Madame Belma Redzic Molinari : Danse flamenco

 

 

Jessica Sacristen

 

Je danse du flamenco. J’ai choisi le flamenco en fait, car mon père est Espagnol et j’avais envie de retrouver un peu mes racines et ayant toujours entendu du flamenco à la maison, j’ai toujours aimé cette musique. Je faisais beaucoup de danse classique auparavant et j’ai décidé de me lancer dans le flamenco pour retrouver mes racines.

Quand j’entends du flamenco, cela me procure une émotion spéciale, ça rentre en moi. C’est comme… je ne sais pas, c’est vraiment dans mon sang. Par la danse, je peux exprimer plein de sentiments avec les mouvements du flamenco, parce que moi, j’arrive à m’exprimer par mon corps. Avec la parole, j’ai un peu plus de peine. La danse a toujours été ma passion et j’arrive à m’exprimer en dansant.

 

Elisenda Bardina

 

Comme Jessica, j’ai aussi un papa qui est Espagnol et j’ai aussi pratiqué beaucoup de danses avant de faire du flamenco. Mais avec l’âge, j’avais envie de faire quelque chose qui soit plus imposant, qui ait plus d’allure et je trouve que le flamenco, c’est une danse qui a beaucoup d’allure et qui donne à la silhouette féminine, beaucoup de grâce. J’ai vu certains spectacles en Espagne et en Suisse et je me suis dit que j’avais envie de faire ça.

 

 

Belma Redzic Molinari

 

Le flamenco peut se pratiquer, on l’a dit, en couple, tout seul, en groupe. C’est donc impérativement du spectacle ou y a-t-il des soirées flamenco comme il y a des soirées bals populaires ?

Oui. Il y a des soirées flamenco. Il n’y en a pas beaucoup dans nos régions, mais en Espagne, il y en a beaucoup et cela s’improvise très facilement. Finalement, il suffit d’avoir une guitare ou même simplement quelqu’un qui sait chanter et savoir utiliser ses mains pour taper dans ses mains et après, on peut directement faire la fête improvisée. C’est beaucoup de l’improvisation. Il n’y a pas besoin d’avoir beaucoup de choses pour pouvoir passer un bon moment. Le genre de thèmes qui sont abordés dans les chansons de flamenco, ce sont des thèmes tout à fait communs, de la vie de tous les jours comme la mort, les enfants, la vie, l’amour. Des choses tout à fait banales qui racontent le quotidien et les sentiments que les gens peuvent ressentir, en fait. Ce n’est pas forcément des choses extrêmement recherchées, c’est plutôt quelque chose de populaire qui traduit ce que les gens vivent tous les jours. Par rapport au côté revendicateur que l’on peut voir dans le flamenco, pour moi, oui bien sûr, il y a un côté revendicateur parce que c’est quand même une danse qui est très marquée où on s’exprime, où on tape des pieds, on fait du bruit, on montre qu’on est là. Donc par rapport à l’image qu’ont certains hommes des femmes, il faut vraiment être soumise, ne pas faire de bruit et rester dans sa cuisine. Oui, c’est émancipateur. Nous qui dansons le flamenco, de toute façon, on est des femmes comme ça et on ne se pose même pas la question.

 

 

Sarah Cottelli

 

Avant de commencer le flamenco, je n’avais jamais fait de danse du tout. C’est vrai qu’en découvrant cette danse, on découvre vraiment un monde à part entière et c’est quelque chose qui peut facilement vous happer. Découvrir des nouveaux rythmes, on découvre aussi toute une façon de se tenir, presque de voir le monde finalement. Cela m’a tout de suite plu quand j’ai commencé et j’ai voulu continuer. Même si c’est vrai que ce n’est pas la danse la plus facile par laquelle commencer en étant complètement débutante.

 

 

Belma Redzic Molinari

 

Vous dites que ça change presque une femme de danser le flamenco ?

Cela, je ne sais pas vraiment, mais ça peut changer un homme aussi, j’imagine. Ce n’est pas vraiment une question de genre. C’est vrai qu’on prend conscience, mais j’imagine comme dans toutes danses, de son corps, de la façon dont on bouge et dont on se tient. Cela nous apprend beaucoup sur nous-mêmes aussi. Le flamenco est une danse dans laquelle il faut être sûr de soi, sûr de ses mouvements et c’est très important. Quand je dis aux gens que je danse le flamenco, généralement ils sont assez surpris, mais souvent assez intéressés et c’est vrai qu’ils viennent facilement voir des spectacles, parce que c’est vrai que c’est une danse qui est, visuellement aussi, très impressionnante. Les gens sont généralement impressionnés par le résultat quand je fais de petites démonstrations. Ils aiment bien regarder.

 

 

Bonjour. Belma Redzic Molinari vit en Suisse depuis une dizaine d’années. Elle est née à Sarajevo et elle enseigne la danse. La danse flamenco à Neuchâtel. Nous l’avons invitée aujourd’hui pour découvrir cet art, son art, et nous lui disons bonjour.

Bonjour.

 

Depuis quand enseignez-vous la danse ?

Cela fait quatre ou cinq ans que j’enseigne le flamenco.

 

La danse elle-même, est une passion assez ancienne. Elle dure depuis plusieurs années, je pense.

Depuis un moment, oui. Mais, j’ai surtout croché sur le flamenco en particulier. La danse n’a pas vraiment été ma passion avant de découvrir le flamenco.

 

Je sais que vous avez encore une passion, celle du théâtre, c’était votre première passion ?

C’était ma première passion. Oui, mon premier amour.

 

Le théâtre a duré une période et puis après, la danse. Comment cela s’est-il passé ?

Disons qu’à un moment donné, le flamenco m’est tombé dessus, si on peut dire ça comme cela. J’ai eu un coup de foudre pour le flamenco et j’ai commencé à danser pour un groupe neuchâtelois qui s’appelle « Hirviendo », qui veut dire le groupe bouillant. On a commencé à faire beaucoup de spectacles et j’ai dû faire un choix, parce qu’entre des représentations au théâtre et la danse, il y avait un choix à faire. Le choix a été très facile, il s’est imposé tout seul.

 

Votre cœur a bien pulsé pour le flamenco, c’était ça ?

Voilà.

 

Et qu’est-ce que c’est que le flamenco ? Comme style de danse ? On sait qu’il y a plusieurs styles dans le flamenco même. Est-ce que vous pouvez décrire un petit peu ce genre de danse ?

Le flamenco est une danse qui est très, très liée à la terre et au peuple. Elle nous relie à nous-même et à notre terre. Ce n’est pas une danse grâce à laquelle nous créons un univers imaginaire, c’est plutôt le contraire. C’est le monde qui est en nous que nous mettons à la surface en dansant.

 

On le sort de soi, c’est très passionnel ?

C’est ça, oui.

 

Il y a plusieurs styles dans le flamenco ?

Il y en a beaucoup, oui. Que je sache, environ septante.

 

C’est en fonction de quoi ce style ?

C’est surtout en fonction de la musique. La base, c’est le chant. Ce sont les couplets traditionnels et on peut les partager par rapport aux différents rythmes qui sont, soit à trois temps, soit à quatre temps, soit à douze temps ou six temps qui sont vraiment très complexes à l’intérieur et ensuite on les différencie aussi d’après les régions d’où viennent ces chants.

 

Que veut dire les régions d’où ils viennent ? En fait, il vient d’où le flamenco ?

C’est clair. On connaît le flamenco qui vient d’Espagne. Mais quand je parle des régions, je parle des régions d’Espagne pour le moment. C’est clair que si l’on fait le tracé d’où vient le flamenco, c’est…

 

C’est plus vaste.

Oui. Il tire ses racines de bien plus loin.

 

Et la spécificité du flamenco, comment peut-on la définir ; il y a les chants, la musique, la guitare et la danse. Chacun a son rôle ?

Oui, c’est un peu ça. Disons que la base est quand même le chant accompagné par la guitare. C’est ce qui est indispensable. La danseuse, elle n’est rien sans tout ça ! Ensuite viennent les « palmas », ce sont les claquements de mains. Parfois une percussion qui s’appelle « cajon », une nouvelle percussion dans le flamenco, parce qu’elle vient du Pérou, d’Amérique latine. Et la danse, oui, qui vient en plusieurs formes, en tant que mouvements et aussi en rôle rythmique qui est connu. La belle danseuse avec sa rose qui tape des pieds, je pense, qu’on a tous vu ça.

 

Il y a quelque chose de dramatique, de tragique dans cette danse ou est-ce que c’est juste une impression liée au rythme ? J’ai l’impression qu’il y a quand même quelque chose qui vient de la profondeur de l’âme, mais qui est lié, en effet, à quelque chose, je ne peux pas dire tragique, mais qui touche au dramatique de la vie ?

Oui complètement. Ensuite cela dépend aussi si l’on se trouve dans des styles profonds ou pas. On appelle ça les styles profonds. C’est clair que dans ces styles-là, on est obligé de fouiller très, très profondément pour sortir toute notre tristesse. C’est dramatique… oui et non. Cela dépend aussi comment on le vit. Je trouve aussi, c’est très…

 

Passionnel.

Oui et c’est très, je ne sais pas le mot exact en français, je crois que c’est émancipateur.

 

Oui.

Pour une femme en tous cas.

 

Mais pourquoi le flamenco a-t-il un rôle émancipateur pour une femme ?

Étant donné que la femme est, depuis des siècles, mise à l’ombre par rapport à l’homme et qu’elle n’a pas toujours eu le droit à la parole. Dans le flamenco, elle a un pouvoir total de disposer de son corps et de son expression physique.

 

De sa beauté.

Aussi oui. Sa beauté intérieure surtout.

 

Mais il y a des hommes qui font aussi du flamenco. Ils accompagnent la femme.

Ils accompagnent la femme ou dansent tout seul. Il y en a beaucoup, presque autant que des femmes en Espagne. C’est encore une autre chose, les hommes. C’est… autant la femme c’est féminin, autant l’homme c’est… macho, oui.

 

Et vous enseignez la danse flamenco ici à Neuchâtel aux hommes, aux femmes, aux jeunes élèves. Qui sont vos élèves en fait ?

J’ai des élèves un peu de tous âges. Les plus petits pour le moment ont huit ans. La personne la plus âgée en a soixante-quatre. C’est une femme. J’ai une large palette de femmes, de filles, de demoiselles, de dames et un homme.

 

Le public de Neuchâtel est assez intéressé. Comment perçoit-il ce genre ?

Cela vient-il tout naturellement ou faut-il les préparer. C’est du plaisir, c’est de la passion, qu’est-ce que ça déclenche ?

Au moment où ils viennent ?

 

Oui.

Déjà, les gens qui sont intéressés, il n’y en a pas beaucoup. Mais quand ils sont intéressés et qu’ils viennent regarder le cours, en général, ils restent parce qu’il y a ce côté « crocheur » du flamenco qui fait rester neuf personnes sur dix, j’ai envie de dire. Mais c’est clair qu’ensuite, au fur et à mesure des cours, tout le monde ne reste pas. On s’imagine souvent que c’est un art facile, qu’il suffit de secouer sa jupe avec les volants, de mettre un beau rouge à lèvres, mais le côté technique est vraiment très impressionnant. Il ne reste que les courageux et les amoureux… Ils commencent à aimer évidemment.

 

Comment enseignez- vous cette technique ?

Je donne des cours sur une heure et demie et je partage mon cours en trois parties. La première partie, c’est surtout la partie technique, la technique des pieds. La deuxième partie, c’est pour les bras, pour la tenue du corps et la troisième partie, c’est pour la chorégraphie.

 

Donnez-vous des spectacles, vous produisez-vous à l’extérieur ?

Avec l’école, oui. Pas mal de choses. On est souvent invité pour des fêtes de quartier, pour les festivals, pour les manifestations diverses. Et parfois pour des mariages, des banquets.

 

Vous préparez quelque chose pour l’automne de cette année. Vous avez prévu… ?

Oui au mois d’août. Le 23 août, tout le monde va danser au collège de Serrières pour une manifestation qui s’appelle « Serrières bouge ».

 

C’est l’occasion pour que les gens regardent un petit peu ce que veut dire flamenco à Neuchâtel ? On peut dire que c’est du flamenco adapté pour les Suisses ou cela reste-il toujours flamenco comme en Espagne. Est-ce que c’est adapté un peu à la culture d’ici ?

Non. Je ne pense pas. Je pense que le flamenco appartient à tout le monde. Après, tout le monde l’interprète comme il veut, comme il peut. Je pense que c’est le flamenco qui naît dans ces cours, qui vient de moi et va aux élèves. Elles créent ce qu’elles ont envie. Je ne pense pas que ce soit adapté. Je pense que le flamenco est partout, tel qu’il naît en fait.

 

Finalement, soit c’est du flamenco, soit ce n’est pas du flamenco.

Voilà.

 

Je pense que c’est assez courageux, assez osé de choisir pour une danseuse, d’enseigner le flamenco de nos jours dans un pays occidental où les goûts vont plutôt vers la techno, il y a d’autres genres qui sont à la mode et les gens sont plutôt captivés par ça. Vous avez quand même choisi un style de danse assez osé, à mon avis ? Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous concentrer, de choisir le flamenco ?

Je ne l’ai pas vraiment choisi. Cela m’est tombé dessus, c’est comme quand on croise un bel homme dans la rue et voilà… On court après lui, on se marie et on fait tout plein d’enfants ! Je n’ai pas testé d’autres formes de danse. Un petit peu, oui. J’ai fait des danses folkloriques avant. Je trouve très bien. Une fois que j’ai commencé à danser, je me trouvais très bien dans mon corps et la musique, je la trouve aussi magnifique, ainsi que l’histoire, parce que je trouve que c’est une chose profonde. C’est une planète à part, le flamenco.

 

Vous vous êtes intégrée en Suisse assez bien. Je vous pose la question. C’est clair que vous vivez ici. Vous êtes intégrée, mais quand on parle de l’art, de la danse. On discute avec un artiste, je pense que les choses sont différentes parce qu’il n’y a pas de frontières dans tout ça. Considérez-vous que la Suisse vous ait ouvert les portes, afin de réaliser vos rêves artistiques ?

D’un côté oui. C’est surtout le côté matériel, le côté de facilité, parce que des cours ici, il y en a tout plein. Tout le monde peut faire du yoga, du tai-chi, des cours de danse, tout ce qu’on veut. De ce côté-là, oui, je remercie la Suisse d’être un pays aussi confortable, d’être le paradis sur terre. C’est sûr, oui.

 

Quels sont vos projets pour l’avenir ? Votre avenir personnel en Suisse ?

Je suis en train de former un nouveau groupe avec un guitariste algérien et un autre suisso-libanais.

 

Un mélange ethnique.

Toujours un métissage. On est au début et j’espère finir de monter le répertoire jusqu’à la rentrée scolaire et entamer une tournée suisse et plus…

 

C’est un grand projet. Vous restez toujours dans la danse ?

Je reste toujours dans le flamenco.

 

 

Comment le public de Neuchâtel, public suisse vous a-t-il accueilli ? Les spectacles ont-ils du succès ? J’ai demandé tout à l’heure aux élèves qui dansent, mais le public qui regarde, qui consomme en fait ?

Le public suisse est un public vraiment très, très étrange. Il ne réagit pas au milieu de la représentation. C’est un bon public pour la musique classique, je trouve. Il attend que ce soit fini et à la fin, il applaudit très fort. Pour une danseuse, c’est difficile surtout pour une danseuse de flamenco qui aimerait qu’on lui dise « olé » trente mille fois pendant le spectacle. Alors, on ne sait jamais. On essaye de prendre le public avec nous, de lui donner, de prendre de son énergie aussi, mais on ne sait jamais… C’est une fois qu’on a fini de danser, qu’enfin on peut récolter une fleur ou une pierre.

 

 

Le succès, la reconnaissance. Peut-être faut-il faire des spectacles ailleurs, à l’étranger. Y êtes-vous déjà allée ? Allez-vous y aller ?

Je n’y suis pas encore allé. J’espère aller à Dubaï.

 

À Dubaï ?

C’est le premier.

 

C’est lié à quoi ?

C’est un hasard. C’est mon guitariste libanais qui a dit qu’on allait à Dubaï. Alors, j’espère qu’on va y aller.

 

Mais je l’espère aussi pour vous. Je vous remercie beaucoup et vous souhaite plein succès dans vos activités d’artiste.

Merci.

 

Au revoir.

Au revoir.

 

 

Interviews réalisées par Simona Radulica Montserrat

et Jean-Pierre Lambert

Texte retranscrit parFrançoise Berthod