Journée des Réfugiés
Corinna Weiss
La Journée des Réfugiés a été créée après une Convention de 1951 des Nations Unies. Il y a toujours eu des journées dans beaucoup de pays du monde et en 2001, la Convention des Nations Unies a fêté les 50 ans de cette signature et a créé la Journée des Réfugiés en accord avec la Journée nationale africaine du réfugié, le 20 juin pour tout le monde. Aujourd’hui, on fête ça avec différentes nationalités, différentes communautés qui participent et c’est une fête pour créer du lien, créer un échange entre les citoyens locaux et les gens qui ne connaîtraient pas les problématiques ou comme ça.
Je fais partie de ce comité, car il y a deux ans, j’ai fait un pré-stage à la Joliette pour entrer à l’École sociale et j’avais co-organisé la journée avec Anne Markhoff. J’avais écrit quelques lettres et tout, et cette année, je m’intéresse beaucoup à cette problématique du réfugié. Les Marchés de l’Univers m’ont proposé d’organiser avec eux la Journée.
Cette problématique des réfugiés m’intéresse depuis longtemps. Depuis mon stage à la Joliette dans un secteur de réinsertion, comprenant des personnes relevant de l’asile, des sociaux ou du chômage. Ensuite, au fil du temps, je me suis intéressée de plus en plus à ça. À l’école, je me suis inscrite dans des modules de migration ou, justement, de grande pauvreté. J’ai participé à l’élaboration de cette Journée et, en septembre, je partirai faire un stage à Valence en Espagne avec des clandestins.
Les réfugiés sont ici pour des problèmes environnementaux, des problèmes sociaux, des problèmes de famille ou des problèmes de guerre, de persécution, d’exclusion. Ils ne sont pas vraiment venus par choix, mais plus par dépit. Dans leur pays, il n’y a pas les ressources nécessaires pour combler leurs besoins et ici les réfugiés sont des personnes qui sont non entrées en matière. Elles n’ont pas vraiment de statut et elles peuvent être virées à tout moment. Elles bénéficient d’un permis F, comme un permis de séjour en fait. J’espère que cette Journée permette à tout le canton de connaître une problématique qui me tient à cœur et qui touche beaucoup de problèmes, de votations maintenant. Cela serait bien que l’on connaisse un peu plus le sujet et je trouve que c’est une belle occasion pour que chacun présente sa nourriture, chacun présente un peu de sa culture. C’est pour ça qu’il y a aussi différentes animations avec de la danse, de la musique de différents pays. À nous, cela nous offrira une connaissance en plus et pas simplement une peur de l’autre.
Corinna Weiss
Madame Reymond a beaucoup œuvré dans le domaine des réfugiés, clandestins et pour toutes personnes d’origine étrangère arrivées en Suisse. Elle a créé une école pour des personnes étrangères à La Chaux-de-Fonds, il y a de cela environ cinquante ans. La première mise en œuvre était pour les personnes italiennes, les enfants de parents italiens qui arrivaient là et qui ne savaient pas la langue. Elle a offert des cours de français à toutes ces personnes et après coup, cela s’est développé et on a créé le centre Mosaïque, qui est aujourd’hui un Centre interculturel de langues.
Denise Reymond
Le début, c’était les Italiens. On détestait les Italiens. Les Italiens, c’étaient des foutoirs, etc. C’est de là que c’est parti. Là, on a vraiment lutté, lutté pour leur montrer l’égalité des êtres humains.
Le problème m’a tout de suite frappé, parce que personnellement, je tiens beaucoup à l’égalité de toutes les personnes, qu’elles soient Neuchâteloises, Allemandes, Italiennes ou n’importe qui. Ce sont des êtres humains ! J’ai toujours mis ma vie à choix pour travailler à ça. Il y a eu la question des réfugiés qu’on ne voulait pas, qu’on refusait, dont les enfants étaient interdits dans les écoles, tout ce qu’on voulait, sauf l’égalité. C’est là que cela a commencé fortement à marcher. C’est une affaire de lois quand même qui compte beaucoup ! Et la loi est toujours d’autant plus forte qu’elle est toujours bien partagée par les gouvernants. C’est comme ça. Quand je vois déjà les résultats qui se passent ici, ne serait-ce que cette dame Maria, qui est à ma droite, qui ne parlait pas un mot, qui était perdue ici, etc. Il ne faut pas perdre, ni le sens de ce qu’il doit être fait, ni le sens d’y croire. Il ne faut pas arrêter d’y croire.
Corinna Weiss
C’est des communautés qui ont repris ça et qui avaient vraiment envie que cette journée se pérennise. Nous, on a créé ensuite un comité d’organisation de cinq personnes qui se sont retrouvées tous les mois, afin d’en parler avec différentes associations, afin de gérer un peu toute l’organisation de cette Journée.
Raoul Lembwadio
Je travaille au Bureau du délégué aux étrangers qui s’appelle aujourd’hui « Service du délégué aux étrangers ». Je suis responsable du Centre de consultation et d’information sociale, c’est-à-dire les étrangers ou les personnes qui sont alliées avec les étrangers viennent nous consulter pour tous les problèmes qui concernent l’intégration.
La Journée du réfugié, en principe, c’est le Centre social protestant et Caritas qui l’organisaient jusqu’à l’année passée. Cette année, je crois qu’ils ont un peu levé le pied et le Bureau du délégué aux étrangers a invité les associations étrangères. Ensemble, on a discuté et on a mis en place un comité d’organisation. En résumé, c’est les associations et les réfugiés eux-mêmes qui l’organisent cette année. Nous avons quatorze stands en principe, ce qui veut dire quatorze pays qui sont représentés. On a dû en refuser, parce que nous avons eu plus de demandes que de stands. Il y a certainement des pays qui auraient voulu être là qui ne le sont pas, mais qui sont dans la masse.
Moi, je suis en Suisse depuis 1979. C’est plus ou moins un bail et mon intégration s’est passée au contact de la société suisse. À l’époque, il n’y avait pas de Bureau de délégué aux étrangers. Je dirais que moi, cela s’est passé surtout par les paroisses qui organisaient l’accueil, les rencontres avec la communauté émigrante. En ce qui me concerne, à l’époque, c’était la situation qui prévalait dans le pays d’origine, le Congo. À l’époque, la présence connue de Mobutu et toute la crise entre le régime et la communauté estudiantine. Peut-être que maintenant, on en parle moins, mais la situation n’est pas aussi bonne qu’on peut le croire. Il y a toujours des problèmes. À l’Est du Congo, il y a toujours des gens qui vivent dans une situation déplorable… Moi, ce que je déplore surtout, c’est le fait que M. tout le monde, on a vu tout à l’heure l’exemple de Mme Reymond. À l’époque où nous sommes arrivés, il y avait la société civile qui pouvait jouer un rôle y compris les églises. Aujourd’hui, on est entré dans un système où l’État, la Confédération mettent tellement de pression, de règlements qui enferment les citoyens, qu’ils ne peuvent plus rien faire par eux-mêmes. C’est ça qui est regrettable.
Khalil Rafat
Je m’appelle Khalil Rafat. J’habite dans le canton de Neuchâtel depuis 24 ans. J’habite à Cortaillod. Je suis d’origine palestinienne. On participe aujourd’hui à la Journée du réfugié pour sensibiliser les gens sur la question palestinienne. Le gouvernement est fondé par le peuple. Le peuple aussi longtemps qu’il est sensible. Je pense que le pouvoir du peuple est beaucoup plus puissant que le pouvoir du gouvernement. Le gouvernement, c’est 4-5 ans plus ou moins, mais la sensibilisation du peuple, c’est quelque chose qui est important, parce que c’est une cause humaine. On a besoin de ce soutien humain. Le groupe palestinien, cela fait longtemps qu’il a opté pour l’application de la résolution des Nations Unies sur la cause palestinienne qui a déjà fait fonder Israël. Israël a été fondé grâce à une résolution des Nations Unies pour faire deux États pour deux peuples. Malheureusement, cela fait soixante ans que cette résolution est sans résultat. Le peuple palestinien a accepté la résolution, deux États pour deux peuples. Maintenant, notre peuple accepte de fonder un État palestinien sur presque 22 % de territoire palestinien et l’application de la résolution des Nations Unies sur le retour des réfugiés palestiniens chez eux. On n’a aucun problème sur l’existence d’Israël, mais on demande à ces nations qui ont fondé Israël d’un peu regarder la question de la cause palestinienne avec d’autres yeux. Malheureusement pour les Palestiniens, ils ont payé le prix d’une faute qu’ils n’ont pas commise. L’« Occident » entre guillemets se sent coupable de ce qui s’est passé et on le regrette tous, ce qui s’est passé durant la deuxième Guerre mondiale. Mais le peuple palestinien a payé le prix et pourquoi ? Jusqu’à quand ? Si on réclame le Droit de l’homme et la justice et tout ça. On a fondé plusieurs organisations internationales pour la justice. Elle est où la justice ? Il est où le Droit de l’homme vis-à-vis de la question palestinienne ? Avec le temps, je sens que les gens en général sont plus sensibles, plus compréhensifs sur la question palestinienne. On a confiance dans la justice de notre cause aussi longtemps qu’on est sûr de la justesse de notre cause. On a toujours l’espoir d’un changement des choses. Tôt ou tard, le droit palestinien doit revenir aux Palestiniens !
Texte retranscrit par Françoise Berthod