Madame Manon Lenggenhager : Artiste peintre

 

 

Comment est née votre passion pour la peinture ?

En observant la nature qu’on a à Neuchâtel, et par le fait que ma maman m’a tout de suite habituée aux odeurs de peinture à l’huile, de térébenthine et autres produits. J’étais un peu née à la bonne adresse pour ça et pour faire des essais. Quand j’ai commencé à utiliser ces produits, ce n’était pas avec crainte parce que je reconnaissais les parfums. Les couleurs m’étaient familières. C’était sympa…

Le premier vrai tableau, c’était un coucher de soleil sur le trou de Bourgogne qui était un peu plus grand qu’une carte postale. Et quand je l’ai placé chez moi, un ami m’a dit : « Où as-tu acheté ça ? Qui est-ce qui a fait ça ? J’aimerais bien te l’acheter, te le racheter, etc. » Moi, je me marrais… Et en me voyant rigoler, il m’a demandé : « Mais ce n’est quand même pas toi qui a fait ça ? » J’ai dit oui… Du coup, comme il avait un magasin d’habits, on a fait du troc avec un veston pour mon mari. Je lui ai donné le tableau contre un veston. Cela a démarré ainsi…

 

En 1986, à la « Tri-na-niole », en automne, j’attendais quelques amis. Ils sont tous venus. Il y avait un monde fou et c’était très sympa. Ensuite, on est tous allés manger quelque part. On a parlé d’autres choses, mais à la fin, le résultat était bon. C’était assez chouette comme expérience. On a la chance d’habiter une région qui change de couleur à peu près quotidiennement. Cela réveille, si on est un tout petit peu observateur. Cela réveille l’envie de faire quelque chose. Cela permet une grande liberté d’expression, et chacun y trouve un peu ce qu’il veut. Dans le sens qu’on ne voit pas tous les images de la même façon. Cela laisse plus de liberté que si vous faites une nature morte… un peu statique. On a toujours l’impression que ça va bouger et que ça va continuer de bouger un ciel.

 

J’aime bien manier la peinture à l’huile et j’y vais mollo. Je regarde un petit peu comment ça s’associe et ça se passe comme ça : des couches d’abord très fines, puis ça évolue ; parce qu’on ne voit pas tous les jours la même chose. Il faut faire un petit peu attention avec. Soit trop violent, soit trop fade ou comme ça… Il faut y aller par étapes. Je ne me dis pas ce jour-là : « Tu as fait ça parce que tu étais de mauvaise humeur ou que c’était orageux. Cela ne s’associe pas à mon caractère. » C’est plutôt un respect de la nature qui est grandiose ; et de temps en temps, on a envie de toucher ça ou je ne sais pas… Il y avait des gens coquins qui voyaient des images autres que ce que j’avais fait moi. On rigolait… Il y avait des gens qui aimaient bien la sensibilité des couleurs ou la façon de faire ces nuages. C’est vrai, les gens ont souvent pensé que j’avais la tête dans les nuages ; que je rêvais et que rien ne pouvait tellement m’atteindre. Ma foi, moi je ne vois pas ça comme ça. Si pendant un certain temps, je n’ai pas l’occasion de m’exprimer par la peinture, je le sens. Ca me manque au bout d’un moment.

 

Ces galaxies, j’avais vu quelques émissions télévisées. J’ai alors consulté les journaux spécialisés qui en parlaient, et ça m’a passionné. J’ai remarqué qu’il y avait des images vraiment extraordinaires. Et pour moi ; après tous ces nuages et tout ça. La démarche ressemble un petit peu, à part que ça me laisse encore un peu plus libre pour le choix des coloris. Les couleurs ? Je ne sais pas si dans Hubble il y a des filtres ou si… Je pense qu’il y a des filtres, parce que d’une image à l’autre, même si c’est la même adresse, et si c’est la galaxie un tel ou un tel, on ne les voit pas toujours de la même couleur ou de la même façon. Cela laisse très libre d’exprimer ces galaxies, parce qu’en fait, tout change tout le temps de place. Vous n’êtes pas obligés de respecter, de toute façon ; comme il est impossible de faire chaque particule, ça c’est clair. Et vous ne pouvez pas respecter la chose, puisqu’elle est toujours en mouvance. Cela a un côté extraordinaire, et cela donne pas mal de boulot. Mais c’est un plaisir de le faire. Il ne faut pas voir ça comme des heures de présence, quelque part enfermé dans une boîte. C’est du plaisir ! Des défis aussi pour essayer de donner une profondeur, ou pour que ce ne soit pas plat. Il faut quand même pas mal d’expérience ; mais ça vient petit à petit, pas d’un jour à l’autre.

 

J’ai toujours rêvé de faire du trompe-l’œil, parce que j’ai vu une fois une expo à Saint-Tropez. Il y avait le clou et le bleu de travail d’un ouvrier qui travaillait dans les champs. C’était tellement bien fait que je me suis dit : « Une fois, il faudrait que je puisse arriver à faire ça. » Je n’avais pas le sujet, mais j’avais déjà vu plusieurs fois des artistes peindre des poubelles et c’était très réussi. Moi je ne mettrais pas une poubelle sur mon mur, parce que ce n’est pas un sujet qui me passionne. J’ai attendu que le moment arrive, et un jour, j’ai vu un film policier que je connaissais, que je ne voyais pas pour la première fois. L’inspecteur entre à Marseille dans une vieille maison, et ouvre la porte pour aller chercher sur un mur le nom de quelqu’un. À ce moment-là, ça m’a fait : « Ah c’est ça ! » Quelques temps après, je suis allée à Berne. J’ai acheté tout le matériel, et j’ai commencé mes boîtes tout en me disant : « Ce n’est pas facile pour une femme de faire du trompe-l’œil, parce qu’il paraît que les hommes voient mieux le 3D que les femmes. » J’ai essayé, et j’en ai fais une ou deux. Je les ai mis dans mon corridor et dans mon hall, et un ami de mon fils a dit en passant : « Ta maman ça va ? Elle collectionne les boîtes aux lettres maintenant… » Je me suis dit : « Cela c’est déjà un bon point. » J’ai continué… Et l’autre jour, comme j’ai une vitrine à Neuchâtel, une secrétaire est allée trouver le patron qui me prête la vitrine et lui a dit : « Ce n’est plus la dame qui expose, maintenant ils vendent des boîtes aux lettres. » Ça l’a interpellé et il a répondu : « Elle est partie sans rien me dire ! » Non, ce n’était pas ça… Elle n’avait pas vu que c’était des tableaux. Cela m’a fait rire et je me suis dit : « C’est chouette ! »

 

C’est une boîte aux lettres de village dans le Val-de-Ruz. J’ai pris ça parce que ça ne se fait plus maintenant. Cela n’existe plus, je crois. Je ne sais pas si on l’utilise encore ou pas.

 

 

« Si tous ceux qui croient avoir raison n’avaient pas tort, la vérité ne serait pas loin… » Pierre Dac.

 

 

Interview réalisée par Jean-Pierre Lambert

Texte retranscrit par Françoise Berthod