« Jungles » de Frans Lanting
Caspar Bijleveld
L’exposition de Frans Lanting, en fait, est née du fruit du hasard comme beaucoup de choses dans la vie. Cette exposition… moi j’ai reçu un jour un e-mail de l’agente de Frans Lanting qui m’a dit : « Écoutez, j’ai une exposition qui parle de forêts tropicales, qui a fait le tour de la planète, est-ce que cela vous intéresse ? » En fait, ce qui est amusant, c’est que j’ai une collaboratrice qui est une « fan » inconditionnelle de Frans Lanting, qui adore ses photographies et pour le gag, pour la plaisanterie, je suis allé dans le bureau et lui ai dit : « Est-ce que tu aimerais avoir une exposition de Frans Lanting ? » Elle m’a dit oui, cela serait super et je lui ai dit : « Je plaisante à moitié » et de fil en aiguille, c’est arrivé et j’ai pris contact.
Ce qui a été sympa, c’est que l’exposition en question a fait le tour de la planète. Elle a tourné à travers l’Europe, à travers les États-Unis et, en fait, c’était la dernière possibilité de pouvoir l’exposer quelque part. Évidemment les images ne sont pas aussi neuves qu’au premier jour. Elle a quand même tourné six ans autour de la planète, même si les images sont très belles. Il y a des petits défauts par si par là, mais rien de dramatiques. On ne voit pas forcément, c’est seulement si on regarde vraiment bien qu’on peut voir deux ou trois petites choses.
Les images sont magnifiques et ce qui a été éminemment sympathique, ce qui nous a décidé d’abord, c’est que la dame nous a dit : « Vous êtes une fondation d’utilité publique, alors on va vous faire un prix un peu doux » et ce qui a été d’autant plus intéressant, c’est qu’en fait les images vont être mises aux enchères. Comme elles ne vont plus voyager, évidemment il faut faire quelque chose de ces images et l’idée, c’était justement de les mettre aux enchères évidemment pas pour du profit personnel ou quoi que ce soit. On les met aux enchères pour la nature. La moitié du bénéfice ira au WWF et l’autre moitié ira à la Réserve naturelle du Papiliorama, au Belize, la réserve de Shipstern qui se trouve… Le Belize, ce n’est pas un pays très, très connu. C’est un tout petit pays d’Amérique centrale, mais la réserve fait quand même 110 km2 et même si cela sera fondamentalement symbolique, c’est quand même joli de voir qu’une expo sur les forêts tropicales va terminer son existence de cette manière-là.
Ces images, on peut les commander auprès du photographe. Donc une image comme ça dans un cadre, par exemple, la grande image qui est derrière moi, je crois que si on la commande, c’est de l’ordre de deux mille à trois mille dollars, on parle de passablement d’argent. Ce qui est intéressant, c’est qu’ici les visiteurs ont déjà pu commencer les enchères, les gens peuvent s’inscrire. En fait, cela pose la mise de base pour certaines de ces images, alors évidemment, les gens qui ont mis 21 francs 50, je pense qu’ils ont relativement peu de chance d’y arriver. Et il y a d’autres personnes qui ont mis quelques centaines de francs, parce qu’ils connaissent la valeur intrinsèque d’une photo comme ça. Cela, il faudra voir, c’est une question… il faut que l’on réfléchisse un tout petit peu comment on va organiser la vente aux enchères, car il y a déjà des gens qui nous ont dit qu’ils ne pouvaient pas être présents. Ils voulaient avoir un agent. C’est sûr, on connaît le principe de la vente aux enchères, mais il va falloir encore réfléchir dans le détail comment on va faire ça.
Peut-être aussi noter sur cette exposition, peut-être que chacun des visiteurs le fera de lui-même, mais ce qui est intéressant de voir, c’est que toutes ces images sont des images très belles de la forêt tropicale et ce que l’on peut réaliser en regardant, surtout si on lit les textes, que toutes ces beautés dans la nature sont en train de disparaître. On voit par exemple ici une image magnifique de la forêt de Bornéo. Si on connaît un tout petit peu ce qui se passe à Bornéo, qui est en train d’être déforesté à la vitesse grand V, alors évidemment c’est… Il y a une certaine symbolique, on est en train de montrer quelque chose qui est en train de disparaître. Je crois que la plupart des visiteurs… Nous, on essaye de transmettre ce message évidemment et moi j’espère que les visiteurs qui voient un petit peu cette exposition se disent : « Toutes ces belles choses, on est en train de les perdre ! » C’est aussi un message que l’on transmet à travers toutes les expositions. On essaye aussi de montrer qu’on peut faire des choses concrètes avec notre réserve naturelle. C’est une goutte d’eau dans l’océan des forêts tropicales qui sont en train de disparaître, mais au moins, on essaye de faire quelque chose de concret. Alors cette symbolique-là, je l’aime bien parce qu’on se dit, ironiquement la plupart des gens qui font de la conservation de la nature aujourd’hui se disent : « Mais, on a de plus en plus de belles images, de plus en plus de beaux films, mais dans la nature il ne reste plus rien en fait, à l’extérieur. » C’est quelque part complètement ironique et paradoxal.
Texte retranscrit par Françoise Berthod