Neuchâtel-Sports Rugby-Club

 

 

Jérôme Kubler

 

Le Neuchâtel-Sports Rugby-Club a été créé en 1968. On a commencé par jouer sur le terrain de sports de Planeyse, et depuis 1972, on est ici à Puits-Godet. On a survécu toutes ces années. Il n’y a pas une seule année où on n’a pas évolué en championnat. On a joué de nombreuses années en ligue nationale A. Et la dernière fois qu’on y a joué, c’était il y a quatre ans. Le club, à l’heure actuelle, se porte très bien. On a profité de l’impact de la Coupe du Monde, sur laquelle on a beaucoup capitalisé l’année passée. On a fait beaucoup de communications, dont la retransmission de la finale de la Coupe du Monde sur écran géant. Et à l’heure actuelle, on compte à peu près cinquante licenciés chez les seniors, une cinquantaine chez les juniors et cadets, qui ont entre 14 et 20 ans. Et à l’école de rugby, viennent aussi une trentaine d’enfants, dès 6 ans. Maintenant, dans tous les niveaux du jeu, on a vraiment un gros effectif.

On envoie régulièrement des juniors en sélection. Des moins de 17, moins de 18 et moins de 20, qui partent faire les Championnats d’Europe. À l’heure actuelle, on a même un senior qui est retenu pour être membre de l’équipe nationale suisse de rugby à 7. Pas le rugby à 15, donc, mais le rugby à 7 ! La caractéristique de Neuchâtel, c’est qu’il organise aussi chaque année un tournoi de rugby à 7. Cette année, on organise d’ailleurs le 34ème. On est le plus ancien tournoi de rugby à 7 d’Europe continentale. Il y en a des plus vieux que nous, mais ils sont en Angleterre ou en Écosse. Sinon, on est vraiment le plus vieux. Chaque année, on reçoit entre seize et vingt-cinq équipes qui viennent de toute l’Europe. On a reçu des professionnels, des équipes professionnelles anglaises, irlandaises, écossaises et italiennes. Et aussi une équipe qui venait à la base d’Amsterdam, mais qui était uniquement composée d’internationaux venant des Iles Fidji, des Samoa et du Tonga, évoluant au sein des championnats de Nouvelle Zélande et d’Australie. Les joueurs professionnels viennent souvent à ce tournoi, parce que contrairement aux autres tournois qui font partie de l’IRB (International Rugby Board), qui est la Fédération internationale de rugby, le nôtre privilégie la convivialité. Dans le sens que même si eux doivent gagner ou tenir leur rang, ils sont absolument capables de faire la fête avec nous. De chanter, de ne pas être gonflés ou se prendre la tête ; et de vraiment partager le rugby, le sport et la générosité qu’on souhaite entre toutes les équipes.

Le rugby, c’est un sport… Moi, je suis amoureux du rugby, et je suis tombé dedans quand j’étais petit. Le rugby, c’est avant tout un sport de partage, de respect et de camaraderie. Il n’y a pas d’individualité dans le rugby, et si un jour quelqu’un fait preuve d’individualisme, il met par terre tout le reste de l’équipe. C’est aussi un sport où il y a beaucoup de respect pour l’adversaire. En match, on a évidemment envie de le tuer et de lui marquer le plus d’essais possible, mais à son issue, on fait la haie d’honneur, on se remercie et on partage. Et ce qu’il ne faut peut-être pas dire aux parents, c’est qu’au terme de la fameuse troisième mi-temps, au cours de laquelle il a fallu mettre beaucoup de cœur et de générosité pour jouer, on tient à se remercier en partageant un verre. C’est une école de vie, et il y a de la place pour tout le monde. Des petits, des gros, des maigres, Tout comme des très puissants, des super physiques ou des brindilles. Il y a vraiment de la place pour tout le monde dans une équipe pour eux. Chaque poste est différent, et requière différentes caractéristiques. Un avantage pour que tout le monde puisse jouer dans une équipe de rugby. Tous les gabarits ! Ce qui fait que le gros, deuxième ligne, qui mesure 1,95 m et pèse plus de 120 kg, il aura exactement le même respect pour son ailier d’1,65 m pour 70 kg tout mouillé. Parce que le deuxième ligne, il va réussir à sortir le ballon, mais c’est l’ailier qui marquera. Et lorsqu’un joueur part s’enferrer tout seul, même si c’est un gros, le plus petit de l’équipe va quand même devoir aller l’aider. C’est vraiment tout un groupe qui gagne, tout en préservant les spécificités et les individualités.

 

 

David Da Silva

 

J’ai commencé le rugby à six ans dans le Sud de la France, à Brive-la-Gaillarde, à l’équerre entre Toulouse et Bordeaux. Le rugby est très présent en France. C’est facile de commencer le rugby là-bas. J’ai joué toute ma vie au rugby. J’ai aujourd’hui trente ans, et ça fait donc vingt-quatre ans que j’y joue. J’ai joué en sélection régionale en France, puis j’ai été champion de France avec Brive en scolaire, avant de venir en Suisse il y a sept ans, comme la majorité des expatriés ici pour le travail. J’ai alors découvert le rugby à Neuchâtel. Le sport, c’est un gros facteur d’intégration, et avec mon bagage technique… Je m’étais arraché les ligaments du genou, des petits problèmes, etc. et je me suis relancé ici à Neuchâtel. J’ai découvert Neuchâtel, le canton et son esprit grâce au rugby, et j’y joue depuis sept ans. Quand je suis arrivé, l’équipe était montée en ligue A. Nous avons fait une saison en ligue A, puis en ligue B. J’ai été joueur, capitaine pendant pas mal de temps, et l’année dernière, j’ai eu la chance de faire des matches avec l’équipe suisse de rugby et de jouer contre l’Allemagne, l’Arménie et la Serbie-Monténégro. J’ai repris les entraînements de Neuchâtel il y a environ deux ans, car on a perdu notre entraîneur Pascal Bailleul, qui était très actif au sein du club. Pour le remplacer, j’ai pris les rênes de l’entraînement pendant un an, à peu près, et à Noël, pour des raisons personnelles et professionnelles, j’ai décidé d’arrêter d’entraîner. Nous avons pris quelqu’un qui vient d’Yverdon, et qui s’appelle Marc Benallaoua. Comme ça, j’ai pu reprendre ma fonction de joueur et revenir sur le terrain. Parce qu’on ne peut quand même pas entraîner sans s’entraîner, et être efficace à ce niveau-là du jeu.

C’est clairement un sport de combat collectif. C’est un sport de contact, mais il y a moins de blessures qu’au foot, par exemple. Car tous les contacts se font face à face et non par-derrière. Les contacts se font quand on est porteur du ballon. On s’attend à recevoir un contact. C’est ce qui fait la différence avec des sports comme le foot. Ensuite, par rapport au hockey sur glace ou au football américain, par exemple, on n’a pas le droit de faire de body check. C’est-à-dire qu’on n’a pas le droit d’envoyer balader un adversaire. On est obligé de l’entourer avec les bras et de l’accompagner au sol. Voilà ce qui fait les principales différences avec les autres sports. Et en fin de compte, on a moins de blessures que les autres sports. Tous les gabarits peuvent jouer. On ne parle pas, bien sûr, de l’équipe de France ou d’Afrique du Sud où ils font tous 1,90 m pour 120 kg. Ils font tous la même taille et le même poids ! Mais par contre, à notre niveau, on peut voir des très grands jouer deuxième ligne. Même des gros ! Et osons le mot, vu qu’aujourd’hui tout le monde veut être fin, maigre ou dans les standards. Mais non, il y a des gens qui sont bien portants, qui ont un petit peu de ventre, mais qui peuvent jouer devant au rugby. Ils y arrivent ! On peut voir des gens petits, vifs, en train de jouer en demi de mêlée, par exemple. Ainsi que des gens un petit peu plus maigres, mais rapides, qui se tiendront à l’aile. Suivant la morphologie du joueur et ses qualités, on le fera jouer à différents postes. Et au rugby, c’est ça qui est sympa. Au basket, il n’y aura que des grands. Au foot, on verra que des maigres. On prétendra que c’est parce qu’ils courent longtemps… Dans tel ou tel sport, on verra comme ça différentes catégories. Tandis qu’au rugby, tous les joueurs et toutes les morphologies peuvent jouer ensemble ! C’est ce qui est intéressant !

 

 

Ekim Saraçlar

 

Cela fait quatre ans que j’ai commencé le rugby. Avant, je faisais de la natation. J’ai fait quelques autres sports, et une amie m’a dit un jour : « Pourquoi tu ne viendrais pas ici jouer au rugby ?» J’ai essayé, et ça m’a beaucoup plu. Je n’ai pas arrêté depuis, et ça fait maintenant quatre ans que j’en fais. Il y a de l’impact physique, de l’engagement, mais il n’y a pas de violences sales, on va dire. C’est un sport propre, quand même. Il y a des impacts et de la rudesse, c’est vrai, mais pas de violence. Je sais qu’au rugby, il y a beaucoup de fraternité, de solidarité, de respect et de gratitude aussi. Parce que lorsqu’on va sur un terrain, c’est pour se donner à 200 % ! Il y a de l’impact, et c’est vrai qu’on se sacrifiera pour les amis ; mais les autres se sacrifieront aussi pour nous. Tout le temps, quand on ressort du terrain, on est remercié et félicité. Tout le monde a mis du sien en se donnant à fond pendant le match. Il y a vraiment cette notion de sacrifice si importante. C’est le sacrifice de soi-même pour l’équipe. C’est pour ça qu’on nous encourage et qu’on nous remercie quand on sort. Peut-être aussi pour nous consoler un peu, parce que des fois, on aimerait bien rester un peu plus longtemps sur le terrain. C’est la fin du match qui décide…

Je pense que dans les sports collectifs, il y a forcément une forme de solidarité. Mais dans le rugby, elle est très apparente. Il y a de la solidarité sur le terrain, mais aussi en-dehors du terrain. Cela veut dire que le rugby, c’est vraiment une deuxième famille. On peut toujours compter sur les autres, que ce soit pour un déménagement ou un mariage. On sait très bien que tous les collègues du rugby participeront à l’événement. Pour aider dans les moments difficiles, comme pour être présents dans les moments de joie et de fête. Et idem avec l’autre équipe. Dès la fin du match, on se retrouve… Solidarité et fraternité. Voilà de belles valeurs.

 

 

Franco Coniglio

 

Vous venez d’arbitrer ce match, comment cela s’est passé ?

Cela s’est bien passé. C’était un match assez rude, mais très fair-play des deux côtés. Il n’y avait vraiment rien à redire, à part une petite action qui a dégénéré, mais vite calmée. Rien de vraiment spécial. Pas trop dur.

 

Est-ce que c’est difficile d’arbitrer le rugby, vu que les joueurs ont encore cette magnifique philosophie qui a toujours fait la noblesse de ce sport ?

Le rugby en Suisse, ce n’est pas du tout difficile à arbitrer. Parce que c’est un jeu très « amateur » ! Mais c’est vrai que les règles du jeu sont dans l’ensemble assez complexes. En Suisse, c’est assez limité au niveau des actions terribles ou un peu rudes. C’est assez facile d’arbitrer en Suisse, en tous cas.

 

Quand on interroge les joueurs, on voit que c’est un sport où la solidarité est importante. Le fair-play est important, et le respect de l’arbitre également. Vous l’avez d’ailleurs souligné au début du match. À une époque où on dit que les jeunes respectent de moins en moins l’ordre établi, qu’est-ce que vous en dites ?

Le respect de l’arbitre, c’est vrai que c’est primordial. C’est la chose la plus importante dans le monde du rugby. Au rugby, je n’ai jamais vu quelqu’un avant ou après le match avoir des différends avec moi. Pendant le match, c’est normal qu’il y ait toujours … Monsieur l’arbitre, il a toujours quelque chose à dire. Mais le fair-play, c’est primordial ! On sanctionne d’ailleurs très vite. Tous savent que dix minutes dehors, ça ne fait plaisir à personne. Un carton jaune, et on va tout de suite dehors. Personne n’aime sortir pendant dix minutes. Ils aiment tous jouer. Donc, ils sont fair-play.

 

Comment expliquer que dans certains sports qu’on ne citera pas, les arbitres sont maltraités. On les attend et on leur casse la figure à la fin du match. On ne voit pas ça au rugby ?

Parce que le rugby, en tous cas en Suisse, c’est encore « amateur ». On ne parle pas d’argent. Quand on commence à parler d’argent comme dans tous les sports, il faut … Cela devient plus violent, parce que les gens doivent se défouler. Au rugby, on se défoule sur le terrain. On ne se défoule pas dehors ! C’est ça, je pense, la chose la plus importante. J’ai un fils de huit ans qui fait déjà du rugby depuis deux ans. Il est très heureux, il adore ce jeu et j’espère… Souvent, les parents pensent que le rugby est violent. C’est normal… En voyant le rugby à la télévision, ça paraît assez violent. Mais il faut aussi savoir que ce sont des professionnels. Ils s’entraînent six heures par jour et sont beaucoup plus payés que nous. Nous, on a chacun notre boulot, et on fait ça vraiment pour se défouler et avoir une bonne ambiance. D’ailleurs, si vous avez entendu parler de la troisième mi-temps… C’est une ambiance de folie, et c’est ça qui est beau dans le rugby. Moi, j’invite les parents à envoyer leur fils à faire du rugby. Pour se faire des nouveaux copains, avant tout, puis pour une expérience de vie qui est à mon avis unique !

 

 

Interviews réalisées par Jean-Pierre Lambert

Texte retranscrit par Françoise Berthod