Madame Nicole Matthey et Monsieur Thierry Dubois-Cosandier

 

 

Bonjour. Nous avons invité aujourd’hui Mme Nicole Matthey, de la Bibliothèque de la Ville de La Chaux-de-Fonds, et M. Thierry Dubois-Cosandier, de la Bibliothèque P ublique et Universitaire de Neuchâtel.

Nous allons découvrir aujourd’hui une richesse des fonds de ces deux bibliothèques peut-être pas assez bien connues. Il s’agit des affiches neuchâteloises, et peut être va-t-on découvrir aussi une fructueuse collaboration à venir entre ces deux bibliothèques, et ainsi entre le Haut et le Bas du canton de Neuchâtel. Pour commencer, je vais donner la parole à Nicole. Qu’est-ce que vous pouvez nous dire sur le fonds des affiches neuchâteloises de votre bibliothèque à La Chaux-de-Fonds ?

N. M. : Le fonds des affiches de la Bibliothèque de La Chaux-de-Fonds comprend environ six mille affiches de formats différents. Des grandes affiches, et aussi passablement d’affichettes. Ce fonds couvre tous les domaines. Il comprend autant des affiches qui concernent des manifestations culturelles ou sportives, que des affiches publicitaires, par exemple. Et notamment à La Chaux-de-Fonds, des affiches qui concernent l’horlogerie, à un niveau publicitaire. Ce fonds s’est constitué autour d’un dépôt de trois cents affiches en provenance du Musée d’Histoire de La Chaux-de-Fonds en 1984. Dès cette date-là, les affiches et affichettes locales ont été récoltées plus systématiquement. Ce qui donne actuellement l’aspect et la spécificité de ce fonds. Un reflet, en fait, de la vie dans les Montagnes neuchâteloises. Quelques années plus tard, en 1998, il faut encore rajouter qu’il y a eu un dépôt supplémentaire de deux cent soixante affiches. Celui-ci en provenance de l’École d’Art des Montagnes Neuchâteloises, également à La Chaux-de-Fonds.

 

Et à Neuchâtel, Thierry, depuis quand date ce fonds ? Il est plus ancien que le fonds de La Chaux-de-Fonds ?

T. D. : Nous sommes en fait les cadets. Notre collection a démarré en 1985, une année après. Il s’agissait d’un travail de diplôme d’une bibliothécaire, qui était une bibliothécaire chaux-de-fonnière venue travailler quelques années chez nous, qui s’était occupée de mettre en valeur un petit fonds d’affiches comme ça. C’est parti en même temps que La Chaux-de-Fonds ou presque. Nous, actuellement, on possède à peine plus d’affiches que La Chaux-de-Fonds, puisqu’on détient sept mille cinq cents pièces. J’ai recompté ce matin !

 

Oui. C’est une information à la minute.

À peu près. Je me suis mis à jour.

 

Sur la spécificité, il y a quand même les mêmes choses.

C’est les mêmes thèmes. Le mode de description des documents est à peu près le même aussi. Les formats, c’est à peu près les mêmes aussi, dans ce qu’on a pu conserver. On conserve aussi des affichettes touristiques, sportives, et publicitaires évidemment ; et on conserve pas mal d’affiches qui concernent les manifestations culturelles diverses dont on pourra parler.

 

Est-ce que c’était nécessaire de créer un fonds des affiches à la Bibliothèque de La Chaux-de-Fonds, Bibliothèque de la ville ?

N. M. : Disons que le dépôt du Musée d’Histoire est un dépôt d’affiches qui concerne pour moitié des affiches neuchâteloises, et pour moitié des affiches suisses, en général. C’est un dépôt d’affiches. Les affiches concernées datent de la fin du XIXème siècle, jusqu’à la moitié du XXème, dans les années quarante et cinquante. C’était un dépôt relativement riche. Le dépôt a été fait à la Bibliothèque de La Chaux-de-Fonds. C’est vraiment autour de ça que ça valait la peine de mettre en valeur ce dépôt, en constituant vraiment un fonds d’affiches à cet endroit-là.

 

D’en faire en haut et en bas. D’avoir deux collections différentes ou il s’agit de la même collection qui est séparée en deux ?

T. D. : Disons que c’est la même intention.

 

Et les mêmes racines de l’idée?

On peut se dire que si ce ne sont pas les bibliothèques qui conservent les affiches locales, qui le ferait ? Visiblement, les musées dans notre Canton ne jouent pas ce jeu-là. On a une bonne collaboration d’ailleurs avec le Musée d’Art et d’Histoire à Neuchâtel sur ce plan-là. Un musée qui nous a d’ailleurs donné une partie des documents dont il voulait entre guillemets « se débarrasser ». Je pense, par exemple, à une série d’affichettes publiées en 1918, et qui avaient été commises, si on peut dire, par les élèves des Écoles Communales de la Ville de Paris, et qui disaient : «Économisez le pétrole, économisez l’essence, économisez le pain pour nos poilus !» Et ça c’est une petite collection. Il y a une trentaine de pièces, je pense, qui a abouti chez nous ; et ça forme un premier noyau, chronologiquement assez intéressant, d’affiches non neuchâteloises. Et on n’allait pas les jeter, c’est bien clair ! C’est un peu l’exception, en fait, c’est concentré quand même dans les deux collections sur la production du Haut du Canton pour Nicole, les deux Districts du Locle et de La Chaux-de-Fonds, et les quatre Districts du Bas : Val-de-Ruz, Val-de-Travers, Boudry et Neuchâtel.

 

Parce qu’en effet, les affiches que vous collectionnez à Neuchâtel et à La Chaux-de-Fonds proviennent de tout le Canton. Les artistes viennent d’ici, mais les imprimeurs, comment ça se passe ? Leur création surtout ?

N. M. : Le critère de sélection fait que les affiches doivent avoir quelque chose de neuchâtelois. Que ce soit de par l’imprimeur, un éditeur, le graphiste ou un sujet justement neuchâtelois. Ce qui fait que cette affiche sera conservée dans l’une des deux institutions. Certaines affiches concernent les deux institutions. Par exemple, une affiche qui concerne un sujet du Bas du Canton, mais qui a été imprimée à La Chaux-de-Fonds. Dans ces cas-là, ces affiches seront peut-être aux deux endroits ; tandis qu’autrement, à priori, une affiche est conservée soit à La Chaux-de-Fonds, soit à Neuchâtel. Si je récolte une affiche qui concerne le Bas du Canton, je la transmets simplement à Neuchâtel et vice-versa. On a une collaboration à ce niveau-là, où les collections ne font pas doublons. Elles se complètent tout à fait dans la façon d’être récoltée.

 

Les affiches étaient exposées à un moment donné soit en Haut, soit en Bas, soit partout, et ça se passe comme ça. C’est des affiches qui étaient présentées au public de Neuchâtel quelque part ?

T. D. : Oui, on n’a pas un souci d’exhaustivité dans la conservation, ça nous mènerait beaucoup trop loin, mais je voulais revenir sur ce que disait Nicole. Il y a des spécificités tout de même. Historiquement, La Chaux-de-Fonds possède une belle collection d’affiches qui traitent de l’horlogerie. Si moi j’en ai une, ou si je la repère dans une vente aux enchères à Zurich ou n’importe, je transmets à Nicole. Je lui dis : « Si tu peux obtenir celle-là, je te la laisse volontiers. » Voilà un sujet, par exemple, typiquement neuchâtelois du Haut, alors qu’évidemment, une affiche en automne de la Fête des Vendanges 1932, ce sera très probablement nous qui allons la conserver, La Chaux-de-Fonds n’a pas d’intérêt particulier à conserver ça.

 

Que pensez-vous, Thierry, de l’importance de l’affiche aujourd’hui ? Est-ce que c’est encore nécessaire de créer des affiches et ces fonds, et de collectionner ?

C’est une grande question. Il y a eu une période faste de l’affiche dans les années 1920-1940. L’affiche lithographiée avec des artistes suisses, et parfois même neuchâtelois connus. Et c’est peut-être la belle époque où on va chasser le document de manière assez systématique. Chaque fois qu’on en voit une, on va essayer de l’acquérir, c’est sûr, quelle que soit son état. Je pense par exemple à Éric de Coulon, un grand affichiste que beaucoup de gens connaissent encore aujourd’hui. Dès que les techniques changent, en passant par exemple à la sérigraphie, on peut se poser la question : « Est-ce que ça vaut toujours la peine de conserver ça ou pas ? » Je pense qu’on n’a pas le recul historique nécessaire pour juger, et donc conserver ou pas. Il faut sentir les choses… Se dire qu’on va prendre une partie des affiches en sérigraphie, mais peut-être pas toutes. Une affiche à graphisme répétitif. Si Neuchâtel Xamax reçoit douze clubs différents, on ne va pas forcément les garder les douze. On va en garder une ou deux par année.

 

Il y a quand même une sélection ?

Il y a une sélection qui se fait. Elle se fait naturellement puisque tout n’aboutit pas à la Bibliothèque, et qu’après nous avons quand même des critères qui sont à peu près les mêmes entre Nicole et moi pour dire : « Cela, on garde, et ça on ne garde pas. » On a une longue pratique, puisqu’on a plus de vingt ans de travail.

 

Justement, je voulais vous demander depuis quand vous travaillez dans ce domaine ?

On est à peu près bibliothécaires ensemble depuis les années 80.

 

N. M. : Oui. Moi, je n’ai pas commencé tout de suite dans le domaine des affiches, mais ça fait…

 

T. D. : Plus que vingt ans.

 

Et vous croyez toujours en l’avenir de l’affiche ? J’ai interrompu juste pour connaître son avis, et tu vas continuer avec cette belle description de collection de Neuchâtel.

N. M. : Si on va continuer au niveau des affiches ?

 

L’affiche aujourd’hui est-elle nécessaire ?

L’affiche a encore son rôle à jouer. C’est quand même un moyen de communication qui est dans la rue, et gratuit pour beaucoup de gens. Il faut juste la produire. Au niveau de l’affiche grand format, c’est clair que c’est un coût relativement élevé, mais l’affichette est un moyen de communication, de faire connaître sa manifestation à peu de frais et au plus grand nombre, puisqu’elle est dans la rue et visible par n’importe qui. Il n’y a pas besoin d’acheter un journal pour avoir cette publicité, ni d’avoir un abonnement quelque part. L’affiche a ce rôle populaire de messager.

 

T. D. : Un rôle complémentaire, vu qu’on dit généralement que la télévision n’a pas remplacé la radio, etc. On peut reculer comme ça. Je ne pense pas que l’affiche va disparaître, mais se transformer. C’est déjà le cas aujourd’hui. On voit d’ailleurs en suivant des matches de foot, que les panneaux publicitaires qu’on voit sur les stades sont des incrustations électroniques. Il faut aussi le savoir, car ce que voit le téléspectateur de Zurich n’est pas forcément la même chose que ce que voit celui de Genève. Musique d’avenir, mais on y est !

 

Dans cette musique d’avenir dont vous parlez, est-ce qu’il s’agit d’une distinction entre les affiches commerciales et non commerciales ? On peut faire la différence comme ça. Peut-être que les affiches commerciales utilisent plus de technologie d’informations, de communication que les autres ?

T. D. : Probablement, je ne me suis jamais posé la question.

 

N. M. : Dans ce qui est exposé dans la rue, probablement. Mais maintenant, il y aura aussi toute la publicité qui vient par Internet, sur les sites ; et celle-là, elle concerne peut-être aussi des manifestations qui sont annoncées par ce biais-là. Mais l’un n’empêche pas l’autre, à mon avis.

 

T. D. : Non, l’un n’empêche pas l’autre. Pour ce qui est des sites Internet, il faut savoir qu’il y a une commission au niveau suisse, pilotée par la Bibliothèque N ationale, qui avec l’aide de chaque canton, s’est sérieusement posée cette question : « Quels sont les sites Internet intéressants qu’on va conserver ? » Et même à la BPU Neuchâtel, on a une personne qui s’occupe d’estimer si tel ou tel site est intéressant, et si on pourrait le conserver au niveau national. Puis il y a une suite… Nous, on est un peu pris au milieu d’un feu, mais on a notre propre petite lanterne.

 

N. M. : À la Bibliothèque de Neuchâtel.

 

Quelle est la prédominance des affiches ? Est-ce qu’il y a plutôt des affiches culturelles, plutôt des affiches politiques ? La même question pour La Chaux-de-Fonds.

T. D. : Je me suis amusé encore ce matin à faire un petit calcul. Ce sont effectivement des petites affichettes culturelles qui forment le gros noyau quantitatif, en tous cas de notre collection, puisqu’on peut parler de 70 %. Dans les affiches sport et divertissements, on peut dire 15 %, et le reste en diverses publicités. Les choses très intéressantes sur les sept mille cinq cents pièces qu’on a, je pense qu’il y a trois cents belles pièces, si on ose dire. Je considère les choses les plus importantes sur une tranche chronologique d’une centaine d’années entre 1860 et 1960, par exemple, et là, on arrive à trois cents belles pièces lithographiées.

 

Ce sont des affiches assez rares, je pense. Des pièces qu’on ne trouve pas ?

C’est assez variable.

 

Et à La Chaux-de-Fonds ?

N. M. : Sur la proportion, c’est sûr que c’est un petit peu identique. On a aussi essentiellement des affichettes culturelles qui représentent une grande partie de notre collection. Des affiches qui datent d’avant 1960, on en a environ cinq cents. Grâce notamment à ce dépôt du Musée d’Histoire, et aussi par la collection du dépôt de l’École d’Art, qui détient des affiches parlant des années 40 à 60. Là, ce sont plutôt des affiches publicitaires, et suisses en général. Des affiches publicitaires très souvent anonymes, mais aussi parfois signées par des graphistes suisses reconnus tels Herbert Leupin, Celestino Piatti ou Donald Brun, par exemple.

 

Il y a des graphistes neuchâtelois qui ont créé des affiches ?

T. D. : Il y en a quelques-uns, heureusement ! Peut-être un peu moins connus que les noms qu’on vient de citer ; mais il y en a effectivement.

 

N. M. : Thierry a parlé tout à l’heure d’Éric de Coulon. C’est le premier qui vient… Et pour La Chaux-de-Fonds, les Montagnes Neuchâteloises, on peut évidemment citer Charles L’Eplattenier, qui a été célèbre parce qu’il a en fait enseigné et fondé le Cours Supérieur à l’École d’Art de La Chaux-de-Fonds, et qu’il a eu entre autres pas mal d’élèves, dont quelques-uns ont fait une carrière de graphiste. Jules Courvoisier, par exemple…

 

T. D. : Il a fait carrière à Genève, plutôt.

 

N. M. : Qui ont fait des carrières à Genève, mais d’origine neuchâteloise avec une formation à l’École d’Art. Eux sont des graphistes reconnus au niveau suisse.

 

T. D. : Je peux ajouter d’autres noms. Alex Billeter, par exemple, dont le fils nous a donné le fonds. On peut aussi citer des gens comme Marcel North. On a quelques affiches de Marcel North ou de Pierre-Alexandre Junod, qui était peintre, mais qui a aussi réalisé une série d’affiches, et m’a légué ce qu’il avait pu conserver de sa production il y a une dizaine d’années.

 

Je pense que ça suscite l’intérêt des téléspectateurs et des lecteurs surtout. Comment les lecteurs peuvent avoir accès, voir et consulter ces affiches à Neuchâtel et à La Chaux-de-Fonds ? C’est la même chose, je pense… Il y a des conditions spéciales ?

Pas tout à fait la même chose. À la base, oui.

 

N. M. : À la base, nous avons donc créé des fichiers pour savoir ce que nous avions. L’affiche est un support extrêmement fragile à manipuler. On ne transporte pas facilement des grandes affiches autant délicates. Le papier devient fragile; ce qui fait que les affiches ont toutes été photographiées, et on en a tiré des petites vignettes-photos qui nous permettent de visualiser ce qu’est l’affiche, et qu’on a collées sur des cartes qui donnent un descriptif de l’affiche. Cela donne une sorte de petit catalogue, et on peut classer ça par graphistes, par commanditaires de l’affiche, etc. Maintenant avec les nouvelles façons d’entrer les choses, la Bibliothèque de La Chaux-de-Fonds a décidé d’entrer toute son iconographie dans le réseau romand des bibliothèques, et a mis les affiches en plus des photographies sur ce même système. On est en train d’entrer tous ces documents-là, alors qu’à Neuchâtel…

 

T. D. : Ce n’est pas tout à fait la même chose. La base est pareille, effectivement, vu qu’on a une cartothèque qui permet de retrouver les documents par le commanditaire, le créateur, l’artiste ou les sujets. On a une douzaine, une quinzaine de sujets différents. Il y a un classement chronologique aussi, qui est relativement utile. On recherche, par exemple, toutes les affiches parues entre 1910 et 1920. Et c’est relativement vite fait dans la séquence. Ce fichier-là, qui concerne les XIXème et XXème siècle, il est bien. C’est quelque chose qui fonctionne bien, également à La Chaux-de-Fonds. On s’est posé la question, il y a une bonne douzaine d’années déjà, afin de savoir quel était le pas supplémentaire qu’il fallait franchir. Et la Direction de l’époque a décidé, à l’instar de ce que fait La Chaux-de-Fonds dans le réseau romand qu’on appelle RERO, d’écrire les petites pièces, les petits formats et les affichettes culturelles principalement, en faisant un commanditaire par notice. On dit par exemple que la Société des Amis des Arts possède des affichettes diverses entre 1917 et 1964, et on décrit les pièces à partir de ça. On fait ça pour chaque commanditaire, en fait. Pour les petites affiches, en tous cas. Alors que pour les grandes, il y a eu un projet qui est parti il y a une bonne douzaine d’années maintenant, voire un petit peu plus… Parti de la BPU Genève, à l’instigation de M. Jean-Charles Giroud qui s’est approché de la Bibliothèque N ationale et des grandes collections suisses. On sait par exemple que celle du Museum für Gestaltung de Zurich est la plus grande collection de Suisse, et qu’à la Schule für Gestaltung à Bâle, il y a une énorme collection d’affiches. Genève aussi possède le dépôt légal depuis 1909. Jean-Charles Giroud s’est dit : « Pourquoi on ne ferait pas notre propre catalogue, plutôt que d’intégrer nos documents dans ce grand fourre-tout qu’est le réseau romand, si on ose dire… ? » À force de travailler et de séances, nous sommes arrivés à mettre sur pied ce qu’on appelle le CCSA, ou Catalogue Collectif Suisse des Affiches, dont le siège est à Berne, et qui permet de décrire des documents de manière assez spécifique. Alors que dans le réseau romand, c’est un peu plus compliqué puisqu’on doit se plier à des règles propres à ce réseau-là. On a préféré, pour une partie de nos affiches, de s’occuper à faire notre petite cuisine à nous !

 

Pour un lecteur, est-ce qu’il est facile d’avoir accès aux affiches, de les regarder, les voir? Quels sont les gens qui demandent de voir des affiches ? Il y en a déjà ?

Il n’y en a pas assez. Mais je pense qu’avec des émissions comme celle qu’on est en train de faire, ça ne peut qu’augmenter, en fait… Mais il y en a ! Il y a des consultations chez nous.

 

N. M. : Par expérience faite dans l’illustration de nos propres expositions, je dirais que nos affiches servent tout d’abord à l’illustration d’expositions qui se passent dans d’autres institutions. Dans des musées ou d’autres bibliothèques, par exemple, où il y a un prêt entre institutions. Et elles servent aussi encore assez souvent pour l’illustration d’ouvrages. On recherche assez volontiers une affiche ancienne pour illustrer un texte.

 

On voit comme ça un peu le rôle de l’affiche.

Un témoignage du passé, et elles sont reprises un petit peu dans cette idée-là. C’est clair que nous, on ne propose pas un prêt d’affiches. Ce n’est pas une bibliothèque où on prête les documents eux-mêmes. On peut les consulter, et celles qui sont mises dans le réseau romand et le catalogue collectif suisse peuvent être visibles. Il y a un lien avec l’image justement. Si on veut faire une recherche par images, on peut rechercher dans le réseau romand en mettant simplement « Affiches ». Et si on prend, par exemple, toutes les affiches de la marque horlogère Zénith, on mettra « Affiches Zénith », et on obtiendra alors une liste des affiches conservées chez nous, avec directement une petite image pour visualiser vraiment l’affiche.

 

« L’affiche parle la langue des gens auxquels elle s’adresse. » J’ai lu cette idée quelque part ; ça m’a plus et je pense qu’elle est vraie. En réfléchissant à cette idée-là, quelles sont les pièces, les affiches les plus intéressantes que vous détenez et pourriez décrire en deux mots ?

T. D. : Difficile. Je pense qu’une affiche politique, qui parle des gens du crû, elle est forcément typique de ce qui se passe ici. Il est clair qu’au niveau thématique, je peux penser à des affiches sur les tirs cantonaux, par exemple. Je crois que Nicole en possède aussi quelques-unes. C’est forcément des objets qui parlent aux gens du crû. Ce serait déjà deux exemples. Il y en a plein d’autres, évidemment...

 

Et à La Chaux-de-Fonds, il y a des affiches sur les montres, je suppose ?

N. M. : On possède effectivement des affiches au niveau de l’horlogerie. On en cherche toujours. On n’est pas…

 

Vous parlez d’affiches particulières. Vous pourriez nous les présenter ?

Par exemple, dans les affiches d’horlogerie, on a une affiche Zénith qui a obtenu un grand prix en 1900. Une affiche qui date de 1900 pour Zénith, et aussi une affiche Zénith qui a été faite par Paul Colin à Paris. Un affichiste extérieur, quand même, qui l’a faite pour un produit de chez nous. Ce qui montre aussi que l’affiche horlogère a été diffusée loin dans le monde.

 

T. D. : Une chose assez amusante à constater, est qu’on ne voit pas forcément très bien quelle a pu être la diffusion des affiches locales à l’extérieur. Je prends l’exemple d’une affiche de 1898 qui s’appelle « Grand Hôtel Terminus ». C’était le nom de l’hôtel en face de la gare à Neuchâtel. C’est une super litho. Est-ce qu’elle était exposée dans d’autres pays ? Est-ce qu’elle était exposée seulement dans les gares de Genève, Sion ou Zürich ? On n’en sait absolument rien ! Je pense qu’on aurait toutes les peines du monde à retrouver des témoignages ou des sources écrites qui permettraient de dire : « Cette affiche-là, elle a été diffusée loin à la ronde ou pas. ». Cela, c’est un problème assez intéressant, je trouve.

 

Puisqu’on arrive à la fin et qu’on a deux invités du Bas et du Haut du Canton de Neuchâtel, je pose une question sur la collaboration au présent et dans l’avenir. Pensez-vous que ça va continuer, et de quelle manière?

N. M. : Difficile de dire exactement comment ça continuera. En tous cas, actuellement, la collaboration est excellente. Ce n’est pas une collaboration au sens premier du terme, mais une coordination. Une concertation dans l’élaboration des fonds. Il y a vraiment une idée commune, et on gère les choses de manière similaire.

 

T. D. : Je pense que Nicole et moi parlons le même langage. On se connaît depuis très longtemps, puisqu’on a fait notre Gymnase ensemble à La Chaux-de-Fonds. C’était avant-hier…

 

Vous êtes donc tous les deux Neuchâtelois.

Oui. L’avenir, on ne sait pas bien. Il est clair qu’actuellement, le Conseil d’État et nos directions respectives sont en train de se poser des questions quant à savoir s’il faudrait faire une Bibliothèque Cantonale. Et si on la met sur pied, est-ce qu’on fera une Bibliothèque Cantonale ou une Bibliothèque Cantonale Universitaire ? Il y a beaucoup de choses en suspens… Mais ce qui est certain, à mon avis, c’est que Nicole et moi sommes un bon exemple de collaboration réussie.

 

Surtout sur le plan culturel.

Oui, c’est ça. Exactement.

 

Je vous remercie beaucoup, et on attend de vos nouvelles sur les affiches et cette collaboration entre les deux bibliothèques de La Chaux-de-Fonds, ainsi que la Bibliothèque Publique Universitaire de Neuchâtel.

Merci.

 

Au revoir.

Au revoir.

 

 

Interview réalisée par Simona Radulica Montserrat

Texte retranscrit par Françoise Berthod