Sur les traces de Rousseau
Du 4 au 11 septembre 1764, Jean-Jacques Rousseau et Thérèse séjournent à Champ du Moulin. La maison actuelle qui se trouve au fond du village, était une simple ferme lors du séjour de Rousseau. Dans sa lettre à l’humaniste du Siècle des Lumières, il décrit la beauté de l’Areuse, de sa source vauclusienne aux gorges profondes au fond de la vallée.
Mais qui est Jean-Jacques Rousseau ?
Il naît à Genève en 1712 et meurt en 1778.
Fils d'un horloger, il perd sa mère à sa naissance.
Son père, qui l'élève, a tendance à enflammer son imagination. Il lui lit des romans et Plutarque. D'après « Les Confessions », avec son père ils lisent toute la bibliothèque qu'ils avaient héritée de sa mère.
Son père, injustement accusé, est obligé de fuir Genève. Il confie son fils à un oncle maternel: le pasteur Lambercier. Il n'aura pas été à l'école.
Chez son oncle, il va vivre beaucoup en contact avec la nature, en compagnie d'un de ses cousins. Accusé d'avoir volé un ruban, il est chassé de chez son oncle et il est mis en apprentissage chez un graveur. Il s'enfuit de Genève à l'âge de seize ans.
En 1731, il est recueilli par Mme de Warens.
Il sera précepteur, valet, secrétaire d'ambassade à Venise, copiste et surtout homme de lettres. Il publie des traités de philosophie, de politique, d'éducation, de morale et des romans.
En 1752, il invente une notation musicale.
Il se marie avec Thérèse Levasseur qui est une servante d'auberge ne sachant ni lire ni écrire, de qui il aura cinq enfants qu'il va abandonner. Il voyage dans toute l'Europe.
Madame d'Épinay va lui offrir l'hospitalité près de Montmorency. Il va correspondre avec elle, en lui donnant des conseils pour l'éducation de son fils.
Il se brouille avec les autres auteurs de son temps, Grimm, Diderot, Voltaire…
En 1763, la Suisse va lui fermer ses portes. Il finit ses jours à Montmorency chez le marquis de Girardin.
Ses principales publications sont : « La nouvelle Héloïse » en 1761. « Du contrat social » et l'« Émile ou de l’éducation » en 1762, « Les confessions » en 1771, « Rousseau juge Rousseau » en 1776, « Rêveries d'un promeneur solitaire »1778, année de sa mort.
La lecture de l’« Émile ou de l'éducation »
Pourquoi écrit-il l'Émile? Beaucoup à cette époque, (en 1750) sacrifient leurs devoirs de parents à leurs plaisirs. On enferme les fils dans les collèges et les filles dans les couvents ou on les confie à des précepteurs.
Quelques jours après sa parution, le livre est interdit, après avoir eu un grand succès. Il s’exile à Yverdon. Voltaire parle de "l'enfant le plus mal élevé du monde". Son livre est signé (Voltaire ne signe pas), mais surtout il remet en cause l'esprit académique et les préjugés sociaux.
On lui demande des consultations pédagogiques.
Pendant 25 ans, il paraîtra deux fois plus d'ouvrages sur l'éducation que précédemment.
Pour interpréter « l’Émile »…
Il apparaît nécessaire de relativiser à l'époque où le texte a été écrit. En effet, de nombreux textes pédagogiques ont été écrits en réaction à certaines attitudes qui paraissaient anti-éducatives à l’auteur. Il est indispensable pour le comprendre, de se poser la question : qu'a t-il voulu dire par là ? Se libérer d’une lecture trop obéissante, « à la lettre », savoir interpréter ses exagérations, ses contradictions et aussi ses répétitions ?
Dans l’introduction, après avoir présenté ce paragraphe où il dit « on ne sonnait point l’enfance… », il déclare que dans ce livre il ne fait que de proposer ses idées.
Le premier parle des premières années de la vie, de l’importance de l’allaitement maternel, des mouvements libres dans les vêtements, sans contrainte, « il faut libérer l'enfant du maillot ».
Sur la connaissance de l’enfant, il s’agit surtout de connaître « cet enfant-là », ne pas obéir à une méthode, mais à la nature de l’enfant et surtout son besoin d’éducation.
Le deuxième concerne l’enfant de deux ans jusqu’à douze ans. L’éducation des sens y est très importante. Il cherche à les perfectionner avant l'éducation de l'esprit. On retrouve ici l'influence de Condillac, Comenius, Aristote.
La vie en plein air pour avoir une bonne santé est importante. Le jeu a beaucoup de place. Jusque là « il n'apprend rien, même les fables » !
Le troisième livre de douze à quinze ans. Là, il faut voyager pour apprendre la géographie, mettre les sciences en application. L'Émile apprend la physique, la chimie, l'astronomie et surtout leur utilité : à quoi ça sert ? À quinze ans, l’Émile va apprendre un métier manuel, la menuiserie pour être prêt à gagner sa vie.
Le quatrième livre traite de l’éducation morale et religieuse, éducation du sentiment, on forme le coeur à la pitié et à la charité.
Le seul livre que l’on donne à lire à l’Emile est « Robinson Crusoé » car il a appris à se débrouiller avec ingéniosité, à partir de lui-même.
On lui fait découvrir Dieu dans la nature et la conscience de l'homme pour éviter l'idolâtrie. On lui fait découvrir aussi les philosophes, Plutarque, Démosthène, Cicéron.
Le cinquième livre concerne l’éducation de Sophie, fiancée à l'Émile. Elle est élevée par sa famille, connaît Dieu plus tôt, sort plus tôt dans le monde. Ce qui concerne Sophie est plus traditionnel, elle fait de la dentelle et la cuisine.
Il faut connaître l'enfant.
Il sépare en différents chapitres: la formation des sens, de l'intelligence, la raison sensitive et intellectuelle. Ensuite vient la formation du cœur : c'est la conscience morale. Ce découpage est très théorique.
Il s'agit pour l'enfant de passer de l'état de nature à l'état de culture sans le dénaturer.
Il s’agit de respecter la liberté intérieure de l'enfant.
La liberté et le bonheur vont de paire.
L'Émile est sans parents, quoiqu’il parle du profil de son père. Il est seul avec son précepteur, mais pas tout à fait, car ce dernier l'emmène dans différents endroits où il rencontre d’autres personnes, de plus n’a t-il pas un gouverneur qui le suit partout car il doit préserver l'enfant des influences négatives. En effet, comme l’enfant est bon, donc on ne doit pas le contrarier !
Émile a le temps d'apprendre et commence les études tard. Le précepteur donne des conseils timides. Il respecte les initiatives de son élève, mais ne lui enseigne pas d'histoire, de langues ou de littérature. Ce qui est le plus important est l'expérience où l'autorité humaine n'a pas à intervenir, c'est la nature qui se charge de l'enseignement. Il grandit au grand air, s'aguerrit avec le froid, le vent, il fait une gymnastique naturelle, en liberté. On lui demande des efforts proportionnés à ses forces.
On lui présente une série d'expériences graduées, son éducation est progressive, on fait appel à sa réflexion, son initiative.
Il n'apprend soi-disant rien, mais apprend à apprendre.
L'intelligence n'assimile que ce qu'elle découvre par elle-même.
« Tout ce qui profite à l'élève l'excite et l'égaye », c’est la définition de l'intérêt.
Texte écrit par Myriam Tellenbach
Texte dit par Fabrice Drapel
Texte retranscrit par Françoise Berthod