Nathanaël Morier
Alors Nathanaël, tu fais de la chanson française. Pourquoi la chanson française ?
C’est un choix musical. Déjà un choix de langue. Ma langue maternelle est le français, et je maîtrise très mal l’anglais et l’allemand. C’est surtout pour le sens métaphorique et le sens poétique que la langue maternelle est quand même la langue la plus évidente pour l’écriture, pour pouvoir transmettre un message, ou en tous cas une idée ou un élan poétique. Sinon, d’un point de vue musical, le choix de la chanson française m’a pris tout petit. C’est vrai que c’est ça qui m’a beaucoup influencé. La première cassette que j’ai entendue et que ma maman m’a fait écouter d’un grand chanteur français, c’était celle de Renaud, et ça m’a toujours accompagné. Depuis six, sept ans, peut être, j’écoutais de la chanson française Julos Beaucarne, entre autres, que je cite régulièrement dans mes spectacles et que j’utilise. J’utilise quelques textes de lui, car c’est vrai que sa poésie me fascine, et que le message poétique en français, je trouve que c’est un très bon moyen.
Tu écris des textes très profonds, très pesants, des fois. Pourquoi ça ?
Je n’en ai franchement aucune idée. Pourquoi ce besoin de profondeur ou de force ? C’est vrai que je ne sais pas du tout d’où je le puise. Ce n’est pas une influence littéraire, ce n’est pas un besoin d’écrire une grande littérature qui m’influence, mais je crois plutôt que c’est la manière de regarder le monde. Dernièrement, alors qu’on parlait justement de ça, un ami m’a dit : « C’est étonnant, parce que tu poses un regard très froid sur la réalité. Tu la proposes de manière très directe. » Je n’avais pas cette sensation-là, mais c’est vrai que je ne sais pas d’où ça vient… C’est juste une très grande peur de tomber dans le simple, et dans le mauvais sens du terme, qui fait que je cherche toujours à complexifier mes textes. Mais aussi pour l’intérêt. Faire que la musique soit relativement facile d’accès. Qu’on se dise : « Tiens, c’est beau, c’est joli, c’est léché », et qu’au bout d’un moment, plus on avance dans le texte, le concert ou l’album, et plus on commence à se dire : « Tiens, il doit y avoir un message là-derrière », et encourager ainsi les gens à peut-être creuser davantage dans ce domaine-là. D’où ce besoin de profondeur, et le besoin de transmettre quelque chose aussi.
As-tu fait des études de musique ?
Oui. Depuis tout petit, j’ai baigné dans la musique. J’ai commencé d’abord chez Pierre Zürcher, dans son atelier musical à La Chaux-de-Fonds. Avec lui, j’ai surtout été initié musicalement. C’était une forme, un partage ludique entre musique et dessin. C’était vraiment très, très chouette. C’était de l’éveil musical. Cela m’a beaucoup apporté le plaisir de la musique, et le plaisir de jouer, simplement... Ensuite, j’ai découvert la trompette, et je me suis mis au saxophone. J’ai joué dans des fanfares, puis j’ai commencé le Conservatoire. Le Conservatoire m’a d’ailleurs accompagné pendant une bonne partie de ma vie jusqu’à présent. J’ai passé ensuite par l’École de Jazz, pour finir par tout arrêter parce que je ne trouvais pas complètement mon compte dans mes différentes études. J’avais l’impression que j’apprenais beaucoup de choses d’un point de vue musical, qui m’ont énormément apporté en théorie et en rencontres, mais je ne trouvais pas vraiment ma place. Je ne trouvais pas ce que j’avais envie de faire. C’était assez varié ce que j’avais envie de faire… En faisant du piano, du saxophone et du chant, j’ai finalement trouvé mon épanouissement dans le côté créatif ; l’écriture et la création de chansons. Et c’est par ce biais que j’ai pu réaliser ce projet d’album qui est sorti dernièrement. Et pour finir, c’est surtout le côté créatif qui m’a le plus intéressé, et dans lequel j’ai trouvé le plus mon épanouissement. Au travers du Conservatoire, il y avait un refus du formatage musical. J’ai besoin de pouvoir maîtriser un maximum mon univers, et surtout ne pas me faire imposer une certaine forme d’interprétation. J’étais relativement un très mauvais élève pour ça, et pourtant, j’avais énormément envie d’apprendre. Mais c’est vrai que c’est au travers de la création que j’ai vraiment su trouver mon accomplissement musical, ou en tous cas le chemin à parcourir pour cet accomplissement.
Ton groupe s’appelle « Nathanaël », et tu joues avec d’autres musiciens. Cela fait longtemps que vous êtes ensemble ?
Le projet « Nathanaël » est un peu particulier. Ce n’est pas un groupe en soi, en fait, c’est surtout un projet personnel que j’ai réalisé dans le sens où je me suis occupé de l’écriture des paroles et des musiques. L’arrangement, je l’ai confié à Stanislas Romanowski, qui s’est occupé de l’ensemble de l’orchestration. Le projet d’album, on l’a effectivement réalisé avec d’autres musiciens que ceux qui m’accompagnent actuellement. C’est un projet qui est relativement libre, du fait que je le joue tout seul. Au piano, au chant ou avec trois musiciens, ou alors dans une configuration complète avec cinq musiciens. L’intérêt de ce projet, c’était surtout pour moi de pouvoir jouer un maximum ; et je n’avais pas forcément envie de vivre en groupe. Pour moi, l’entité du groupe est quelque chose qui m’inquiète passablement, et auquel j’ai beaucoup de peine à croire. Dans le sens que ça demande beaucoup de sacrifices. Il faut vraiment avoir envie de travailler en groupe ! Et à l’heure actuelle, d’un point de vue de la région dans laquelle je vis, rien ne me permet vraiment d’espérer pouvoir vivre au sein d’un groupe. Par contre, j’adore être accompagné de ces musiciens. Ce sont des musiciens absolument magnifiques, et c’est avec eux que je désire pouvoir prolonger le projet musical, puis réaliser le deuxième album. Parce qu’on commence à avoir un feeling… En fait, ces musiciens jouent dans plusieurs autres formations. Dans des groupes de jazz ou de rock. Ils ont aussi des projets personnels, et on se rassemble autour de mes compositions pour les différents concerts. Je trouve que ça apporte une énergie et une créativité toujours nouvelles. Et vu qu’ils changent continuellement, j’ai l’impression que le répertoire est toujours nouveau… Une fois, il est en solo ; une fois, à deux, à trois ou à cinq. C’est tellement original de pouvoir proposer ça avec un seul projet d’album, que je ne préfère pas trop penser au groupe, et continuer dans cette voie-là qui paie.
As-tu des projets pour le futur ?
On a quelques dates qui ont déjà pu être mises en place. On va partir sur Echallens, puis au Festival Hors Tribu. On va aussi faire le Festival Horizon. On a prévu quelques animations, et des engagements aussi, moins tournés sur les concerts qui vont se dérouler. Un mariage notamment, ainsi que des animations diverses. Sinon moi, mon objectif principal, c’est effectivement de pouvoir tourner un maximum avec tous les musiciens, et d’obtenir progressivement plus de dates. Parce que pour l’instant, ça manque un peu… Cela demande une grosse infrastructure, et vraiment beaucoup d’organisation ; et je suis très mauvais là-dedans ! Je le reconnais pleinement ! On travaille en collaboration avec deux amis pour pouvoir effectivement faire du démarchage, et réussir ainsi à visiter des salles, et faire en sorte qu’on puisse avoir des engagements. Mais ça demande quand même un travail conséquent, et moi je ne le fais pas suivre.
Quelle est la philosophie de tes chansons, la musique, les textes ?
C’est toujours assez compliqué de savoir si j’ai vraiment une philosophie. En tous cas, le besoin de transmettre quelque chose, ça c’est certain. Je ne pars pas sur le principe de me dire : « Voilà, je fonctionne comme ça ou j’ai ce caractère-là, et je vais écrire dans ce sens-là. » Il y a beaucoup d’inspiration brute qui émane souvent de ce que je peux voir ou de ce que je peux entendre ; et au travers de là, germe un bout de texte ou de paroles. Il n’y a pas forcément une philosophie qui s’installe d’emblée. Dans mon écriture, souvent, je la découvre au travers de personnes qui me racontent ce qu’elles ont pu entendre pendant le concert. Tout à coup, souvent, je redécouvre mes morceaux au travers d’analyses ou de réflexions de personnes du public. D’un point de vue philosophique, il n’y a pas d’engagement politique réel ; absolument pas. Je n’utilise pas du tout ce moyen-là pour faire passer un message politique. Effectivement, il y a des textes engagés, parce que je crois qu’il y a véritablement des choses à condamner. Mais ce n’est absolument pas du tout lié à un parti ou à d’autres choses. Je crois qu’il y a un héritage à ce niveau-là qui soit surtout lié à mes parents, qui sont des personnes énormément engagées. Il y a un très grand respect de leur vécu et de leur histoire, mais je ne suis ni un grand gréviste, ni un grand manifestant comme eux ont pu l’être. Par contre, je crois que j’ai le moyen des mots pour transmettre les mots. D’où effectivement le titre « Mots pour maux » de cet album. Ce n’est ni une condamnation, ni du défaitisme, simplement des choses qui m’émerveillent, et dont je parle de manière poétique. Des trucs qui me révoltent et que je condamne de manière plus forte ; mais sans aucun engagement politique. Et de loin pas, car ce n’est pas du tout un intérêt. Cela dit, je ne peux pas dire d’où viennent l’influence et l’inspiration, ni comment elles naissent. Je sais que souvent, ça prend des jours et des jours, avant d’aboutir réellement à un texte. Parfois, un mot, un titre… « Les murs du silence », par exemple, est un morceau que j’ai écrit il y a plusieurs années, mais resté qu’un titre pendant plus de quatre ans. Et un jour, à travers une improvisation avec un ami musicien, de ce titre sont sortis trois mots, puis plusieurs phrases, et c’est devenu un des textes que j’aime le plus. D’un point de vue du texte parlé, en tous cas. Quant à d’autres, comme « Chasseur d’Étoiles », c’est simplement une rêverie, simple et douce. Une poésie facile d’accès, mais toujours autour d’une thématique où se trouve une profondeur très importante pour moi.
Mathias
Je suis le copain de Cella depuis bientôt dix ans. Je fais de la basse électrique. J’ai commencé par de la guitare, et je suis passé un peu par tout… Le banjo, l’harmonica, tout ça… J’ai joué avec beaucoup de monde, et depuis à peu près quinze ans, je fais de la scène. Nathanaël, c’est un vieux copain. Je ne saurai plus dire d’où je le connais. Il y a à peu près une année, il m’a dit qu’il faisait un disque et qu’il cherchait des musiciens. Il y avait Baptiste, un pianiste avec qui je joue, et aussi Pascal, avec lequel j’ai longtemps joué dans un ensemble de jazz. C’est tout. Les autres, je ne les connaissais pas. Finalement, on s’est retrouvés là. J’ai dit : « Oui, j’ai des copains qui font de la musique, je vais leur téléphoner. » Et c’est parti… Moi, j’aime beaucoup ce qu’il fait. Il y a des fois où je lui ai effectivement dit qu’il faudrait faire des choses plus drôles, et que le public aimerait mieux, mais sinon, j’admire le genre de paroles qu’il arrive à écrire et la musique qui va avec.
Filo
Je m’appelle Filo et j’ai 22 ans. Je joue de la guitare depuis 2002, et j’ai connu Nathanaël sur Neuchâtel, parce qu’on fréquentait un petit peu les mêmes lieux. Vu qu’il avait entendu deux ou trois trucs que j’avais fait avec d’autres groupes, il m’a proposé de venir le rejoindre dans l’aventure. Maintenant, il me propose de continuer l’histoire et de composer pour lui, parce que c’est un de mes principaux centres d’intérêt ; autant la composition avec Nathanaël qu’avec plein d’autres personnes en même temps. Il écrit de très beaux textes. Il a une belle plume et sait bien jouer avec les mots ; les joindre pour obtenir une certaine symbiose avec la musique et faire en sorte qu’une énergie en découle. Je pense que ça joue un grand rôle dans le spectacle. Ensuite, il y a aussi sa façon d’orchestrer le tout, et de parvenir à mettre en avant les textes par-dessus la musique.
Baptiste Blandenier
Je m’appelle Baptiste Blandenier et j’habite à La Chaux-de-Fonds. Cela fait pas mal d’années que je fais de la musique. J’aime un peu tous les styles… J’essaye de faire un peu de jazz, un peu de classique. Mais j’aime le rock, également. J’essaye aussi un peu d’autres instruments ; et je serais assez éclectique, en fait… J’ai rencontré Nathanaël l’année passée ; c’était Mathias le contrebassiste qui me l’avait présenté. Je trouve sa musique riche en culture. Les morceaux sont variés. Je trouve que c’est de la chanson française assez digne de ce nom. Il y a beaucoup de trucs intéressants, et c’est un projet qui me plaît beaucoup.
Pascal Wagner Egger
Je m’appelle Pascal Wagner Egger, et je fais de la batterie dans le Canton de Neuchâtel depuis une quinzaine d’années. Dans différents groupes, et principalement pour de la chanson française, mais aussi du jazz, du funk, etc. J’ai longtemps joué avec Mathias à la contrebasse et dans différents groupes ; et c’est lui qui m’a présenté Nathanaël, m’a fait écouter ses chansons et m’a demandé si je voulais intégrer le groupe. J’ai accepté assez rapidement. J’ai été assez touché par sa façon de chanter des chansons. Il les chante presque de manière naïve, mais d’une façon très poétique et très engagée aussi, suivant le sujet. J’ai tout de suite bien aimé ses chansons, et j’ai du plaisir à jouer avec lui, naturellement…
Interviews réalisées par Linda Fischer
Texte retranscrit par Françoise Berthod