Fête du Vin Nouveau : Cressier 2008
Christian Fellmann
Une très belle tradition de 1879 ; ce qui s’appelait la Dédicace et qui s’est transformée depuis trente-quatre ans en Fête du Vin Nouveau. On a eu cette année la chance de tomber sur le week-end de l’Ascension, où on a eu l’idée de proposer le Tour du Canton à nos sociétés locales. Et quand les sociétés locales ont accepté, on a demandé à Sport Plus une étape le mercredi qui précède l’Ascension. Cela a été une très, très belle réussite à tous niveaux. Un très beau souvenir !
La Fête du Vin, c’est aussi la fête des sociétés locales. Oui, on a une vingtaine de stands, caves, guinguettes, et les sociétés locales sont dynamiques. On les remercie car on a besoin d’elles, nous, le Comité de la Fête du Vin. Et on travaille pour les sociétés locales du village.
Raymond Fuchs
La Fête, la Dédicace, c’est à peu près 125 ans. C’est la construction de l’Église Catholique. Après, on a commencé à faire cette fameuse course aux œufs. Pendant la guerre, ils lançaient des pommes de terre au lieu d’œufs, puisqu’on ne trouvait pas d’œufs. À l’époque, ça se faisait sur la route principale de Cressier, devant le restaurant là en bas. Le jeu, si on peut dire, consiste à poser cent dix œufs le long de la route, à une distance de cinquante ou soixante centimètres ; et tous les dix œufs, on en met un double parce que le dimanche matin, des fois, on a un peu de peine à compter pour arriver à nos fameux cent dix œufs… Après, on obtient un cercle qui fait deux mètres cinquante de rayon. Et là-dedans, il y a deux personnes qui tiennent un van, sorte de grande corbeille. Le lanceur doit arriver dans ce périmètre ; sinon, après quinze œufs sortis du périmètre, on les remplace à l’endroit où il les a pris. Le lanceur a le droit de prendre seulement un œuf par fois, et pendant ce temps, le coureur doit parcourir cinq kilomètres. À l’époque, le coureur allait jusqu’à Cornaux… On a trouvé ça un peu bête, et il y a à peu près neuf ans, on a changé de formule et le coureur court maintenant dans le village. On le voit toujours revenir dans la course où il y a le lanceur. C’est sympa parce qu’ils se croisent. Ils se disent bonjour et se font même une connerie s’ils le veulent. Voilà un peu comment se passe la course aux œufs à Cressier…
Et les œufs sont contrôlés. Ils ne doivent pas être cassés à l’arrivée ?
C’est égal. Mais ils doivent se trouver dans ce rayon de deux mètres cinquante. À l’époque, on faisait des omelettes. Mais maintenant avec les œufs récoltés, on ne sait pas très bien ce qui se passe, alors ils ne font plus d’omelettes comme dans le temps. S’il sort du cercle, ce n’est pas grave. Ce sont ceux qui sortent qui sont remplacés. Mais ceux qui sont cassés ne comptent pas.
Et ça, c’est réservé uniquement à la Jeunesse de Cressier ?
C’est réservé uniquement à la Jeunesse de Cressier. C’est toujours eux qui ont fait ça. Même à l’époque, quand j’étais Président en 1972. Ensuite, je me suis marié en 1973. Quand on est marié, on ne peut plus faire partie… Alors depuis, je contrôle cette fameuse course aux œufs. C’est clair, c’est toujours la Jeunesse de Cressier qui fait ça. À l’époque, c’était la Dédicace, et ça se passait toujours le premier dimanche du mois de mai. Et déjà à ces périodes, on faisait beaucoup de chars humoristiques sur la politique, etc. C’était vraiment la fête de la jeunesse !
Christian Fellmann
Les circonstances de la vie font qu’on rencontre des gens formidables. C’est vrai que j’aime bien passer des vacances dans le milieu vinicole, et on était à Saint-Émilion au camping l’année passée, et les rouleurs de barriques champions du monde y étaient en démonstration. On a essayé, discuté... On s’est rencontrés, puis on est restés en contact, et on a réussi à les faire venir. Je crois que pour le moment, avec le peu qu’on a déjà vu, ça promet un sacré week-end.
Marcel Amelio
Ce sport vient des quais de Bordeaux. Les quais de Bordeaux, il y en a peut-être cent cinquante. Et il y a deux cents ans, les dockers s’y défiaient en attendant les barges qui arrivaient chargées de vin de notre région, de Lussac Saint-Émilion. Des défis pour des repas, à mon avis, ou pour d’autres choses… Ils faisaient un concours entre eux. Quelques années après, c’est tombé à l’eau... Le bistrot romain de Bordeaux a ensuite eu la bonne idée de relancer tout ça. Nous, on avait les gars de Cognac qui venaient nous défier chez nous à Lussac dès qu’on a monté le club en 1992. Comme on se faisait battre, on a été obligé de s’améliorer. On s’est entraîné, entraîné, entraîné, et vous verrez que nos gars sont parmi les meilleurs de France. C’est sûr, on a été champions d’Aquitaine, et même champions de France. Maintenant, ce qui nous embête, c’est qu’on n’a plus d’adversaires. Cela nous gêne parce qu’on aimait bien se mesurer avec les autres! Maintenant, on va dans tous les villages, les villes et les manifestations qui veulent bien de nous. On arrive et on fait nos démonstrations. En principe, ça plaît, parce que partout où on va, c’est rare qu’on ne nous redemande pas l’année suivante ou deux ans après. Pour nous, c’est un sport, mais c’est physique ! Parce que la barrique… Celles-ci sont des barriques allégées par notre tonnelier, M. Millet, Dominique Millet qui habite Galgon en Gironde. Lui nous fait des barriques allégées comme celle-là et celles de mes collègues. Autrement, une barrique de chez nous, la vraie bordelaise, il y a une barre en travers avec quatre chevilles. Et je peux vous dire que ces quatre chevilles nous mangeaient les doigts ! Donc, il a fallu trouver une solution, et notre tonnelier, voilà ce qu’il nous a fabriqué... Après, on a pu se lancer dans les compétitions avec ces barriques-là… À Cognac, elles sont encore plus légères que les nôtres. Celles-là tournent entre trente-deux et trente-cinq kilos pour la plus lourde. Autrement, une barrique de chez nous pèse entre quarante et quarante-cinq kilos. Vous savez, quarante ou quarante-cinq kilos, si vous avez une petite côte comme celle-là, il faut être déjà puissant… Pour nous, c’est un sport violent ! On ne peut pas faire ça sur des kilomètres. On a eu fait des Téléthons pendant quatre ou cinq ans de suite. La première année, on a fait 75 kilomètres en relais. On était une vingtaine, c’est tout. On est parti de chez nous pour aller à Bordeaux Mérignac, où se trouve le terrain d’aviation. Le lieu de rendez-vous était là-bas, car la promesse de dons était à Mérignac. On a pris le bac avec les barriques. Il a fallu que j’arrive à cet âge-là pour passer mon bac… Notre maire nous disait la même chose… Il était bien plus âgé que moi et me disait : « Tu vois Marcel, il a fallu que je passe mon bac à mon âge… » Il avait soixante et quelques années et je lui répondais : « Tu vois, il n’y a pas d’âge pour passer son bac ! » Vous voyez, tout ça c’est des bons souvenirs… Cette année-là, on avait vraiment ramassé de l’argent, parce qu’on avait une barrique qui était comme une boîte aux lettres. Il y avait comme une fente, et tout le monde mettait les dons dedans. Arrivé à Bordeaux, le tonnelier qui était avec nous a démonté la barrique, et on a récupéré tous les dons.
Pour nous, ce sont toutes des histoires qui s’enchaînent. Et à toutes les sorties qu’on a fait, on a pratiquement que des bons souvenirs.
Christian Fellmann
Le comité, c’est vraiment une association du Vin Nouveau, et nous, on est motivés à ce que ça se présente bien. On travaille pour les copains des sociétés locales. On est aussi dans les sociétés locales, bien entendu. Et c’est aussi la fête des enfants. On pense beaucoup aux enfants. Quand les carrousels arrivent en début de semaine, il y a l’adrénaline qui monte et on n’arrive plus à coucher les gamins. C’est l’excitation, et en tant qu’enfants du village, on l’a vécu aussi ; même si les carrousels n’avaient pas la même forme. C’est génial ! Il faut que les enfants puissent vivre ça. À Cressier, il ne faut pas que tout foute le camp ! Les traditions doivent rester !
Clown Vijoli
Bonjour, c’est le clown Vijoli, spécialiste dans les animations longue durée, et aujourd’hui j’ai un grand mandat à cette Fête du Vin de Cressier, car je dois amener le plus d’enfants possible au cortège cet après-midi. Pour ça, hier on a fait une démonstration au cortège avec nos échasses et notre club d’échassiers, et depuis ce matin, il y a cinquante paires d’échasses qui sont là pour tous les gosses que je dois former. Et à 14 h, le maximum de ces enfants doivent défiler avec nous. C’est un défi, et c’est ce qu’aime le clown Vijoli. Entre-temps, parce qu’on est parfois crispés aux mains, il y a toute la palette de jeux que j’ai construits, et mon épouse s’occupe du maquillage. Il y a des jeunes qui font des ateliers de magie. Quand je faisais des spectacles à gauche et à droite, les parents me disaient souvent : « On n’a pas pu venir, mon gosse est à la sieste », ou patati patata. Ils loupaient beaucoup de choses. Maintenant je travaille sur un autre créneau : de l’animation longue durée de quatre, six, voire huit heures. Cela dépend des endroits et de comment ça se passe. Je veux vraiment qu’il y ait de tout ; du grimage, de la magie, et des échasses principalement, vu que c’est notre cheval de bataille, mais surtout beaucoup de jeux. Ici, je n’ai que quarante-trois jeux géants, mais j’en ai cinquante. Si vous avez des grandes fêtes, il n’y a qu’à demander nos services. Ici, on a une grande cour en-dehors des voitures, et les enfants viennent, puis repartent. S’ils veulent aller boire un verre, ils sont là. Il y a du va-et-vient. C’est gratuit pour eux, et c’est ça qu’on aime.
Christian Fellmann
Un cortège important, plus de vingt-huit groupes, cinq cent vingt participants et beaucoup d’enfants. Six groupes musicaux et les invités, et aussi une volonté d’élargir à la Suisse allemande. Avec des Guggenmusiks de la région de Lenzburg, Zürich et Bâle-Campagne; mais aussi une fanfare du Laufonais et des groupes d’Olten. On veut aussi montrer une image à l’extérieur pour les vins de Neuchâtel.
Interviews réalisées par Jean-Pierre Lambert
Texte retranscrit par Françoise Berthod