Happy Gays

 

 

Robert Thibaut

 

Je m’adresse à tous les Neuchâtelois et Neuchâteloises qui ont un doute sur leur orientation sexuelle. J’espère que par le reportage que vous allez voir, vous comprendrez que l’association Happy Gays est là pour vous aider dans votre « coming-out » notamment par la permanence MSN et par d’autres biais, par le site Internet « www.happygays.net », ou vous pouvez vous adresser à nous pour toutes demandes ou questions concernant l’homosexualité. Nous nous ferons un plaisir de vous répondre.

 

 

« Das ist eine Vorstellung de Tupperware. Non, non comme ça, les gens ne comprennent pas. Est-ce que vous croyez que c’est un Tupperware ? Pour éviter que le reste ne reste… On peut sortir les cornichons et les sucer sans se salir les mains. Mais qu’est-ce que ceci ? Cela s’appelle une lécheuse … oh là, là dites donc, vous ne faites pas la cuisine ! »

 

 

« Vous êtes hétéro ?

Oui.

Cela tombe bien. Moi aussi

C’est parfait. Donc qu’est-ce qu’on va faire Catherine, maintenant ?

Chers amis, chères amies…

J’aimerais bien inviter quelqu’un.

Mais oui. Car vous savez que la prévention ne se fait pas seulement à Paris.

À Paris non plus.

Non pas seulement à Paris. Elle se fait partout en Suisse.

Oui. J’ai appris qu’il y avait même de la prévention dans le Jura.

Il y a même de la prévention dans le Jura.

En Ajoie ?

Oui, parce qu’où il y a de la joie…

C’est sûr.

Il y a du plaisir.

S’il y a du plaisir, il y a de la prévention.

C’est ça. »

 

 

La soirée a été organisée dans le cadre de la prévention. De la prévention contre le sida dans la région neuchâteloise, puisqu’on sait qu’actuellement, je ne sais plus exactement les chiffres, mais un sixième de la population homosexuelle est touchée par le sida. Le port du préservatif n’est toujours pas un réflexe, malgré toutes les campagnes et le but de cette soirée est de rappeler qu’un réflexe est un réflexe et que celui-là, il faut l’adopter.

 

 

« Celui-là, il est particulier surtout pour vous messieurs les HSH, pour les autres les rapports avec les hommes, ceci c’est des « extra strong ». Mais bon, en cas de pénétration, il faut toujours utiliser… oui ce n’est pas du sel…

J’ai ceci où c’est écrit « female condom ». Ceci est très pratique, parce que comme moi, sachant que tous les samedis soirs, je vois mon amant, je me prépare. Je le… comme ça et je l’introduis là-dedans. Il tient en place, je vous conseille de bien lubrifier pour que les parois vaginales… et après, on peut faire l’amour avec le même partenaire plusieurs fois dans la nuit. Comme moi, je le fais, allez soyons modestes, une bonne quinzaine de fois.

 

 

Ce problème-là concerne surtout les jeunes ou bien ?

Oui et non. Je ne peux pas vraiment dire dans le sens que la population homosexuelle que je côtoie dans l’habitude est plutôt jeune. Oui, je pense que la population jeune a plus tendance à ne pas utiliser le préservatif que la partie, on va dire, plus âgée de cette population. Mais après, est-ce que c’est une réalité, je ne sais pas ?

 

 

« Alors, j’ai mon ustensile. Là, j’en ai qu’une. Là, j’en ai deux et je l’introduis dessus. Vous voyez tous bien. Je l’ai mis dessus et là… penche toi… avant, j’ai préalablement lubrifié le copain et j’introduis mon ustensile. Et en sortant, si je veux avoir un autre rapport avec Daivine, je peux laisser le préservatif à l’intérieur et je recommence. Daivine adore ça. Merci. »

 

 

On sait que le 50 % des personnes touchées par le sida représente 7 % de la population, donc 7 %, c’est la population gay. C’est énorme. Un gay sur six est infecté du sida. Pourquoi la population gay, parce que je pense que c’est une population qui se protège moins. Je ne sais pas comment le dire, mais dans le sens, c’est une ambiance un peu plus libertine, pas forcément dans le sens où tout le monde couche avec tout le monde. Mais dans le sens où j’ai fini avec un homme. On va aller vers d’autres, etc. Cela peut-être une cause à mon avis, mais je ne sais pas exactement, étant donné que ce n’est pas moi qui m’occupe de cette partie-là dans l’association.

 

Moins de fidélité ?

On sait que 70 % de la population homosexuelle n’est pas fidèle. Donc, on en tire les conclusions…

 

 

« Ceci est une petite boîte. À l’intérieur, il y a un préservatif « regular » et toujours, comme à chaque fois, un petit mode d’emploi qui est très pratique. Si l’autre partenaire a des problèmes d’érection, on doit lire… Pendant qu’il s’occupe, parce que nous, on n’est pas là non plus pour voilà… On s’en occupe, on s’en occupe. C’est écrit en italien, en allemand. Il faut choisir le bon côté pour lire le français. Si jamais, c’est écrit de ce côté vers les dessins. C’est la marque « Cosano », parce qu’il y a plusieurs marques. Mais tous aussi sûr. Ceci, non ce n’est pas un timbre poste. Ce n’est pas reconnu par la poste. Cela se déballe, une lingette rafraîchissante, non, elle n’est pas humectée. Elle est légèrement lubrifiée. Elle contient du lubrifiant et ceci ne sert pas à mettre sur les Tupperware comme ceci pour éviter que le produit… Voilà. Pour que le produit se conserve bien. Non, non. Ceci sert à faire… le ménage.

Exactement. Je me promène comme ça tous les soirs et ça vient tout propre. Non, mais ridicule… »

 

 

Je pense que toutes les personnes qui sont ici vont avoir énormément de plaisir dans cette soirée et que pour la deuxième édition, on va quintupler la présence et que l’année suivante, on aura peut-être dix fois plus que l’année prochaine et que la soirée de prévention va devenir « la » soirée à ne pas rater dans l’année à Neuchâtel.

 

 

Michaël Fernandez

 

Ce qui nous a motivés dans cette soirée, c’est que déjà, c’est une soirée pour la prévention. Cela se fait très peu. C’est l’occasion aussi de se retrouver dans le cadre d’une soirée un peu folle, vu que c’est autour du thème des divas. Il y aura beaucoup d’excentricités, de l’humour, de la musique, de la folie. Voilà, c’est vraiment un esprit de fête dans un esprit sain.

 

 

« Joël, vous n’étiez pas à l’Eurovision de la chanson ?

Non, je n’y étais pas. Ce n’est pas moi Jean-Marc Richard.

Ah non. Je ne suis pas Lolita Morena non plus. Oui, nous avons le même bonnet. Je suis comme la météo, j’ai le sein lourd. Le temps est lourd, les seins aussi. Oui. »

 

 

Le message, cela fait des années, des années… Le groupe Sida va fêter ses vingt ans. Ils sont présents ce soir aussi. Apparemment vu que les maladies continuent, c’est que le signal n’est pas assez clair. On essaye quand même d’essayer des nouvelles techniques pour peut-être se faire entendre.

 

 

« Est-ce que vous m’entendez ? C’est vraiment comme à l‘école des fans. On vous entend très fort, mais on ne sait pas qui parle.

Bon. Je resterai comme ça. Vous me voyez, est-ce que le fond me voit ? Est-ce que le derrière me voit ? »

 

 

Est-ce que cela va mieux, j’ai envie de dire ? Est-ce que c’est plus facile aujourd’hui que hier que d’être homosexuel dans notre société ?

Alors là, c’est au cas par cas. C’est évidemment avec tout ce que l’on a vu, les partenariats enregistrés qui sont acceptés, ça nous donne une certaine base légale déjà d’existence. Il faut savoir qu’il y a trente ans en arrière, la sexualité était quelque chose de bannit, d’interdit, punissable par la loi. Évidemment du point de vue légal, c’est plus accepté. Du point de vue moral, il me semble aussi. Après, évidemment cas par cas, il y a toujours des cas difficiles, des cas de suicide, encore énormément. C’est très difficile à vivre surtout pour les jeunes qui ont de la peine à faire leur « coming out ».

 

Justement malgré cela, c’est toujours la population qui a le taux de suicides le plus important.

Oui, c’est vrai. Justement, c’est peut-être quelque chose qui est encore assez mal accepté. On est quand même dans une civilisation judéo-chrétienne qui n’accepte pas ça. Les mœurs changent, oui. Peut-être pas assez vite. Oui, le taux de suicides reste beaucoup trop élevé !

 

Qu’est-ce qui pousse finalement un homosexuel à se suicider plus qu’un autre ? Est-ce que c’est le rejet de la société ou simplement la difficulté qu’il a à reconnaître sa situation ?

Je pense que cela passe tout d’abord par la difficulté que l’être humain a en lui-même. Qui s’accompagne également de la société, parce que comment s’accepter soi-même si on ne peut pas s’accepter dans la société en elle-même ? C’est là qu’est toute la difficulté et c’est là qu’il faut travailler tous les jours pour se battre et se faire entendre.

 

 

« Savez-vous les risques d’un anulingus sans préservatif ? Cela, c’est pour la question du dictionnaire ? Comment…. les hépatites ? Oui exactement, quand on lèche sans protection, on peut attraper des hépatites ou on peut donner des herpès. Moi régulièrement, j’ai des herpès. Je lèche mon partenaire, il a des petits boutons et c’est très désagréable quand il fait caca. Voilà, ça s’est dit !

 

 

Marie-Thérèse

 

Moi, j’ai une vue sur la société qui est extrêmement simpliste. Il faut que les gens s’amusent un peu plus et profitent de la vie.

 

Vous avez l’impression qu’on ne s’amuse pas assez ?

Je pense que les gens ont trop de choses à faire, trop de choses à ne pas faire et qu’ils doivent faire quand même et on essaye, nous, de les faire changer d’air un peu de temps en temps. En général, ça marche. Cela prouve qu’ils en ont besoin. Et moi, aussi…

 

Et ce soir, les organisateurs sont partis avec cette idée de mettre en garde contre le sida.

Exactement. C’est un combat pour lequel je me bats aussi depuis longtemps, qui est très, très important et je pense que quand on se réunit comme ça en général, c’est une bonne opportunité pour faire passer le message. Mais il faut toujours que le message passe dans une bonne humeur. Il faut toujours que cela se passe dans la joie et la bonne humeur pour que les gens gardent ça en mémoire. En général ce qui est mauvais, on essaye d’éliminer.

 

 

« Du cellophane qui n’est pas microporeux, sans petits trous. Maxi pores. Des maxi pores. C’est toi quand tu l’utilises. Une maxi truie. »

 

 

Cela fait longtemps, très longtemps qu’on dit qu’il faut faire attention. Cela a toujours de la peine à passer.

Malheureusement oui, parce que je pense que les gens n’ont pas forcément conscience et l’on parle de choses comme les médicaments, les trithérapies qui ne sont pas très clairs dans l’esprit des gens et après, malheureusement chacun est libre de faire ce qu’il veut. Il y en a qui ne choisissent pas toujours la bonne option. C’est pour ça qu’on est là. On essaye de leur rappeler que ce n’est pas encore ça !

 

 

Jacqueline

 

Qu’est-ce que vous pouvez nous dire là-dessus ?

Sortez couvert…

 

Et pourquoi cela ne se fait pas ? Il y a tellement longtemps qu’on en cause. Pourquoi est-ce qu’il faut toujours le répéter ?

Parce que c’est important de le répéter. C’est très important. C’est un combat sans fin.

 

Pourquoi cela ne rentre pas dans la tête justement ?

Ah ça je ne sais pas. Je ne sais pas.

 

 

« Alors ceci, le nouveau produit très pratique. On dirait un peu une sorte de…. Merci. Voilà. On dirait un peu un case-o-ware mais c’est noir. Il y a juste écrit love life là-dessus, très discret. J’en ai d’autres ici, qu’est-ce que c’est ? Ils sont roses, ce n’est pas un préservatif féminin, parce que même si il est rose, on l’a déjà vu, le préservatif féminin, c’est celui-ci. Celui-là, il est rose. Il a quel arôme ? Fraise. Attention vous dites arome fraise. Mais est-ce qu’il a le goût ? On va le voir. Démonstration…

 

 

Ces soirées pour ça, c’est vraiment l’idéal ?

Oui.

 

 

Marie-Thérèse argumentez.

Je pense que quand on voit Jacqueline et moi, on peut se dire que forcément, on voit une image qui va nous rester. J’espère qu’on va incarner cette image de la prévention aussi. Comme ça les gens ne vont pas oublier ! Cela, c’est sûr qu’ils ne vont plus oublier après.

 

 

« Ceci, je la cherchais depuis un certain moment. Je ne vais pas vous raconter ma vie, mais ceci, je l’introduis… Mais cela ne vous regarde pas en fait. C’est ma vie privée. Bon finalement, j’ai trouvé un mari, non un amant. On se voit tous les samedis soirs. D’ailleurs, je le vois demain soir, ça va être génial, cela fait deux semaines qu’on ne s’est pas vu. Si jamais quelqu’un s’ennuie ce soir, il peut m’accueillir chez lui. Je ne mange pas beaucoup. Je vais juste regarder les armoires pour voir si vous avez tous les produits Tupperware.

 

 

Sylvie

 

Les femmes homosexuelles ont toujours été très impliquées dans les mouvements comme « Act Up » et toutes les campagnes antisida. Après, c’est vrai que globalement, on est relativement épargnées par l’épidémie. Après, il n’y a pas de réelles connaissances scientifiques pour savoir si la sexualité entre femmes et à risque ou pas du tout. Il y a vraiment un manque de données scientifiques. Il y a quelques cas qui ont été référencés dans la littérature scientifique, mais voilà ce n’est pas un sujet qui préoccupe les autorités et les instances de santé publique.

 

 

« Ceci n’est pas un sac à bijou comme certaines peuvent le croire. Oui, viens seulement. Alors ceci est comme je vous l’ai dit, un préservatif féminin très pratique. Quand on a fini, on l’enroule comme ça et on le tire. Par contre, cela fait… comme une bouteille, mais normal, c’est un bon crû. Et pour vous Messieurs, très pratique aussi, si vous voulez avoir des rapports sexuels avec votre partenaire masculin, vous pouvez enlever l’anneau, cela vous fait un magnifique bracelet, il faut être petit, des petits poignets. Et voilà… »

 

 

Il y a les hommes homosexuels, il y a les femmes homosexuelles. Que pensez des travestis ?

Je pense qu’il y a vraiment une grande méconnaissance. Souvent les gens confondent travestis, drag queens, transsexuels, alors que c’est des choses tout à fait différentes. Après je veux dire, les travestis ont toujours fait partie de la culture gay. D’ailleurs, les fameuses émeutes de Stonewall, qui ont donné lieu aux « gay pride », c’était principalement des travestis qui se sont battus contre la police. Je pense qu’il ne faut pas renier une partie de la communauté sous ce prétexte-là. Après, tous les gays ne sont pas des grandes folles travestis. De loin, pas… Mais, je pense que c’est un côté ludique.

 

Il faut être beaucoup plus tolérant.

Oui et je pense que c’est important d’être tolérant. Nous, on attend une tolérance de la part des gens extérieurs. Mais c’est aussi très important d’être tolérant aussi nous-mêmes au centre de notre communauté et ça me chagrine toujours de voir que même chez nous, il y a des gens qui disent : « Ah mais oui, tel gay est trop féminin, telle femme est trop camionneuse » et je pense que la tolérance, ça vient aussi de nous. Comment on veut que les autres nous accepte, si nous-mêmes, entre nous, on n’arrive pas à respecter la différence.

 

 

« Haben Sie verstanden ? Wie… Je n’ai pas compris. On va dire que oui… »

 

 

Interview réalisée par Jean-Pierre Lambert

Texte retranscrit par Françoise Berthod