’ils vont éduquer les enfants et heureusement il y a des gens qui pensent exactement le contraire. Quand on empêche le développement d’une compassion, qu’on montre aux enfants une mauvaise image de notre rapport avec les animaux.
En faisant cette démonstration, vous ne cherchez pas seulement à faire du mal ou à attaquer le cirque Knie, vous aimeriez lancer un véritable débat national sur cette problématique des relations entre les enfants, les adultes et les animaux. Vous aimeriez ouvrir une discussion.
Je ne veux pas faire mal au cirque Knie, je m’excuse. C’est une question plus profonde de réfléchir à la relation entre l’animal humain et les animaux qui habitent aussi dans le monde et remettre en cause notre relation. Finalement c’est une question : quelle est la position de l’homme dans le monde qui est très important de se poser. On en est train de détruire les bases de notre existence. Nous pensons qu’on est en-dehors de tout le reste, mais on doit réapprendre que l’on fait partie d’un tout. On n’est pas en dehors et on ne peut pas faire ce que l’on veut ici et penser, nous, on a rien à faire avec ça… Dans ce monde, ce sont les animaux qui nous sont le plus apparentés.
C’est vrai que si on supprimait les animaux dans les cirques, cela ne changerait pas fondamentalement notre vie. On ne serait pas plus malheureux de ne pas voir des animaux au cirque.
Exactement et c’est plus facile ici, par exemple, que si tu demandes à quelqu’un de ne pas manger de viande. C’est beaucoup plus difficile que de ne pas sortir de l’argent pour voir des animaux maltraités. Le cirque, c’est une bonne plate-forme de discussion, importante.
Vous espérez que cela ouvre une discussion, que les écoles viennent regarder les films que vous allez présenter, que les enfants, les instituteurs commencent de réfléchir à ce problème.
Cela serait l’idéal et vous nous êtes d’une grande aide pour propager ces informations. Merci beaucoup.
Merci à vous.
Interview réalisée par Jean-Pierre Lambert
Texte retranscrit par Françoise Berthod