Monsieur René Medina : Dessinateur

 

 

Medina René est un dessinateur neuchâtelois, un illustrateur. Il publie ses dessins, ses bandes dessinées, ses caricatures dans le Courrier du Val-de-Ruz, dans le journal du district de Cossonay. Il présente également des illustrations dans un autre cadre. Tout d’abord, je vous demande : « Qu’est-ce que c’est pour vous, dessiner ? » C’est une passion, c’est un rêve, c’est une profession.

C’est un peu les trois à la fois. Tout d’abord, c’est une passion. C’est clair que quand je suis devant une feuille avec un crayon, je n’ai qu’une envie, c’est de remplir la feuille avec des dessins. Cela me démange, c’est un rapport assez physique, le rapport que j’ai avec le dessin. C’est aussi un rêve, parce qu’en fait mon rêve, c’est d’être professionnel dans le dessin. C’est quelque chose qui est difficile à réaliser, mais c’est aussi une profession dans le sens qu’avec des mandats, avec mon travail pour ces journaux pour lesquels je fais des dessins, j’ai un rapport de passion avec le dessin, mais aussi un rapport de profession.

 

À la base, vous avez fait des études d’histoire, de géographie ?

J’ai fait des études à l’Université en Faculté des sciences humaines et lettres. J’ai étudié l’histoire, la géographie et un peu la psychologie. Mais j’ai toujours dessiné. C’est à un moment où je me suis senti un peu plus sûr de moi en ce qui concerne la qualité de mes dessins que je me suis dit : « Tiens, je vais me lancer et essayer de joindre l’utile à l’agréable. »

 

Depuis quand est-ce que vous dessinez ?

Depuis tout petit, comme tout le monde, quand on est enfant. À partir de l’âge de deux ou trois ans, on se met à dessiner. Sauf que moi, j’ai commencé à dessiner beaucoup de choses et j’ai toujours eu envie d’apprendre à dessiner.

 

Qu’est-ce qui vous donnait envie de dessiner ? Y avait-il des modèles ou quelque chose qui vous attirait ou simplement le talent, le don personnel ?

Déjà, il y avait ce besoin de dessiner. Quand j’étais petit, c’était déjà un moteur. Il fallait dessiner et surtout le besoin d’apprendre le dessin. J’avais envie d’apprendre tout simplement. J’ai fait un nombre incalculable de dessins, copié des Walt Disney ou des bandes dessinées jeunesse qu’on lisait, par exemple les Schtroumpfs, Spirou, ce genre de bandes dessinées qui m’ont fait acquérir des réflexes de dessin. Avec ça, j’ai commencé à acquérir des habitudes, une certaine habileté. Durant mon adolescence, je ne dessinais plus tellement. Je suis, alors, tombé sur une phrase de Socrate. La phrase disait ceci : « Tu as un don, alors cultive-le ! » J’ai intégré ça et je me suis mis à redoubler d’énergie pour faire des dessins, même si je ne suis pas tellement d’accord avec la notion de don. Je préfère parler de passion, de vocation du dessin.

 

De talent.

Le talent, c’est comme le don. C’est plutôt cette envie d’aller vers le dessin. Cette impression d’élan irrésistible, il faut dessiner. Mais, est-ce que c’est le talent ou un don ? Je ne suis pas tellement…

 

Je crois que tout le monde ne peut pas dessiner. Il faut quand même avoir une certaine dextérité, même si on apprend des choses ?

La dextérité est venue avec l’âge. C’est clair que si l’on dessine tout le temps, on acquiert une habileté qui fait qu’on se met à acquérir un style à soi. C’est comme pour quelqu’un qui a une autre passion, pour le football ou n’importe…

 

Donc, vous avez appris tout seul, en autodidacte ? Ou, y a-t-il quelqu’un qui vous a appris ?

Non même pas. J’ai dessiné en autodidacte et assez tôt, j’ai pris des livres pour apprendre à dessiner. Des livres sur l’anatomie humaine, sur comment dessiner des visages, des perspectives. Toutes les notions élémentaires qui permettent en fait de franchir des paliers. Cependant, il a été nécessaire pour moi, pour continuer de progresser, de prendre des cours du soir de dessin à l’Académie de Meuron à Neuchâtel. Sur le tard, j’ai pris des cours mais sinon c’est en autodidacte, en copiant.

 

Bande dessinée, cela vient d’où ? C’est français ou belge ? Il y a quand même une histoire, il y a des grands dessinateurs qui vous inspirent ?

Oui. J’ai été très inspiré par la bande dessinée belge classique comme on dit. L’École de Marcinelle. Marcinelle, près de Charleroi, où se trouvent les éditions Dupuis. Elles éditent les Schtroumpfs, Spirou et Fantasio, etc. C’est un style humoristique avec des gros nez, des yeux qui s’écarquillent, avec tout plein de codes de bandes dessinées comme des espèces de spirales pour susciter une sorte de folie, comme des lignes qu’on trace pour évoquer la vitesse ou des étoiles pour évoquer quelqu’un qui est groggy. Ce genre de bandes dessinées est un peu mon modèle en fait ; j’ai appris à dessiner là-dessus. C’est la bande dessinée belge classique qui a paru en premier, dans la bande dessinée francophone. La bande dessinée belge a commencé à faire son terreau. Cela a duré quelques décennies avant que les Français reprennent le flambeau et se mettent eux-mêmes à faire des bandes dessinées.

 

Comment se déroule le travail de bandes dessinées ? Quelle est la technique, quelles sont les étapes ?

Cela commence par un scénario. On ne peut pas commencer une bande dessinée sans une histoire solide. Ensuite il y a l’étape du story board, c’est-à-dire qu’à partir du scénario, on met les personnages en scène. On dessine les cases. On les configure d’une certaine manière pour pouvoir faire une présentation sur la page et cela pour quarante-quatre pages. Ensuite, quand le story board des quarante-quatre pages est fait, on peut commencer sérieusement à dessiner sur ce que sera le support pour l’édition. Tout d’abord, on dessine les cases, on écrit les lettres. La première chose à faire, c’est le lettrage. Les dessinateurs de BD en tous cas, à l’époque, quand ils apprenaient leur métier, apprenaient d’abord à bien écrire les lettres, bien écrire le texte. C’est très important et ensuite, on place les personnages au trait de crayon et on peut se mettre à encrer à l’encre de Chine. Il y a ensuite, l’étape suivante qui est la réalisation en couleurs. Il faut d’abord imprimer une première fois cette page et ensuite cette page va servir à mettre les couleurs par-dessus. Il y a maintenant plusieurs techniques. Il y a l’ordinateur qui permet au dessinateur de…

 

Faire les retouches.

Voilà. Maintenant, il y a une mode dans la bande dessinée, c’est de mettre les couleurs directement à l’aquarelle ou à la gouache, ce qui donne un effet assez fort. Dès que cette étape est réalisée, on peut envoyer le travail à l’imprimerie qui va se charger de réaliser l’album.

 

Elles ont toujours du succès les bandes dessinées aujourd’hui ? C’est utile et il y a de la demande ?

Il y a beaucoup de demandes et encore plus d’offres, je dirais. Il y a une sorte d’explosion de bandes dessinées qui sont parues. Je crois qu’il y a trois mille nouvelles séries par année. Bien sûr, le public ne peut pas tout lire, ce qui fait que beaucoup de bandes dessinées paraissent et ensuite tombent en désuétude, faute de public. Parce que le public finalement fait un tri, privilégie un certain nombre de séries, les séries les plus vendeuses, les plus talentueuses et les autre bandes dessinées, voilà…

 

Quel est votre public ? Vous dessinez pour qui ?

J’essaie de rendre cette bande dessinée accessible à tous les publics. Un public de 7 à 77 ans comme on dit, par l’humour que j’essaye de mettre en avant. Un humour qui ne soit pas méchant…

 

Ni persuasif.

Ni persuasif. Un humour sous forme de clin d’œil. J’essaye de toucher en même temps des enfants, des adultes ou des personnes âgées. J’essaye aussi de toucher un public qui n’aurait peut-être pas forcément l’habitude de lire une bande dessinée. Il y a beaucoup de personnes qui ne savent pas lire une bande dessinée.

 

Il faut adapter l’humour avec le style. Si c’est destiné aux enfants, il faut avoir un humour pour les enfants et pas un humour pour les adultes.

Voilà. Je représente des enfants, donc cela me permet d’entrer dans l’univers des enfants en faisant évoluer les deux héros dans ma bande dessinée. Ce sont deux écoliers qui vivent dans les montagnes. On peut évoquer le monde scolaire, la camaraderie, toutes sortes de choses. Parce qu’il y a un oncle, j’évoque aussi l’autorité parentale, les relations entre les enfants et leurs parents. Je montre des adultes dans la vie professionnelle, la vie quotidienne.

 

C’est un peu cet univers-là que vous mettez en route ? Vous faites aussi des illustrations pour le Service de l’enseignement ?

J’ai fait des dessins pour le Service de l’enseignement obligatoire, pour le cours qui est appelé « Monde citoyen et contemporain » et là, l’enjeu c’est d’illustrer un cours de civisme qui parle de politique, de démocratie.

 

C’est une façon d’apprendre en regardant des dessins et en s’amusant aussi ?

Il y a normalement une exigence. Le dessin doit être pédagogique, c’est-à-dire qu’il doit apporter quelque chose en plus, par rapport au cours. Il doit être un peu récréatif et doit aussi parler le langage de l’enfant. Là, il s’agit de se mettre au niveau de l’écolier et de parler un langage compréhensif.

 

Comment est-ce que vous trouvez vos idées ? Cela vient d’où ? C’est des visions, c’est des inspirations

Le processus pour trouver des idées est assez malicieux, parce qu’on peut passer des heures à définir une idée, à la travailler, à faire en sorte que cela marche bien, parce qu’une idée c’est, pour un gag, construire une mécanique. Une mécanique de l’histoire pour qu’il y ait une belle chute pour que cela fasse sourire à la fin et on peut passer un nombre assez important de temps à chercher une idée. On peut y mettre beaucoup de fatigue, beaucoup de temps, on peut tourner en rond et finalement se dire à la fin, se rendre compte, que cette idée-là, bof, elle ne nous convainc pas. Et un peu plus tard, il y a une situation dont on est témoin, une situation banale qui nous inspire et c’est le flash… Voilà, l’idée qui tombe comme ça toute cuite et les personnages se mettent en place. La chute de l’histoire se met en place, c’est merveilleux en quelques secondes. C’est des fois assez injuste, surtout dans les moments où on tourne en rond, à ne rien faire, parce qu’on cherche, on cherche et on ne trouve pas forcément… C’est assez inégal.

 

Vous préconisez de sortir un livre de bandes dessinées bientôt ? Ou plusieurs ?

Oui. J’ai plusieurs projets sur le feu. Les Comic’s, j’aimerais bien les mettre en album, parce que j’en ai plusieurs centaines et je projette de faire des livres pour la jeunesse. Pour l’instant, c’est au stade de la création. J’attends encore de voir venir. J’attends encore que cela se développe.

 

On attend avec plaisir vos parutions de dessins dans les journaux. On vous remercie beaucoup et à une prochaine.

Merci. Au revoir.

 

Au revoir.

 

 

Interview réalisée par Simona Radulica Montserrat

Texte retranscrit par Françoise Berthod