Exposition aux Caves du Palais
Nous nous trouvons aux Caves du Palais avec Manu Perrin, bonjour Manu.
Salut Linda.
Tu es artiste, tu fais des dessins animés.
Des bandes dessinées.
Tu as fait une exposition en compagnie d’autres artistes ici ? Explique-moi comment vous est venu l’idée ?
En fait, en discutant avec d’autres artistes qui font des choses différentes de moi, pas de la bande dessinée ou de la peinture, mais de la poésie et de la musique, je trouvais dommage de ne pas pouvoir travailler avec eux. J’ai cherché une façon de pouvoir travailler en commun avec quelque chose qui relie les œuvres et je me suis dit qu’une limite de temps pourrait être quelque chose d’intéressant. Travailler tous dans le même lieu pour voir la synergie qui se crée en fait quand on oeuvre tous ensemble. Après, j’en ai parlé un peu autour de moi, à d’autres artistes et surtout à des amis et on a formé un petit groupe comme ça petit à petit. Ensuite, il nous manquait un lieu pour exposer. Un ami qui avait déjà exposé ici, aux Caves du Palais, m’a donné des tuyaux pour avoir le lieu, pour que la Ville nous le prête, parce qu’on ne paie rien, ce qui est formidable. Voilà. On a décidé d’une date pour se retrouver tous ensemble. On a chacun bossé sur nos projets et ensuite on est venu installer en une semaine ici, le mieux possible.
Si j’ai bien compris, vous avez nommé cette exposition, « Les 24 Heures » et explique-nous comment vous avez réalisé ça ?
Oui. On s’est retrouvé le 31 mars, si je ne me trompe pas, tous dans mon atelier. À part le groupe de musique qui avait besoin d’un studio pour enregistrer les paroles, créer les sons et tout. Chacun a amené son matériel. On nous a prêté aussi des tables et on s’est installé dans mon atelier, rue de l’Écluse, du samedi midi au dimanche midi. Chacun a commencé dans son coin à travailler sur son projet. Ensuite ce qui a été pas mal, c’est qu’on a pu parler ensemble, se poser des questions, montrer nos créations aux autres, s’inspirer peut-être aussi les uns des autres et on a donc créé une partie de l’expo, le noyau central de l’expo comme ça.
Il y avait un thème central ou chaque artiste s’exprimait avec ses propres idées ?
Tout le monde était libre. Il n’y avait pas de thèmes imposés. La seule règle était de faire son projet en 24 heures, donc de midi à midi. Plusieurs participants étaient fatigués et vers les 9 heures, ils ont fait une petite sieste pour ensuite finir leur projet l’après-midi. Je ne suis pas un tyran. Je ne les ai pas obligé à travailler 24 heures non-stop. C’était juste l’idée de travailler sur un projet assez conséquent et de le faire dans un laps de temps donné.
D’après ce que j’ai vu, vous présenter tous des formes d’art très différentes. Toi-même, tu fais de la bande dessinée. Explique-nous comment tu t’es lancé dans la bande dessinée ?
L’idée de la bande dessinée m’est venue assez petit, grâce à la collection de BD de mon père. C’est un truc qui m’a toujours intéressé. Ensuite, je me suis dirigé plus particulièrement vers les tableaux, la peinture en fréquentant l’Académie de Meuron à Neuchâtel. Puis, je me suis remis à créer de la bande dessinée. Dans cette exposition, ce n’est pas de la bande dessinée, mais on peut ressentir peut-être que je m’en suis beaucoup inspiré.
Pour le moment, nous nous trouvons dans le coin où tu as exposé. Explique-nous comment tu as monté tout ça.
Je suis parti sur l’idée de m’approprier l’endroit. J’ai préféré prendre un angle pour donner une impression de chez soi, d’une certaine intimité, qu’on entre chez moi, et qu’on se sente à l’aise, qu’on n’ait pas l’impression de violer l’espace de quelqu’un. Je voulais que cela reste quelque chose d’ouvert, mais qu’on sente ma présence partout. C’est pour cela que je me suis attaqué au plafond, au sol, aux murs. Je n’avais pas envie d’exposer juste des tableaux sur un mur blanc comme dans une galerie. J’avais envie d’envahir les lieux. Après, cela peut faire penser à une sorte de graffitis. Pour moi, cela n’en est pas. En faisant cette fresque, j’ai eu envie de profiter d’encadrer les tableaux, vu que je n’avais pas forcément les sous pour m’acheter des cadres et tout. J’ai peints les cadres, comme ici, directement sur le mur et mis les tableaux en valeur de façon plus personnelle. J’ai travaillé pas mal en collage souvent sur papier kraft avec du brun ou en noir et blanc, quelques fois avec des couleurs. J’ai profité des choses qui se trouvaient déjà ici comme ces cageots ou cette porte, cette trappe. Mes tableaux étaient en noir et blanc et je me suis dit : « Je vais tout peindre en blanc et ajouter du noir dessus ainsi ça donne une certaine unité. »
Je trouve très réussi. La bande dessinée va très bien sans cadre.
Oui, voilà. Je n’avais pas envie d’exposer ça comme de l’art noble, machin et tout. J’avais envie qu’il y ait un côté chaleureux. C’est posé sur du carton ou accroché avec une ficelle, le cadre est peint. Il n’y a rien de pompeux. C’est assez sans prise de tête. C’est mon espace et c’est aussi ma façon de penser. Cela montre aussi le budget que j’ai. On peut y voir ma façon de vivre, ma façon de penser en tous cas. C’est plein de petits personnages, de monstres, de choses belles, de choses un peu bizarres. C’est un peu mon monde. Il y a des fantômes, il y a des filles, il y a un couple, il y a des monstres, il y a plein de choses. Il faut venir ici, s’installer, s’asseoir par terre et regarder un peu tout ce qu’il y a autour.
Cela prend du temps de tout voir.
Oui. C’est un espace qui est petit, mais qui est très chargé et j’espère assez vivant. Ce que je cherchais, c’est qu’on s’arrête sur des tableaux. Mais finalement on peut s’arrêter juste en regardant le mur, en voyant les matières qui existaient déjà, plus ce que j’y ai ajouté. Disons que le lieu y participe aussi avec cette trappe, ces vieux cageots. Disons qu’il y avait déjà une sorte d’énergie présente ici. Moi, je suis venu et j’y ai ajouté ma petite touche personnelle.
Est-ce que tu pourrais aussi nous présenter tes collègues qui exposent également ?
Oui, bien sûr. On va commencer par ceux qui sont aussi dans cette salle. Il y a Olivier Prod’hom qui est mon co-locataire, il partage l’atelier avec moi. Il a travaillé sur des vues de ruelles de Neuchâtel la nuit. Il a fait toute une série de formats allongés, tous verticaux. Il a travaillé aussi sur des vues de nuit du lac, toujours à Neuchâtel. Il a oeuvré uniquement d’après des croquis, pas de photos. Ensuite il y a d’autres oeuvres plus abstraites et un autre tableau inspiré des mangeurs de patates de Van Gogh, intitulé les mangeurs de Flue.
Julien Elzingre, plus connu sous le nom de Wilo, fait des graffitis. Lui, a réalisé une fresque directement contre le mur. Il ne présente malheureusement qu’un seul tableau réalisé, je crois, à la gouache et aux crayons couleurs.
Ensuite, nous avons Valérie Leuba qui a peint toute une série de vues surnaturelles de Venise ainsi que des tableaux sur le thème du Chaperon rouge.
Ensuite, Patrick Calderara travaille pas mal sur le thème de la mort. Il a monté un cercueil où l’on peut voir la vision qu’on a depuis le cercueil. Autre œuvre, un autoportrait dans un cercueil. Cet univers n’est pas forcément macabre, mais la mort y est omniprésente.
Puis, nous avons Barbara qui elle, a participé aux 24 heures, mais qui n’a malheureusement pas exposé ses tableaux, disons personnels. Elle dessine surtout des portraits imaginaires dans lesquels son trait a été plus travaillé. Elle peint également de manière assez expressionniste.
Ensuite, Mikael qui est aux études à La Chaux-de-Fonds, comme designer de l’information. Il présente un travail plus graphique, des affiches. Il a aussi créé un espace à lui, en partant d’une corde à linge. Il a accrochés tous ses posters à des cordes à linge avec des pincettes. Il a mis des habits, des sous-vêtements et tout… pour montrer qu’il se sent aussi chez lui ici. Il y a un peu de ça.
Ensuite, Stéphanie Steffen, étudiante à l’École de photos de Vevey. Elle présente une série de photos dans en noir et blanc parsemée de couleurs assez violentes. Ce sont des photos prises dans une cave assez glauque, des portraits de personnes dans cette cave. Le résultat est assez énigmatique.
Puis, Julien Thompson, qui lui, travaille à la peinture à l’huile. Il a exécuté une série de tableaux inspirés de peintres connus. Il y a la mort de Marat dans sa baignoire avec la tête coupée, par exemple. Il s’inspire de peintures connues, il tranche la tête du sujet principal et y ajoute ainsi son style personnel. Des contours noirs assez marqués donnent une autre vie à ces tableaux qu’on pu voir dans les musées. Là, ils ont perdu la tête, le graphisme est changé. C’est aussi très intéressant à voir.
Nicolas Soguel est écrivain et a également participé aux 24 heures. Sa Nouvelle s’intitule « Le lion » et a été écrit en 24 heures. L’histoire est assez étrange, assez magique. Une narration qui se passe dans Neuchâtel où un lion apparaît, je ne vais pas trop en dire, parce qu’il faut la lire pour comprendre.
Division Explicite, un groupe hip hop a composé une chanson en 24 heures. Ils ont dû créer un beat, la musique instrumentale de leur chanson. Ensuite, ils ont écrit les paroles, effectué tous les enregistrements et les remix ainsi que tout ce qui s’ensuit. Tout cela dans le laps de 24 heures. Il est possible d’écouter leur chanson et de voir les photos du moment de l’enregistrement, de la composition. On peut suivre, à peu près toute leur nuit.
En fait, nous aussi, nous avons pris pas mal de photos que l’on a exposé. On nous voit pendant la pause spaghettis, en train de reprendre des forces pour passer la nuit. On voit les œuvres de la toute première étape, jusqu’à l’étape finale. Et on voit aussi nos visages de plus en plus fatigués… jusqu’à la fin de ce marathon, on peut aussi l’appeler comme ça.
Interview réalisée par Linda Fischer
Texte retranscrit par Françoise Berthod